Au coeur de la création de richesse : l'Entreprise

La productivité : une notion clef en économie de marché

la productivité du travail des Etats-Unis dépasse celle de l’Europe, cela n’a pas toujours été le cas. En effet, dans les années 70 et 80, la croissance de la productivité européenne était largement supérieure à celle des Etats-Unis. Mais dès 1995, l’amélioration de la productivité américaine par employé dépasse celle de la zone euro, et cette supériorité s’est maintenue de façon quasiment ininterrompue jusqu’à ce jour.

PLUS DE DETAILS EN SUIVANT :

Le modèle de l’industrie européenne, largement consacrée à l’adaptation à une technologie existante, a montré ses limites.

A l’heure où ces deux économies sortent de l’une des plus graves crises qu’elles aient connues depuis un demi-siècle, il nous a semblé intéressant de nous pencher sur la question. La récession de 2008/09 ne serait- elle qu’une interruption passagère, si bien que l’ordre d’avant crise prévaudra après? Ou, au contraire, représentera-t-elle une cassure majeure, qui permettra à l’Europe d’améliorer sa productivité plus vite que les Etats-Unis?

Croissance de la productivité, à quoi bon?

Par productivité, on entend généralement productivité du travail. Ici, on se limitera à la productivité par employé, afin de comparer les Etats-Unis à la zone euro.

La productivité du travail se mesure par la production – en pratique par la valeur ajoutée produite – d’une économie divisée par le nombre d’employés. Elle dépend en premier lieu de la quantité de capital physique – usines, machines, etc. – dont chaque travailleur dispose pour pouvoir produire des biens et services. Il est ainsi évident que plus le travailleur a de machines à sa disposition, plus il est productif. Mais très tôt, les économistes ont constaté que les différences de capital disponible ne pouvaient, à elles seules, expliquer l’augmentation des richesses constatées sur plusieurs décennies ou les écarts que l’on observe actuellement entre les économies avancées et les émergentes.

Suivant le cadre théorique, l’écart entre la production mesurée et celle expliquée par les facteurs travail et capital est appelé «résidu de Solow»1 ou TFP («Total Factor Productivity»). Cette notion regroupe toutes les sources de croissance autres que celles fournies par le capital et le travail. Il s’agit donc de variables telles que le progrès technique, l’efficacité de la production, la capacité à mobiliser les facteurs de production, les connaissances technologiques, voire certaines caractéristiques culturelles.

Toutefois, si l’on augmente sans fin le nombre de machines dont chaque travailleur dispose, la production supplémentaire de ce nouveau capital s’amoindrira au point de tomber à zéro.

Dans ces conditions et à long terme, la croissance de la productivité est uniquement déterminée par le résidu de Solow (TFP). De ce fait, le progrès technique devient la source ultime de croissance économique par tête ou par employé.

Pourquoi l’accroissement de la productivité est-il souhaitable?

 Il est, tout d’abord, étroitement lié à la progression du niveau de vie, car seul un accroissement de la productivité peut justifier une augmentation des salaires réels sur le long terme. Ensuite, il a une influence favorable sur les finances publiques et sur l’évolution des prix, avec pour corollaire un environnement de taux d’intérêt bas propice à l’investissement.

Par ailleurs, les critiques opposent souvent emploi et progrès technique.

Nous pensons ici aux polémiques récurrentes à propos du remplacement de l’homme par la machine donnant lieu 1 Suite aux travaux de R. Solow (1956) auxquels il faut également ajouter ceux de T. W. Swan (1956) à de nombreuses révoltes au cours de l’Histoire, comme par exemple la destruction des métiers à tisser par les Canuts à Lyon au XIXe siècle. S’il est vrai que, à court terme, le progrès technique peut avoir des conséquences sur l’emploi, les données nous montrent que, à long terme, il y a neutralité.

L’Europe est-elle condamnée à jouer les seconds rôles?

On pense généralement que l’économie américaine est beaucoup plus productive que l’économie européenne. Bien que ceci n’ait pas toujours été le cas, il est fort probable que cette supériorité en termes de productivité persistera une fois la crise actuelle passée.

L’Europe n’a pas toujours été la lanterne rouge

L’évolution divergente de la croissance de la productivité entre les Etats-Unis et l’Europe au sortir de la deuxième guerre mondiale s’explique par la différence technologique entre les deux économies et leur niveau de capital initial. En raison de l’état de destruction avancé de l’Europe à la fin de la guerre, son élasticité production-capital était très importante. Ainsi, les accroissements de capital, aidés par le plan Marshall, augmentaient considérablement la productivité du travailleur, d’autant que son adaptation à la technologie importée était rapide, puisqu’il était généralement déjà formé. Les économies d’Europe ont pu se spécialiser dans l’adaptation de la technologie venue des Etats-Unis. A mesure que le stock de capital augmentait, les gains marginaux se réduisaient et l’écart de croissance de productivité en faveur de l’Europe s’amenuisait. Progressivement, le niveau technologique a convergé vers celui des Etats-Unis.

