Art de la guerre monétaire et économique

L’Edito du 10 Novembre 2011 : Contre la lutte contre les inégalités, contre l’austerité! par Bruno Bertez

L’Edito du 10 Novembre 2011 : Contre la lutte contre les inégalités, contre l’austerité! par Bruno Bertez

La financiarisation génère des inégalités au lieu d’être productrice de richesse. L’économie de marché a été saisie par les classes dominantes et l’Etat.

   Vous avez noté comme nous la montée du thème de l’aggravation des inégalités. On le retrouve dans les différentes plateformes électorales, bien sûr, mais aussi chez les économistes comme Stiglitz, Shiller, les gourous comme Roubini et les grands prêtres du système comme Warren Buffett et Soros.

Nous-mêmes, dans nos chroniques, mentionnons très souvent les inégalités, leur aggravation et l’accélération de ces aggravations comme un élément de la crise et du système qui produit cette crise.

Les différents mouvements sociaux qui se développent, Occupy Wall Street, les Indignés, les grévistes de Grèce, du Portugal ou d’ailleurs, brandissent de nombreuses pancartes, quelquefois fort imaginatives sur cette question.

PLUS DE BERTEZ EN SUIVANT :

Nous pensons que,  si quelque chose reste de ces différentes manifestations de révolte,  ce sera certainement la revendication de réduction de ces inégalités. Ces mouvements sociaux seront, nous en sommes persuadés, dévoyés, récupérés, désamorcés, mais la lutte contre les inégalités a toute chance de subsister, car elle va dans le sens souhaité par les partisans de l’ordre établi, par les partisans du statu quo issu des reformes de 1971 et du début des années 80

Cet ordre, ce Système est celui qui a produit la crise dans laquelle nous sommes actuellement, concomitamment, structurellement, organiquement,  cet ordre produit, comme conséquence inséparable,  de l’inégalité accélérée. Et nous ajouterons, mais sans le développer maintenant: il produit aussi de l’étatisme.

source New York Times

Ceux qui présentement dénoncent, soulignent, évoquent,  le creusement des inégalités le font tous de la même manière, une manière "soft "dirons-nous. Ils en parlent comme liée à la crise, comme plus ou moins responsable, comme ayant à voir d’une manière ou d’une autre avec les difficultés actuelles. Personne, à notre connaissance, n’établit les liens entre le système, la crise et les inégalités; personne ne fait ressortir les causes et les effets, personne ne montre que tout cela est organiquement lié et qu’il ne s’agit pas là de conséquences non voulues. Le système, l’ordre mis en place selon les étapes décrites ci-dessus,  produit de l’inégalité par construction et il en produit de façon accélérée et quasi autonome maintenant. Ainsi, toutes les statistiques disponibles montrent qu’au lieu de se résorber, elles se sont fortement accrues depuis 2008. Ce qui est logique puisque la seule parade à la crise a été la création de monnaie et l’inflation du prix des assets financiers.

 

 Pourquoi ces gens intelligents, informés, introduits ne le font-ils pas? Pourquoi fournissent ils des critiques et dénonciations parcellaires au lieu d’exposer la question dans son ensemble, avec son historique, son développement et maintenant son impasse? Tout simplement parce que cela serait contraire à leurs intérêts, à leurs choix, à leur volonté de survivre dans leur statut social actuel.

Ces gens, soit aspirent à monter dans l’échelle du Pouvoir et à profiter eux aussi de ces inégalités, on parle de gauche caviar par exemple; ou bien ils aspirent à conserver ce qu’ils ont et veulent que fondamentalement le système ne soit pas remis en cause. Le thème des inégalités, comme celui de la redistribution des richesses et des revenus est dialectique, selon la façon dont on l’utilise et les doses que l’on emploie, il permet soit de maintenir l’ordre établi, soit de le renverser.

Face donc à ce problème de l’accroissement des inégalités il y a deux positions et seulement deux :

-          Supprimer la production d’inégalités, changer le système qui  les produit et les aggrave

-          Laisser la production d’inégalités en l’état, ne pas montrer leur origine systémique et les confisquer, tout ou partie. Confisquer par la taxation au profit de l’Etat.

Ceux qui veulent que l’on arrête un système qui produit de l’inégalité et des crises ont intérêt à montrer, à mettre en évidence, comment se fabriquent ces inégalités ; ceux qui veulent simplement le corriger à la marge et surtout continuer à bénéficier de ce système  escamotent les analyses, les occultent et se contentent de juxtaposer les phénomènes sans montrer les causes et les effets, sans faire ressortir les enchaînements.

