Behaviorisme et Finance Comportementale

Main basse sur le Libor ou «la plus grande manipulation financière de l’Histoire».

Main basse sur le Libor ou «la plus grande manipulation financière de l’Histoire».

Le scandale financier qui arrive par UBS

Plusieurs agences enquêtent sur des manipulations d’un taux de référence pour des centaines de milliards de produits financiers, le Libor. Les banques l’auraient maintenu artificiellement bas pour ne pas apparaître vulnérables ou pour engranger des bénéfices

Vendredi dernier ce fut Credit Suisse. La veille, Deutsche Bank. Une semaine plus tôt, Société Générale et Barclays, et, peu avant, l’américaine Citigroup. En petits caractères, souvent à la fin de leur rapport annuel, les plus grandes banques du monde finissent par communiquer officiellement sur le scandale Libor. L’affaire frappe le taux d’intérêt qui sert d’étalon à la finance mondiale, le Libor, et qui a éclaté grâce à la dénonciation d’un des membres de cette entente, UBS.

Infographie. Un taux manipulé?

EN LIENS et EN RAPPELS  : L’impact des manipulations du Libor

La Commission de la concurrence (Comco) suisse suspecte de nombreuses banques au niveau mondial d’avoir manipulé les taux de référence

Soupçons sur l’Euribor et le Libor : Nouvelle ombre sur le système bancaire

Manipulations autour du taux Euribor?

Les spécialistes en parlent comme de «la plus grande manipulation financière de l’Histoire». Le Libor, le taux interbancaire de Londres, tout comme le Tibor, son équivalent à Tokyo lui aussi objet du cartel, constitue le point de repère pour quelque 350 000 milliards de dollars de produits financiers (100 fois ce que gère la place financière helvétique), selon une estimation de l’association des banques britanniques (BBA). On y trouve les cartes de crédit, les hypothèques suisses à taux variables et quantité de produits structurés. La Banque nationale suisse l’utilise pour mener sa politique monétaire.

Or ces taux de référence ont été influencés par les grandes banques, à leur avantage. C’est ce que soupçonnent les gendarmes des marchés en Europe, en Amérique, au Japon et en Suisse. La Commission de la concurrence (Comco) a annoncé le 3 février dernier l’ouverture de son enquête.

PLUS DE LIBOR EN SUIVANT :

Qui a dénoncé cette entente? La réponse se trouve en page 83 du rapport trimestriel d’UBS publié le 9 février dernier. On y lit: «UBS a reçu une immunité conditionnelle de la part d’autorités de plusieurs juridictions […] concernant d’éventuelles violations des lois antitrust ou sur la concurrence, en lien» avec le Libor et le Tibor. Depuis, Citigroup et Barclays lui ont emboîté le pas, chacune espérant limiter les éventuelles amendes.

Ces trois établissements font partie d’un groupe de dix-huit grandes banques internationales qui fournissent chaque matin à la BBA les taux d’intérêt auxquels elles estiment pouvoir emprunter à leurs consœurs à plusieurs échéances et dans plusieurs monnaies (lire ci-dessous). Elles sont suspectées de s’être mises d’accord pour maintenir des taux artificiellement bas entre 2007 et 2011. L’enquête des autorités concerne non seulement ces géants de la finance internationale mais aussi de plus petits établissements et des hedge funds qui auraient été dans la confidence.

Les premiers soupçons de manipulation remontent en réalité aux prémices de la crise financière. Lors d’une réunion de la Banque d’Angleterre en novembre 2007, certains experts sont intrigués devant des taux Libor «étrangement bas». Des banques au bord de la faillite et un secteur financier plombé par la découverte des produits toxiques liés aux «subprime» devraient, à leur avis, logiquement entraîner des coûts d’emprunts bien plus élevés.

Quelques mois plus tard, en avril 2008, le Wall Street Journal s’interroge. Le quotidien américain constate que le taux Libor reste curieusement stable alors que de nombreux indicateurs de la santé du système financier international se détériorent jour après jour. C’est notamment le cas des contrats d’assurances contre le défaut d’une banque, dont les prix explosent. Un analyste de Citigroup semble avoir été licencié en 2008 parce qu’il avait publiquement posé la question «Le Libor est-il cassé?», lit-on dans une plainte.