Mais, une fois la frontière technologique atteinte, la simple adaptation de technologie existante n’est plus suffisante. L’innovation devient alors l’ultime déterminant des gains de productivité. Malheureusement, au milieu des années 90, l’industrie européenne a en grande partie manqué le virage d’Internet. La croissance de sa productivité stagnait, alors que celle des Etats-Unis s’envolait. Bien sûr, cela a donné lieu à des excès d’investissementoutre-Atlantique, notamment en raison de l’effet de résonnance du Y2K (ou bug de l’an 2000). Mais même une fois la bulle Internet corrigée, la productivité américaine a continué à croître plus rapidement que celle de la zone euro.

En chiffres, cela nous donne entre 1970 et 1994 une croissance annualisée moyenne de la productivité de 2,1% dans la zone euro2, contre seulement 0,8% aux Etats-Unis. Entre 1994 et 2009, la hiérarchie s’inverse totalement, avec un ralentissement de la productivité européenne à 0,6%, contre une accélération à 1,8% aux Etats-Unis.

La hiérarchie sera-t-elle maintenue après la crise?Qu’en est-il actuellement?

Au cours de la récession, le PIB américain est tombé de 3,8% et celui de la zone euro de 3,5%. Or, du fait de la souplesse du marché de l’emploi américain, la productivité a mieux résisté outre-Atlantique. Au deuxième trimestre 2009, la  productivité s’est contractée de 3,0% sur un an dans la zone euro, alors qu’aux Etats-Unis, malgré un fort ralentissement, sa croissance annuelle est tout de même restée positive (0,4%). Il est fort probable que cette divergence va perdurer dans la phase de reprise amorcée. L’emploi étant en retard sur la conjoncture, l’amélioration attendue demain grâce au début de reprise constaté aujourd’hui va, certes, rogner une partie des gains de productivité qui auront été réalisés au début de l’embellie conjoncturelle, mais pas au point de les rendre négatifs.

En revanche, dans la zone euro, le facteur travail étant en surcapacité par rapport à la conjoncture, il continuera de peser sur les comptes des entreprises, ou de l’Etat si des subventions de maintien d’emplois ont été mises en place, comme en Allemagne et en Italie. Ainsi, l’amélioration de la productivité se fera uniquement au rythme de la reprise économique. Du fait de la rigidité des salaires, la croissance de la productivité risque d’être durablement inférieure à celle des salaires réels. De ce fait, la reprise de l’investissement sera également retardée. La zone euro risque d’apparaître dans cette sortie de crise (probablement tout au long de 2010) comme une économie où la productivité continue de s’améliorer moins vite qu’aux Etats-Unis. Ceci entraînera, par voie de conséquence, toute une chaîne d’anticipations sur l’attractivité des entreprises, leur performance et, finalement, sur les espérances de gains en bourse et sur le dollar.

L’opportunité historique de l’Europe

Alors, la zone euro est-t-elle condamnée à enregistrer de faibles taux de croissance de la productivité tant que son marché du travail n’aura pas été réformé en vue de lui donner davantage de souplesse?

 Il s’agit là d’un raccourci un peu rapide.

Pour une économie mature et à la frontière technologique telle que celle de la zone euro, c’est surtout la capacité d’innovation qui est au coeur de l’enjeu sur le long terme. D’où l’importance de mettre l’accent sur la formation et la mobilité de la population au sein de l’Europe.

La crise énergétique et des matières premières de ces dernières années nous a alertés sur l’enjeu des ressources naturelles. Il est fort probable que dans la décennie à venir, et voire au-delà, implicite ou explicite, ni ne fournit de garantie quant aux performances futures. Les instructions concernant le règlement des transactions et les contraintes d’investissement questions climatiques et énergétiques prendront une importance croissante.

En raison de leur sensibilité à ces questions, de nombreux pays d’Europe, notamment l’Allemagne et les pays scandinaves, font office de pionniers. Les besoins technologiques dans le domaine de l’économie d’énergie et d’exploitation des énergies alternatives sont immenses. Le potentiel de création de richesse donne le tournis. Il y a là probablement une chance historique à saisir pour l’Europe: si elle parvient à transformer son rôle de pionnier en position de leader, elle pourrait devenir cette économie de l’innovation que le Conseil européen appelait de ses voeux il y a bientôt dix ans lors de l’agenda de Lisbonne.

Jean-Pierre Durante, Economiste pictet dec09

EN COMPLEMENT : Commentaire : Productivité record aux US au 3ème trimestre (cliquez sur le lien)

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