Europe

Banques : pourquoi Lagarde ne comprend rien à l’économie Par Charles Gave

Banques : pourquoi Lagarde ne comprend rien à l’économie Par Charles Gave

 Comme les nouvelles réglementations sur les banques (Bâle III) Madame Lagarde considère qu’il faut renforcer la solidité financière des banques européennes, et qu’elles vont donc devoir procéder à des augmentations de capital massives pour éviter une répétition de la crise de 2008. 

Ces tentatives de "renforcer" les banques en les forçant à effectuer des augmentations de capital m’amènent à formuler deux remarques :

· La première est qu’il n’est pas du tout prouvé que les banques aient été responsables ou uniquement à l’origine de cette crise, les Etats ayant une énorme part de responsabilité dans ce désastre (Voir mon livre "Libéral mais non coupable", chez Francois Bourin éditeur).

· La deuxième est que Madame Lagarde et les autorités de Bâle ne comprennent pas grand-chose à la façon dont fonctionne un système bancaire, ce qui est plus qu’un peu …inquiétant. C’est ce point que je veux développer aujourd’hui. Je vais le faire de manière un peu caricaturale, mais je pense que ce que je vais dire est juste, quoique volontairement schématique.

PLUS DE GAVE EN SUIVANT :

Le métier d’une banque est de prêter l’argent que ses déposants lui ont confié, mais aussi de l’argent qu’elle a elle-même emprunté à l’extérieur (à une autre banque par exemple). Ces dépôts et ces emprunts constituent son passif. A l’actif, elle aura les prêts qui ont été consentis, mais comme tous les prêts ne sont pas remboursés, certains emprunteurs faisant faillite, il faut que la banque ait un capital suffisant pour absorber ces pertes sans que les déposants aient à en souffrir. Bien sur, il faut que les taux d’intérêts soient suffisamment élevés pour que la banque couvre ses frais de financement + une prime qui couvre les risques de faillites « normales». Au cas ou nous entrerions dans une période anormale (récessions, dépressions), il faut en plus que la dite banque ait un CAPITAL suffisant pour absorber ces pertes anormales

Imaginons que les autorités de contrôle, pour couvrir ce dernier risque, décident que les banques soient dans l’obligation de conserver à tout moment un capital égal à 10 % des prêts consentis. Cela veut dire que cette banque peut « porter » 900 euros de prêts et avoir une taille de bilan de 1000 euros (900 de prêts+100 de capital). Comme de nos jours la plus grosse partie de la masse monétaire (M2 par exemple) a comme contrepartie des prêts bancaires, on peut avancer sans craindre de se tromper beaucoup qu’il existe une relation forcement assez stable entre la masse monétaire dans un pays et le capital du système bancaire. Si le capital des banques est équivalent à 1000 euros, on voit bien que la masse monétaire doit être à peu prés de 10000 euros…

Imaginons encore que les génies qui nous gouvernent décident que les banques doivent avoir soudain un capital égal non plus à 10 % de leurs prêts, mais à 20 %. Les banques qui pouvaient porter une masse monétaire de 10000 euros, avec le capital dont elles disposent ne peuvent plus porter une masse monétaire « que « de 5000 euros. Elles ont donc le choix soit de faire une augmentation de capital de 1000 euros, pour pouvoir porter leurs prêts existants, soit de réduire leurs prêts de moitié (diviser leur bilan par deux).

Dans le premiers cas, on peut légitimement se demander qui va souscrire à une augmentation de capital dans un secteur dont la rentabilité va s’effondrer (fonds propres deux fois plus importants, même taille de volume de prêts= une rentabilité qui s’effondre) et dans le deuxième, comme l’a très bien montré Milton Friedman, une effondrement de la masse monétaire entraine TOUJOURS un effondrement de l’activité économique au travers d’une "déflation par la dette".

Il est donc tout à fait évident que l’effondrement des bourses a comme « cause première » ces nouvelles règles établies à Bâle par des comptables qui ne comprennent rien à l’économie, et qui cherchent à établir des règles pour que le risque bancaire disparaisse à tout jamais, ce qui est proprement idiot puisqu’un monde sans risque est un monde en dépression.

Le plus foudroyant est que les hommes politiques ne cessent de réclamer aux banques qu’elles accordent PLUS de prêts alors qu’à l’évidence les mesures qu’ils prennent, ou font prendre, vont arriver exactement au résultat inverse…

Ce qu’il faut faire, c’est casser les grandes banques en une multitude de petites pour que des risques soient pris à nouveau et que la concurrence règne dans le monde bancaire comme partout ailleurs; interdire aux banques d’acheter des obligations d’Etat avec leurs dépôts, pour que l’Etat emprunte à un coùt normal et cesse d’être subventionné de façon éhontée; et, bien sùr, BAISSER les ratios entre capital et prêts pour que les banques puissent financer à nouveau le secteur privé.

