Behaviorisme et Finance Comportementale

Des indicateurs plus ‘alternatifs’ prétendent pouvoir prédire l’évolution boursière de l’année à venir…

Beaucoup se plaisent à trouver des liens entre des événements dûs au hasard et les prestations des marchés boursiers. De tels indicateurs sont rarement fiables, et encore moins scientifiquement acceptables. Voici quelques théories parmi les plus originales.

PLUS DE DETAILS EN SUIVANT :

Rouge à lèvres

Après les événements du 9/11, la direction du géant cosmétique Estée Lauder a remarqué une hausse considérable des ventes de rouge à lèvre. Une explication fut vite trouvée: si vous n’avez pas confiance dans l’avenir, vous achèterez moins de produits chers. Selon cette théorie, les femmes achèteraient donc moins de vêtements et de chaussures en temps de crise, mais utiliseraient plus de rouge à lèvre pour compenser ce manque et accentuer leur beauté. L’’indicateur rouge à lèvres’ était né. Lorsque les ventes de rouge à lèvres augmentent, cela indique une période de récession ou une période d’insécurité économique. 

Jupes courtes

Les investisseurs devraient s’intéresser aux jupes courtes qu’ils croisent dans les rues… Lorsque les designers de mode présentent de nombreuses jupes courtes, cela signifie que l’économie se porte bien. Les jupes longues indiqueraient un recul de l’économie, car les femmes les portent lorsqu’elles se sentent incertaines. La confiance des consommateurs est peu élevée. 

Super Bowl

Certains investisseurs superstitieux attendent avec impatience de connaître le gagnant du Super Bowl, la finale des championnats de football américain. Lors de ce match, la meilleure équipe des deux conférences, l’AFC et la NFC, s’affrontent. D’après l’indicateur Super Bowl, si l’équipe AFC remporte le titre, il faut s’attendre à une mauvaise année boursière. Si l’équipe NFC remporte le match, une bonne année boursière attend les investisseurs. 

Bien entendu, aucune raison objective ne vient soutenir la thèse selon laquelle le résultat d’un tel championnat aurait une quelconque influence sur la Bourse. Mais il existe bien un lien statistique. Durant ces 40 dernières années, l’équipe de la NFC a remporté 22 fois le Super Bowl. Durant ces années, le Dow Jones a grimpé en moyenne de 12,1%. Et durant les années où l’équipe AFC est sortie gagnante, l’indice boursier américain a grimpé de seulement 2% en moyenne. 

Maillot de bain

Chaque année en février, le magazine sportif américain Sports Illustrated publie une édition spéciale ‘maillots de bains’. Plusieurs investisseurs se fient à la couverture du magazine pour prédire l’évolution du marché d’actions américain. Lorsqu’un mannequin américain figure sur la couverture, l’indice S&P devrait prester mieux que le rendement moyen. S’il s’agit d’un modèle étranger, l’indice devrait prester moins bien. 

L’édition spéciale ‘maillots de bains’ de Sports Illustrated existe déjà depuis 45 ans. On dispose donc de suffisamment de chiffres pour mesurer la fiabilité de cet indicateur. Entre 1979 et 2008, le rendement moyen annuel du S&P 500 se situait à 8,9%. Les années où la couverture du magazine présentait un modèle américain, le rendement se situait en moyenne à 13,9%. Lorsque le modèle n’était pas américain, le rendement moyen s’élevait à 7,2%. Mais cet indicateur n’est pas infaillible. En 2008, le S&P a perdu environ 38%, alors que le mannequin américain Marisa Miller étaient mis en évidence. En 2009, c’est le modèle israélien Bar Rafaeli qui trône sur la couverture… 

Harvard

Un jeune homme a développé l’indicateur Harvard MBA. En se basant sur le nombre de diplômés de l’université américaine qui optent pour une carrière dans le secteur financier, il conclut à une hausse ou une baisse sur le marché d’actions. Lorsque plus de 30% des étudiants diplômés optent pour un job dans le secteur financier, les investisseurs devraient délaisser les actions. A l’inverse, une bonne période boursière s’annonce lorsque seulement 10% des diplômés choisissent une carrière financière. 

