Au coeur de la création de richesse : l'Entreprise

Merci la Grèce par Marc de Scitivaux

Merci la Grèce par Marc de Scitivaux

  A l’heure où l’Europe met 750 milliards d’euros sur la table pour sauver sa monnaie, il peut paraître provocateur de se réjouir de la crise grecque. Et pourtant… Pour tous ceux qui depuis des années voyaient la France s’enfoncer dans des déficits dont il était évident que personne au sein du monde politique n’était capable, par aveuglement ou intérêt électoral, de stopper la course folle ; pour tous ceux qui, stupéfaits, voyaient les Français réclamer des « réformes » tout en s’opposant à la remise en cause des « avantages acquis », acquis souvent grâce à l’irresponsabilité des dirigeants, l’affaire grecque est venue montrer l’issue : la course folle vers toujours plus de déficits s’est arrêtée, pour une raison simple, les prêteurs ne veulent plus prêter.

PLUS DE DE SCITIVAUX EN SUIVANT :

Que les dirigeants européens accusent la spéculation, c’est de bonne guerre, mais ils font une erreur d’analyse qui risque de leur coûter cher dans l’avenir. Car ce n’est pas la spéculation qui a attaqué la Grèce avant-hier, le Portugal ou l’Espagne hier et, qui sait, la France demain, même si celle-ci peut amplifier les mouvements. C’est infiniment plus sérieux et plus fondamental : c’est l’épargne mondiale qui marque sa méfiance et se détourne des « Etats providences » financés par la dette. Cette novation fondamentale, la plus importante depuis la chute du communisme, est certes très déstabilisatrice pour les politiques, et inquiétante pour ceux qui dépendent de la dépense publique, mais elle est aussi, à terme, porteuse d’espérance et de croissance.

En effet, au moment où un certain nombre d’Etats européens empruntent avec difficulté avec des taux en hausse, des entreprises européennes mondialisées émettent à des taux en baisse et inférieurs à ceux de ces Etats. Deux éléments fondamentaux jouent en leur faveur : l’entreprise « mondialisée » a un chiffre d’affaires corrélé à un PIB mondial qui croît à 7% ; l’Etat providence européen prélève des impôts ou des cotisations sur un PIB qui, lui, au mieux, augmentera de 1,5% par an dans la décennie à venir et, s’il veut augmenter ses prélèvements, c’est la masse imposable qui risque de partir.

Surtout, quand une entreprise émet une obligation, elle le fait pour investir. En face du « passif » que représentent les dettes, on trouve un « actif » de production qui produira des ressources futures.

 Aujourd’hui, quand un Etat providence emprunte, c’est pour faire face aux conséquences de promesses passées inconsidérées. Aucune richesse future n’en sortira et donc le risque pour le préteur n’est pas le même.

Seule la myopie des investisseurs avait repoussé le moment de vérité. La mondialisation, commencée il y a vingt ans, a d’abord vu l’émergence du « client mondialisé« , désormais en relation quasi immédiate avec le producteur « mondialisé ». Les entreprises qui se sont ajustées à ces nouvelles règles du jeu ont survécu et même ont eu un parcours brillant, les autres ont végété, voire disparu.

Aujourd’hui, c’est « l’épargnant mondialisé » qui émerge et c’est aux Etats de s’ajuster à ses demandes. Les politiques peuvent toujours s’en offusquer, la réalité c’est que, eux aussi, comme les responsables d’entreprises hier, devront adapter leurs discours et leurs façons d’être, ou disparaître.

Bien entendu, des dépenses publiques, même non productives, ne sont pas inutiles mais, dans un monde ouvert, il faut qu’elles apparaissent justifiées à ceux qui les financent, sinon les payeurs nationaux s’en vont, et les investisseurs, ou les prêteurs étrangers, ne viennent pas.

Promettre toujours plus aux électeurs n’est plus une option durable pour les politiques. Est-ce une mauvaise nouvelle ?

Non ! L’argent est une ressource rare et il vaut mieux pour la croissance qu’elle soit bien employée. La crise de 2008 a montré que jouer la simple hausse de valeur sans accroissement de richesse (bulle immobilière) n’était pas un choix intelligent pour l’épargnant. La crise actuelle montre que l’emprunt public n’est pas non plus une protection assurée. C’est à force de recevoir des claques que cette évidence s’imposera : rien ne vaut l’investissement dans les activités productives. Ce n’est pas une mauvaise nouvelle, ni pour la croissance ni pour les marchés d’actions.

