Art de la guerre monétaire et économique

Matières premières : L’accès aux terres rares inquiète

Matières premières :  L’accès aux terres rares inquiète

Les industriels allemands de l’automobile se montrent inquiets de leur approvisionnement en terres rares, des minéraux stratégiques indispensables pour les voitures électriques et auxquels la Chine est accusée de restreindre l’accès.

" Des difficultés d’approvisionnement ou un renchérissement extrême de ces métaux se répercutent sur la compétitivité de nos entreprises. C’est pourquoi nous avons besoin d’un engagement des politiques en charge de la question, qui nous assure la disponibilité de ces matières premières», a déclaré le patron de la Fédération de l’automobile VDA, Matthias Wissmann, à l’AFP. L’Allemagne a adopté des mesures pour sécuriser l’accès de ses industriels à ces matériaux, produits à 97% en Chine, mais dont les deux tiers des réserves se trouvent dans d’autres pays. Le numéro un mondial de la sous-traitance automobile, Bosch, qui emploie ces terres rares pour fabriquer des éléments de moteurs électriques, juge «vital» d’en sécuriser l’accès dans la prochaine décennie.

PLUS/MOINS DE TERRES RARES EN SUIVANT : 

 Chine freine les exportations de terres rares et déclenche un nouveau conflit

Les mines chinoises fournissent 97% de ces 17 minéraux stratégiques. Les Etats-Unis et d’autres pays rouvrent leurs exploitations autrefois abandonnées à cause des coûts

La quête pour des sources alternatives d’approvisionnement en terres rares, voire pour des produits de substitution, est bel et bien relancée. Les Etats-Unis, l’Union européenne (UE) et le Japon veulent casser leur dépendance à la Chine pour ces 17 minéraux stratégiques indispensables à l’industrie de pointe, notamment l’électronique, l’automobile et les missiles. Leurs responsables politiques et économiques défendent cette stratégie d’autant plus que la Chine, qui fournit 97% de la production mondiale, ne cache pas son intention de réduire davantage les exportations. Les tensions se sont accrues depuis la semaine dernière après la révélation du New York Times que Pékin avait empêché plusieurs bateaux chargés de terres rares de quitter les eaux chinoises.

Mesures de rétorsion

La nouvelle a immédiatement déclenché un branle-bas de combat aux Etats-Unis, en Europe et au Japon où de nombreuses entreprises technologiques sont de grands consommateurs de terres rares. Le Ministère chinois du commerce extérieur a démenti le blocus. Mais selon des observateurs, il n’est pas impossible que la Chine ait commencé une «guerre de terres rares» contre le Japon dans le sillage des revendications des eaux territoriales. Les Etats-Unis auraient subi aussi une mesure de rétorsion après l’ouverture d’une enquête sur les subventions, illégales selon les syndicats américains, à l’exportation des technologies vertes chinoises.

Cette guerre est une réalité déjà depuis l’an dernier. En juin 2009, les Etats-Unis et l’UE ont déposé une plainte contre la Chine auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Genève, l’accusant de limiter les exportations de terres rares. L’affaire n’est de loin pas encore été réglée.

L’ironie de l’histoire est que la Chine n’a pas le monopole de ces matières premières. Si elle assure l’essentiel de l’approvisionnement mondial – 120 000 tonnes en 2008 – c’est que les autres producteurs, notamment les Etats-Unis qui comptent 15% des réserves, ont graduellement abandonné la production sur leur propre territoire. Par la suite, pour exacerber leur position dominante, les entreprises chinoises ont éliminé les concurrents existants américains et australiens grâce à une politique de prix destructive. Selon Planetoscope, site Internet spécialisé en géostratégie, les terres rares représentent une valeur de 1,25 milliard de dollars en 2010. En 2015, ce marché devrait peser trois milliards.

Accès aux matières premières

En Chine, les gisements de terres rares sont concentrés dans les provinces de Guangdong et de Jiangxi ainsi qu’en Mongolie-Intérieure. Depuis 2005, les compagnies minières chinoises réduisent les exportations de 5 à 10% par année. Elles ont déjà annoncé de plus fortes réductions au deuxième semestre 2010 et en 2011. Selon elles, cette politique vise avant tout à prévenir l’épuisement des précieuses ressources.

