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Gaz Naturel : L’atout concurrentiel de l’énergie américaine (actualisé le 19/3/2012/)

Gaz Naturel : L’atout concurrentiel de l’énergie américaine (actualisé le 19/3/2012/)

Les cours du gaz naturel américain se sont effondrés ces six à sept dernières années. Culminant à 15,4 dollars par millions d’unités thermiques britanniques (MMBtu) en décembre 2005, le prix comptant au Henry Hub n’atteint plus aujourd’hui que 2,3 dollars. La clémence de l’hiver et la faible demande expliquent en partie le recul de ces derniers temps mais de manière générale, la chute est surtout liée à une poussée sans précédent de l’offre en raison des progrès fulgurants réalisés dans le domaine de l’extraction.

source Der Spiegel

Révolutionnant le marché du gaz, une nouvelle technique appelée fracturation hydraulique («fracking») recourt à un forage horizontal pour extraire du gaz naturel de formations schisteuses. Forts d’une technique d’extraction aussi économique qu’efficace et d’abondantes ressources naturelles (gisements de schiste), les Etats-Unis sont désormais en mesure de produire d’immenses quantités de gaz non conventionnel, créant d’importants déséquilibres entre l’offre et la demande.

source Financial Times

PLUS DE GAZ ET MOINS DE PETROLE EN SUIVANT :

En termes d’investissement, le gaz naturel se révèle peu judicieux: les mesures proposées par l’administration Obama en vue d’empêcher l’exportation du gaz américain pour protéger consommateurs et entreprises d’une hausse des prix d’une part, et le gouffre entre l’offre et la demande d’autre part, rendent des pressions haussières sur les prix peu probables dans un avenir proche.

D’un point de vue économique en revanche, la faiblesse des prix du gaz naturel présente des avantages à court comme à long terme.

S’agissant de l’inflation, il s’avère que si le prix de l’essence a grimpé de 24% depuis janvier 2010, son effet sur la hausse de l’indice des prix à la consommation (IPC) global a été en partie compensé par le recul de 12% du cours du gaz canalisé, pour un taux d’inflation global annualisé de 2,3% seulement.

Sur le front de l’emploi, le regain d’activité sur le marché du gaz a créé nombre de nouveaux projets et s’est avéré représenter une source non négligeable d’emplois supplémentaires, notamment dans le secteur des engrais et produits chimiques – une industrie très sensible à la faiblesse du prix du gaz. La récente reprise au niveau des emplois hors secteur agricole en relation avec le pétrole et le gaz est une tendance qui devrait se poursuivre.

A court et moyen termes, le faible niveau des prix du gaz soutient ainsi l’emploi et contribue à réduire les pressions inflationnistes, offrant une bouffée d’oxygène à une économie américaine encore convalescente.

A plus long terme, la demande de gaz naturel augmentera considérablement. En effet, s’il est surtout utilisé aujourd’hui pour produire de l’électricité, il sera amené à remplacer le pétrole dans de nombreuses applications (sauf dans le transport, où la substitution sera plus complexe), mais aussi le charbon et le nucléaire. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le gaz naturel devrait dépasser le charbon d’ici à 2030, et satisfaire le quart de la demande énergétique mondiale avant 2035. La demande de gaz devrait progresser de 2% par an, contre 1,2% pour l’énergie dans son ensemble.

L’AIE estime qu’à l’horizon 2035, les Etats-Unis seront le deuxième producteur mondial (derrière la Russie), le gaz non conventionnel constituant l’essentiel de la production, d’où un besoin bien moindre d’importer de l’énergie, pour à terme parvenir à l’indépendance énergétique (toutefois pas avant que la production de pétrole du Golfe du Mexique ne renoue avec les niveaux précédant la marée noire). Le pétrole représente approximativement 40% des -4,9% du déficit commercial américain. A mesure que la demande de gaz progressera, la part relative de la consommation de pétrole reculera. La production nationale de pétrole étant également amenée à se redresser, et eu égard au poids de l’énergie dans le déficit commercial actuel, le déficit se résorbera progressivement. Il faudra encore attendre quelques années (probablement entre cinq et dix) avant que les Etats-Unis affichent un excédent de compte courant, mais la tendance est bien installée: une aide précieuse pour un pays ayant des difficultés à réduire les déficits et les niveaux d’endettement. Au-delà d’un dollar plus fort, elle conférera aux Etats-Unis un net avantage stratégique et politique.

Stéphanie Kretz Membre de l’équipe en charge de la stratégie d’investissement pour la clientèle privée de Lombard Odier/Agefi mars12

EN COMPLEMENT: Pétrole: et si la surprise venait d’Amérique?

