Douce France

La Révolution ou la Guerre des âges….

C’est de circonstance et d’actualité non ??? 14 juillet oblige !!!! Et comme on dit la Cigale ayant chanté et défilé tout l’été se trouva fort prise au dépourvu quand la bise fut venue….

PLUS D’INFOS EN SUIVANT :

En 2008, la Fondation pour l’innovation politique, dans le cadre d’une grande enquête internationale sur « les jeunesses face à leur avenir », a posé  aux jeunes de différents pays cette question brutale : « Etes-vous prêt à payer les impôts nécessaires pour verser les retraites des générations plus âgées ? » Si 63% des jeunes Chinois, 56% des jeunes Russes et 50% des jeunes Indiens ont répondu « oui », les Français se sont classés derniers du classement avec seulement 11%  qui ont répondu « oui ». Est-ce une manière pour eux de prendre leur revanche sur les générations qui les précèdent et qui ont laissé filer sans vergogne les déficits de tous ordres?   

Quelles qu’en soient les interprétations, un tel pourcentage, outre le fait qu’il est inquiétant pour le traitement de la question des retraites, manifeste une crise de confiance intergénérationnelle qui est à la mesure du manque de courage effrayant d’une classe politique qui a prudemment esquivé depuis 1981 la question d’un système des retraites dont on sait depuis cette date qu’il est à bout de souffle .

Une classe politique qui a fait  sienne cette prédiction  de Michel Rocard  qui, alors qu’il était Premier ministre et avait été le premier à publier un «  Livre blanc sur les retraites » où tout était déjà dit, assurait que la réforme des retraites était celle la mieux à même d’assurer la chute d’un gouvernement.

Quelles que soient, en effet, les réformettes entreprises  par Edouard Balladur  en 1993 et par François Fillon en 2003,  qui ont consisté  à allonger la durée de cotisation pour les salariés du privé puis à étendre la mesure à ceux de la fonction publique, aucune n’a posé véritablement le véritable enjeu de la bombe à retardement que constitue notre système de retraite alors qu’il est rare de voir un domaine où l’avenir semble si largement écrit. L’équation est en effet d’une simplicité extrême : une génération plus importante que jamais de personnes âgées devra être financée pour une durée plus longue que jamais par une population en âge de travailler  dont la taille absolue diminue de façon continue pour la première fois depuis le temps de la Peste noire de 1348 ! Comme l’ensemble des pays occidentaux, en effet, et une bonne partie des pays  émergents, y compris et surtout la Chine, la France doit affronter l’énorme choc du vieillissement qui est sans doute l’expérience du plus grand bouleversement démographique de l’histoire de l’humanité. Un bouleversement dont les principaux effets se produiront dans les trente prochaines années et qui ébranle sinon met à bas le pacte social construit après la Deuxième Guerre mondiale. Alors qu’au moment de l’instauration du régime de retraite en France, en 1945, on comptait  quinze cotisants pour un retraité, dans les années 1980, quand François Mitterrand prit la décision la plus «  réactionnaire » qui soit – c’est-à-dire la plus à contre sens de l’histoire- de ramener l’âge de la retraite à 60 ans, le rapport n’était déjà plus que de quatre cotisants pour un retraité.  En 2006, on ne compte plus que 1,5 cotisant pour un retraité. En 2020, on atteindra quasiment un cotisant pour un retraité.  Cela  fait maintenant dix ans que l’on sait que, sans réforme d’envergure, autant dire sans révolution, le déficit annuel des régimes de retraite atteindra plus de 100 milliards d’euros en 2040 sans compter les dépenses de santé qui suivront, bien entendu le même chemin.  Comment imaginer qu’à cette date, le petit bataillon des 25-55 ans puissent faire vivre les gros bataillons de retraités et, plus largement, tous ceux qui vivent des transferts sociaux ?

