Au coeur de la création de richesse : l'Entreprise

Douce France un pays dans le déni selon The Economist

Douce France un pays dans le déni selon The Economist

 

 « Visitez la zone euro et vous serez revigoré par des rafales de réforme. Le plan « sauvons l’Italie » a suffisamment bien fonctionné pour que Mario Monti, le Premier Ministre, déclare, quoique prématurément, que la crise de l’euro était presque terminée. En Espagne, le gouvernement de Mariano Rajoy s’est attaqué au marché du travail et est sur le point de dévoiler un budget serré. Malgré leurs problèmes, les Grecs savent que les dépenses en roue-libre et l’évasion fiscale sont finies. Mais un pays doit encore faire face à ses circonstances nouvelles. 

« La France est entrée dans les trois dernières semaines de sa campagne présidentielle. Le classement du premier tour, le 22 avril, demeure très incertain mais les sondages créditent François Hollande, le challenger socialiste, d’une victoire au second tour. En effet, lors des élections intervenues depuis que la crise de l’euro a éclaté, presque tous les gouvernements de la zone euro ont été lâchés par les électeurs. Mais Nicolas Sarkozy, le président gaulliste, a récupéré du terrain. La récente atrocité terroriste de Toulouse a remis la sécurité et l’islamisme au devant de la scène et ces questions tendent à favoriser la droite –ou l’extrême droite en la personne de Marine le Pen.

 « Pourtant, ce qui est le plus frappant avec ces élections françaises c’est de constater à quel point on parle peu de l’impasse économique désastreuses du pays . Les candidats font au moins autant de promesses de dépenses supplémentaires que de réduction des dépenses. Personne n’a de programme sérieux pour réduire le taux d’imposition pathétique de la France. M. Sarkozy, qui, en 2007 promettait des réformes en parlant d’une rupture, offre maintenant aux électeurs du protectionnisme, des attaques contre les exilés fiscaux, des menaces de quitter la zone de Schengen et (du moins avant Toulouse) parle des maux liés à l’immigration et à la viande halal. M. Hollande promet d’accroitre la taille de l’État, de créer 60 000 postes d’enseignants, de revenir en partie sur la hausse de l’âge du départ à la retraite de 60 à 62 ans voulue par M. Sarkozy, et de pressurer les riches (qu’il a un jour dit joyeusement ne pas aimer) avec une tranche supérieure de l’impôts sur le revenu à 75%. »

Une pléthore de problèmes

 « Les défenseurs de la France soulignent que le pays n’est en rien comparable à ceux de la zone euro méditerranéenne. Contrairement à ces économies, il devrait éviter la récession cette année. Bien qu’une agence de notation ait privé la France de son AAA, le coût de ses emprunts reste bien en deçà de ceux de l’Italie et de l’Espagne (bien que l’écart avec l’Allemagne ait augmenté). La France dispose d’enviables atouts économiques : une main-d’œuvre instruite et productive, plus de grandes entreprises dans le Fortune Global 500 que n’importe quel autre pays européen et des points forts dans les services et l’industrie haut de gamme.

 « Toutefois, les fondamentaux sont beaucoup plus sombres. La France n’a pas équilibré son budget depuis 1974. La dette publique s’élève à 90% du PIB et continue à augmenter. La dépense publique, à 56% du PIB, engloutit un plus grosse part de la production que dans n’importe quel autre pays de la zone euro – plus encore qu’en Suède. Les banques sont sous-capitalisées. Le taux de chômage atteint des niveaux que l’on avait plus vu depuis la fin des années 1990 et n’est pas tombée en dessous des 7% depuis près de 30 ans, créant un déficit d’emploi chronique dans les banlieues en proie à la criminalité qui entourent les grandes villes françaises. Les exportations stagnent alors qu’elles explosent en Allemagne. La France affiche maintenant le compte courant nominal le plus déficitaire de la zone euro. La France pouvait peut-être vivre à crédit avant la crise financière, lorsque l’emprunt était facile. Plus maintenant. De fait, une France trainarde et non réformée pourrait même se retrouver au centre de la prochaine crise de l’euro.

