Europe

Commentaire : Trappe à Dettes /Retour sur la tragédie grecque

Les marchés de la dette souveraine sont en ébullition. Après les déboires de Dubaï, investisseurs et agences de notation se sont mis à prendre très au sérieux les risques liés aux dettes d’Etat. Et pour la première fois, un pays de la zone euro se trouve dans le collimateur, en l’occurrence la Grèce.

PLUS DE DETAILS EN SUIVANT :

Finances exsangues

Avec une croissance moyenne de 4%, la Grèce a été une des économies les plus dynamiques de la zone euro au cours de la dernière décennie. Hélas, grisées par cette santé étincelante, les autorités athéniennes en ont oublié de réformer leur économie et ont au contraire accumulé les déficits. A titre d’illustration, seule l’année 2006 s’est terminée, ces dix dernières années, par un déficit inférieur à 3% du produit intérieur brut (-2,9%) !

La dette publique est dès lors restée très élevée, à plus de 95% du PIB, et c’est donc sans aucun matelas de sécurité que la Grèce a abordé la crise, la chute des recettes fiscales s’avérant catastrophique pour le pays. Pour preuve, le déficit budgétaire de près de 8% du PIB annoncé pour 2008 et les 12% de déficit, voire plus, prévus pour 2009, 2010 et 2011 devraient faire grimper la dette publique à quelque… 135% du PIB.

Pays peu compétitif et banques très exposées

Depuis 1992, la rémunération des salariés a augmenté en moyenne de 7,5% par an et malgré une inflation supérieure à la moyenne européenne, les ménages grecs ont donc vu leur pouvoir d’achat croître à un bon rythme. Cela leur a alors permis de consommer davantage, mais face à la faible compétitivité de leurs produits nationaux, ils se sont rués sur les produits importés. Résultat : un déficit commercial moyen qui dépasse régulièrement les 15% du PIB, avec des pointes à près de 18% !

Un autre problème majeur a trait aux banques.

Très exposées à des pays d’Europe de l’Est comme la Bulgarie, la Roumanie ou la Serbie, les banques grecques sont confrontées à une hausse substantielle des défauts de paiement sur ces mêmes marchés et figurent donc parmi les plus enthousiastes quand il s’agit d’accéder aux fonds mis à disposition du secteur financier par la Banque centrale européenne. Une dépendance qui n’est pas sans inquiéter les autorités grecques, qui ont déjà demandé à leurs principales banques de chercher d’autres moyens de financement.

Le renchérissement de la dette se poursuit

Face à cette détérioration conjoncturelle, les investisseurs se sont mis à exiger des taux d’intérêt de plus en plus élevés pour acheter de la dette grecque et alors que les bons du Trésor allemand offraient des rendements de 3% en novembre, ceux de la Grèce annonçaient… 4,5%.

Seulement, suite aux soucis de financement rencontrés par Dubaï, les agences de notation se sont mises à réévaluer le risque lié aux dettes souveraines et la note de la Grèce a été revue à la baisse. Pris soudainement dans l’oeil du cyclone, le pays a alors vu sa dette délaissée et l’écart séparant celle-ci de la dette allemande est alors passé de 1,5 à 2,5%.

A l’abri dans la zone euro ?

La Grèce n’est toutefois pas le seul pays de la zone euro à afficher des déficits importants et des perspectives de croissance faibles, deux paramètres qui accentuent le risque d’explosion de la dette publique. Le Portugal, l’Irlande, l’Italie et l’Espagne partagent – à des degrés divers – ces mêmes problèmes. Désormais repris sous l’acronyme PIIGS (d’après leurs initiales en anglais), ces pays sont aujourd’hui sous haute surveillance.

Un éventuel défaut de paiement grec serait donc lourd de conséquences pour ces pays dont la prime de risque serait revue à la hausse, mais ce scénario nous semble peu probable. En effet, même si le pays devait se retrouver dans l’impossibilité de se financer sur les marchés, il pourrait être financé soit par d’autres Etats membres de la zone euro, soit par le Fonds monétaire international, comme la Hongrie précédemment. Néanmoins, ces prêts seraient vraisemblablement assortis de conditions très strictes et risqueraient donc d’être particulièrement impopulaires. De quoi inciter donc le Premier ministre grec à réduire ses déficits par tous les moyens, fussent-ils douloureux pour les Grecs !

Conclusion

Considérée d’ordinaire comme un des placements les plus sûrs, la dette souveraine est aujourd’hui remise en question face à la détérioration généralisée des déficits budgétaires et à la flambée de l’endettement public qu’elle a entraîné.

Bien sûr, le financement de ces dettes se fait encore sans problème majeur grâce aux liquidités abondantes et aux crédits bon marché, mais il arrivera un jour où les taux d’intérêt augmenteront et cet endettement coûtera alors très cher.

Lapréférence en termes de placements obligataires va donc aux pays disposant d’une situation financière saine, comme la Suède, l’Australie, le Canada et la Nouvelle-Zélande.

EN COMPLEMENT INDISPENSABLE : Obligations d’Etats : Se méfier des Dettes des Gouvernements (cliquez sur le lien)

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