La probabilité que cela se passe ainsi est, à mon avis, exactement égale à zéro , mais je peux toujours rêver

Charles Gave  le lundi 29 août 2011,

SOURCE ET REMERCIEMENTS : INSTITUT TURGOT 

EN COMPLEMENT : L’ANALYSE DE JEAN CLAUDE PECLET 

"Nous entrons dans « une nouvelle phase dangereuse », a dit Mme Lagarde (je ne me souviens pas quand nous avons quitté la précédente, mais passons). Il s’agit maintenant, selon elle, de recapitaliser les banques européennes de façon « substantielle », si possible par des canaux privés ou alors par l’intermédiaire d’une forme de financement public européen. Parallèlement, les Etats doivent « soutenir la croissance » qui ne redécolle pas. Nonobstant tout cela, les gouvernements doivent « mettre au point des plans à long terme pour contrôler leur dette publique ». 

Décryptons.

 Le premier message, et le plus urgent, c’est que nombre de grandes banques commencent à tirer la langue avec les obligations d’Etat pourries accumulées dans leurs coffres. On en a déjà vu une qui n’arrivait pas à se refinancer sur les marchés il y a dix jours. Pour éviter un début de réaction nucléaire tel qu’elle s’est produite en 2008, il faut regonfler d’urgence leurs fonds propres. L’allusion de Mme Lagarde au financement privé est sans doute une plaisanterie pour détendre l’atmosphère – quel « privé » place ses économies dans un tonneau qu’il sait percé? – ce sont donc les Etats qui, une nouvelle fois, sont priés de passer à la caisse. Je me réjouis de voir comment les gouvernements vont expliquer cela aux citoyens à qui ils demandent de se serrer la ceinture (90% des Français y sont opposés, ai-je lu dans un récent sondage). 

De plus, cela n’arrangera pas la situation financière des Etats eux-même, déjà très mauvaise. Car ce n’est pas tout, Mme Lagarde leur demande aussi d’injecter des fonds massifs dans l’économie qui fait du surplace – donc de se mettre encore davantage dans le rouge, d’alourdir encore davantage leur bilan, alors que leur découvert monstrueux est justement ce qui affolle les marchés depuis des mois.

 Mais la bonne fée Lagarde leur offre une baguette magique. Pour rassurer tout le monde, il suffit que les mêmes Etats mettent au point des plans « crédibles » pour réduire leur dette « à long terme ».

La baguette de Christine est en toc. Réduire la dette « à long terme », c’est ce que promettent les gouvernants (en particulier français) depuis qu’ils gouvernent, et c’est justement pour cela qu’ils ne sont pas crédibles. Il faut des mécanismes clairs et des premiers effets rapides (même limités) pour convaincre les marchés de sa bonne foi. Le reste ressemble à la promesse de l’ivrogne qui demande des sous pour s’offrir une dernière méga-cuite avant de se mettre au régime sec.

 Le discours de Christine Lagarde témoigne simplement de l’impuissance pathétique à laquelle sont réduits aujourd’hui les décideurs macro-économiques. Entre l’exigence de relance et celle de rigueur, ils se savent plus à quel saint se vouer, ils en perdent leur latin. 

La réalité démographique, économique et sociologique qui émerge derrière cela est pourtant assez claire: les pays vieillissants d’Occident, étouffés par des système d’assistance dont ils ont perdu le contrôle, réticents à l’immigration, subissent les premiers effets d’un tassement général de la demande. Nous entrons dans une période de récession ou stagnation qui, on le voit au Japon, peut durer très longtemps."

 SOURCE ET REMERCIEMENTS : BEQUILLES

http://peclet.wordpress.com/2011/08/28/la-baguette-en-toc-de-christine/

 

 

1 reply »

  1. Lagarde portée aux nues par les médias il y a si peu de temps, les meilleurs qualificatifs étaient la norme, a montré au monde son vrai visage et sa vraie incompétence.
    Je ne parle pas de ses propos sur la recapitalisation des banques tel que décrit ci-dessus car je ne connais pas assez le sujet, mais du retournement de veste surprenant en si peu de temps puisqu’en tant que ministre elle affirmait que nos banques étaient solides.
    Bien que je ne sache rien sur ce sujet, il me semble évident que nos banques ont été particulièrement mal gérées depuis de très nombreuses années en accumulant des obligations de pays divers dont beaucoup étaient dangereux, Italie et Grèce principalement depuis l’arrivée de l’Euro, et il n’était pas nécessaire d’être un économiste chevronné pour le savoir.
    Mais en gonflant les chiffres des banques cela faisait aussi gonfler les revenus de leurs dirigeants depuis tant d’années, mais c’est le peuple qui va payer l’addition maintenant.
    La pire de toute est Dexia, banque où 2 états sont au conseil d’administration dont la France, et c’est la plus mal gérée, celle qui possède le plus d’actifs pourris en rapport de ses fonds propres, qu’à fait Lagarde depuis des années alors qu’elle a été nommée la meilleure économiste, a-t-elle exigé que Dexia se désendette graduellement depuis sa nomination au ministère de l’économie ?, non DExia s’est endettée de plus en plus alors qu’elle était en place.
    Lagarde en tant que ministre a été très heureuse de trouver des banques pour acheter ses obligations pourries et continuer à faire vivre le pays sur un train de vie payé par la dette donc largement au-dessus de ses moyens.
    Je pense qu’elle s’est très rapidement Américanisée, qu’elle est sous inflence US au FMI et comme les US vveulent casser l’Euro, ils se sont servis d’elle et elle n’a rien vu, elle n’est donc pas à la hauteur de la place que Sarkozi lui a confié, elle est très loin de faire le poids.

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