Carmignac Gestion

Carmignac Gestion : Frédéric Leroux, gérant global et macroéconomiste

Concernant les anticipations de marché à court terme, il y a énormément d’investisseurs potentiels qu’on n’a pas vu l’année dernière et qui ont besoin – je pense aux particuliers mais aussi aux institutionnels – d’une confirmation de données macroéconomiques satisfaisantes pour justifier un investissement en actions. Ils vont avoir ce qu’ils veulent dans les semaines qui viennent….

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 Les autorités politiques ou monétaires ont l’air de trouver que le moment n’est pas venu d’intervenir. Il est rassurant de voir que la Banque centrale européenne ( BCE) partage la même idée de fond que la Réserve fédérale. La seule chose que nous pouvons anticiper, c’est que les politiques de retrait seront d’abord mises en œuvre sur le plan monétaire avant de l’être sur le plan budgétaire.

L’économie sera plus à même d’absorber un moindre soutien monétaire qu’un retrait du soutien économique.

 On le voit aux Etats-Unis où l’immobilier résidentiel montre une nouvelle fois des signes de faiblesse, ce qui s’ajoute à la faiblesse persistante de l’immobilier commercial : il suffit d’une incertitude de quelques mois ou quelques semaines sur la politique d’aide fiscale aux primo-accédants pour que le marché se bloque. On a annoncé il y a deux jours une chute de 16 % des compromis de vente. L’évolution n’est donc pas bonne.

L’économie réelle n’est pas encore capable de s’en sortir dès l’instant où on lui enlève un peu de soutien. Avant de retirer les stimuli, les autorités veulent être certaines qu’une forme de croissance auto-entretenue du secteur privé soit mise en œuvre. Elles sont donc prêtes à prendre le risque d’une hausse modérée de l’inflation plutôt que celui de casser la croissance.

Les facteurs structurels qui empêchent une reprise forte et durable de l’économie et qui limitent l’émergence d’une inflation forte sont toujours très présents. Dans les économies développées, les marchés du travail sont globalement mous. La concurrence des pays émergents et les forces déflationnistes qu’elle engendre sur le marché du travail dans un contexte de globalisation sont toujours présentes. Les évolutions salariales aux Etats-Unis sont très nettes en ce sens. En termes réels, on revient maintenant en territoire négatif. Nous ne nous trouvons pas du tout dans un contexte où l’on peut voir s’enclencher une spirale inflationniste nourrie par des augmentations salariales trop importantes. Les autorités en ont conscience ; outre l’aspect pris, sur le plan de l’activité, le deleveraging est toujours en cours. Ses effets sur la consommation vont se poursuivre et empêcher la mise en œuvre d’un cycle de croissance fort, capable de créer de l’inflation.

L’erreur de la BCE en 2008 a été de prévoir une hausse de l’inflation en raison de l’augmentation du prix des matières premières, elle-même due exclusivement au dynamisme des pays émergents. Cette vision des choses, à l’origine des resserrements monétaires, ne se reproduira plus. La BCE, comme déjà la Fed, vont regarder davantage l’évolution des prix sous-jacents. Compte tenu de ces éléments, il y a peu de raisons d’anticiper des mesures drastiques de resserrement monétaire à court terme.

Le monde a évité une récession profonde grâce aux pays émergents. Si on devait endurer un double dip, ce serait en raison d’une déception du côté de la croissance des pays émergents. Or, jusqu’à présent, les Chinois ont montré une aptitude extraordinaire à gérer leur macroéconomie, comme c’est le cas depuis une vingtaine d’années. Il faut rappeler qu’ils ont lancé leur plan de relance alors que leur croissance atteignait encore 11 % en novembre 2008. De son côté, Jean-Claude Trichet augmentait les tauxNous avons de la chance d’avoir, du côté des émergents, des pays solides qui ont une vraie vision, une vraie compréhension de la macroéconomie et un vrai besoin de continuer à assurer leur croissance.

Il y a aussi des risques du côté des Etats-Unis. Car l’une des grandes différences entre la récession que nous venons de traverser et les récessions antérieures, c’est qu’elle s’est accompagnée de gains de productivité sensibles. On a l’impression que quinze ou vingt ans après les grandes découvertes technologiques, celles-ci ont enfin été intégrées dans les processus de production et ont permis d’augmenter la productivité de façon massive. La menace qui pèse sur l’économie américaine est liée au fait que sans une demande puissante, le marché du travail pourrait durablement décevoir et ne pas accompagner la croissance, voire l’empêcher de se développer. C’est un danger à moyen terme, même si l’énorme destruction d’emplois – 7 millions en 18 mois – commence à créer un effet rebond qui peut donner sur un trimestre ou deux des taux de croissance impressionnants. En même temps, les stocks vont se reconstituer, après s’être résorbés de façon anormale. Dans les six mois à venir, le danger est que le rebond soit trop important et entraîne des erreurs de politique économique. Sur le plus long terme, cette déflation du marché du travail, la concurrence des pays émergents et les gains de productivité importants font que la reprise peut ne pas suivre un schéma classique

D’une manière générale, nous sommes dans une période où le secteur privé continue de se désendetter, tant au niveau des banques que des ménages. Les entreprises ont reconstitué des capacités de financement formidables qui leur feront gagner beaucoup d’argent bientôt. Tout cela rend possible le financement des comptes publics par les banques.

Concernant les anticipations de marché à court terme, il y a énormément d’investisseurs potentiels qu’on n’a pas vu l’année dernière et qui ont besoin – je pense aux particuliers mais aussi aux institutionnels – d’une confirmation de données macroéconomiques satisfaisantes pour justifier un investissement en actions. Ils vont avoir ce qu’ils veulent dans les semaines qui viennent. On devrait avoir une accentuation des flux vers les placements actions au détriment des placements de taux. Il y aura une poursuite dans les mois qui viennent de la hausse de l’année dernière. Ensuite, il peut y avoir une croissance trop forte de l’économie, une inquiétude sur les taux, et une rechute. Voilà le schéma que nous envisageons.

Chez Carmignac Gestion, nous sommes toutes voiles dehors sur nos fonds spécialisés pour profiter des quelques beaux mois qui s’annoncent, et qui seront probablement les mois les plus faciles de 2010. C’est l’image inverse de l’année dernière où nous avions maintenu une exposition aux actions au minimum jusqu’au 10 mars, avant de nous réexposer au maximum en l’espace de deux jours. Nous allons bien entendu essayer d’être aussi réactifs cette année. Sur les emprunts d’Etat, nous sommes neutres, voire négatifs, selon les fonds.

source agefi jan10

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