Les Clefs pour Comprendre : La Grande Expérience ou le mépris de l’Histoire par Bruno Bertez (actualisé au 5 avril 2012)

Les Clefs pour Comprendre : La Grande Expérience ou le mépris de l’Histoire par Bruno Bertez (actualisé au 5 avril 2012)

Il y a quelques jours, la chaîne de télévision franco-allemande Arte a consacré une émission au banquier écossais John Law. Une émission intéressante à plus d’un titre en cette période d’avilissement volontaire des monnaies. Les commentaires étaient essentiellement allemands. C’est l’une des raisons de l’intérêt de l’émission.

Des commentaires français auraient certainement abouti à un panégyrique de John Law. Le marxo-communo-keynésianisme de la Commission Européenne et en particulier de son commissaire Michel Barnier aurait certainement retenu les aspects positifs de l’expérience de John Law et passé sous silence aussi bien les conséquences non voulues que le désastre final qui a suivi. La Commission Européenne a une intense activité intellectuelle sur ces sujets, colloques, rapports, etc. L’orientation de ses travaux est toujours la même, augmenter le pouvoir des technocrates non-élus, fabriquer de la fausse monnaie, organiser l’opacité. Heureusement, les Allemands font contrepoids. Pour ceux qui doutent du bien fondé de notre qualificatif marxo-communo-keynésianisme de la Commission Européenne, nous renvoyons aux travaux du Conseiller Spécial de Michel Barnier, Philippe Herzog, ancien communiste théoricien du CME,  le Capitalisme Monopoliste d’Etat

Nous sommes analystes critiques de la financiarisation depuis le début des années 80, c’est-à-dire dès la mise en place des premiers éléments de dérégulation qui allaient permettre cet essor exceptionnel, mais non unique de la finance. Nous avions alors été frappés par le cynisme de ses partisans, par leur naïveté, mais surtout par leur méconnaissance totale de l’histoire.

La décision fondamentale date de 1971, c’est la fermeture par Nixon de la vitrine de l’or qui a permis la mise en place, l’expansion, et, depuis 2007, la déroute du système ainsi créé.

    Le but, l’objectif de la financiarisation était, est toujours, de forcer la croissance, de réussir, en repoussant les limites de la monnaie et du crédit, à produire du pouvoir d’achat au-delà des revenus.
La financiarisation permet de secréter une demande totale qui est somme des revenus, augmentée de l’accroissement du crédit. Ce qui bouleverse la théorie classique qui ne tient compte que de l’aspect revenu.
Les corrélations montrent à l’évidence le bien-fondé de cette approche globale, l’accroissement du crédit permet d’obtenir une croissance supérieure à celle que l’on obtiendrait par les seuls revenus. Voir les travaux de Steve Keen.

 

Dès les premières années, nous avons désigné la politique de Greenspan sous le nom de  « The Great Experiment » pour bien marquer la ressemblance, l’analogie, avec la Great Experiment de John Law.

PLUS DE BERTEZ EN SUIVANT :

La possibilité utilisée et encouragée par Greenspan de créer de la monnaie et du crédit en les adossant aux assets, nous paraissait comparable à l’expérience de John Law. On a vu ce que cela a donné dans le cas caricatural de l’immobilier. Mais le phénomène est plus général, ce sont tous les assets qui servent par l’alchimie des marchés et l’ingénierie financière à produire de la monnaie et du crédit. Or, il est évident que cette démarche qui consiste à créer du crédit adossé aux assets conduit à une impasse. Un crédit se paie et se rembourse avec un cash flow et, si la masse de crédit croit plus vite que les cash flows qui doivent servir à les honorer, alors, c’est la crise, la crise type subprime ou type surendettement des gouvernements.

Alan Greenspan, Lies About Money

La racine des erreurs de Laws et de Greenspan est là: la solvabilisation des crédits par les assets ne garantit absolument pas leur possibilité  de service et de remboursement. Mieux même, à la faveur de politiques monétaires aberrantes et laxistes, si les assets font bulle, alors le crédit galope et atteint des volumes tout à fait hors de proportion avec les cash flows susceptibles de les rembourser.
C’est une autre façon de présenter la thèse de Minsky. Ou une autre façon de la formuler est de dire que la valeur totale de la masse des assets ne doit pas trop s’écarter de la somme actualisée des cash flows produits par la système et utilisables pour les solvabiliser.

Greenspan a abordé cette question, mais il s’est trompé sur l’efficacité des marchés et l’honnêteté des analystes. Il savait que le prix des assets devait être soutenu par les prévisions de cash flow, mais il a répondu qu’il n’y avait pas de raison que lui-même ou les économistes de la FED connaissent mieux, mieux que les analystes financiers, les perspectives bénéficiaires des sociétés. Il ne savait pas que les analystes sont optimistes quand le marché monte et pessimistes quand il baisse. Il n’avait pas compris le caractère mensonger du marketing boursier.