Confrontés à la même interrogation, les pays étrangers  ont pour la plupart  choisi d’allonger la durée de vie professionnelle pour réduire le poids des retraites sur la richesse nationale.  Ainsi, en Allemagne, touchée de façon dramatique par la chute de la fécondité, le gouvernement a été contraint de porter l’âge légal de la retraite à 67 ans, comme au Danemark.  La plupart, aussi, comme les Pays-Bas, ont mis en place des régimes mixtes où les revenus des retraites proviennent à la fois des prélèvements directs sur les actifs ( répartition) et du produit de l’épargne accumulée par les salariés tout au long de leur vie ( capitalisation).  Car, contrairement à un mythe tenace férocement entretenu par les partisans du pseudo-modèle social français, la comparaison entre les deux systèmes n’est pas favorable à la répartition dont la «  rentabilité » ne peut guère faire mieux que le taux de croissance dont on peine à penser qu’il dépassera 2% par an dans les prochaines années. 

Ainsi, une étude réalisée par la Deutsche Bank Research montre que le taux de rentabilité du système de répartition allemand a atteint 1,7% par an sur la période 1957-2000. Si ces travailleurs avaient placé leurs cotisations en obligations d’Etat sécurisées ( et non en Bourse) pour la même période, le taux de rentabilité aurait fluctué entre 4,3% et 3,9% ! C’est ce que nous démontrions aussi dans Le Point ( 18 juin 2009) en calculant que si un salarié payé au Smic plaçait tous les ans les 4 464 euros que représentent ses cotisations salariales et patronales en obligations d’Etat sécurisées à 3,5%, il disposerait au terme de 40 ans d’un capital de 377 000 qui lui assurerait une retraite supérieure au smic, sans même toucher au capital ! Epargner durant sa vie active, de manière libre et non plus imposée par le système de retraite obligatoire, et vivre ensuite, au moment où on en fait le choix et non au moment où on vous l’impose, de son patrimoine, ce serait certes faire la révolution. La seule sans doute susceptible d’éviter la guerre des âges.

Jacques Marseille juin 2009

ET LE TRES BON DOSSIER QUE JACQUES MARSEILLE AVAIT REALISE SUR LE SUJET EN 2006 ET TOUJOURS D’ACTUALITE EN L’ABSENCE DE VERITABLE REFORME DE FOND  :

Le scandale des retraites

En 1889, au moment où il mettait en place en Allemagne le premier système de retraites au monde, le chancelier Bismarck aurait demandé à son conseiller : «  A quel âge faut-il fixer l’âge de la retraite pour qu’on n’ait jamais à la verser ? »

 « A 65 ans », lui aurait-il répondu, ce qui avait fort amusé celui qui, à cette date, en avait 70.

Qu’elle soit vraie ou non, l’anecdote n’en illustre pas moins le seul et  véritable problème que pose l’évolution des régimes de retraite dans les pays développés : comment passer d’un système conçu il y a près d’un siècle pour secourir des ouvriers trop âgés pour travailler à un régime garantissant le revenu de remplacement le plus élevé possible à des seniors dynamiques à l’aube de leur troisième vie ? 

Comment financer, sans compromettre les investissements du futur , un régime qui, à législation inchangée, verra son poids financier augmenter de 25 à 30% dans les prochaines années?

 Comment assurer un revenu stable à ceux qui vivront en moyenne 25 à 30 ans après leur retraite sans écraser financièrement les jeunes cotisants moins nombreux  mis chichement au monde par les premiers ? Enfin, et surtout, comment combattre les écarts colossaux qui s’élargissent entre les «  nantis », qui ne sont pas ceux qui ont le plus cotisé ou connu les activités les plus pénibles, et les plus mal lotis qui sont souvent ceux qui ont le plus travaillé et dans les conditions les moins bonnes ? Bref, comment dénoncer et donc réformer en profondeur l’incroyable injustice d’un système de retraites sans jeter dans la rue des Français  convaincus qu’ils tiennent là leur modèle d’équité ?

Telles sont les questions que les socialistes ont prudemment esquivées pendant toutes les années où ils ont été au pouvoir depuis 1981 et auxquelles ont partiellement tenté de répondre Édouard Balladur en 1993 et François Fillon en 2003. 