Par François Gilliéron Consultant indépendant/le temps mars12

Le consensus actuel estime que le prix du pétrole est reparti à la hausse. De la sorte, nous serions prêts à accepter une hausse de l’essence à la pompe! Plus sérieusement, la sortie progressive du nucléaire et les besoins insatiables en énergie des pays émergents expliqueraient cette tendance lourde. Et pourtant, de nombreux signaux – certains encore très faibles – affirment déjà le contraire outre-Atlantique, région la plus vorace en énergie de la planète.

Première constatation: contrairement au pétrole, le prix du gaz naturel s’y est littéralement effondré l’année dernière, perdant près de 50% de sa valeur. De quoi susciter des vocations d’échange parmi les propriétaires de chaudière à mazout même si les distributeurs de gaz croient encore que leurs prix pourront rester indexés sur ceux de l’or noir.

Deuxième remarque: on s’imaginait que le trafic routier ne pourrait que croître au pays de Ford et de General Motors. Mais c’est aussi là que la révolution informatique a démarré et que le télétravail à la maison est en train de s’accélérer. Un seul chiffre résume une vraie vague de fond à ce propos: pour la première fois depuis des décennies, les distances parcourues par des véhicules à moteur aux Etats-Unis ont baissé. Selon une agence gouvernementale, le chiffre stagne aux alentours de 3000 milliards de miles parcourus. A cela s’ajoutent des moteurs toujours moins gourmands au kilomètre.

Enfin, l’exploitation des gaz de schistes est en train de redéfinir la logique énergétique américaine grâce à deux récentes percées technologiques qui améliorent nettement les rendements pétroliers.

D’une part, à l’instar d’une mine de charbon, on sait désormais effectuer des forages horizontaux. D’autre part, la fracturation hydraulique de la roche permet de récupérer en grande quantité une énergie précédemment perdue. En chiffres, certains experts estiment que, grâce à ces découvertes, les Etats-Unis disposent d’une réserve de 400 milliards de barils dans la région qui va du lac Michigan au Dakota. De quoi devenir autosuffisants pour des décennies mais aussi d’accorder moins d’importance au Moyen-Orient, région dont les soubresauts politiques contribuent à faire monter le prix de l’or noir.

Ces quelques exemples vont tous dans le même sens. Obnubilés par les pays émergents qui voudraient se hisser à nos niveaux de consommation, nous sommes persuadés que le prix du pétrole est à sens unique, sous-estimant ainsi les Etats-Unis qui restent une grande puissance technologique sachant opérer de magistrales volte-face s’il le faut. A travers l’Histoire, c’est souvent la technologie qui force la main au politique plutôt que l’inverse.

4 replies »

  1. Et que dire DES MONSTRUEUX dégâts environnementaux que provoque l’extraction des gaz de "shit" ? (merci monsieur Fillion)
    RIEN ? Bon, OK, tirons un voile pudique sur UN AVENIR DE POLLUTION CATASTROPHIQUE …. DÉJÀ EN COURS D’AILLEURS !

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    • Tout à fait juste, il n’est pas possible d’évacuer le problème environnemental, les accidents, la pollution etc…. Déjà un demi million de puits ont été forés, des puits qui ne sont productifs que pendant quelques années (5 à 7) , et qu’il faudra constamment renouveler. Quand tout le territoire aura été transformé en plateformes petrolières, que les gens ne pourront plus vivre sur leurs terres, la question des emplois ou de la balance commerciale ne pésera pas lourd.
      Cette course en avant précipite les États Unis vers un éffondrement, à cause de la myopie de ses responsables.

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    • L’AIE dans son worldwide Outlook report , évalue le gaz de schiste produit en Pologne plus cher que le gaz de Gazprom, Et l’IAEE vient de publier un rapport qui pronostique un prix du gaz de schiste en Europe 3 à 4 fois plus élevé qu’au USA.
      Ne soyez pas naïf , le gaz de schiste ne fera pas baisser la facture, surtout si l’on prend en compte des normes industrielles et environnementales strictes et si l’on fait payer l’eau nécessaire à un juste prix.
      Mr Lupus, il serait intéressant de poursuivre votre analyse et de préciser que ce qui est vrai aux USA n’est pas nécessairement transposable en Europe, pour des tas de raisons y compris géologiques et démographiques, car une industrie implantée sur un territoire occupe par 1 habitant au Km² n’a pas le même impact que dans une zone peuplée par 1000 habitants au Km².

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