Les principaux importateurs ont pris acte. Au Japon, les entreprises technologiques se sont liguées pour financer des explorations dans différents pays d’Asie, notamment au Vietnam et au Kazakhstan, et d’Afrique. Aux Etats-Unis, la production de la mine de Mountain Pass en Californie, arrêtée en 2002, devrait reprendre ses activités. Plusieurs gisements sont en cours de développement en Australie, mais aussi au Canada, au Brésil, en Inde et en Russie. Par ailleurs, de nombreux laboratoires en France, aux Etats-Unis et en Inde travaillent sur des alliages de substitution aux terres rares.

En attendant, à l’initiative des Etats-Unis, de l’UE et du Japon, l’accès aux matières premières fera l’objet d’une résolution lors du prochain Sommet du G20 qui aura lieu les 11 et 12 novembre à Séoul. Ils estiment qu’il est illégal de restreindre tout flux commercial, à l’importation comme à l’exportation.

Par Ram Etwareea/le temps oct10

Comment sécuriser l’accès à des matériaux stratégiques comme les « terres rares », indispensables pour les industries de pointe, mais dont la Chine est en train de réduire les exportations ? 

C’est le thème ce mardi 26 octobre du congrès de la Fédération des industries allemandes, à Berlin, en présence de Pascal Lamy, le directeur général de l’OMC (Organisation mondiale du commerce), du ministre allemand de l’Economie, Rainer Brüderle, et d’un représentant du commissaire européen au Commerce. 

La présence du directeur général de l’Organisation mondiale du commerce à ce congrès des industries allemandes est révélatrice. Les restrictions par la Chine de ses exportations de « terres rares » pourraient faire l’objet de plaintes auprès de l’OMC. Pour l’instant, l’Allemagne n’a pas vu ses approvisionnements de terres rares diminuer, en revanche leur prix s’est envolé et les industriels allemands craignent de perdre en compétitivité, que ce soit les fabricants d’éoliennes ou les sous-traitants automobiles qui utilisent cette famille de métaux dans les catalyseurs et les moteurs des voitures hybrides

La situation est beaucoup plus grave au Japon qui, lui, ne reçoit plus de terres rares depuis le 20 septembre dernier, une mesure de rétorsion de la Chine après un incident naval dans une zone maritime disputée. Pékin dément tout embargo, mais de fait 31 entreprises japonaises n’en ont pas reçu un gramme depuis plus d’un mois, beaucoup d’entre elles en ont besoin pour polir les écrans d’ordinateurs ou de téléphones portables.

Quant aux Etats-Unis, ils auraient remarqué un ralentissement des arrivages depuis que Washington a lancé une enquête sur les subventions chinoises à ses industries vertes

Les prétextes dont se saisit Pékin pour ralentir ses exportations de terres rares ne peuvent cacher le mouvement de fond : la Chine, devenue fournisseur quasi-unique de ces métaux stratégiques, a vu ses réserves fondre de 40 % depuis le milieu des années 1990. Maintenant qu’elle souhaite développer ses propres industries de pointe consommatrices de terres rares, il n’est plus question de les brader, pour en outre subir toute seule les dommages de leur transformation sur son environnement. Cette année, Pékin a créé des droits de douane et des quotas qui, dans les faits, ont réduit les exportations de 40 % en un an, de 72 % sur la deuxième moitié de l’année !

C’est pourquoi les lobbies industriels s’alarment. Ils secouent leurs gouvernements pour qu’ils agissent au niveau international. La France est relativement épargnée, elle.

Claire Fages rfi oct10

Les prix s’envolent 

Conséquence de la décision prise par la Chine, les cours des terres rares se sont tout naturellement envolés. Le prix du lanthanum oxide utilisé pour les batteries des voitures hybrides, a été multiplié par 7 pour atteindre 50 dollars le kilo. Pour le cerium oxide, utilisé pour le lissage des semi-conducteurs, la hausse a été aussi importante, selon des indications fournies par Metal Pages (Londres). La hausse de ces cours risque d’avoir un impact défavorable sur les prix des biens de consommation. Il faut savoir par exemple que le modèle Prius de Toyota contient 13,5 kilos au total de ces métaux rares

Revers favorable à l’envolée des prix des terres rares, des mines qui avaient fermé lors des décennies écoulées, en raison de prix anticoncurrentiels pratiqués à l’époque par la Chine, vont pouvoir être réexploitées. La société américaine Molycorp, qui lorgne une mine dans le Mountain, avait à cet effet levé des fonds en juillet. Le groupe minier suisse Glencore International envisagerait aussi, en joint-venture avec Wings Enterprises, de réactiver une mine fermée aux USA, selon un article paru sur le site du Wall Street Journal il y a huit jours. 