Ainsi, la revendication de Warren Buffett de taxer les riches, d’augmenter leurs impôts, de réduire les inégalités par la fiscalité, ne l’empêche pas d’empocher quelques milliards de dollars sur le sauvetage de Goldman Sachs, milliards dont le remboursement et la plus value ont été produits par la spéculation financière. Ainsi, l’intervention de Soros qui aide matériellement les Occupy Wall Street, mais continue de participer à la communauté spéculative mondiale et ne trouve pas cela contradictoire.

La ligne partage entre ceux qui déplorent vraiment les inégalités au motif qu’elles sont économiquement perverses, porteuses de crises financières et sociales, contraires à l’équité et ceux qui offrent de lutter contre les inégalités pour apaiser les tensions mais faire durer le système, la ligne de partage est là, les uns montrent les causes et les origines, les autres les dissimulent, les escamotent.

L’action en vue de la réduction des inégalités présente de nombreux avantages à ceux qui s’en font les apôtres.

-          Elle permet par une sorte compensation de faire passer la pilule des scandaleux bail-out. Du genre : regardez, nous savons aussi prendre aux riches

-          Elle permet de faire passer l’austérité car  tel est le message, la rigueur est pour tous

-          Elle permet le financement des déficits keynésiens par l’augmentation des taxations. Le keynésianisme est le meilleur garant de l’ordre établi puisqu’il permet d’apaiser les tensions sociales et quelquefois la misère dangereuse par des distributions charitables habillées d’économisme.

-          Elle met en selle les partis et organisations sociales démocrates, lesquelles sont très utiles pour désamorcer les luttes sociales en période crise et de chômage. Confère ce qui se passe en Grèce, en Espagne et peut être qui sait, bientôt en France

-          Elle permet de lutter contre l’ascension des classes moyennes qui,  nous l’avons déjà dit, sont assurées de ne jamais devenir supérieures, taxées qu’elles sont sur leur travail, leur épargne et leurs biens malheureusement toujours visibles

-          Elle permet, mais là, le jeu est dangereux, de désigner des boucs émissaires qui exonèrent la responsabilité des gouvernements, des banquiers centraux et des groupes sociaux qui leur sont alliés. Si les revenus et les patrimoines sont taxés, n’est ce pas que justice, n’ont-ils pas été gagnés, acquis de façon douteuse. On taxe la richesse comme on taxe le tabac, le vice, la pollution

-          Elle permet, et c’est important, de continuer d’augmenter le pouvoir de l’Etat, de renforcer sa présence,son autorité, elle assoit l’étatisme encore mieux tout en stigmatisant au passage les individus, ces égoïstes malhonnêtes.

-          L’Etat prospère grâce aux ressources qu’il prélève, une grande partie de ses ressources vient de son rôle de pseudo moralisateur qui consiste à laisser les vices ou les dysfonctionnements se développer et à en confisquer tout ou partie des produits, mais en laissant les causes soigneusement intactes, inchangées. Dans le cas présent, on verra que c’est la volonté des Etats de stimuler la croissance et de financer plus facilement leurs promesses et déficits qui les a conduit à mettre en place un système producteur d’inégalités accélérées et à grande échelle. Ces Etats ont fait une erreur, commis une faute et ils prétendent s’en récompenser en confisquant une partie du produit de leur faute. Un peu plus, ils prétendraient protéger les citoyens contre les dangers qu’ils ont eux-mêmes créés!

Le thème de la réduction des inégalités en tant que thème permettant le maintien de l’ordre/désordre établi dans les années 80 peut être combattu et il doit l’être car c’est le masque de l’injustice, c’est le cynisme qui se dissimule derrière l’équité.

La réduction des inégalités excessives créées par la dérive du système doit être prise à la fois à sa source, c’est à dire là où les inégalités sont produites et dans sa globalité. 

Contrairement à ce que l’on essaie de faire passer pour les déconsidérer, les mouvements  sociaux actuels ne sont pas stupides, ils sont, dans leur intuition,  primaires, clairvoyants, eux dont les thèmes et les mots d’ordre sont les suivants:

- Nous sommes les 1% contre les 99%

- Le chômage

- Les expulsions

- Contre les délocalisations

- Contre le lobbying

- La corruption

- Contre les bail-out

- Contre la collusion de  l’argent et de la politique

- Contre les banques centrales

- Contre le renchérissement des soins, des études, la dépréciation des pensions de retraites

- Contre les guerres de soi-disant libération 

Ces gens sont primaires, ils sont incapables de faire ressortir la logique et l’unité profonde de leurs  revendications et de leurs fureurs,  mais ils voient plus juste que les leaders politiques des pseudos gauches, les économistes étroits et les gourous patentés. Ils donnent à voir que tout est lié.

