Les Vertus du Capitalisme

Plaidoyer offensif en faveur du capitalisme

XAVIER LAGARDE,PROFESSEUR DE DROIT,  Extraits de son dernier ouvrage : «Juste capitalisme», Carré Droit, juin 2009, 202 pages. 

«Si le diable vit sur terre, il n’est pas sûr qu’il soit libéral. Ni même capitaliste.»

« L’ENTREPRENEUR EST-IL UN JOUEUR OU UN BON PÈRE DE FAMILLE? ENTRE LA MISE DU PARIEUR ET LE PLACEMENT DE L’ENTREPRENEUR, IL N’Y A PAS DE CONFUSION POSSIBLE: LA PREMIÈRE EST UN ACTE DE CONSOMMATION, LE SECOND UN ACTE D’INVESTISSEMENT »
« ACHETONS AUJOURD’HUI CAR DEMAIN L’ON ACHÈTERA PLUS CHER , TEL EST LE MOT D’ORDRE. EN UN MOT, LA MÉCANIQUE INFLATIONNISTE SUPPOSE UN ESPRIT MOUTONNIER. IL FAUT QUE L’INDIVIDU S’OUBLIE POUR N’AVOIR PLUS D’AUTRES REPÈRES QUE LE COMPORTEMENT DE SON ALTER EGO »

PLUS D’EXTRAITS EN SUIVANT :

«Amoral dans son principe, immoral dans ses excès, telle est la sentence qui vient le plus souvent conclure le procès du capitalisme».Dans cet essai, Xavier Lagarde s’atèle à défendre le modèle qui régit la majeure partie des économies mondiales. Il s’interroge sur les raisons des critiques acerbes dont il fait régulièrement l’objet, lorsque ses dérives font apparaître ses défauts.

Selon l’auteur, les raisons matérielles manquent.«Il doit donc y en avoir d’autres, d’ordre culturel».Xavier Lagarde veut démontrer que ce modèle aujourd’hui tant controversé a de sérieux arguments à faire valoir, estimant qu’une juste évaluation devrait conduire à une forme de consensus semblable à celui qui suscite le régime démocratique. Pour ce faire, ce professeur de droit privé à l’Université Paris X Nanterre ne s’embarrasse pas de détours: «La Révolution Française a substitué les puissances de l’argent au pouvoir aristocratique, lâchant la bride aux capitalistes».

Extraits :

Si l’analyse était exacte, si les forces du marché n’étaient que les forces «tout court», il faudrait constater que leur avènement s’accompagne d’un accroissement continu des inégalités. Or, et même si les mesures comportent leur part d’imprécision, l’impression est plutôt que le marché progresse et que les inégalités reculent. Bernard Salanié, économiste peu contesté, rappelle ainsi que depuis une cinquantaine d’années, notre pouvoir d’achat n’a cessé d’augmenter et que celui attaché au SMIC a augmenté plus vite que celui attaché au revenu moyen. Il indique aussi, en comparant ce qu’a été l’évolution du niveau de vie en RDA et en RFA, que les économies libérales ont fait trois fois mieux que les économies planifiées. Il observe encore que le rapport entre les 10 % les mieux rémunérés et les 10 % les moins payés s’est stabilisé autour du chiffre trois depuis plus de quarante ans ; que cette stabilité caractérise encore la part des vingt mille foyers fiscaux les plus riches dans le revenu national qui, depuis trente ans, ne dépasse plus 2%. A l’échelle mondiale, la mondialisation ou encore la globalisation, en un mot, le fait que les frontières entravent de moins en moins l’activité économique, ne semblent pas être à l’origine d’une explosion des inégalités.

Les pays pauvres se sont constamment appauvris de 1820 à 1950 puis, à compter de cette date, la dégradation a buté sur un palier. Il y a même des indicateurs plus encourageants. D’abord, l’espérance de vie croit notablement plus vite dans les pays en voie de développement que dans les pays développés. C’est le signe d’un certain rattrapage en termes de bien-être. Il apparaît également que la population vivant en deçà des seuils de pauvreté répertoriés par la Banque mondiale ne cesse de décroître. Un chiffre pour comprendre: en 1950, 72% de la population mondiale avait un pouvoir d’achat inférieur à ce qu’autorisait en 1985 un revenu de 2 dollars par jour; en 2003, la proportion était tombée à 50%. Il faut préciser qu’auparavant, pour obtenir une baisse aussi significative de la même statistique, il avait fallu un siècle et demi. Notre planète est encore le lieu d’inégalités colossales. Si le diable vit sur terre, il n’est cependant pas sûr qu’il soit libéral, ni même capitaliste. (…)