Parmi les régions disposant de ces minéraux exceptionnels, les USA disposent de réserves importantes inexploitées à ce jour. L’Australie, le Canada, l’Inde, le Brésil, le Vietnam et, dans une certaine mesure, l’Afrique du Sud, sont d’autres pays qui en produisent à ce jour.  Il faudra cependant du temps pour arriver à compenser le retrait chinois de ce marché. L’Agence allemande des Matières premières évalue que "cela pourrait prendre une décennie pour dénicher des sources d’approvisionnement alternatives capable d’assurer une offre stable". 

Réaction de sociétés  

A ce jour, peu de sociétés ont publiquement réagi à la décision de la Chine. Toyota, qui utilise 10.000 tonnes de terres rares par an, a indiqué "chercher à diversifier ses sources d’approvisionnements, via le Vietnam et l’Inde entre autres". Des sociétés comme Sojitz et Toyota Tsusho accélèrent donc leurs efforts dans l’exploration et le sourcing de terres rares du Vietnam. L’importation de terres rares du Vietnam devrait commencer en 2012.

 Nissan explore aussi d’autres sources alternatives, capables d’assurer ses besoins. Mais précise "disposer de stocks suffisants et chercher à en réduire sa consommation pour les modèles hybrides".  

Plus près de nous, le groupe bruxellois Umicore a récemment déclaré qu’"il faisait le nécessaire pour sécuriser ses approvisionnements en terres rares". 

états-unis: produit consacré aux terres rares

Le gestionnaire de fonds américain Van Eck a annoncé le lancement d’un produit financier qui permet d’investir dans les sociétés présentes dans la production des «terres rares» . Le Market Vectors Rare Earth/Strategic Metals ETF (REMX) a commencé à s’échanger sur la plateforme américaine NYSE Arca. Il s’agit d’un ETF (Exchange-Traded Funds), un panier d’actions permettant de suivre l’évolution d’un indice boursier ou d’un secteur, et aussi un type de produit financier de plus en plus prisé des investisseurs.

Marc Collet/echo/oct10

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La Chine rassure les USA sur les exportations de terres rares

Les Etats-Unis se sont inquiétés de la décision chinoise de restreindre ses exportations de terres rares, en particulier en direction du Japon, en guise de représailles dans le différend diplomatique entre Pékin et Tokyo. 

La Chine a assuré samedi aux Etats-Unis qu’elle ne bloquerait pas les exportations de terres rares, a annoncé la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton, à l’issue d’une rencontre avec le ministre chinois des Affaires étrangères, Yang Jiechi. Les chefs des diplomaties américaine et chinoise se rencontraient en marge du sommet de l’Asie de l’Est, dans la capitale vietnamienne Hanoï.

Les autorités chinoises ont récemment assuré qu’elles ne se serviraient pas de leur quasi-monopole comme d’un levier politique, mais les cours des terres rares ont flambé et de nombreuses entreprises se sont mises en quête de nouvelles sources d’approvisionnement.

"Le ministre Yang a souligné que la Chine n’avait pas l’intention d’empêcher ces minerais d’atteindre le marché", a déclaré Hillary Clinton à l’issue de sa rencontre avec son homologue. Elle a toutefois ajouté que les Etats-Unis, avec notamment le Japon et l’Europe, allaient chercher d’autres sources de terres rares.

"Donc, même si nous sommes heureux des éclaircissements que nous avons reçus du gouvernement chinois, nous pensons que le monde dans son ensemble a besoin de solutions diversifiées", a-t-elle dit.

source afp nov10

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De l’utilisation durable des métaux trop rares

La demande a augmenté de manière extrêmement rapide. Des situations d’approvisionnement critiques sont possibles à l’avenir.

Notre société est dépendante de métaux rares comme jamais: téléphones portables, écrans plats, appareils photo numériques, automobiles et centrales éoliennes seraient aujourd’hui quasiment irréalisables sans ces matières premières. Même si la Suisse ne possède pas de ressources primaires, elle devrait s’engager plus fortement en faveur d’une utilisation plus durable des métaux rares.