Ce raisonnement n’est pas dénué de sens : plus les jobs du secteur financier attirent de candidats à l’embauche, plus le marché d’actions risque d’avoir atteint un sommet ou une bulle risque d’éclater. Lorsque moins d’étudiants se laissent tenter par un job dans le secteur financier, le marché d’actions sort d’une mauvaise passé et les bonnes affaires apparaissent. 

L’indice Big Mac

The Economist affirme que l’on peut connaître le coût de la vie d’un pays en se basant sur le prix d’un hamburger. Le magazine américain se base sur le prix d’un Big Mac, l’hamburger le plus célèbre de McDonalds, en vente dans plus de 120 pays. Les ingrédients sont partout les mêmes, ce qui facilite la comparaison. The Economist calcule l’indice Big Mac depuis 1997. Le prix d’un hamburger est exprimé en dollars pour chaque pays. Lorsque le prix est plus élevé qu’aux USA, cela signifie que le coût de la vie du pays concerné est plus élevé. Si c’est moins cher, la vie est relativement moinjs chère dans ce pays.  Cet indice devrait permettre aux investisseurs à évaluer si une devise est sur- ou sous-estimée

source echo dec09

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L’investisseur particulier a horreur du risque

[ 14/12/09  -les echos- Au-delà de l’éducation et de leur formation, l’attitude des clients particuliers et privés vis-à-vis du risque est influencée par un certain nombre de leurs caractéristiques personnelles. Quotient intellectuel, taille, environnement familial ou génétique, les individus sont conditionnés dans leur approche de l’investissement.    

Les gérants privés ont fort à faire. Ils sont confrontés à des clients aux exigences souvent contradictoires, comme celle, habituelle, de réclamer davantage de performance sans risque supplémentaire. Leurs interlocuteurs sont aussi parfois difficiles à cerner, voire déroutants. Leur attitude vis-à-vis du risque, cruciale à déterminer, dépend d’ailleurs en partie de caractéristiques observables (taille, quotient intellectuel, environnement familial), mais aussi cachées (génétique). Mieux connaître ses clients leur permet d’améliorer leur offre sur mesure de solutions d’investissement. Un besoin des particuliers, jusqu’alors inassouvi, est la gestion actif/passif. Il s’agit de gérer leur portefeuille en tenant compte de leurs objectifs et projets futurs, et non plus seulement en essayant d’obtenir le meilleur rendement. Des outils, très courants dans le monde institutionnel où ils sont utilisés par les fonds de pension, peuvent être adaptés au monde de la gestion privée. C’est la manifestation d’une forme de convergence, un peu inattendue, entre ces deux univers (lire ci-dessous).

Le QI de l’investisseur

Il est sans doute délicat pour un gérant privé de demander de but en blanc à son client son quotient intellectuel (QI), voire lui imposer ce test. Pourtant, cette simple mesure générale en dit long sur sa sophistication et son talent d’investisseur. Les achats d’actions par les individus à fort QI enregistrent des performances supérieures de 11 % par an par rapport aux achats réalisés par les personnes à faible QI (1), selon une étude finlandaise. Ils ont ainsi de meilleures capacités à sélectionner les bonnes valeurs. Ce n’est pas au moment des annonces de leurs résultats par les sociétés que ces investisseurs réalisent leurs  » coups « , mais tout au long de l’année. En outre, les particuliers les mieux dotés intellectuellement ont une meilleure gestion et maîtrise de leurs ordres. Ils parviennent à minimiser leurs coûts de transactions (ensemble des frais, explicites et implicites, qu’ils doivent acquitter quand ils passent un ordre de Bourse). Plus mesurés, ils y réfléchissent à deux fois avant d’acheter un titre. Conséquence, le taux de rotation de leur portefeuille est plus faible que celui des individus à faible QI. Cette tendance à la  » suractivité  » en Bourse est en effet un des travers importants des particuliers. Et une bénédiction pour les courtiers en ligne.

Comme pour les particuliers, l’intelligence paie aussi pour les professionnels de l’investissement comme les gérants. Ceux qui ont obtenu leur Master of Business Administration (MBA) dans une université bien notée et cotée ont plutôt de meilleures performances que les autres.