L’entrepreneur est-il un joueur ou un bon père de famille? Avant de répondre à la question, entendons nous sur les mots. L’entrepreneur, dans une économie capitaliste, peut se comprendre comme un investisseur. Celui-ci détient des avoirs, mais au lieu de les consommer immédiatement ou de les confiner dans un bas de laine, il les dépense en vue de financer une activité dont il espère qu’elle rapportera plus que la dépense initiale. Ce n’est là bien sûr qu’une espérance car l’activité peut n’avoir aucune rentabilité de telle sorte que la dépense aura été faite en pure perte. Assurément notre entrepreneur investisseur n’est pas un bon père de famille car il accepte ce dont ce dernier ne veut pas: perdre ce qu’il a. Mais est-ce pour autant un joueur?  La réponse est non. Car le parieur n’a évidemment pas l’esprit d’entreprise. Lorsqu’il dépense sa mise, il s’amuse. Son attitude est à l’exact opposé de l’investisseur qui, lorsqu’il engage ses fonds, se prive des joies attendues d’une dépense immédiate. Entre la mise du parieur et le placement de l’entrepreneur, il n’y a pas de confusion possible : la première est un acte de consommation, le second un acte d’investissement. La meilleure preuve en est que si le parieur invétéré devait, une fois n’est pas coutume, réaliser un investissement, il percevrait immédiatement que celui-ci le prive de son vice. Ainsi, faut-il admettre que certains individus prennent des risques sans être pour autant des joueurs. (…) Il n’est de donnée moins contestée que les entrepreneurs courent un risque là où les salariés n’en prennent pas. En même temps, à l’exception des petits commerçants prêts à risquer toutes leurs économies dans un négoce aléatoire, les entrepreneurs d’aujourd’hui semblent exposés à un risque limité. Le chef d’une grande entreprise cotée est souvent le plus brillant des salariés. Son patrimoine n’est pas en danger. Lorsque l’entreprise est familiale, le risque est plus élevé. Cependant, la séparation est bien faite entre les versants personnel et professionnel du patrimoine. Au reste, lorsque les entreprises atteignent une certaine taille, il leur arrive de souffrir, plus rarement de disparaître. Enfin, les «jeunes pousses» ou «start-up» sont le plus souvent financées par des apports en capital. De la sorte, l’échec du projet n’a normalement pas de coût pour celui qui est à l’origine du projet. En fait, et quel que soit le domaine, les ratés pèsent essentiellement sur la carrière de l’individu qui y est associé. Du coup, entre l’entrepreneur et le salarié, les différences s’amenuisent. Car une force de travail mal investie se déprécie au fil de ces mauvais usages. Le salarié qui reste trop longtemps au même poste grève ses perspectives d’évolution. A l’inverse, celui qui saute de place en place inspire à l’usage une confiance limitée. Au reste, au-delà de ces choix personnels, le choix de l’entreprise n’est pas sans incidence sur l’appréciation de la force de travail.

Une entreprise qui croît fait croître la valeur de ses salariés, étant précisé que l’inverse est souvent vrai. Ceux-ci ne misent donc pas leurs économies mais à tout le moins leur force de travail. Ils investissent cette dernière dans une entreprise, publique ou privée d’ailleurs, avec le risque d’une éventuelle dépréciation et l’espoir d’un retour satisfaisant. Certains prennent plus de risques que d’autres. Ils innovent là où les autres répètent. Quoi qu’il en soit de cette différence d’état d’esprit, il n’en reste pas moins que les décisions prises sont sensiblement de même nature. Il s’agit toujours, sur sa force de travail, de faire acte d’entrepreneur. Telle serait donc la leçon de l’époque.

Nous rejetons le capitalisme non parce que le plus grand nombre aurait à souffrir des appétits démesurés de quelques-uns, mais parce que, ayant atteint tout le monde, il épuise sans relâche les individus. Ceux-ci sont toujours à la recherche du meilleur rendement et leur insatisfaction est permanente, nourrie de l’infatigable sentiment qu’il y a nécessairement un autre pour faire toujours mieux. Sans doute n’est-ce pas la guerre mais cette concurrence sans fin ne leur laisse aucun repos.

Cette analyse, ou plutôt cette hypothèse, peut susciter une infinité d’objections. Il en est au moins deux: elle est fausse, elle est inopportune. (…)

La situation actuelle est-elle de nature à remettre en cause le mouvement de l’individualisme? La volonté de croissance qui semble constituer la marque de l’esprit contemporain est elle à ranger désormais au rayon des illusions perdues?

L’ampleur de la crise autorise à poser la question.

Nombreux sont ceux qui pensent qu’il faut maintenant en revenir aux «fondamentaux». Que les banques financent les entreprises plutôt qu’elles n’alimentent les spéculations boursières. Que les entreprises embauchent et investissent. Que les consommateurs consomment et alimentent ainsi la croissance en même temps qu’ils augmentent leur bien-être. Certains vont même plus loin et proposent de remettre l’humain au coeur de l’activité économique. Que les firmes soient de nouveau le lieu d’une heureuse association du travail et du capital. Qu’elles soient à tout le moins porteuses de projets communs propres à permettre l’intégration de tous et non plus seulement un lieu où investir. Que revivent les collectivités d’antan et qu’importe la croissance.