«  Non à la retraite pour les morts ! »

Comme toujours, il faut remonter aux origines pour mieux comprendre les caractères originaux de l’immobilisme français.  En 1889, si le fort conservateur Bismarck pose les premières pierres de ce qui va devenir l’Etat-providence, en en  faisant bénéficier du même coup les Alsaciens et les Lorrains rattachés à l’Allemagne depuis 1871, c’est parce qu’il a compris, comme tous les conservateurs « éclairés », que la «  sécurité sociale » était sans doute le moyen le plus efficace de faire fonctionner l’économie capitaliste.  En obligeant les ouvriers allemands ( gagnant moins de trois fois le salaire moyen) et leurs employeurs à verser des cotisations à une caisse de retraite-invalidité et en octroyant le droit à une pension calculée en proportion du salaire perdu, en cas d’incapacité du travail liée à l’âge, il répondait au risque majeur provoqué par l’avènement de la société industrielle : assurer à des travailleurs qui avaient dû quitter les campagnes  pour s’installer en ville un revenu pour la vieillesse.

Cette législation qui se diffuse rapidement en Grande-Bretagne, en Belgique, en Suède, en Autriche, au Danemark, en Australie, en Nouvelle-Zélande, peine à convaincre les Français. Dans un pays resté plus rural que d’autres, en effet,  prévaut l’idée que, pour l’essentiel, la survie des personnes âgées doit être assurée selon trois moyens : la jouissance d’un patrimoine pour ceux qui ont la chance d’en disposer ou la prévoyance pour le constituer, l’assistance par les proches, dans un pays où a longtemps survécu la famille élargie, la charité pour les plus démunis.

Ainsi, la loi sur les retraites ouvrières et paysannes du 5 avril 1910, votée après de multiples essais et de très longs débats, se heurte d’emblée à l’opposition des agriculteurs, des petits patrons, des mutualistes hostiles à l’obligation dans laquelle ils voyaient une forme de « coercition légale » et de la CGT qui met en avant le fait que sur 11 millions de travailleurs que compte alors la France, pas même 5% atteindront l’âge de 65 ans ( au recensement de 1911, seulement 8,4% de la population française avait dépassé l’âge de 65 ans). 

Même si cela nous est particulièrement difficile à comprendre, nos arrière-grands-parents étaient fort réticents à l’obligation de cotiser pour leurs vieux jours. C’était en effet accepter la condition salariale alors que , pour eux, la liberté ne pouvait être assurée que par l’épargne et la propriété.

Seuls bénéficiaient alors d’une retraite, les officiers de la marine depuis l’édit royal de 1673 pris à l’instigation de Colbert,  les fonctionnaires depuis la loi du 8 juin 1853 votée sous le règne de Napoléon III , les ouvriers des mines en 1894 et des chemins de fer en 1909, à l’instigation des patrons qui voyaient dans la retraite le meilleur moyen de recruter et de fidéliser une main d’œuvre de qualité particulièrement instable.

Il faudra attendre  l’ordonnance du 19 octobre 1945 pour que soit mis en place un régime créant une assurance vieillesse obligatoire pour les salariés du secteur privé de l’industrie et du commerce. S’éloignant du modèle britannique qui, sous l’influence du rapport Beveridge, offrait à tous les citoyens, quels que soient leur statut et leur revenu, une retraite uniforme et minimale financée par l’impôt, le régime de 1945 s’aligne sur le système bismarckien :  les salariés du secteur privé , quel que soit le montant de leur salaire, doivent cotiser à l’assurance-vieillesse, dans la limite d’un plafond de cotisations  ; d’autre part, justifié par les fortes incertitudes qui pèsent sur l’évolution future de l’activité économique, marquée alors par une forte inflation, le principe de la répartition est clairement posé.

Ce n’est toutefois qu’au début des années 1970 que sera parachevé un système qui, en 1950, ne garantissait que 28% du salaire moyen. En 1965, encore, 30% des personnes de plus de 65 ans avaient un revenu inférieur au seuil de pauvreté.  Avec la loi Boulin de 1971, les règles de calcul des retraites du régime général sont améliorées , puisque les pensions peuvent désormais représenter 50% du salaire brut moyen des dix meilleures années de la carrière du salarié, après 37,5 années de cotisations. En outre, l’affiliation de tout employeur à un régime complémentaire de retraite ( AGIRC pour les cadres, ARRCO pour les ouvriers et les employés ) est rendue obligatoire en 1972 et doit permettre d’assurer un taux de remplacement du dernier salaire allant de 70 à 80%. Trente années après, les retraités ont un niveau de vie égal et même supérieur à celui des actifs, sans même tenir compte de la jouissance et des revenus d’un patrimoine plus important. Aujourd’hui, on ne compte plus que 5% des personnes de plus de 65 ans ayant un revenu inférieur au seuil de pauvreté. Être vieux ne signifie plus aujourd’hui être soumis au risque de la pauvreté.