Marc de Scitivaux, coprésident des Cahiers verts de l’économie. la tribune mai10

EN COMPLEMENTS : Les entreprises sont plus attractives que les Etats 

Il y a deux ans, une entreprise privée de la zone euro dont la qualité des obligations était considérée comme honorable mais pas exceptionnelle, pouvait s’endetter à 6%. A la même époque, les pays de la zone euro – Allemagne, France, Grèce ou Portugal – émettaient de la dette publique aux alentours de 4% avec des différences faibles entre ces pays. Cette semaine, la même entreprise peut émettre à 4,5 % alors que les taux grecs ont dépassé 9 % et les taux portugais 5%. Ceux qui ne verraient dans cette inversion entre entreprises privées et Etats européens que le résultat de la spéculation feraient une erreur d’analyse.

Nous assistons à ce que les spécialistes appellent un « repricing » du risque.

 Les gérants de l’épargne mondiale (sommes investies pour servir les retraites actuelles ou futures ou réserves de pays émergents ou pétroliers) commencent à considérer que le risque de prêter à nombre d’entreprises privées est inférieur à celui de prêter à des pays, même anciens, même industriels. Il s’agit d’un mouvement profond et durable. Deux raisons fondamentales l’expliquent.

Les grandes entreprises privées sont connectées à la croissance mondiale. Leurs recettes futures – celles qui permettent de rembourser les dettes – dépendront de cette croissance qui tourne autour de 7% depuis une vingtaine d’années. Les Etats, eux, ont des ressources locales (impôts, cotisations diverses) qui dépendent de la croissance du PIB national donc, pour la zone euro, 1 à 1,5% annuel.

Plus important, les entreprises privées empruntent pour investir.

 En face du « passif » que représentent les dettes, on trouve un « actif » de production de ressources futures. Alors que les déficits publics, lorsqu’ils sont structurels, n’ont pas comme contrepartie des investissements censés accroître la compétitivité du pays mais sont la conséquence de promesses passées inconsidérées (des acquis) dont le règlement n’est prometteur d’aucune richesse future.

Tant que ce déficit était financé par l’épargne nationale, pas de problème.(NDLR : exemple du Japon) Mais la mondialisation a profondément changé les règles du jeu depuis vingt ans. Elle a produit ses effets sur les entreprises. Celles qui se sont adaptées ont survécu (parfois dans la douleur), les autres ont disparu. Aujourd’hui, c’est aux Etats qu’elle s’adresse.

 Malheur à ceux qui ne sauront pas, soit être sérieux pour rassurer cette épargne mondialisée, comme les Allemands, soit être entreprenant pour l’attirer, comme les Etats-Unis. En dehors de ces deux voies, point de salut

Marc de Scitivaux jdd mai10

 EXPLICATION DE TEXTE :

les marchés financiers sont encore prêts à financer la dette publique des Etats, mais cette fois-ci, ils demandent un taux d’intérêt plus élevé que ce qu’ils demandent aux entreprises multinationales ! Pourquoi ??

Parce que les choses ont changé 

 Première explication

les multinationales font désormais moins peur que les Etats car ces grandes entreprises réalisent une bonne partie de leur chiffre d’affaire dans le monde entier, or, la croissance mondiale pour 2010 va tourner autour des 4%. En revanche, les Etats dépendent de leurs ressources locales, c’est à dire des impôts locaux, or, le rendement de ces impôts ne sera pas terrible, car la croissance nationale de la plupart des pays de la zone euro ne va pas dépasser les 1% !  Bref, il est clair qu’une multinationale aura plus de facilités à rembourser ses emprunts qu’un Etat  pour la simple raison que ces recettes seront plus fortes.

Et puis, la deuxième raison qui explique cette méfiance à l’égard des Etats, c’est le fait que certains d’entre eux empruntent uniquement pour rembourser les erreurs ou dérapages du passé.

C’est un emprunt qui ne crée pas de la valeur, à l’inverse des multinationales qui, elles, sollicitent les marchés financiers parce qu’elles ont des projets tangibles qui vont eux-mêmes générer des rentrées d’argent. En effet, quand on regarde les comptes de la multinationale, en face de la colonne emprunt, il y a une colonne actif et c’est cela qui rassure les marchés financiers. Voilà donc pourquoi nos Etats plaisent moins aujourd’hui que les multinationales.