Ces discours du moment sont des invitations à faire revivre des institutions anciennes. Le procédé est banal dans les périodes de crise. Ainsi, celles qui ont jalonné le XIXe siècle avaient conduit les entrepreneurs à développer le patronage. Ceux-ci reprenaient ainsi à leur compte les protections autrefois liées aux tutelles et vassalités de l’Ancien Régime.

Aujourd’hui, en vantant le capitalisme des entrepreneurs pour mieux dénigrer le capitalisme financier, on ne fait rien de plus ni de mieux que promouvoir les conceptions institutionnelles de l’entreprise. Dans cetesprit, et avec un idéalisme rétrospectif, on prête également une indiscutable humanité aux structures collectives. Il n’est pas sûr que ces nostalgies aient devant elles un grand avenir. Il y aura ici et là des mouvements de recul. Il est cependant improbable que ceux qui continuent d’investir dans leur vie professionnelle, et plus largement leurs diverses activités sociales, renoncent désormais à leur légitime ambition de croître. (…)

En première analyse, les financiers se sont rendus coupables d’un comportement anticapitaliste. Le capitaliste a le désir de croître en faisant fructifier ses talents. Après avoir identifié ses points forts (et aussi ses points faibles), il engage son être dans une activité dont il attend des gains mais dont il sait également qu’elle peut susciter des pertes. Lorsque les financiers font leur miel du subprime, ils espèrent des gains conséquents. Cependant, ils oublient tout le reste. Et ce faisant, délaissant les principes qui font la charpente de l’esprit capitaliste, ils construisent sur du sable. Tout d’abord, ils refusent d’admettre ce qui est consubstantiel à tout engagement, à savoir la prise de risque. Le mal ne vient pas des marchés qui, lorsqu’ils fonctionnent correctement, constituent une formidable machine à diluer et à gérer les risques. Dans son principe, la titrisation reste un outil tout à fait performant. Le vice est dans la prestidigitation. Car alors, la maîtrise du risque passe ni plus ni moins par sa dissimulation. Les spéculateurs deviennent des autruches et comme celles-ci ne passent pas pour spécialement habiles, on comprend alors que les premiers jouent un contre emploi. Si le risque est abusivement effacé, c’est que, préalablement, l’investissement a été artificiellement construit. Le prêteur ne peut être considéré comme un investisseur dès lors qu’en réalité, à travers le prêt consenti, il fabrique un produit financier qu’il s’empresse de céder à d’autres. Le premier investisseur dans l’affaire, c’est l’emprunteur qui, comme on dit, investit dans l’immobilier. Simplement, s’il est déjà aux limites de l’insolvabilité, ce qu’il met dans l’affaire confine au néant. En réalité, il espère s’en sortir grâce à l’augmentation de la valeur du bien acheté. Il compte sur la plus value pour créer une richesse inexistante au départ. L’investissement se fond dans l’espérance d’un gain. En quelque sorte, ce n’est pas l’acheteur qui investit dans la maison achetée mais cette dernière qui, compte tenu des plus-values attendues, investit pour l’acheteur. Cette mécanique fonctionne aussi longtemps que tous achètent. Et tous achètent aussi longtemps qu’ils restent convaincus d’une augmentation continue de la valeur des actifs. Achetons aujourd’hui car demain l’on achètera plus cher, tel est le mot d’ordre. En un mot, la mécanique inflationniste suppose un esprit moutonnier. Il faut que l’individu s’oublie pour n’avoir plus d’autres repères que le comportement de son alter ego. Il agit pour être sûr qu’un autre n’agira pas à sa place. Ce faisant, il adopte l’attitude contraire à celle d’un capitaliste normalement constitué qui, avant de s’engager, fait plus ou moins consciemment le bilan de lui même. L’individu opère un curieux retour à l’homme sans qualités de jadis qui, peu conscient de sa singularité, acceptait de se fondre dans un collectif. A cette différence près qu’au lieu de faire pareil, il tente toujours de faire mieux. Ainsi pourrait on attribuer la crise actuelle non pas aux excès du capitalisme mais aux insuffisances des capitalistes.

Xavier Lagarde, agrégé des facultés de droit, est professeur de droit privé à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense (Paris X). Il a été membre de l’Institut universitaire de France et est actuellement administrateur de l’institut PRESAJE (prospective, recherches, études sociétales appliquées à la justice et à l’économie), un think tank dédié à l’école de questions communes à l’économie, le droit et la justice. Depuis 1993, il exerce une activité régulière de consultant dans l’ensemble des domaines qui intéressent le contentieux des entreprises : contrats, financements, travail, consommation et procédures. Il officie également en tant qu’avocat au barreau de Paris.

XAVIER LAGARDE

«Juste capitalisme», Carré Droit, juin 2009, 202 pages.

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