 

 

PLUS DE DENI EN SUIVANT :

  « Il n’est pas inhabituel que des responsables politiques ignorent des vérités dérangeantes pendant les campagnes électorales mais il est inhabituel, ses derniers temps en Europe, qu’ils les ignorent aussi totalement que le font les hommes politiques français ». En Grande-Bretagne, en Irlande, au Portugal et en Espagne les électeurs ont soutenu des partis qui promettaient un réalisme douloureux. Une partie du problème réside dans le fait que les électeurs français sont connus pour leur croyance en la bienveillance de l’État et en la cruauté impitoyable des marchés. Fait presque unique parmi les pays développés, les électeurs français ont tendance à considérer la mondialisation comme une sourde menace plutôt que comme une source de prospérité. Avec une extrême gauche et une extrême droite qui prêchent le protectionnisme, tous les candidats sentent qu’ils doivent consolider leurs bases.

 

 « De nombreux chefs d’entreprise s’accrochent à l’espoir qu’un certain réalisme verra le jour. Le débat se déplacera vers le centre quand M. Sarkozy et M. Hollande s’affronteront au second tour ; et une fois élu, le nouveau président abandonnera ses promesses extravagantes et poursuivra un programme de réforme raisonnable comme les autres gouvernements européens. Mais est-ce vraiment possible ? Il serait difficile pour M. Sarkozy de proposer tout d’un coup de profondes coupes dans les dépenses publiques compte tenu de ce qu’il a dit jusqu’ici. Il serait encore plus difficile pour M. Hollande de laisser tomber son taux d’imposition de 75%. » 

1981 etc…

 « De plus, il y a une possibilité plus inquiétante que la mauvaise foi. Les candidats peuvent effectivement penser ce qu’ils disent. Et avec M. Hollande, qui après tout est encore le vainqueur le plus probable, cela pourrait avoir des conséquences dramatiques.

 « La dernière fois qu’un candidat socialiste est devenu président c’était en 1981. En tant que protégé de François Mitterrand, M. Hollande se souviendra de comment les choses ont tourné pour son mentor. Après avoir nationalisé des pans entiers de l’industrie et soumis le pays à deux dévaluations et à des mois de punition par les marchés, Mitterrand a été contraint en marche arrière.

 « Les défenseurs de M. Hollande disent qu’il est pragmatique et a un programme plus modéré que celui de Mitterrand. Sa réduction de l’âge du départ à la retraite ne s’applique qu’à un petit nombre de travailleurs ; son taux d’imposition à 75% n’affecte une infime minorité. Néanmoins, ces politiques marquent une hostilité à l’entrepreneuriat et à la création de richesses et reflètent l’incapacité du Parti Socialiste français à comprendre que le monde a changé depuis 1981 ; lorsque le contrôle des capitaux était en place, alors que le marché unique européen était inachevé, les jeunes travailleurs moins mobiles et qu’il n’y avait pas de monnaie unique. Pas plus que les rivaux européens de la France ne poursuivaient de grandes réformes avec la vigueur actuelle. 

« Si M. Hollande gagne en mai (et si son parti remporte les élections législatives de Juin), les investisseurs pourraient commencer à fuir le marché obligataire français en quelques semaines plutôt qu’en quelques années. Le nombre de français jeunes ou fortunés qui passent en Grande-Bretagne (avec sa supérieure tranche d’impôt à 45%) pourrait augmenter rapidement.

 « Même si M. Sarkozy est réélu, les risques ne disparaîtront pas. Il ne peut rien proposer d’aussi stupide qu’une taxe de 75%, mais il n’offre ni les réformes radicales, ni la réduction structurelle des dépenses dont la France a besoin. Les pique-niqueurs français sont sur le point d’être confrontés à la dure réalité, peu importe qui est président. »

Un article de The Economist (A country in denial, le 31 mars 2012)

SOURCE ET REMERCIEMENTS : BLOG ORDRE SPONTANNE

http://ordrespontane.blogspot.fr/2012/03/un-pays-dans-le-deni.html

EN COMPLEMENT : 1 717,3 milliards d’euros de dette publique fin 2011

 Le  déficit public baisse, la dette publique s’envole. Elle s’élevait fin 2011 à 1 717,3 milliards d’euros et atteignait 85,8% du produit intérieur brut (PIB) contre 82,3% fin 2010, soit une hausse de 3,5 points. C’est ce qui ressort des derniers chiffres rendus publics, vendredi 30 mars, par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).