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ENTRETIEN BFM MAI10

Aujourd’hui c’est la fête dans les Bourses mondiales, du moins celles qui sont encore ouvertes, plus de 8 % en Europe, l’euro est repassé au dessus des 1,30 dollars. Est-ce que ca veut dire que l’Europe a réussi son coup ?

Marc de Scitivaux : C’est plus compliqué que ça, parce qu’en fin de compte, c’est la baisse qui était anormale. Ça paraît difficile à comprendre, après une telle panique, mais il faut savoir que la crise grecque est un grand coup de chance.

C’est-à-dire ?

Je suis sûr que ça surprend, mais en fait, pour les gens sérieux, qui, depuis des années et des années, se demandaient comment on allait arrêter cette course folle à toujours plus de dépenses, augmentant infiniment plus que les recettes, la preuve ayant été donnée, particulièrement dans notre pays, qu’aucun gouvernement que ce soit de droite ou de gauche, n’était capable de prendre les mesures nécessaires, il vient d’y avoir une issue qui était évidente, mais à laquelle personne n’avait pensé.

C’est du « wake up talk », c’est à dire que ca sort tout le monde de sa torpeur ?

 Surtout, les prêteurs ont dit qu’ils arrêtaient de prêter. Ça parait simple et de bon goût, mais personne n’avait pensé que ca arriverait un jour. Est-ce que c’est une mauvaise nouvelle ? Ça serait le cas si au même moment les prêteurs rentraient chez eux et enterraient leur argent dans un grand fonds. Ce n’est pas le cas, car il s’est passé deux événements que je trouve très intéressants. Au moment où les taux grecs, espagnols, portugais, français, montaient, trois grands taux ont baissé, le taux allemand, ce n’est pas normal, le taux américain car contrairement à ce que malheureusement mes concitoyens continuent à croire, les Etats-Unis ont la meilleure situation financière du monde, et chose beaucoup plus intéressante, le taux des entreprises, car à l’inverse de la crise précédente, les entreprises apparaissent aujourd’hui comme un havre de sécurité, et aujourd’hui même, ce que l’on appelle l’indice de corporate benchmark français, est en fin de compte inférieur à la plupart des taux des marchés européens.

Au fond ce plan crée de l’endettement supplémentaire ? On traite l’excès d’endettement par un surcroit d’endettement ? Est-ce que c’est bien raisonnable et est-ce que ca peut durer ? Le surcroit d’endettement c’est celui de la Commission européenne, celui du fonds monétaire, et ce sont les actions exceptionnelles de la Banque centrale européenne, de la … Bank, qui vont acheter des obligations d’Etat européennes et monétiser la dette publique ?  

Soyons clairs sur cette question, si ce plan est fait pour gagner un peu de temps, ce n’est pas idiot. Si c’est pour remettre un couvercle, comme ceux de la fuite de pétrole, qui ne marcherait pas, ça serait dramatique. Qu’est-ce qui vient d’être envoyé comme message à tous nos gouvernements ? Arrêtez de dépenser plus que vous ne gagnez, puisque vous avez peut-être pu gruger l’épargne pendant plusieurs années. Elle s’est rendue compte qu’elle prenait un risque en vous prêtant….

4 replies »

  1. La Grèce fonce vers le défaut de paiement.

    Grèce : « comité de crise » après des « annulations massives » de touristes.

    Le gouvernement grec a annoncé jeudi la création d’un « comité de crise » face aux « annulations massives de réservations » touristiques dans le pays, l’Association des hôteliers d’Athènes (AHA) évoquant près de 20.000 nuits d’hôtels annulées dans la capitale et ses environs.

    « Après les annulations massives de réservations, un comité de crise piloté par l’Organisme grec du tourisme a été mis en place », a annoncé un porte-parole du gouvernement à la presse, estimant le coût de ces annulations à « des dizaines de millions d’euros ».

    Près de 20.000 nuits d’hôtel ont été annulées depuis les violences qui ont fait trois morts en marge des manifestations du 5 mai contre le plan de rigueur du gouvernement et « ce chiffre continue d’augmenter », avait auparavant affirmé à l’AFP le directeur de l’AHA, Loukas Douvas.

    http://www.romandie.com/ats/news/100513154406.i1jrpoyr.asp

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