Car, de fait, tout est lié, organiquement lié dans un système dont chaque pièce est solidaire de l’autre,  dont chaque processus a une raison être et une fonction.

Tout a commencé en 1971 quand Nixon a coupé le lien entre le dollar et l’or quand il a libéré la politique monétaire américaine de la contrainte extérieure. Bref, quand il a libéré la production, on devrait dire la surproduction, de dollars. Comme l’a dit un de ses conseillers, avant, nous avions un problème avec nos dettes, maintenant, ce sont nos créanciers qui en ont un. Ainsi, ont été jetées les bases de la Great Experiment.

  

Les think tanks américains se sont émus du ralentissement tendanciel de la croissance, de l’érosion du taux de profit avec les conséquences sur le chômage, d’une part, et sur l’hégémonie américaine,  d’autre part.

Leurs réflexions ont débouché sur l’idée qu’il fallait augmenter la capacité du système américain de créer du crédit, qu’il fallait repousser les limites de solvabilité du système, qu’il fallait donner aux banques les moyens d’augmenter leurs profits, de réduire leurs risques et de bonifier leur capital. Tout ensemble. Cela a été explicité à l’époque et surtout cela a été répété clairement, sans équivoque, par Greenspan en 2009 à l’occasion d’une audition devant le Congrès afin de justifier sa propre action à la tête de la FED.

On a appelé cela la modernisation, ou la dérégulation ou la déréglementation peu importe le nom, nous nous appelons cela la financiarisation.

Une incidente, si vous le permettez.

La modernisation, dérégulation, déréglementation, libération des forces de la finance et leur abandon au marché n’ont pas été uniquement le fait des gouvernements conservateurs, de droite, des Thatcher, Reagan et autres, les gauches sociales démocrates se sont empressées d’emboîter le pas.

En France, par exemple c’est Laurent Fabius, Premier Ministre et son Ministre des Finances, Pierre Bérégovoy, qui ont porté la modernisation sur les fonds baptismaux.

 

EN LIEN :  Le consensus de Paris, la France et les règles de la finance mondiale

Fin d’incidente.

Les résultats de ce grand mouvement étalé sur plusieurs années et marqué par des innovations ou pseudo innovations à jets continus, le résultat a été une baisse des taux d’intérêts, une chute des primes de risque, une externalisation du risque financier et bancaire  et un gonflement considérable de la masse de crédit dans le système.

Les avantages ont été spectaculaires et multiples :

-          La baisse des taux et l’expansion du crédit permettent de hausser le niveau d’investissement, de la productivité et de l’emploi

-          La croissance se redresse, accélère

-          Les consommateurs ayant accès au crédit facile s’endettent, consomment, achètent des logements, ils augmentent la demande finale

-          Le financement des déficits du gouvernement est facilité, les déficits se réduisent grâce à la croissance et aux plus-values

-          La hausse de la valeur des assets, des actions, des bonds, de l’immobilier fournit des collatéraux pour les dettes et entretient par l’effet de richesse le moral des consommateurs

-          La hausse du taux de profit réel, le gonflement Ponzi de la valeur des assets attirent les capitaux étrangers, les Etats-Unis pompent littéralement les capitaux internationaux, la question du déficit extérieur ne se pose pas. La "grande pompe à phynances" fonctionne à plein. Le même phénomène se produit à l’intérieur de l’Europe.

-          Malgré la globalisation et les déséquilibres croissants du système réel, la sphère financière croit à la stabilité grâce au recyclage des capitaux des exportateurs sous -consommateurs. Et puis, il y a les fameux Puts Greenspan d’abord, les hélicoptères de Bernanke ensuite.

Le mouvement de modernisation de la finance, de la financiarisation, comme nous le désignons, est jumeau du mouvement de la globalisation. L’un ne va pas sans l’autre et l’autre ne va pas sans l’un.

La globalisation a permis le miracle de la soi-disant productivité du système américain par les importations à bas prix, par les délocalisations, par l’arbitrage international du travail et par le transfert inégal et invisible de valeur.

Si la financiarisation n’était pas intervenue dans un contexte de globalisation, elle aurait échoué car le taux de profit américain n’aurait pas remonté, car l’inflation aurait rapidement fait son apparition, car il y aurait eu, rapidement  des tensions sur les taux intérêts.

Financiarisation et globalisation sont inséparables, deux faces d’un même phénomène de mutation et d’extension du système placé sous le signe et permis par les modernisations, innovations, dérégulations financières. Permis aussi par cette sorte d’arrêt de l’Histoire, constitué par l’écroulement du modèle soviétique et l’affaiblissement historique du pouvoir syndical.