Un modèle d’inéquité

Formidable succès tant qu’il a fallu payer des retraites pour des personnes dont l’espérance de vie dépassait à peine celle qui avait fait rire Bismarck, le système de retraite par répartition mis en place en 1945 est pourtant aujourd’hui promis à la faillite s’il ne met pas fin aux injustices inacceptables qu’il a engendrées.

Dans un système de répartition , en effet, trop de Français ne l’ont pas encore vraiment compris, ce ne sont pas les cotisations  versées au long de la vie active qui serviront à payer les pensions, mais les cotisations que verseront les actifs au moment où les seniors s’arrêteront de travailler . Dans ce système, qui dépend de la démographie et est un redoutable  pari sur la fécondité, le droit à la retraite n’est pas un droit acquis  mais une sorte de créance sur les générations futures. A une journaliste qui avait critiqué l’insistance avec laquelle il expliquait ce pacte non écrit entre les générations, Alfred Sauvy, qui avait crée l’INED ( Institut national d’études démographiques) , alors retraité, avait rétorqué en substance:

«  Chère Madame, vous cotisez, j’en suis fort aise, et je vous en remercie, car figurez-vous que la caisse me transmet vos versements. Personne ne les met dans une tirelire, je les dépense intégralement pour voyager et faire plein de choses intéressantes. Vous ne risquez pas de les revoir ! En revanche, quand vous serez vieille, vous serez contente que des enfants aient été mis au monde, aient grandi, aient été bien éduqués, car ce sont leurs cotisations qui vous permettront de vivre à votre tour convenablement sans travailler. »

Or, dans les conditions d’aujourd’hui, cette créance sur les générations futures risque fort de ne pas pouvoir être honorée. Mis en place en 1945 pour des salariés, essentiellement masculins, qui avaient des emplois à plein temps et des carrières ininterrompues d’au moins quarante années dans la même entreprise ou administration, ce système apparaît aujourd’hui totalement inadapté face aux formidables mutations de la démographie,  de l’organisation du travail et des carrières. Les salariés entrent plus tardivement sur le marché du travail, du fait de formations plus longues , ils doivent souvent changer de postes et supporter plusieurs périodes de chômage. Si le système beveridgien de retraite n’est pas remis en cause par ces évolutions, dans la mesure où il sert une même pension à tous les citoyens, quel que soit leur passé professionnel, le système français bismarckien pénalise tous ceux, surtout les femmes et les plus fragiles, qui n’ont pas pu bénéficier de ces carrières longues qui sont le privilège de la fonction publique ou de la grande entreprise.

Surtout, ce pacte entre générations est aujourd’hui soumis aux contraintes d’une évolution démographique inexorable – même si elle est moins catastrophique en France que dans les autres pays européens.  Si, en 1945, un tiers seulement des Français bénéficiaient d’un régime de retraite, les autres étant décédés avant de pouvoir la percevoir, aujourd’hui, presque tous les citoyens sont amenés à vivre en retraite pendant deux, voire trois décennies. Or ces citoyens sont en même temps ceux qui, à partir du milieu des années 1960, ont mis au monde moins d’enfants. Les cotisants vont donc devenir de plus en plus rares alors que les retraités vont se multiplier. Ainsi, le ratio de dépendance démographique – qui désigne le nombre de personnes en âge de la retraite par rapport au nombre de personnes en âge de travailler- va quasiment atteindre un cotisant pour un retraité vers 2020 alors qu’il était de quatre cotisants pour un retraité dans les années 1980 et de quinze cotisants pour un retraité en 1945.  En 2000, les plus de 60 ans étaient 12,6 millions ; ils seront près de 25 millions en 2050. En 2000, on comptait 40 personnes âgées de 60 ans et plus pour 100 personnes de 20 à 59 ans ; en 2050, il y aura 80 personnes de 60 ans et plus pour 100 personnes d’âge actif. A législation inchangée, pour assurer le financement des régimes de retraite, il faudrait doubler l’impôt sur le revenu d’ici 2020 ou doubler la TVA d’ici 2040.