L’affaire grossit le 15 mars 2011, grâce à UBS. En page 318 de son rapport annuel 2010, la banque reconnaît qu’elle a été citée à comparaître par des autorités financières américaines et japonaises dans une affaire de manipulation de taux d’intérêt. Une première plainte civile est ensuite déposée aux Etats-Unis par trois sociétés de gestion d’actifs. Le 26 juillet 2011, UBS écrit qu’elle coopère avec les régulateurs de deux pays. En échange d’informations sur une manipulation supposée des taux Libor et Tibor, la banque suisse s’assure de pouvoir bénéficier de la clémence des autorités et d’une immunité partielle.

Pour Connan Snider, professeur assistant en économie à UCLA, qui étudie ce sujet depuis plusieurs années, «on peut présumer que si une banque accepte de coopérer, cela revient à reconnaître implicitement que des pratiques illicites ont pu avoir lieu». Rien n’empêche cependant que l’établissement soit contraint à dédommager les sociétés ou particuliers qui la poursuivent. D’ailleurs, l’«immunité conditionnelle n’empêchera pas des parties privées de porter plainte au civil contre nous», écrit UBS.

Les plaintes civiles se multiplient. UBS, Credit Suisse et neuf autres établissements financiers sont attaqués aux Etats-Unis en août 2011. Contactées, UBS s’en tient au paragraphe de son rapport annuel et Credit Suisse explique avoir été informée de cette enquête par la Comco et qu’elle «coopère pleinement» avec les autorités dans cette affaire.

Charles Schwab est à l’origine de la poursuite de ces onze banques. La presse et les enquêtes internationales avaient alerté cette société américaine de courtage en ligne sur des trucages possibles du Libor. Mais c’est l’auto-dénonciation d’UBS qui l’a décidé à se tourner vers la justice et à porter l’affaire devant le Tribunal de San Francisco en août dernier. Dans un document d’une quarantaine de pages, Charles Schwab estime que les banques incriminées ont pu récolter de manière illicite «plusieurs centaines de millions, voire milliards, de dollars». Au détriment d’autres sociétés ou particuliers: «En sous-évaluant les coûts d’emprunts réels, les banques ont induit en erreur les investisseurs quant à leur santé financière», a expliqué une porte-parole.

Qu’elles soient coupables ou non, les banques avaient plusieurs avantages à tirer d’une entente sur le cours du Libor. Pris dans la tourmente de la crise financière, les établissements auraient voulu maintenir des taux plus bas pour éviter d’inquiéter davantage les marchés sur leur propre santé. Un taux de référence en forte hausse aurait alerté leurs investisseurs.

Aujourd’hui, cette explication est toutefois remise en cause par des experts. Certaines banques auraient été incitées à faire évoluer le cours du Libor en leur faveur en raison de l’importance de ses variations pour leurs portefeuilles. «La muraille de Chine, qui doit séparer les activités de trésorerie, qui envoient les taux Libor, de celles de courtage, dont les produits rapportent plus ou moins en fonction des taux, a pu être abattue», explique Connan Snider. Les traders seraient donc allés suggérer à leurs collègues de soumettre des taux favorables à leur portefeuille.

«En 2009, Citibank a indiqué qu’elle empocherait 936 millions de dollars si les taux d’intérêt baissaient d’un quart de point par trimestre durant une année. Le gain s’élevant même à 1,935 milliard s’ils chutaient de 1% instantanément», lit-on dans une plainte.

D’autres hypothèses sur les raisons d’une manipulation ont émergé. «Il est difficile de croire que dix-huit banques aient eu intérêt, exactement au même moment, de voir le Libor diminuer ou augmenter», explique Rosa Abrantes-Metz. Cette professeure de la Stern School of Business de l’Université de New York avance une autre explication: «En termes d’investissements et de réduction des risques, c’est un énorme avantage de pouvoir connaître à l’avance dans quelle direction le taux évoluera le lendemain.»

Du côté des clients, aucun expert ne s’aventure à calculer leurs pertes potentielles. D’abord parce qu’il faudra démontrer que le Libor a été trafiqué. Ensuite parce qu’il faudra estimer les dégâts pour des centaines de milliards de produits. Ou les gains. Car si les taux ont effectivement été sous-évalués, les détenteurs d’hypothèques ont pu en bénéficier en payant moins que ce qu’ils auraient dû.