 La financiarisation a produit un système politique pollué par l’argent, complaisant, connivent, sorte de pseudo-démocratie à deux vitesses dont le maintien repose sur l’opacité et la manipulation. La financiarisation a produit les théories pour la légitimer et elle a armé la force et la violence nécessaires pour la protéger. Car financiarisation, concentration et impérialisme vont de pair.

Le couple globalisation/financiarisation a produit une masse considérable de profit, une masse considérable de plus values boursières, une masse incroyable dettes, et une…  modération, sinon une baisse des salaires réels dans les pays précédemment développés! En 20 ans, les salaires réels américains n’ont pas progressé.

Allemagne: les salaires bruts ont baissé de 4% en dix ans

Les salaires mensuels allemands se sont dégradés de 4% au cours de la décennie 2000-2010, représentant une perte moyenne de 100 euros, notamment en raison du développement du travail partiel, selon une étude de l’institut économique allemand DIW. Le travail partiel s’est développé au cours de la première moitié de cette décennie. En 2010 près de 25% des salariés avaient un emploi à temps partiel, s’accompagnant souvent de salaires horaires moins élevés. Le salaire horaire moyen d’un salarié à temps partiel s’élève actuellement à 7,79 euros brut à l’ouest et 6,86 euros à l’est (ex-RDA). Mais certains salariés, dans le commerce et la restauration notamment, gagnent à peine plus de cinq euros bruts de l’heure.

La masse de capital dans le système a gonflé de façon exponentielle, mais surtout, ce qu’il ne faut oublier, c’est que la masse de dettes incroyable dont nous parlons ci-dessus constitue un capital. Car ce qui est une dette pour les uns est un capital pour les autres, pour les créanciers. On le ne voit pas assez, cela est même dissimulé, dans nos systèmes, la dette une fois empaquetée, titrisée, vendue sur un marché devient un asset financier qui  a statut de capital car il rentre dans le patrimoine de son propriétaire comme un autre placement et lui donne le  droit de prélever son intérêt et d’exiger son remboursement.

source Global Macro Monitor

source Peak Watch

source BIS

Ce capital produit par la financiarisation/globalisation, il faut bien qu’il appartienne à quelqu’un, il n’est pas suspendu dans les airs. Il faut bien qu’il aille se loger à certains endroits du tissu social.  Il n’est allé ni enrichir les salariés qui ont vu leur niveau de vie stagner, ni les Etats qui se sont endettés et ont vendu leurs bijoux de famille. Il est allé là où il devait aller, chez ceux qui étaient placés aux bons endroits du système, c’est à dire dans la sphère financière et dans les cercles, classes sociales, qui en sont proches, périphériques.

En gonflant dans des proportions sans précédent la valeur du capital financier, en accumulant une masse considérable de dettes, le système mis en place dans les années 80 a produit une inégalité sans précèdent. Quand on parle de surendettement, on pense aux débiteurs, on oublie que symétriquement, en face, il y des créanciers.  Et si l’endettement a cru de façon exponentielle, les créances ont cru tout autant.  Cela était inévitable, c’était inscrit dans la logique du système et cela le restera tant qu’on n’en changera pas.

Vous comprenez, bien sûr, pourquoi on escamote l’analyse des causes et des effets, pourquoi on évite de tirer sur le fil conducteur de l’Histoire et des origines du phénomène : mieux vaut se contenter, quand on veut que cela dure, de juxtaposer des constats et ne pas en tirer de conclusions. Elles pourraient déboucher sur des mises en questions inopportunes. L’escamotage des relations qui lient les causes et les effets, voire leur inversion, est l’un des grands secrets des magiciens du pouvoir. Les secrets de la financiarisation craignent la lumière ; c’est de l’obscurité que ses grands prêtres tirent leur pouvoir et leur richesse.

En fait, il faut aller plus loin encore dans l’analyse et c’est un aspect qui mériterait un développement en soi. Ce n’est pas un hasard si, dans ce même temps de la financiarisation/globalisation, se sont développés de nouveaux modes de gestion financière, de nouveaux véhicules, de nouvelles organisations.

 

Trading automatique

Dark Pool

La politique de bas taux intérêt, a rendu totalement spoliateurs les placements traditionnels sans risque comme les fonds d’Etat.