Ne rien faire, comme l’exigent les fantassins de l’immobilisme, c’est porter à la charge de la génération née après 1970, moins nombreuse, plus soumise qu’autrefois au risque du chômage et de la précarité et qui devra en outre supporter les intérêts et le capital d’une dette que ses aînés ont laissé filer,  le soin de payer la santé et les retraites d’une génération qui a bénéficié de carrières longues, s’est voulue volontairement moins féconde, a connu des conditions de travail moins pénibles  et  a décidé, cerise suprême sur le gâteau, de fixer l’âge de la retraite à 60 ans, alors que tous les autres États européens, confrontés aux mêmes problèmes, ont relevé à 65 ans ( voire 67 ans au Danemark) l’âge légal de départ à la retraite. Un « modèle » français qui pourrait amener à faire financer par les jeunes générations  une retraite de leurs parents voisine en durée  de ce qui a été leur période d’activité !  Cette envie de partir tôt, compréhensible sur le plan individuel et légitime dans un régime de capitalisation où chacun choisit la pension qu’il souhaite obtenir pose un insupportable problème d’équité dans un régime fondé sur la solidarité intergénérationnelle.

 Des privilèges exorbitants

 A cette inéquité intergénérationnelle qui est une insulte à l’avenir, se superpose une incroyable inéquité entre retraités eux-mêmes. Des injustices liées à la multiplicité et à l’opacité des régimes de retraite.  On ne compte pas moins de 538 régimes concourant à la gestion du risque vieillesse : autant de régimes qui multiplient les réflexes corporatistes et sanctuarisent les injustices.  Pour en prendre la mesure, il suffit de faire un calcul compliqué que personne ou presque n’a jamais fait – et on comprend pourquoi- : pour un euro de cotisation versée durant la vie active, combien d’euros de pensions reçus pendant la durée de la retraite ? Pour faire ce calcul, il faut comparer la somme des cotisations versées durant la totalité de la vie active ( par le salarié et l’employeur) à la somme des pensions à percevoir depuis le départ à la retraite, en prenant en compte quatre variables ( ce calcul a été fait par Jacques Bichot, économiste, professeur à l’université de Lyon III, ancien membre du Conseil de surveillance de la caisse nationale d’Assurance Vieillesse , Un plan pour sauver nos retraites, Sauvegarde Retraites, janvier 2006)

1. Le nombre d’années travaillées et cotisées ;

2. Le nombre d’années passées à la retraite, qui dépend de l’âge de départ à la retraite et de l’espérance de vie de la catégorie socio-professionnelle considérée ;

3. Le taux de remplacement, c’est-à-dire le rapport entre le montant de la pension et le salaire ;

4. L’application, dans certains cas, de pénalités ou d’années de cotisation n’ouvrant pas droit à pension.

Ce calcul de «  bon sens » révèle des différences si impressionnantes entre retraités qu’elles inciteraient à supprimer le mot fraternité de la devise de la République.  Là où une ouvrière de 60 ans, à la carrière incomplète pour avoir élevé deux enfants touchera 1, 04 euro pour un euro cotisé, un employé modeste à la Banque de France, pouvant prendre sa retraite à 55 ans, touchera 2,42 pour un euro cotisé.  Là où un cadre multi-carrières  ayant commencé par être ingénieur agronome avant de se lancer dans une activité libérale de conseil percevra à partir de 64 ans 0,87 euro pour 1 euro cotisé, un cadre de la SNCF ayant accumulé 32 années validées et prenant sa retraite à 55 ans percevra 3,16 euros.  Là où une infirmière à la carrière incomplète percevra 1,83 euros pour un euro cotisé, un sous-officier prenant sa retraite après 15 années de service dont 5 de campagne simple et jouissant de sa pension immédiate à 35 ans percevra – c’est le meilleur rapport- 4,78 euros pour un euro cotisé.  Autant de calculs qui devraient inciter les plus mal lotis, qui sont souvent les Français les plus modestes, à placer eux-mêmes  les sommes qu’on leur a prélevées ( 25% du traitement brut en moyenne) pour éviter de payer, au final, la retraite de ceux qui vivront plus longtemps qu’eux et avec une meilleure base de calcul ! 