La  » taille  » et la personnalité

Les individus de grande taille sont plus enclins que les autres à investir sur les marchés financiers, à y prendre des risques (placements en actions) et à détenir des fonds (2). En Europe, l’écart entre le taux de détention d’actions et de fonds investis en actions des  » grands  » et  » petits  » peut atteindre 15 %. Il est particulièrement fort en Suède ou en Italie et demeure dans la moyenne pour des pays comme la France ou l’Allemagne (voir illustration). De même, les personnes de taille importante investissent deux fois plus de leur richesse financière dans les actions que ceux de faible taille. Toutefois, cette relation n’est pas linéaire. Ainsi, les géants (les 5 % d’individus les plus grands par rapport à une taille moyenne de 1 m 68) perdent tout goût pour le risque.

Ces résultats sont dans la lignée des travaux précédents sur les caractéristiques des  » grands « . Ces derniers sont plus fréquemment des entrepreneurs. Ils ont un style de vie plus  » risqué  » que les autres (tabac…). Mais ils sont aussi plus optimistes et moins anxieux. D’ailleurs, leurs salaires sont plus élevés.

Le lien entre la taille et le comportement financier est nettement moins fort chez les femmes que les hommes. L’homogénéité des comportements est plus importante.

Le patrimoine génétique

Les grandes similarités dans l’attitude vis-à-vis du risque entre parents et enfants ne proviennent pas uniquement de facteurs culturels communs (éducation, milieu…), mais aussi de leur patrimoine et héritage génétiques. C’est la conclusion d’une étude qui va être publiée dans la prestigieuse revue économique, le  » Journal of Finance  » (3), dans la lignée de travaux récents ( » Les Echos  » du 15 septembre 2009). Le quart de la variation de la prise de risque entre les individus est attribué à leurs patrimoines génétiques différents. En outre, leur inclination à choisir des placements éthiques et responsables est aussi en partie un héritage de leurs gènes. Conséquence, la formation, le savoir et l’expérience acquise par un individu n’ont de prise que sur une partie de sa psyché.

Des investisseurs sont ainsi davantage prédisposés que les autres à la prise de risque et à investir en Bourse. A l’avenir, les futures recherches sur le génome et l’ADN permettront peut-être d’identifier plus finement des sortes de gènes de l’investissement. Tout aussi complexe sera la tâche d’intégrer toutes ces avancées pour mieux cerner le profil de risque de chaque personne et lui proposer des solutions adaptées. Les sources biologiques des décisions de placements constituent un des nouveaux chantiers de la recherche pour les années à venir.

La famille

Avant d’investir en Bourse, un individu n’a que l’embarras du choix en matière de conseils : banque, conseiller en gestion de patrimoine, site spécialisé, collègues de travail, club d’investissement… Plus proche de lui, sa famille s’avère un prescripteur particulièrement convaincant et efficace. Les investisseurs dont les parents ou les enfants ont acheté des actions dans les cinq années précédentes ont une probabilité supérieure de 30 % à 35 % d’en faire de même dans les cinq ans qui suivent (4). Même les grands-parents, d’un âge supérieur à 65 ans, sont influencés par les placements antérieurs de leurs enfants et petits-enfants. Les frères et soeurs s’influencent aussi mutuellement, mais les effets sont de moindre ampleur.

 » L’expérience de l’investissement et le savoir partagé au sein de la cellule familiale, notamment entre les parents et enfants, jouent un rôle important pour les inciter à investir en Bourse « ,note le chercheur. Sans doute à tort, les individus ont peut-être davantage confiance dans les conseils et recommandations de leurs proches que dans ceux qui émanent de l’extérieur. D’ailleurs, il est envisageable, ce qui n’est pas étudié dans ces travaux, qu’une même famille privilégie des secteurs, types de valeurs… D’où des portefeuilles plus concentrés et moins diversifiés. Un gérant privé serait bien inspiré de demander à son client si les autres membres de sa famille sont des  » boursicoteurs « . Si c’est le cas, il devra tenir compte des interférences potentielles entre ses conseils et ceux de la  » cellule familiale « .

NESSIM AÏT-KACIMI

 (1)  » Do smart investors outperform dumb investors ? « , Mark Grinblatt, Matti Keloharju, Juhani Linnainmaa, septembre 2009.(2) » Height, personnality, and portfolio choice « , George Korniotis, Alok Kumar, novembre 2009.(3)  » Genetic variation in financial decision making « , Cesarini, Johannesson, Lichtenstein, Sandewall, Wallace, octobre 2009.(4)  » Information sharing and stock market participation : evidence from extended families « , Geng Li, Federal Reserve Board, septembre 2009.

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