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Les taux intérêt réels ont été nuls et le sont évidemment encore. Ils sont négatifs après frais et impôt. Cela explique le développement des gestions alternatives, délocalisées ou non, hedge funds, private equity etc.  qui, elles, savent gérer et bénéficier de la complexité

 Ces gestions au cœur du système connivent ont réussi, jusqu’à ces derniers temps, à s’octroyer des rentabilités de 10 à 15%, lesquelles, capitalisées, viennent encore bonifier et enfler la masse de ce capital. L’épargnant traditionnel, lui,  ne capitalise plus depuis longtemps et ses fonds de retraites non plus. Il prend à plein l’érosion monétaire et la prédation fiscale.

source New York Times

De la même façon,  le système a, par l’argent bon marché, permis la généralisation des stocks options des dirigeants et de leur pendant, les rachats d’actions par les entreprises grâce au crédit, concrétisant ainsi la solidarité des détenteurs du capital et des managers dans le fameux objectif mystifiant de la création de valeur. La création de valeur qui se présente comme réelle et résultat du génie managérial, alors qu’elle n’est bien souvent que fictive et résultat de l’ingénierie financière permise… par la financiarisation.

Le système mis en place dans les années 80 a permis une accumulation sans précèdent dans l’Histoire, de  vrai capital, de capital inflaté, de capital Ponzi et de capital fictif non représentatif d’investissements productifs. Il est logé dans le système financier, dans sa périphérie. Il s’est accumulé dans la sphère financière au sens large, celle qui inclut les grandes entreprises cotées, celles qui ont été introduites en bourse sous forme d’IPO, rachetées par le Private Equity, etc. Bref,  dans les tissus de la finance de type Wall Street, même si, évidemment,  il faut y inclure les satellites mondiaux de la place américaine.

Ce capital ne s’est pas diffusé, il n’a pas bonifié l’épargne traditionnelle, mais en plus, il a exigé des taux de profits hors normes, historiques, pour soutenir sa valeur. C’est un fait que, quand les valeurs boursières montent, les managers sont sommés de délivrer et de ratifier, par les résultats financiers,  les anticipations contenues dans les cours de bourse. Ils n’ont pas droit de décevoir, sinon gare au bonus.

 Ceci explique que la répartition des valeurs ajoutées entre le capital et le travail soit et reste, à un niveau historique record en faveur du capital. Et ce malgré la crise. Ceci, entre autres, a conduit à l’appauvrissement relatif des salariés, des petits entrepreneurs et des classes moyennes.

Variation du Coefficient de GINI aux Etats -Unis
Source: Census.gov, Table H.4
 

Le coefficient de Gini est un nombre variant de 0 à 1, où 0 signifie l’égalité parfaite (tout le monde a le même revenu) et 1 signifie l’inégalité totale (une personne a tout le revenu, les autres n’ont rien, cas extrême du maître et de ses esclaves).

Taux de Pauvreté aux Etats Unis

C’est ce système qui doit être stoppé à  la fois parce qu’il  dysfonctionne, parce qu’il est instable, contre-producteur de richesses réelles, mais aussi parce qu’il provoque des tensions sociales, politiques et maintenant géopolitiques.

Ce système doit être stoppé et la crise qu’il a provoquée donne l’occasion de la faire. Dans les crises, tout devient réversible. Le système peut être aussi bien consolidé que supprimé. Ce système doit être stoppé parce qu’il est néfaste et profondément destructeur. Ce n’est pas un hasard si les Anciens avaient reconnu la perversité du système de l’accumulation financière et avaient dans les traditions juive et chrétienne organisé des Jubilés. Des Jubilés, sortes de moratoires et de pardons des dettes institutionnalisés.

Le bon sens commande : avant même de songer à réduire les inégalités, avant de prendre de nouvelles initiatives malencontreuses, la logique est d’abord arrêter d’en produire.

L’accumulation financière dans ses paroxysmes actuels est déflationniste. Au lieu d’être productrice de richesse et de progrès, de sécurité et d’emploi, elle est génératrice de chômage, de mises au rebus et de gaspillage. De risques et de précarité. Elle détruit le vrai capital productif et le capital d’entreprise. Cette accumulation de la Finance Moderne est étroitement liée à la « capture » politique, à l’étatisme, à l’inquisition et à l’érosion des libertés individuelles.

Nous avons écrit à longueur de colonnes, dès 2002, puis régulièrement à partir de 2008, que la chose financière avait basculé. Elle marche sur la tête. La Sphère Financière a phagocyté, pollué, la Sphère Réelle. La finance au lieu d’être serve, tenue en laisse, produit maintenant de la servitude pour les autres.  L’éclatement prévu, prévisible, inéluctable de la crise avec les mesures et les plans de sauvetage qui ont suivi ont révélé l’évidence cachée : c’est un système profondément injuste dans lequel  profits sont privés et les pertes sont publiques. Et c’est pour cela que la question est maintenant politique. La crise n’est pas affaire de technique, mais de choix politique.