Le terme «métaux rares» désigne les substances métalliques dont la concentration dans l’écorce terrestre est inférieure à 0,01 de pourcentage en poids. Encore au début du XXe siècle, peu de technologies utilisaient les métaux rares comme matières premières. Au cours des dernières décennies, la situation a fortement évolué: en raison de leurs propriétés particulières, les métaux rares jouent aujourd’hui un rôle central dans différentes applications. On utilise ainsi le platine pour la fabrication de catalyseurs automobiles, ou le tantale pour la production de turbines d’avion et de microcondensateurs utilisés dans les téléphones portables. En combinaison avec l’étain, l’indium forme un élément important pour la construction d’écrans plats en tant que conducteur électrique transparent, et le lithium entre dans la production de piles rechargeables.

La SATW(Académie suisse des sciences techniques) a publié un rapport qui indique à l’aide de cinq exemples – lithium, terres rares, indium, métaux du groupe du platine et tantale – comment l’offre et la demande ont évolué au cours des dernières années et quels sont les défis à relever à l’heure actuelle. Les exemples montrent que la demande a augmenté de manière extrêmement rapide en quelques décennies seulement et que – en fonction de facteurs géologiques, géopolitiques, technologiques, économiques, sociaux et écologiques – des situations d’approvisionnement critiques sont possibles à l’avenir.

Approfondir les connaissances, développer des options concrètes et les ancrer institutionnellement à l’international – voici des jalons importants sur le chemin menant à une utilisation plus durable des métaux rares. La Suisse devrait avoir grand intérêt à s’y impliquer, car elle est fortement dépendante des technologies d’avenir. La Suisse est par ailleurs un pays dans lequel de nouvelles technologies se diffusent souvent très tôt. Il en résulte une coresponsabilité qui l’engage à veiller aux répercussions écologiques et sociales de l’extraction de ressources primaires dans les pays correspondants.

La Suisse a déjà entrepris des premiers pas dans cette direction: elle a ainsi introduit il y a 15 ans des systèmes de reprise des appareils électriques et électroniques hors d’usage. En juin 2009, elle a par ailleurs décidé de soutenir financièrement la «Extractive Industries Transparency Initiative». Cette initiative veut apporter la transparence quant aux recettes des concessions minières dans les pays en voie de développement et à leur utilisation, et souhaite contribuer à ce que les principes de la gouvernance d’entreprise soient respectés dans le secteur des matières premières. Il ne faut pas s’arrêter là: la Suisse devrait s’engager en faveur d’une utilisation plus durable des métaux rares, et indiquer comment ces matières premières peuvent être remplacées par des éléments moins problématiques.

Académie suisse des sciences techniques SATW nov10

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Focus sur l’argumentaire chinois

il faut lire en détail l’argumentaire chinois. Il éclaire la façon dont la 2e économie voit l’avenir de la mondialisation.

 Tout d’abord, Pékin dit réduire ses exportations de «terres rares» depuis 2006 pour répondre aux besoins de son industrie, ses propres réserves risquant d’être épuisées d’ici vingt ans. Entre-temps, le Japon – qui absorbe un cinquième de l’offre mondiale – s’est constitué à bon compte une réserve stratégique pour les vingt prochaines années grâce à ses achats chinois. Aujourd’hui, la Chine veut en faire de même. Une décision qui force Japonais, Américains et Européens à diversifier leur approvisionnement ou à relancer leur propre production ou celle de produits de substitution. Les Etats-Unis n’ont-ils pas fermé leurs mines il y a quelques années car elles étaient trop polluantes et trop chères face à la concurrence chinoise? Désormais, rétorque Pékin, il lui faudra reprendre cette activité sur son sol, même s’il lui en coûtera plus cher. 

Deuxième argument, l’industrie chinoise doit monter en gamme et transformer ses ressources minérales plutôt que les exporter comme un pays pauvre. L’ère du pillage à bon prix au bénéfice des pays riches (et des élites chinoises) est terminée. Mieux, les quotas d’exportation sont justifiés par la nécessité d’améliorer les conditions de travail et la protection de l’environnement. Pékin reprend à son compte l’argumentaire des syndicats internationaux ou des ONG – jusqu’ici accusés d’être l’instrument de politiques protectionnistes – pour limiter le laisser-faire. C’est nouveau dans un pays qui avait attiré les investisseurs avec une main-d’œuvre docile et un droit de polluer. Et pour ceux qui s’émeuvent des entraves à la liberté de commerce, Pékin rappelle que de telles restrictions aux exportations – c’est le dernier point – sont en parfaite conformité avec l’OMC. C’est ce que vient de reconnaître son directeur général, Pascal Lamy, en expliquant que «les règles à ce sujet sont très superficielles». Conclusion: le prix des «terres rares» devrait enfin refléter leur rareté.

source le temps nov10

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