C’est ce type de calcul que vient de faire l’OCDE en calculant une valeur dite de «  patrimoine-retraite » qui prend en compte les droits à pension, les espérances de vie spécifiques à chaque pays, les âges moyens de départ à la retraite et la valeur en monnaie constante des retraites versées ( avec un taux d’inflation moyen de 2%). En France, ceux qui bénéficient d’un revenu égal à 2,5 fois le revenu moyen disposeront d’un patrimoine-retraite égal à 20,5 fois ce revenu moyen. Ceux qui sont à la moyenne , d’un patrimoine-retraite égal à 9,5 fois ce revenu moyen et ceux qui ne disposent que de la moitié de ce revenu moyen, d’un patrimoine –retraite égal à 7,6 fois. A cet égard, il faut noter qu’au Royaume-Uni, souvent présenté en France comme le modèle repoussoir, ceux qui partent avec 2,5 fois le revenu moyen disposeront d’un patrimoine-retraite brut égal à 15 fois le revenu moyen ( 20,5 fois en France), les pays les moins inégalitaires étant l’Irlande ( 5,4)  le Canada ( 6,5) et  le Danemark ( 8,3).

Dans une certaine mesure, et c’est la bien la réalité perverse d’un système de retraite par répartition, ce sont bien ceux qui ont subi des métiers pénibles, dangereux et moins payés qui paient la retraite de ceux qui ont été les mieux payés, se sont arrêtés tôt et ont connu les métiers physiquement les moins éprouvants.

A cet égard, les avantages dont bénéficient les titulaires de ce qu’on appelle les «  régimes spéciaux » sont un véritable défi à la morale. Mis en place à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle à une époque où la pénibilité des métiers exercés par leurs personnels entraînait une surmortalité avérée justifiant des départs précoces, ces régimes ne doivent plus bénéficier des privilèges scandaleux dont ils bénéficient : ce sont ainsi 65,3% des agents de la RATP qui prennent leur retraite avant 55 ans et 95,7% avant 60 ans. Ce sont 75,9% des agents de la SNCF qui prennent leur retraite à 55 ans et 99,6% avant 60 ans. Ce sont 50% des gaziers et des électriciens qui partent à 55 ans et 84% avant 60 ans.

Ici, l’allongement de l’espérance de vie promet à ces professions qui ne sont plus réputées pour leur pénibilité, mais plutôt par l’abondance de leurs journées de grève, plus de 3,4 euros de retraite pour un euro cotisé. Mais les défenseurs de cette bastille – supposés porteurs de valeurs égalitaires-  sont particulièrement coriaces. Ce sont eux qui en 1995 ont fait chuter Alain Juppé qui avait souhaité mettre en place une commission d’experts chargée de «  la remise à plat des régimes spéciaux de retraite ». Quant à la réforme Fillon de 2003, elle n’a pas osé aborder le sujet. Ce sera donc la «  solidarité » nationale qui devra éponger les ardoises de ces régimes déficitaires, les nouvelles normes comptables internationales imposant l’intégration des charges de retraite dans le bilan des entreprises concurrentielles. Une ardoise qu’EDF a chiffré à 52 milliards d’euros, la RATP à 22 milliards d’euros et la SNCF à 103 milliards d’euros.  En 2006, c’est 2,5 milliards d’euro que verseront les contribuables au titre de la «  solidarité » pour la SNCF, soit un peu moins que le montant de l’ISF.  Autre caractéristique de notre «  modèle » : les fonctionnaires, qui ne représentent que 20% de la population active, «  assurent » à eux seuls plus de 60% du déficit du régime de retraites, un déficit payé par le contribuable dans la mesure où le régime de retraites des fonctionnaires n’est pas un régime de répartition ! Même si les écritures qui figurent sur les bulletins de paie des fonctionnaires mentionnent bien une cotisation employeur, cette cotisation est totalement fictive, l’État ne versant les sommes mentionnées à aucun organisme de répartition.  Simplement , dans le budget de l’État, le fonctionnaire émarge à la ligne « traitements » lorsqu’il est en activité, puis à la ligne «  pensions » une fois le service quitté.

