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Métaux Précieux : Quand l’argent fait de l’ombre à l’or

Métaux Précieux : Quand l’argent fait de l’ombre à l’or

Jamais les Monnaies Nationales n’ont vendu autant de pièces en argent. Le phénomène, qui ne cesse de s’amplifier depuis plusieurs trimestres, est à ce point manifeste que certaines ventes ont dû être rationnées.

chart of the day, silver coins, march 2011

Outre-Atlantique, les achats d’Eagle, qui historiquement représentent près de 30 % du marché des pièces d’argent, ont presque sextuplé. Elles pourraient même, selon les observateurs, atteindre le cap des 60 millions d’onces cette année, alors qu’entre janvier 1987 et janvier 2008 elles n’ont que rarement dépassé le cap des 10 millions d’onces. Au niveau global, elles pourraient s’établir au-dessus des 200 millions d’onces (le double de 2010) et représenter près de 20 % du marché de l’argent.

  

PLUS DE SILVER EN SUIVANT :

UNE ALTERNATIVE A L’OR

chart of the day, gold to silver ratio, nov 2010

Derrière cette frénésie pour les pièces argentées se cache l’intérêt de plus en plus marqué des investisseurs particuliers pour un métal précieux offrant les mêmes avantages que l’or (refuge contre l’inflation, la volatilité des devises, l’instabilité géopolitique, ou le risque lié aux catastrophes naturelles), mais pour un prix plus abordable.

Le métal gris a franchi la barre des 40 USD/once et signé, du même coup, un bond de 355 % par rapport à ses planchers de la fin 2008. Une appréciation, certes impressionnante, mais qui reste comparable au différentiel de cours (365 %) existant entre les cours de l’or (quasi 1.500 USD/once) et de l’argent!

La surperformance 2011 (+27 %) de l’argent par rapport à l’or tient aussi au fait qu’il dispose d’une dimension plus cyclique que l’or. Les applications industrielles de l’argent (la moitié de la demande d’argent émane des secteurs liés au solaire, à l’électronique ou aux batteries, alors que 75 % de la demande d’or provient de la bijouterie) en font un actif beaucoup plus sensible aux cycles économiques. Il profite donc pleinement de la croissance des pays émergents et de la Chine, en particulier, qui depuis fin 2007, a augmenté sa consommation industrielle d’argent de quasi 120 %… 

Tous ceux qui anticipent une reprise conjoncturelle ont donc beau jeu de jouer le métal. La demande financière ne se manifeste pas seulement dans les pièces de monnaies. Elles constituent même plutôt la pointe de l’iceberg. La stratégie la plus prisée pour investir dans l’argent physique consiste pour les investisseurs à acheter des fonds indiciels, ou assimilables (exchange traded funds ou exchange traded commodities), sur le métal gris. Depuis la première émission d’un ETF sur l’argent en 2006, ces instruments ont vu leur détention de métal grimper jusqu’à quasi 15.500 tonnes, soit plus que les 2.000 tonnes détenues, grosso modo, par les ETF sur l’or. C’est tout dire…

On comprend mieux, dès lors, pourquoi le marché de l’argent a tant de mal à équilibrer l’offre et la demande comme en témoigne le marché des « futures » où les cours des contrats à court terme tendent à être plus élevés que ceux à long terme (ce qui augmente le return potentiel des détenteurs d’ETF).

50 USD PAR ONCE D’ARGENT?

Reste à savoir si, dans ce contexte, le processus de « rerating » de l’argent est ou non arrivé à son terme?

 Beaucoup de spécialistes estiment que l’argent pourrait atteindre le cap des 50 USD et battre du même coup son record de 49,45 USD réalisé en 1980. Les partisans de cette thèse justifient leur position en considérant que l’argent est appelé à être de plus en plus considéré comme une alternative à l’or et de moins en moins comme un métal industriel.

L’argent n’a, certes, jamais été aussi cher par rapport au métal jaune depuis 1983 (une once d’or permet aujourd’hui d’acheter 37 onces d’argent, contre près de 100 à la fin des années 80), mais le ratio cours de l’or/cours de l’argent a déjà enregistré des niveaux beaucoup plus faibles par le passé. Du xiie au xviiie siècle, il n’a jamais connu un multiple supérieur à 20. Ce n’est qu’à partir du milieu des années 80 qu’il est passé au-dessus de 40, avec une moyenne de l’ordre de 65.

A ce petit jeu des comparaisons historiques, on peut donc concevoir que l’or puisse se traiter à 30 fois le cours de l’argent, ce qui serait le cas si l’or s’échangeait à 1.500 USD et l’argent à 50 USD.