L’enjeu de la crise et de son traitement est simple : c’est le maintien ou non de l’ordre qui a été établi en 1971, puis complété pas à pas dans les années 80. Le maintien ou non de cet ordre de la finance prédatrice qui, au lieu d’être au service de l’économie, met, non seulement,  l’économie, mais aussi la société toute entière à son service.

La Finance Moderne, construite par et pour les Etats, a donné naissance à une classe de gestionnaires aveugles, grisés, « greedy ». Cette finance a été bâtie sur une erreur colossale en train de devenir criminelle : l’illusion qu’il n’y avait pas de limite à l’endettement, l’illusion que le risque pouvait toujours être couvert, « hedgé ».

La Finance Moderne a été bâtie sur une illusion qui est maintenant en train de devenir un mensonge : le risque peut toujours être rejeté en dehors du système, le mouvement perpétuel existe, tous les jours on peut raser gratis, etc.

On sait maintenant, mais nous l’avons toujours écrit, que le risque ne peut être rejeté hors du système financier qu’à une condition : la condition est qu’il soit assumé, supporté par d’autres, les Etats, les Banques Centrales, bref, par les citoyens contribuables. Tiers payant généralisé, systémique. Les banquiers centraux qui ont prêté leur concours sont plus que des apprentis sorciers, ce sont des imposteurs cyniques.

C’est ce système qu’il faut démanteler. Il faut démystifier l’argument de ceux qui affirment  que la consolidation, la poursuite dans la même voie, sont dans l’intérêt général. Il faut démasquer ceux qui se servent de la peur et agitent le catastrophisme pour faire croire qu’il n’y a pas d’autres solutions.

La Finance Moderne a produit un désordre social funeste. A la faveur de l’aggravation des inégalités, à la faveur de la destruction des classes moyennes, la société va tomber dans le piège d’une mise en cause du capitalisme et de l’économie de marché. L’Etat, une fois de plus, va se saisir de l’aubaine pour devenir de plus en plus intrusif, autoritaire et spoliateur. L’ironie est que cet Etat, qui est le vrai responsable in fine de la catastrophe, car c’est lui qui a mis en place le cadre de la Finance Moderne, cet Etat va se trouver renforcé !

 
 
BRUNO BERTEZ Le 10 Novembre 2011
 
 
EN BANDE SON :
 

13 replies »

  1. Emprunt à un an :

    Mercredi 5 octobre 2011, la France a lancé un emprunt à un an. La France a dû payer un taux d’intérêt de 0,5 %.

    Quand l’Allemagne lance un emprunt à un an, elle doit payer un taux d’intérêt de 0,4 %.

    Et l’Italie ?

    Mardi 11 octobre 2011, l’Italie a lancé un emprunt à un an. L’Italie a dû payer un taux d’intérêt de 3,57 %.

    Un mois plus tard, jeudi 10 novembre 2011, l’Italie a de nouveau lancé un emprunt à un an. L’Italie a dû payer un taux d’intérêt de … 6,087 % !

    http://www.romandie.com/news/n/_Italie_bond_des_taux_a_un_niveau_record_lors_d_une_emission_test101120111111.asp

    Conclusion :

    Plus les jours passent, plus l’Italie emprunte à des taux d’intérêt de plus en plus exorbitants.

    Plus les jours passent, plus l’Italie se rapproche du défaut de paiement.

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  2. Il y a d’autres liens a faire :
    1971 : pic pétrolier américain. La dollar n’est plus "baclupé" par l’or noir.
    1979 : pic mondial onshore conventionnel + pic absolu du pétrole per capita. L’économie est structurellement récessive, on passe en mode "endettement" pour compenser.
    2005 : pic mondial offshore conventionnel. 2ème choc mondial pétrolier accélère le mouvement. C’est le pic du ponzi global capitaliste.
    1913 : pic charbon anglais (pour l’histoire – l’Angleterre perds sa place de n°1 au profit des USA)
    1939 : (probablement) le pétrole US dépasse le charbon UK, transition du pouvoir achevé entre UK -> USA

    Les gains de productivité sont confisqués parce que les capitalistes se sont accaparés les moyens de productions ! et ce sont eux qui sont a l’origine de ces gains (les moyens et non les hommes) grâces au ordinateurs. Mouvement qui s’accélère depuis Internet.
    L’économie réelle étant de moins en moins irrigué par du pétrole pas cher (l’EROI diminue dangereusement), les riches, en tant que premier a se servir sur le gâteau global continue de prélever la même part, mais il en reste moins pour les autres.
    Et puis il faut considérer la question des générations :
    nous, les jeûnes on a fait quoi ? des études.
    Les vieux ils ont construit ce monde, les infrastructures, les routes, les immeubles, internet, les usines.
    Nous maintenant, on doit leur payer leur retraite, qui est une rente…
    D’une manière ou d’une autre, il faut payer cette "rente" (via les impots, via l’inflation, via un loyer, etc…) car nous profitons de ce que nos parents ont construits, sans avoir nous même vraiment participé.

