Douce France

Innovons dans le domaine social pour réinventer l’Etat-providence par Nicolas Baverez

Innovons dans le domaine social pour réinventer l’Etat-providence par Nicolas Baverez

La crise des risques souverains en Europe n’impose pas seulement un coup d’arrêt à l’endettement des Etats ; elle marque aussi la fin de la croissance à crédit et du modèle social de l’Etat-providence.

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Né en Europe après la seconde guerre mondiale, il répondait à deux objectifs : offrir à la population une garantie contre les risques sociaux, notamment le chômage et la misère de masse qui dominèrent les années 1930 ; réduire les inégalités par un système de transferts financiers. Selon des modes d’organisation variés, s’est ainsi développé un ensemble de droits, services et prestations qui a couvert des risques et des pans de la population de plus en plus larges, jusqu’à mobiliser entre 20 % et 35 % du PIB.

L’Etat-providence a commencé à dysfonctionner dans les années 1970, en même temps que se fissuraient la société industrielle et la régulation keynésienne du capitalisme.

 La réplique initiale, fondée sur la hausse des cotisations et des impôts, a rapidement montré ses limites en bloquant la croissance, en alimentant l’inflation et en aggravant le chômage. D’où l’encadrement et l’individualisation des droits à partir des années 1980, puis des réformes de structure à partir des années 1990, dont les meilleures illustrations sont données par la Suède et l’Allemagne avec une baisse de 10 % des dépenses sociales par rapport au PIB.

Force est de constater que le surendettement des Etats européens est largement lié à la dérive des Etats-providence, qui a été accélérée mais non pas provoquée par la grande récession de 2008.

 Crise financière, découlant de l’accumulation des déficits et des dettes sociales, mais surtout de la distribution de nombreux droits non financés : ainsi les engagements de retraite atteignent 440 % du PIB dans l’Union, 550 % en France, 875 % en Grèce.

Crise économique avec le blocage de la croissance tirée par une consommation alimentée par les transferts sociaux, qui va de pair avec l’euthanasie de l’investissement, de l’innovation et de l’emploi.

Crise sociale avec l’incapacité à faire face aux nouveaux fléaux : exclusion, ghettoïsation, déscolarisation, vieillissement et dépendance.

Crise politique avec l’opacité croissante de la redistribution et la déstabilisation des classes moyennes.

 Crise morale avec l’implosion de la nation et la dissolution d’une citoyenneté réduite aux acquis sociaux.

Surendettement public

Ce n’est pas la protection sociale qui est remise en cause, puisqu’elle ne cesse de progresser avec la mondialisation, mais bien les principes, les institutions et les règles qui la gouvernent en Europe. Dans les pays émergents, la mise en place progressive d’une protection sociale accompagne le développement, le rééquilibrage de la croissance vers la consommation intérieure et la constitution d’une classe moyenne.

La Chine a augmenté de 20 % le salaire minimum en un an, en même temps qu’elle instaurait des couvertures retraite et santé, tout en s’assurant de leur équilibre à long terme compte tenu du vieillissement de la population. Le Brésil a, pour sa part, créé un ambitieux programme d’allocations pour les 11 millions de familles les plus pauvres, centré sur la scolarisation des enfants.

Sous la pression du surendettement public, tous les pays européens sont contraints de restructurer leurs Etats-providence, la France en tête dont la dépense sociale représente 35 % du PIB, soit plus de la moitié des dépenses publiques qui atteignent le niveau record de 56 % du PIB. Le pacte social de l’après-seconde guerre mondial est mort. Il doit être réinventé car il demeure vital pour la démocratie, tant la liberté est indissociable de la sécurité.

Six principes cardinaux se dégagent.

1/L’équilibre financier à long terme, condition de la soutenabilité et de l’équité entre les cinq générations qui vont cohabiter dans une même société.

2/Le recentrage sur les nouveaux fléaux sociaux (exclusion, déscolarisation, chômage des jeunes), ainsi que sur la gestion des trajectoires personnelles et non plus de simples catégories administratives.

3/La distinction entre le champ de solidarité nationale et celui de l’assurance individuelle ou de la fourniture de services qui n’ont aucune raison d’être gratuits pour la majorité de la population, à l’instar de l’enseignement supérieur ou des musées.

4/L’évaluation régulière des aides et la responsabilisation de leurs bénéficiaires afin d’éviter l’enfermement dans l’assistance.

 5/Le réalignement avec le développement économique, notamment par l’amélioration du capital humain décisif pour la nouvelle croissance et par la solvabilisation des nouvelles activités liées au vieillissement.

6/Enfin, la fluidité des droits sociaux dans l’Union afin de favoriser la mobilité et la constitution d’un marché du travail européen, indispensable à la stabilisation de la zone euro.

En bref, il n’est pas de sortie de crise pour la France et l’Europe sans une innovation intense, y compris dans le domaine social.

source le Monde aout10

BILLET PRECEDENT :  Rigueur, croissance et libertés par Nicolas Baverez (cliquez sur le lien)

4 replies »

  1. Mercredi 25 août 2010, le Portugal a lancé un emprunt à 10 ans, et un autre emprunt à 6 ans.

    A chaque fois, le Portugal a dû payer un taux d’intérêt plus élevé que lors de ses emprunts précédents.

    Le taux de rendement moyen de l’émission à 10 ans s’est établi à 5,312 % contre 5,225 % le 6 juin dernier, et celui de l’émission à 6 ans à 4,371 % contre 3,834 % en février 2009.

    http://www.romandie.com/infos/news2/201008251257040AWP.asp

    Plus les jours passent, plus le Portugal doit emprunter à des taux d’intérêt de plus en plus élevés.

    Plus les jours passent, plus le Portugal se surendette.

    Plus les jours passent, plus le Portugal se rapproche du défaut de paiement.

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