«Des hypothèques à la Banque nationale, tout le monde est concerné »

Le Libor – pour «London Interbank Offered Rate» – est le taux d’intérêt auquel les banques acceptent de se prêter de l’argent entre elles. Depuis 1986, l’association britannique des banquiers (BBA) orchestre, quotidiennement, la fixation de ce taux. L’agence d’informations financières Thomson/Reuters interroge entre sept et dix-huit établissements internationaux, leur demandant à quels taux ils estiment pouvoir se financer en dix monnaies différentes et pour des périodes allant d’une nuit à douze mois. Ce sondage effectué, la BBA retire les quatre taux les plus élevés et les quatre taux les plus bas pour calculer une moyenne qu’elle publie à 11h40 (GMT). 

Le taux Libor qui en ressort n’est le fruit d’aucune transaction. Il est cependant considéré comme un très bon indicateur de la santé du système financier mondial. Une augmentation subite du Libor peut signaler une inquiétude des établissements à se prêter les uns aux autres. Surtout, le Libor est utilisé comme référentiel pour fixer les taux d’intérêt de milliers d’opérations financières et d’instruments financiers. De la facture des cartes de crédit aux conditions d’un emprunt immobilier – les hypothèques à taux variable évoluent en fonction du Libor – en passant par des produits de placement «structurés» complexes, on estime, à l’heure actuelle, que plus de 350 000 milliards de dollars sont liés au taux Libor.

 La Banque nationale suisse (BNS) est elle aussi concernée. L’institution met en œuvre sa politique monétaire en fixant une marge de fluctuation au Libor pour les dépôts à trois mois en francs. Un taux artificiellement bas pourrait signifier que la BNS a eu une politique moins expansionniste qu’elle ne le souhaitait. La BNS «observe attentivement cette évolution depuis 2008 et reste en contact régulier avec la BBA». Pour l’institution, «des distorsions significatives pour la politique monétaire n’ont jusqu’ici pas été constatées». 

Dans les années 70, les banques payaient des employés pour négocier des lignes de crédit avec les autres banques renouvelables et annulables à volonté. «Tout était oral. Et il suffisait d’être une banque – grande ou petite – pour obtenir des prêts aux mêmes conditions», se souvient François-Marie Monnet, ancien de Morgan Stanley, aujourd’hui conseiller financier d’un «family office» à Genève. Ce système sera bousculé par l’émergence, à la fin de la décennie, de la «titrisation» .

Par Sébastien Dubas et Mathilde Farine, Pierre André Sallier /Le Temps mars12

EN COMPLEMENT :  Le Libor est le chiffre le plus important du monde»

 Propos recueillis par M.F.

Rosa Abrantes-Metz est l’une des premières à s’être penchée sur les possibles manipulations du taux Libor*. Professeure à la Stern School of Business de l’Université de New York et au Global Economics Group, elle estime que l’enquête durera des années

Le Temps: Pourquoi les enquêtes ont-elles pris autant de temps pour être lancées?

Rosa Abrantes-Metz: Elles ont été rendues publiques en 2011, mais il est probable qu’elles aient commencé bien avant. Les autorités ont sans doute voulu récolter du matériel avant de faire une annonce.

– Combien de temps prendront-elles?

Des années! Cinq ans, peut-être plus. Il est possible que les banques parviennent à un accord avec les autorités et que cela se termine plus rapidement. Mais, même ainsi, il y a un nombre important de plaintes privées qui impliquent des banques. Et d’autres vont probablement suivre.

Faut-il changer le système?

Les prix du marché peuvent être manipulés. Mais la recherche montre qu’il est plus difficile de le faire avec des prix de transactions qu’avec des appréciations. Le Libor est justement une moyenne des suppositions des banques qu’elles soumettent chaque jour. On ne fonde pas tout un système sur des suppositions! Le Libor est le chiffre le plus important du monde. Il devrait être basé sur des données venant de transactions réelles. Il est cependant possible que les banques ne souhaitent pas le faire.

Y a-t-il d’autres moyens de procéder?

On pourrait lier le Libor à d’autres indices, ou à des paniers d’indices. Ils pourraient être constitués de taux d’intérêt des banques centrales ou des obligations d’Etat, par exemple. Il faut que cela soit mieux contrôlé. Il faut trouver un moyen pour que les banques révèlent ces taux.

* «Libor Manipulation?», R. Abrantes-Metz et al., «Journal of Banking and Finance», 2012.