 Initialement prévu à 5,7% du PIB, le déficit public (Etat, organismes divers d’administration centrale, administrations publiques locales et de Sécurité sociale) a été ramené à 5,2% fin 2011. 

Cette amélioration en part de PIB provient à la fois du dynamisme des recettes, qui passent de 49,5% à 50,7% du PIB, et de la modération des dépenses, qui passent de 56,6% à 55,9% du PIB. Sous l’effet des hausses des impôts (+ 7,8%) prévus dans la loi de finances et dans les deux plans Fillon de redressement des finances publiques, le taux de prélèvements obligatoires augmente de 1,3 point en 2011 à 43,8% du PIB. 

Les dépenses continuent de décélérer, passant de + 2,3% en 2010 à + 2,1%, soit un rythme inférieur à celui du PIB en valeur, mais fort éloigné des 0,4% à compter de 2013, prévus dans le programme de stabilité que le gouvernement Fillon s’apprête à transmettre à la Commission européenne. L’Insee relève le ralentissement particulier des dépenses de fonctionnement. 

Les recettes, en hausse, augmentent de + 5,9% après + 3,3% en 2010. Les impôts sur le revenu et le patrimoine augmentent notamment de 10%. La progression des recettes fiscales provient aussi bien de l’impôt sur les sociétés (+ 8,7 milliards) que de la contribution sociale généralisée (+ 5,2 milliards, du fait de la taxation au fil de l’eau des revenus d’assurance-vie notamment) et de l’impôt sur le revenu (+ 3,6 milliards). 

En un an, la dette au sens de Maastricht  s’accroît de 122,1 milliards à 1 717,3 milliards.Ce qui représente quelque 26.278 euros par habitant.  La contribution de l’État à la dette publique a augmenté de 90,3 milliards, une variation un peu plus importante que son besoin de  financement,en raison notamment des prêts accordés aux pays en difficulté de la zone euro (+ 10,4 milliards).

La dette des administrations publiques locales est passée en un an de 161,1 à 166,3 milliards d’euros.  Celle de la Sécurité sociale s’est alourdie de + 30,4 milliards pour atteindre 205,4 milliards fin 2011, en raison notamment de l’augmentation de la trésorerie des caisses de sécurité sociale (+ 12 milliards).

SOURCE ET REMERCIEMENTS : BLOG CONTES PUBLICS

http://bercy.blog.lemonde.fr/2012/03/30/1-7173-milliards-deuros-de-dette-publique-fin-2011/

3 replies »

  1. Le déni est la chose qui frappe le plus lorsqu’on parle avec des français « de France »
    Il est ultra dominant et ce, dans TOUTES les couches de la société (à des degrés divers toutefois)
    Je pense qu’il est LE PLUS IMPORTANT PROBLÈME, car aussi longtemps qu’il prédominera
    comme il le fait, AUCUNE MESURE NE POURRA ÊTRE PRISE ET … TENUE.
    « L’atterrissage » de ce véhicule « out off control » ne devrait (hélas) plus trop tarder
    et alors … GARE AUX MOUVEMENTS SOCIAUX !

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    • tant qu’on pourra imprimer de la monnaie sans se soucier des conséquences ,le système tiendra.le problème c’est que personne n’est capable de predire ces conséquences.

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  2. Une belle démonstration du déni à la française que la venue en Suisse d’une délégation du Sénat français, lorsqu’une sénatrice essaye de convaincre que son pays est ultralibéral et que nous, pauvres petits Suisses, ne pouvons comprendre la fiscalité française en raison de notre retard en matière de dépenses publiques… De quoi rester bouche bée! https://t.co/dAe49czmF9

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