Mais il y a plus fort au palmarès des « toujours plus ». En vertu d’un décret du 10 septembre 1952, les pensions de retraite pour les fonctionnaires d’outre-mer sont majorées de 35% à la Réunion et à Mayotte, de 40% à Saint-Pierre et Miquelon et de 75% en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie. Des majorations qui, à cette date, pouvaient se justifier par l’éloignement et la vie beaucoup plus difficile et qui sont aujourd’hui devenues des destinations paradisiaques pour les 100 000 fonctionnaires que comptent ces territoires. Des majorations qui expliquent que certains fonctionnaires métropolitains n’hésitent pas à se faire nommer outre-mer six mois avant leur mise en retraite !  Ainsi, en Polynésie, un enseignant titulaire du Capes ayant eu trois enfants percevra 4 938 euros de retraite contre 2 822 pour son collègue de métropole.

Mieux, comme l’a révélé Anne-Marie Payet, sénateur de la Réunion, lors du débat parlementaire au Sénat du 22 mai 2003 : «  Les indemnités sont versées à certains pensionnés n’ayant jamais travaillé outre-mer… Ils sont chaque année près de cinq cents à se rendre à la Réunion pour y louer ou acheter un appartement, à la seule fin de disposer d’une adresse, unique formalité indispensable à remplir pour bénéficier de l’avantage en question. Cette adresse est en général fictive, car souvent ils ne font que passer et résident en réalité en métropole. Aucun contrôle n’est effectué. »

Un sénateur qui a du courage dans la mesure où ce sont sans doute les sénateurs qui sont promis aux retraites les plus dorées. Imaginons, cas banal, un haut fonctionnaire, maire de sa ville, élu au Sénat.  S’il a exercé deux mandats ( 18 ans) et qu’il a été pendant 18 ans maire de  sa ville ( 3 mandats), il percevra, au titre de sénateur, 3 600 euros de pension mensuelle, au titre de maire  1 200 euros et au titre de fonctionnaire près de 3 000 euros. Au total, 7 800 euros jusqu’à la fin de ses jours qui seront intégralement versés à sa veuve après sa disparition, une veuve qui, en raison de l’allongement de l’espérance de vie, pourrait lui survivre près de 20 ans !

 C’est bien vouloir dire que notre système actuel de retraite opère depuis une trentaine d’années un formidable transfert vers les catégories socioprofessionnelles supérieures les plus protégées. Un transfert que n’émeut pas vraiment tous ceux qui en sont les victimes mal informées et qui ne fait protester ou descendre dans la rue que ceux qui en sont les principaux bénéficiaires.  La moindre des réformes serait de tenir compte de l’espérance de vie pour le calcul des cotisations et des pensions. La Suède l’a fait en 1999, en instaurant ce que les assureurs appellent la neutralité actuarielle. Le régime par répartition fonctionne selon un mécanisme de comptes qui retracent les droits acquis par l’assuré au cours de sa carrière. Au moment du départ à la retraite, les droits accumulés dans le compte sont convertis en annuités selon une formule qui tient compte de l’espérance de vie de la génération à laquelle appartient l’assuré et de l’âge qu’il choisit pour partir à la retraite. Il n’y a plus de norme collective de départ à la retraite et l’assuré peut partir entre 61 et 70 ans, en arbitrant selon ses désirs entre le loisir et l’argent. 

Les socialistes français, eux, plus à l’aise dans la commande d’études ( La première mise en garde sur l’évolution du régime des retraites date du Livre blanc commandé en 1991 par Michel Rocard) que dans la prise des décisions qui en découlent et qui s’imposent , ont promis, s’ils revenaient au pouvoir, d’abroger la loi Fillon qui tentait d’instaurer plus d’équité entre les Français  et de consolider le droit à la retraite à 60 ans . Cynisme, inconscience ou démagogie ?

 Jacques Marseille 

Tableau encadré

 L’espérance de vie à 60 ans

 Date               Hommes       Femmes

1950                15,4                 18,4

1960                15,7                 19,5

1970                16,2                 20,8

1980                17,3                 22,4

1990                19,0                 24,2

2000                20,2                 25,6

2010                21,7                 27,1

2020                23,2                 28,5

2030                24,6                 29,8

2040                25,9                 31,0

ET TOUJOURS D’ACTUALITE : Santé, Démographie, Retraite : le trio infernal !!!!  (cliquez sur le lien)

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