    Donc le fossé riche/pauvre, c’est aussi un fossé vieux/jeûne. (c’est simpliste, mais ca traduit une certains réalité).

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  3. Emprunt à 5 ans :

    Jeudi 1er septembre 2011, la France a lancé un emprunt à 5 ans. La France a dû payer un taux d’intérêt de 1,93 %.

    Quand l’Allemagne lance un emprunt à 5 ans, elle doit payer un taux d’intérêt de 0,9 %.

    Et l’Italie ?

    Lundi 14 novembre 2011, l’Italie a lancé un emprunt à 5 ans. L’Italie a dû payer un taux d’intérêt de … 6,29 % !

    Conclusion :

    Les investisseurs internationaux n’ont plus aucune confiance dans la capacité de l’Italie à rembourser ses dettes.

    L’Italie emprunte à des taux de plus en plus exorbitants.

    L’Italie va bientôt demander l’aide du FMI et de l’Union Européenne.

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20111114trib000663882/le-cout-de-financement-de-l-italie-s-envole.html

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  4. Mardi 15 Novembre

    Quand le vin est tiré il faut le boire; ou encore comme disait Cioran le seul remède à la vie ce n’est pas le suicide mais ne pas être né.

    Dans la voie ponctuée d’erreurs fondamentales suivie par les dirigeants européens il n’y a pas d’issue.

    Le lynchage de Berlusconi n’a produit des effets positifs que pendant une demi journée. Et c’est normal puisque le soi-disant remède n’avait aucun rapport avec la maladie.

    Ni la promesse d’austérité en Grèce, ni la promesse d’austérité en Italie n’ont empêché les soi disants effets de contagion, la France est à nouveau dans la ligne de mire avec un spread record sur l’Allemagne et des taux a 10 ans presque double de ceux de son voisin.

    Mais le plus grave n’est pas là : il est dans le fait que les marchés disent que la France ne fait plus partie du core. Il est dans le fait que lorsque les taux allemands baissent les taux français montent, la France n’est plus incluse dans les refuges, la France diverge.

    Ce mouvement, clair depuis ce début de semaine nous parait le plus grave de tous, car il ébranle tout l’édifice sur lequel repose les pseudo solutions européennes.

    Quand le vin est tiré il faut le boire qu’est ce que cela veut dire ?

    Cela veut dire que la PSI la participation du secteur privé aux pertes était une colossale erreur;

    Cela veut dire que l’obligation faite aux banques de se recapitaliser, c’est à dire en fait de réduire la taille de leur bilan, de deleverager était une colossale erreur

    Les responsables, car là, ils sont bien responsables, n’ont pas compris qu’ils obligeaient le secteur bancaire à vendre ses emprunts souverains, à nettoyer leur bilan de tout ce qui était douteux et grevé de risque.

    S’y ajoutant la déconfiture du Primary Dealer américain MS Global et les alertes sur le risque européen détenu par les banques US, la boite de Pandore était ouverte qui laisse s’échapper chaque jour des dizaines de milliards de dette souveraine européenne sur les marchés. Indépendamment de tout calcul, de toute appréciation réelle sur la solvabilité et la réalité du risque:

    En langage claire et simple: il ne faut plus en avoir:

    Il faut d’autant moins en avoir que l’on approche de la fin d’année, période des bilans et du window dressing.

    Comme si la vanne ouverte sur la liquidation de la dette souveraine ne suffisait pas on a ouvert d’autres boites de Pandore, celles de la prédation fiscale , du contrôle et pour tout dire de la confiscation autoritaire, non votée, non démocratique sur les comptes bancaires européens. Le fameux impôt appliqué dans la nuit de sinistre mémoire chez les Italiens: Du coup les dépôts fuient qui amputant les ressources stables des banques les forcent à accélérer le deleveraging.

    La voie autoritaire, non votée, non démocratique choisie par les responsables européens produit ici ses conséquences, les Papadomos, Monti et autres ont peut être la confiance de Goldmann Sachs et des Eurocrates, ils n’ont pas celle des peuples. Ils n’ont pas celle des peuples et ils votent avec leurs pieds; faute de déposer un bulletin dans l’urne avec leurs mains.

    La voie de la force qui est celle que l’on pressent et donc anticipe sera une nouvelle erreur à ajouter aux deux autres déjà fondamentales.

