Commentaire de Marché

Réflexions sur le Libéralisme après le discours du Président de la République du 29 Janvier 2012 par Charles Gave

Réflexions sur le Libéralisme après le discours du Président de la République du 29 Janvier 2012 par Charles Gave

Je sais que Monsieur Sarkozy n’est pas un homme très cultivé.

Il n’en reste pas moins que son intervention du 29 Janvier a atteint des niveaux dont je ne soupçonnais pas qu’ils pouvaient être atteints par un ancien avocat, premier homme de la république.

Deux remarques :

PLUS DE GAVE EN SUIVANT :

1. Alain Madelin a eu le courage de porter le libéralisme politiquement en France depuis des années, et avec beaucoup de panache. Mais Alain n’est pas LE libéralisme. Résumer le libéralisme à sa dimension politique incarnée par un seul homme est cependant plus qu’un crime, une faute car c’est nier son rôle éminent dans l’histoire des idées pour le réduire à une querelle de personnes n’intéressant que notre toute petite classe politique. En fait, la dimension intellectuelle du Libéralisme est de loin ce qu’il y a de plus passionnant dans ce qu’il faut bien appeler la philosophie dominante des trois cent dernières années, marquées par les écrits incroyablement prescients d’hommes ou de femmes tels Montesquieu, Bastiat, Tocqueville, Benjamin Constant, Madame de Staël ou plus récemment Raymond Aron, JF Revel ou Boudon . Ramener le Libéralisme à son score dans des élections, où à la gestion au jour le jour de l’économie , c’est montrer que l’on ne comprend rien au mouvement des lumières, ce qui est un peu gênant pour un Président de la République censé garantir la Constitution dont une grande partie du préambule est d’inspiration profondément libérale (quand bien même ce préambule n’est jamais ni évoqué ni respecté).

2. LLe Président a indiqué de plus que la libéralisation du système financier était à l’origine des désastres actuels. Cette simple petite phrase en apparence anodine comporte deux erreurs. La première est que de nombreux libéraux se sont élevés CONTRE cette dérèglementation de la sphère financière ( votre serviteur en fait partie), dont il faut se souvenir que notre Président actuel était un farouche défenseur au début de son mandat (voir mon livre:”Liberal mais non coupable”).

La deuxième c’est que les ennuis actuels de la France ne viennent pas d’un excès de dérèglementation des banques (ce qui fut le cas aux USA) mais du simple fait que nos hommes politiques n’ont pas voté un seul budget en équilibre depuis 1973 (Pompidou).

Ajoutons à ce laxisme perpétuel le fait que ces mêmes élites tout en suivant une politique budgétaire qui interdisait à notre pays d’avoir une monnaie forte nous ont collé dans un taux de change fixe (l’Euro) avec un pays qui lui se reformait et faisait baisser le poids de son Etat dans son économie et chacun peut comprendre monsieur Fillon qui après avoir été nommé au poste de premier ministre, a déclaré: “la France est en faillite”, il y a près de cinq ans. Et la France est en faillite bien sur et uniquement à cause de ses hommes politiques et des mauvais choix qu’ils ont fait et non pas cause du Libéralisme.

Depuis 1981, le poids des dépenses de l’Etat dans l’économie est passe d’un peu moins de 40 % du PNB à un peu plus de 55 % de ce même PNB, ces dépenses croissant en moyenne de 1% par an de plus que celles du secteur privé. Accuser le Libéralisme des malheurs de la France est un peu comparable à ce que l’on peut lire dans la presse des pays arabes rendant Israël responsable de tous les dysfonctionnements existant dans ces sociétés. Facile, mais faux. Et donc affirmer comme Monsieur Sarkozy l’a fait que les dépenses de l’état allaient en diminuant est ce que l’on appelle une distorsion de réalité dans le meilleur des cas.

Ces deux faits sont très préoccupants car, ou bien le Président ne comprend rien à la façon dont une économie libre fonctionne, ce qui est grave, où il comprend très bien et dit ce qu’il pense que les Français veulent entendre et leur offre une victime expiatoire “le banquier libéral et apatride”, ce qui est a la fois dangereux, faux et inexcusable tant cela rappelle Maurras ou Drumont.

Aprés ce discours, je ne sais toujours pas pour qui je vais voter, mais je sais avec certitude pour qui je ne vais pas voter.

Publié le 30 janvier 2012 by faillitedeletat

SOURCE ET REMERCIEMENTS : LE BLOG DE CHARLES GAVE

http://lafaillitedeletat.com/2012/01/30/reflexions-sur-le-liberalisme-apres-le-discours-du-president-de-la-republique-du-29-janvier-2012/

5 replies »

  1. Merci. Heureusement « qu’on » vous a, hein, Messieurs Gave, Bertez, Doze ou Delamarche de ce monde!

    Communauté, fraternité de pensée. Ça ne fait pas avancer le schmilblick plus qu’il ne faudrait, mais c’est déjà un pas dans la bonne direction. Et puis c’est de la bonne compagnie pour attendre Godot.

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  2. Le temps des barbares paraît bien être de retour.
    Le fleuve de l’histoire tends à rejoindre le Styx ne dirait-on pas ?
    Les lemmings AUSSi ont une période du genre.

    Alors voter …. avec ses pieds ? Ben, pour ceux qui ont ENCORE des souliers,
    ça pourrait bien être une solution ? D’ailleurs, monsieur Gave lui même ….

    Ce serait de la lâcheté, j’entends dans les rangs ?
    Ben ouais, après tout, comme en amour, la seule victoire n’est-elle pas LA FUITE ?
    Pfiouuuu ! Que c’est vilain tout ça !!!

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  3. Cher ami, ignorez vous que les avocats ne connaissent rien à l’économie ? Alors, de la dimension intellectuelle du Libéralisme, n’en parlons pas. Par contre que ces avocats puissent être à l’écoute d’affairistes plus soucieux de leurs intérêts personnels que de l’application de la doctrine libérale pour le bien de la France et des Français, celà me paraît plus pertinent.
    Quant au courage des hommes politiques face à l’augmentation réelle des dépenses de l’Etat, y en a t-il un seul à ce jour qui présente un programme de réduction réelle de ces dépenses dont les Français, les sondages le montrent, ne veulent pas, croyant encore, pour les meilleurs, à une alternative économique, et pour les pires en des intérêts corporatistes. Triste et lent pourrissement d’une société par ses élites et pas seulement par ses hommes politiques.

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  4. camarades,
    pourquoi prétendre que le libéralisme est LA philosphie de ces 300 dernières années : le communisme, c’est du pipi de chat ? L’URSS est morte née (à Kronstad, et des marins héroïques avec elles) mais le projet reste pur…
    C’est quand même lamentable que lorsque la finance mondiale dérape, vous êtes une armée à crier que tout n’est pas perdu, mais quand c’est le communisme qui délire (staline, mao et les autres), la preuve est faite que c’en est fini : le communisme est défait idéologiquement. Ridicule, voire stupide !
    la vérité ? « on » est de retour..

    PS : je ne parle pas des gauchistes qui sont, comme vous le savez, surtout des trisomiques :-)

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