A condition, toutefois, que la déflation ne vienne pas jouer les trouble-fête ou que les mines ne décident pas de profiter de la cherté actuelle du métal pour vendre à terme massivement leur production.

par Luc Charlier/L’Echo avril11

EN COMPLEMENT : Comment échanger 5 francs contre 9 euros

C’est l’un des effets de l’envolée du cours de l’argent. Alors que les billets en francs s’échangent toujours à la Banque de France sur la base d’un euro pour 6,56 francs, certaines pièces frappées avant 1980 valent beaucoup plus que cela. Pourtant, sur 1,5 milliard de pièces en argent frappées en France avant l’introduction de l’euro, une bonne partie reste endormie dans les greniers et les armoires des Français. Il est sans doute temps de récupérer la monnaie de sa pièce.

De nombreux Français se sont rués le week-end dernier au siège de la Monnaie de Paris afin de pouvoir décrocher le Graal : une pièce en or de 1.000 euros, frappée à 10.000 exemplaires, à l’effigie du demi-dieu Hercule. Normal, le cours du précieux métal s’est envolé à 1.460 dollars l’once et a presque quintuplé en dix ans. Ce que l’on sait moins, c’est que l’argent a fait nettement mieux sur la même période. Depuis 2001, son prix a été multiplié par 8, passant de 5 à 41 dollars l’once. Et cette flambée devrait d’autant plus intéresser les Français qu’ils sont très nombreux à avoir gardé dans leurs armoires ou leur grenier pièces de 5,10 ou 50 francs en argent. « Mais ils sont encore rares à savoir que l’argent rapporte » concède le guichetier d’une enseigne spécialisée dans l’échange de métaux précieux.

Une plus-value de 1.300% en dix ans pour les pièces de 10 francs

Il est peut-être temps d’aller regarder si vous n’en avez pas qui traînent dans un fond de tiroir. Car les vieilles pièces d’argent reçues en héritage ou bien oubliées au fond d’une vieille boîte peuvent rapporter gros. Ainsi, la célèbre « Semeuse » de 5 francs frappée entre 1959 et 1969 contient 10,02 grammes d’argent et vaut un peu plus de 9 euros. Mais les plus chères sont, une fois encore, les pièces « Hercule ». Celles de 50 francs, valent jusqu’à 24,73 euros, soit un peu plus de trois fois sa valeur faciale convertie en euros. Et celles de 10 francs atteignent plus de 20 euros. Cette dernière a ainsi vu sa valeur augmentée de 1.300% depuis qu’elle a été démonétisée en 2002.

Des milliards d’euros qui dorment dans une boîte oubliée

En tout, 195 millions de pièces 5 francs Semeuse, 39 millions de pièce de 10 francs et 46 millions de pièces de 50 francs ont été frappées entre 1959 et 1980. Si toutes étaient restées à ce jour en possession des Français, la valeur totale de ce pactole représenterait la coquette somme de 3,7 milliards d’euros. Toutefois, « impossible de savoir combien restent en circulation » indique un numismate de la rue Richelieu (IIe arrondissement de Paris). « Au début des années 1980, quand on a cessé d’incorporer de l’argent dans l’alliage des pièces, on voyait arriver des sacs entiers de pièces de cinq francs », se souvient le propriétaire d’un bureau de change. Trop répandues, leur valeur de collection a toujours été quasiment nulle.

L’Etat récupérera 8% sur la revente de ces pièces autrefois très courantes

Pour empocher ses plus-values, direction les bijoutiers, les bureaux de change et les comptoirs numismatiques. Il faudra s’acquitter d’une taxe de 8% sur le montant total de la vente. A moins de justifier d’une facture d’achat nominative, auquel cas on peut opter pour le prélèvement libératoire forfaitaire sur les plus-values (31,3%). Une formule qui n’intéressera évidemment que ceux qui achètent et revendent régulièrement leurs pièces.

A Paris, des échoppes spécialisés dans ce type de transactions s’alignent les uns à côté des autres rue Vivienne, près de la Bourse. Les clients ne se pressent pas encore même si « depuis la crise économique de 2008, les fonds de tiroirs sont réapparus à la surface », souligne le guichetier. Ici, une vingtaine de clients par jour viennent pour des métaux précieux. « Mais ce sont surtout des acheteurs qui investissent dans l’argent en pariant sur une nouvelle hausse des cours » précise ce spécialiste des pièces.

Ceux qui n’ont rien trouvé au fond de leurs tiroirs pourront se consoler en achetant la pièce de 100 euros en argent « Hercule », éditée à 50.000 exemplaires. Elle est encore disponible en pré-réservation sur le site de la Monnaie de Paris et dans certains bureaux de poste.

Marina Torre - 13/04/2011, La Tribune

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