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«Le Libor est le symbole des excès d’une finance écrivant elle-même ses règles»

 Propos recueillis par Pierre-Alexandre Sallier

François-Marie Monnier, ancien spécialiste des marchés de taux revient sur les origines de ce système de fixation, à Londres, de l’un des taux d’intérêts de référence. Sans complaisance

Conseiller financier indépendant au service d’un «family office» à Genève et membre de la Commission des indices obligataires de la bourse Suisse (CIO – Six Group), François-Marie Monnet jette un regard sans complaisance sur le système de fixation des taux internationaux du Libor. Rappel historique et épistémologique.

– Le Temps: Comment est-on arrivé à une telle situation, dans laquelle les banques sont les maîtresses des horloges du système financier? Comment faisait-on avant l’invention du Libor en 1986?

François-Marie Monnet: Dans les années 70 les banques payaient des employés fort cher pour faire le tour de la planète afin de négocier, avec les autres banques, des lignes de crédit renouvelables, sur une période courte et annulables à volonté. Rien d’écrit, tout était oral. Et pas de différence de conditions: il suffisait d’être une banque – grande ou petite, «a bank is a bank» disait-on alors – pour obtenir des prêts aux mêmes conditions. Ceci reflétait des conventions entre professionnels travaillant en se regardant dans les yeux, se tenant tous par la barbe. Ce système est bousculé par l’émergence, à la fin des années 70, du phénomène de la «titrisation»: la création de produits financiers – des «obligations à taux flottant» – dont la rémunération est basée sur ce taux interbancaire. Devant donc respecter les règles de l’appel public à l’épargne, ces titres entrent en contradiction directe avec les pratiques régissant alors le monde interbancaire: les montants des concours sont fixes et immuables, pour une durée de plus en plus longue. Et il faut un contrat écrit – que l’on va ensuite standardiser. Surtout, plus question d’annuler à n’importe quel moment le «concours» en se faisant rembourser l’obligation. Il est alors inscrit dans le contrat obligataire que le taux interbancaire servant de référence à ces produits est déterminé par un agent de calcul: celui-ci demande à quelques banques expressément nommées quelles sont leurs conditions de prêts de dépôts, à d’autres banques, dans telle ou telle devise. Rapidement ce processus totalement privé et complexe – difficile de choisir les banques, il y en a de plus fragiles que d’autres – est remplacé au milieu des années 80 par la fixation d’un taux indicatif, chaque jour à 11h40 à Londres. Un taux ne reflétant aucune transaction réelle. Pourtant, au fil du temps, il est devenu l’élément clef sur lequel sont basés de centaines de milliards de dollars de produits financiers.

Mais en quoi ce système présente-t-il un risque?

Toutes ces pseudos bourses privées sur lesquelles est défini un prix de référence crucial reposent sur un vide juridique: vous n’avez pas d’agence de surveillance les supervisant, comme sur une vraie place d’échange organisée. Tout problème conduisant un investisseur à mettre en cause la justesse de ce prix de référence devra donc être réglé à l’aide du seul droit privé. Contrairement à ce qui se passe sur le marché aux légumes, où la ménagère peut, en attaquant le manque de précision de la balance d’un marchand, se référer à son contrôle obligatoire par une agence de certification. Sans compter que lorsque vous sortez d’une période comme celle dont nous acons traversée, durant laquelle le monde doute de la solidité des banques – même celles de la taille d’UBS – la confiance dans ce taux interbancaire «indicatif» disparaît.

Vous dites que ce taux d’intérêt ne s’appuie sur aucune activité de prêt concrète? Peut-il en être différemment dans un monde financier aussi complexe? Il semble illusoire de revenir aux années 70…

N’oubliez pas que tout ce marché du Libor est lié à ce qu’on appelait les «eurodollars» [ndlr: les prêts interbancaires en dollars consentis en dehors des Etats-Unis]. La création d’un marché d’emprunts en dollars, entre banques étrangères, arrangeait les Etats-Unis il y a quarante ans. Reste que ces établissements n’appartiennent pas au système financier des Etats-Unis. Et que le taux fixé pour leurs prêts ne reflète donc pas des transactions sur les seuls dépôts en dollars qui soient bien réels: ceux dans les banques américaines. Ces dernières disposent, elles, de leur propre marché interbancaire. Sur lequel sont utilisés des «vrais» taux d’intérêt en rapport avec des concours commerciaux – le «prime rate», le taux de bons du Trésor – reflétant à la fois une réalité économique. Mais aussi la présence, derrière les coulisses, d’une Réserve Fédérale, prête à débloquer les nœuds du système grâce à sa capacité à créer des liquidités. Il faut en outre rappeler que la Suisse n’a, elle, jamais voulu entendre parler d’un marché de «l’euro-suisse»; ne tolérant pas que des banques échappant au contrôle de la Banque nationale puissent s’échanger des dépôts en francs suisses.