    La focalisation de la France, accrochée a son triple AAA comme un singe à un coffre fort est une erreur supplémentaire avec son corollaire: les menaces et critiques des gentilles agences de notation. Les agences sont gentilles et elles font de la politique. Dans la réalité tout le monde sait que chez les vraies agences privées, celles qui sont indépendantes et ne sont pas payées par les émetteurs, la France n’est plus triple AAA. Et cela n’a rien de catastrophique, à condition de ne pas faire une fixation sur une fiction, à condition de ne pas, soi même, lui donner plus d’importance que cela n’a.

    Le vin est tiré disons nous, et ce vin c’est aussi celui amer, de l’austérité. La prise de conscience des marchés est rapide, elle est déjà faite ils sont à l’affut des signes de ralentissement, ils scrutent a la loupe les indicateurs avancés de récession. Cette récession qui va annihiler les efforts de contrôle des ratios d’endettement.

    Prévoir sur les marchés européens, donner des conseils est impossible, sauf mauvaise foi bien entendu. Il n’y a pas de gourou, pas d’initié.

    Les leaders ne cessent de se déjuger, de changer leur fusil d’épaule et cela va continuer.

    Mais les armes atomiques existent, de dernier recours, le changement de philosophie de la BCE et des Allemands, la monétisation directe, le changement de configuration de l’eurozone , les volte face de politiques économiques, les chevaliers blancs tombés du ciel etc etc

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  5. Mardi 15 novembre 2011 :

    Le Trésor espagnol a émis mardi pour 3,158 milliards d’euros de bons à 12 et 18 mois, à des taux d’intérêt en très forte hausse par rapport à la dernière opération similaire, souffrant d’un effet de contagion dans un climat de tension élevée en zone euro.

    L’Espagne a dû concéder un taux de 5,022 % pour les bons à 12 mois, et 5,159 % pour ceux à 18 mois, contre moins de 4 % dans les deux cas pour la dernière émission, le 18 octobre 2011, a annoncé la Banque d’Espagne.

    Le niveau atteint mardi est un record depuis 2000, selon les médias espagnols.

    Conclusion :

    Les investisseurs internationaux n’ont plus aucune confiance dans la capacité de l’Espagne à rembourser ses dettes.

    L’Espagne emprunte à des taux d’intérêt de plus en plus exorbitants.

    L’Espagne va bientôt demander l’aide du FMI et de l’Union Européenne.

    http://www.romandie.com/news/n/_ALERTE___L_Espagne_emet_3158_mds_EUR_de_bons_a_12_18_mois_taux_au_dessus_de_5151120111111.asp

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  6. Excellent article!

    Une seule question cependant. Nous sommes plusieurs à avoir ce même avis sur les dérives organisées de la finance et des Etats, et pourtant, ce son de cloche ne résonne pas suffisamment dans les médias…

    N’avons-nous aucun moyen de nous faire entendre plus intelligiblement?

    Merci encore pour cette démonstration,

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  7. Jeudi 17 avril 2011 :

    Wall Street finit en nette baisse, dépassée par la crise en zone euro.

    La Bourse de New York a fini sur une nette baisse jeudi, dépassée par l’aggravation de la crise en zone euro, où certains Etats peinent de plus en plus à se financer sur les marchés : le Dow Jones a perdu 1,13% et le Nasdaq 1,96%.

    Les nouvelles inscriptions au chômage y ont baissé pour la troisième semaine de suite aux Etats-Unis, tombant à leur plus bas niveau depuis avril. Sur le front immobilier, les mises en chantier de logements ont reculé (-0,3%) en octobre, mais moins qu’attendu par les économistes, et les permis de construire ont rebondi de 10,9%,.

    En revanche, l’activité manufacturière de la région de Philadelphie (Nord-Est des Etats-Unis) a ralenti, l’indice la mesurant reculant plus que prévu.

    "Il y a trois mois, on parlait de retour de la récession. Cela a changé très rapidement, avec une succession d’indicateurs économiques pas excellents, mais assez bons", a estimé Ed Cowart, d’Eagle Asset Management.

    Mais "le marché américain est retenu en otage par la situation en Europe", a-t-il ajouté, relevant notamment une émission de dette en Espagne "vraiment mauvaise".

    L’Espagne a dû accepter un taux record, à près de 7 %, pour emprunter 3,563 milliards d’euros à dix ans, alors qu’il espérait lever jusqu’à 4 milliards. La France a aussi dû promettre des rendements en hausse pour une émission de dette.

    http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/actu/afp_00400193-wall-street-finit-en-nette-baisse-depassee-par-la-crise-en-zone-euro-250779.php

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