Art de la guerre monétaire et économique

Rigueur, croissance et libertés par Nicolas Baverez

Rigueur, croissance et libertés par Nicolas Baverez

L’accalmie des marchés financiers ne marque pas la sortie de la crise financière de l’Europe mais un simple répit. La France doit mettre celui-ci à profit non pour différer davantage la rigueur mais pour l’assumer et l’organiser.

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Si le risque de liquidité est écarté, le risque fondamental de solvabilité perdure, lié aux doutes sur la capacité du secteur marchand à dégager des profits suffisants pour investir tout en remboursant les dettes publiques et privées. Les crises mondiale et européenne mutent. La France figure en tête de leurs prochaines cibles, compte tenu du niveau record de son déficit structurel (6,2 % du PIB), de son caractère permanent (le dernier excédent remonte à 1973), de l’importance des dépenses et prélèvements publics (56 % et 47 % du PIB).

Comme d’autres attendaient Godot, les Français attendent la rigueur dont ils ont compris le caractère inéluctable. Seule la classe politique persiste à tergiverser. Au risque d’infliger à la France une triple peine : dégradation de la notation – soit 2,5 milliards d’euros de charge de la dette supplémentaire pour une hausse de 1 point des taux d’intérêt – ; blocage de la consommation avec la hausse de l’épargne de protection ; rigueur exacerbée. Au risque de compromettre non seulement les finances de la nation mais sa puissance – largement déterminée par la soutenabilité de son modèle économique – et son indépendance – la faiblesse de la France se traduisant déjà par une tutelle de plus en plus prégnante de l’Allemagne.

Dans une démocratie, les mots et les chiffres ne peuvent jurer avec les choses. La priorité consiste, contrairement au tournant de 1983, à assumer politiquement la rigueur. Il est inconséquent d’expliquer à juste titre que l’âge légal de la retraite ne peut être maintenu à 60 ans en France quand il s’établit entre 65 et 67 ans en Europe, et de prétendre dans le même temps échapper à la rigueur que tous nos partenaires appliquent. D’où la rupture avec les faux-semblants de la "rilance", qui ne font qu’acter l’absence de stratégie macroéconomique. D’où la vérité sur les comptes, qui impose de revenir à des hypothèses de croissance crédibles – 1,3 %, soit la moyenne depuis 1990 au lieu de la cible irréaliste de 2,5 % -, de réintégrer dans la dette publique ses multiples démembrements, d’élaborer sur ces bases une stratégie cohérente de désendettement à moyen terme. Les faits sont têtus : l’objectif d’un retour à 3 % de déficit en 2013 passe aujourd’hui par un ajustement de 180 à 200 milliards d’euros.

Gouverner, c’est choisir et non pas dépenser. Les expériences de désendettement conduites par le Canada, la Suède ou l’Allemagne montrent que l’effort principal doit porter sur la baisse des dépenses. Et que celle-ci, pour préserver l’avenir – c’est-à-dire l’investissement et la recherche -, ne peut se contenter de coups de rabot mais doit modifier la structure des interventions publiques. C’est-à-dire en France l’Etat-providence et les transferts sociaux qui atteignent 35 % du PIB. Notre pays n’échappera ni au gel des pensions, ni à la remontée du temps de travail autour de trente-huit heures, préalable à la suppression des 20 milliards d’exonérations de charges sociales, ni à la rationalisation des aides sociales, notamment du cumul RMI, RSA et PPE.

Le tabou du refus de la hausse des impôts devra également être brisé. L’ampleur des déficits ne laisse pas d’autre choix qu’une augmentation des prélèvements qui devra viser l’efficacité – en maximisant les recettes et en minimisant l’impact sur la croissance et l’emploi – et l’équité. D’où une mise à contribution de tous les ménages à travers la création d’une tranche supplémentaire de l’impôt sur le revenu couplée à la suppression de l’impôt sur la fortune et du bouclier fiscal, la création d’un taux intermédiaire de TVA à 8 %, l’harmonisation de la CSG acquittée par les retraités.

La France a besoin de rigueur et de réformes mais aussi de croissance. Le retour à la récession dans notre pays ou en Europe ne contribuerait en rien au désendettement. A terme, le sauvetage financier ne peut venir que de la production marchande, donc du rétablissement de la compétitivité. La crise financière impose donc de clarifier la stratégie macroéconomique en donnant la priorité à une politique de l’offre, fondée au plan intérieur sur la priorité à l’investissement, à l’Université et à la recherche, au plan européen sur la baisse de l’euro, la relance du grand marché et la coordination des politiques économiques nationales.

La rigueur n’est pas une fin mais un moyen. Face à la perspective d’une décennie d’austérité, de croissance faible et de chômage élevé, elle doit s’inscrire dans un projet politique de redressement, si possible consensuel. Elle est indissociable d’un nouveau compromis politique et social. Elle doit avoir pour contreparties une revitalisation de la démocratie et une refondation des politiques de solidarité assurant l’équité entre les cinq générations qui vont cohabiter.

La coalition britannique conduite par David Cameron a ouvert la voie à ce nouveau contrat. D’un côté, une cure d’austérité drastique pour ramener le déficit de 10,1 % à 1,1 % du PIB en cinq ans. De l’autre, la réforme du mode de scrutin uninominal à un tour, l’impossibilité pour le premier ministre de mettre à sa guise fin à son mandat de cinq ans, l’élection des Lords, la maîtrise de son ordre du jour par le Parlement, la révision des lois sécuritaires votées par le Labour après le 11-Septembre. Sur la voie du redressement de la France et de l’Europe, rigueur, croissance et libertés doivent cheminer de conserve.

source le monde juil10

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EN COMPLEMENTSJean Pierre Petit : Que peut donc faire David Cameron? (2/3) (cliquez sur le lien)

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Jean Pierre Petit : Que peut faire Cameron? (3/3) (cliquez sur le lien)

2 replies »

  1. D’accord pour la diminution des dépenses à hauteur de 200 Mds €. Mais pas d’accord sur l’augmentation des impôts, en particulier de la TVA. Cette mesure aurait pour effet de diminuer la croissance, d’augmenter le chômage, et, au final, diminuer les recettes de l’état, au lieu de les augmenter. Il faut, au contraire, baisser les impôts des ménages pour leur donner du pouvoir d’achat, baisser les taxes pesant sur les entreprises pour encourager les industriels étrangers à venir chez nous, et renégocier, auprès de nos créanciers, un étalement du remboursement de la dette.
    Toute augmentation des impôts et taxes ira à l’encontre du but recherché.

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