– À votre sens, ce scandale pourrait-il remettre en cause la fixation de ce Libor?

ll est évident qu’en passant au peigne fin les excès de ce système financier international fixant lui-même ses règles, on allait immanquablement tomber sur le Libor, qui est l’un de ses noyaux. Au fil du temps, les banques se sont ainsi trouvées dans la position de pouvoir fixer elles-mêmes le taux de référence leur servant à constituer des produits financiers, ensuite proposés à leurs propres clients. Si les tentatives pour sortir de décennies d’autorégulation portent leurs fruits, le mode de fixation actuel du Libor ne sortira pas indemne.

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Un marché de dupes  Par Frédéric Lelièvre/le temps mars12

Le scandal du Libor montre que tout le système financier marche de travers

La finance irrigue l’économie. Elle sert d’intermédiaire entre ceux qui manquent de capitaux pour réaliser leur projet et ceux qui en disposent et souhaitent les placer. Le marché se charge de fixer le prix, que l’on appelle taux d’intérêt. Et de trier les dossiers les plus prometteurs ou les plus solides.

 En théorie.

 Il y a plusieurs semaines a éclaté ce que l’on peut appeler le scandale du Libor. Ce taux d’intérêt constitue une sorte d’horloge sur laquelle tous les acteurs économiques règlent leur marche. Les détenteurs d’une hypothèque sont concernés. Même la Banque nationale en a fait un instrument clé de sa politique monétaire. 

Cette horloge a été détraquée. Dans un marché de dupes, quelques grands acteurs de la finance mondiale ont bougé les aiguilles pour prendre de l’avance sur le reste du système. Le Libor, et par conséquent tous les autres taux d’intérêt, a été faussé.

 Bien sûr, rien n’est encore formellement démontré et encore moins jugé. Les faits accablants s’accumulent pourtant. Et qu’UBS ait dénoncé l’entente finit de convaincre que la mécanique est grippée.

 Après son sauvetage dans la crise financière par le contribuable puis par le citoyen dans la crise fiscale avec les Etats-Unis, la première banque suisse a probablement voulu éviter une affaire de trop. Les plus optimistes y verront un signe qu’UBS veut réellement changer de culture. 

Pour la planète finance, l’affaire apporte un torrent d’arguments au moulin de ceux qui jugent l’autorégulation incapable de fonctionner. Le scandale Libor les aidera peut-être à faire réellement bouger les choses. Car la réforme du système financier, pour éviter une nouvelle crise, ressemble à un échec. Il n’y a guère qu’en Suisse que l’on ait pris les choses au sérieux. Aux Etats-Unis, sans lesquels rien ne changera vraiment, les ambitions affichées par le législateur sont en train de s’évaporer, sous l’influence des lobbies.

 Le scandale Libor risque fort de durer des années, et de se conclure par un accord à l’amiable. L’important sera toutefois que cette nouvelle affaire permette, cette fois, de réellement réformer un système dont toute l’économie a toujours besoin.

 

3 replies »

  1. Passionnant mais que dire de la complicité des bourses ? Que je sache le Libor est un marché organisé et non de gré à gré. Il est côté sur le Liffe dont la surveillance des marchés ne peut pas ne pas avoir constaté ces magouilles. On se retrouve un peu dans la même situation qu’avec le Trading à haute Fréquence opéré lui aussi par un Cartel et qui rapportent tellement aux bourses qu’elles ferment les yeux sur toutes les manipulations possibles. Un libéral sait ce qui est régalien et la bourse en fait partie…

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  2. C’est dans la droite lignée du :

    ÂPRE ÉMOI LEUDE ET LUGE …..Swippppppppppp

    Régalien, régale comme dans : quel régal, on se régale quoi !

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