Revenons à John Law. L’analyse des conditions historiques de l’expérience de Law fait ressortir des similitudes fondamentales avec la situation contemporaine.

 

Nous ne ferons que rappeler les conditions de l’époque de Law, laissant au lecteur le soin de faire le parallèle lui-même.

Law était un joueur. Un joueur qui, après avoir beaucoup perdu, a compris qu’il fallait mathématiser sa démarche, introduire le calcul des probabilités. Etre joueur, c’est déjà tout un profil, le profil d’un homme qui prend des risques, croit à la chance, à la chance qui produit des richesses. Ce n’est pas un homme de production, d’industrie ou autre. Dans notre cadre analytique, disons que c’est quelqu’un qui marche sur la tête.

La France de Louis XIV était en faillite, le Trésor était tellement endetté que les recettes étaient englouties par le paiement des intérêts. Law chercha à présenter ses idées au Roi mais il ne réussit pas à décrocher un entretien.

À la mort du Roi, le Régent joueur, frivole, dépensier, de peu de scrupules, comprit l’intérêt des propositions de Law et accepta la mise en œuvre de ses idées. Le Trésor étant vide, toute proposition qui permettait de se passer de l’or et de l’argent était bonne à retenir.

Nous vous recommandons la lecture du livre d’Edgar Faure sur la banqueroute de Law, tout y est, même si l’analyse est un peu relativiste à l’image de l’auteur.

Ainsi Edgar Faure considère que la période préparatoire est un grand succès financier, puisque grâce à Law, la France connait une période de redressement de la production, du commerce extérieur, etc. Edgar Faure, comme tous les inflationnistes, n’a pas compris que c’est toujours ainsi, que les débuts sont toujours positifs, mais que ce sont les fins qui sont des désastres et la fin de l’inflationnisme c’est, et cela a toujours été, le désastre.

Donc Law met en œuvre grâce à l’appui intéressé du Régent ses idées, il crée sa banque, privée, émet sa monnaie de papier et prend en dépôt en contrepartie le numéraire, or, argent des clients. Law se lance dans ce que nous appelons l’émission de moneylike. Cela a l’apparence de la monnaie, cela veut se faire passer pour de la monnaie, avec une différence essentielle, constitutive, qui est qu’à la différence de la vraie monnaie, on peut en émettre autant que l’on veut et l’on ne s’en prive pas. Dans le monde contemporain, l’analyse est un peu plus complexe, car on superpose les couches d’instruments inflationnistes; si nous laissons de côté l’or, il y a la base money, la monnaie, et la quasi monnaie; la quasi monnaie, ce sont tous les titres comme les emprunts d’Etat qui se veulent et veulent qu’on les croit aussi bons que la monnaie, mais qui n’en sont pas, comme on le voit avec la dévaluation/dépréciation des titres émis par les souverains surendettés. Présentement, le phénomène de destruction commence par la dernière couche, la quasi monnaie.

Voici la séquence :

  1. - Faillite de l’Etat, déflation
  2. - Un Régent sans scrupules
  3. - Une émission de papier monnaie gagée sur l’or
  4. - Debasement de la monnaie de papier par émission excessive
  5. - Reprise économique fictive, illusion de prospérité et enrichissement rapide.
  6. - Développement de l’esprit de jeu, les animal spirits, les gens quittent leur travail pour spéculer
  7. - Agiotage généralisé, bulle de la Compagnie du Mississippi
  8. - La vitesse de rotation s’accélère, l’inflation monte, monte
  9. - Le Régent fait fonctionner la planche à billets
  10. - On découvre que la valeur de la Compagnie du Mississippi, la richesse de la Louisiane sont bidons
  11. - Un grand du royaume veut convertir ses billets en or, la rumeur se répand
  12. - Perte de confiance, les phénomènes de foule incontrôlables se mettent en branle.
  13. -Désastre.

Untitled

Voici une citation de John Bernanke, successeur de Alan Law:

- Question : Pensez vous pouvoir agir assez vite pour empêcher l’inflation de devenir incontrôlable?

- Réponse de John Bernanke: Nous pourrions monter les taux en 15 minutes si nécessaire. Donc il n’y a aucun problème pour monter les taux, resserrer la politique monétaire, ralentir l’économie, réduire l’inflation au moment approprié. Maintenant, ce n’est pas encore le moment.

Note de BBEt si, par suite de la hausse des taux, les marchés s’effondrent, si la bulle des fonds d’Etat et des obligations éclate ? Que faites-vous ?

Vous acceptez le retour de la crise financière contre laquelle vous venez de tenter de lutter ?

BRUNO BERTEZ Le  Dimanche 1er Avril 2012

Illustrations et mise en page by THE WOLF

EN LIEN : L’Edito du Lundi 26 Mars 2012 : L’or contre la répression Par Bruno Bertez

EN BANDE SON :



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8 réponses

  1. Mercredi 4 avril 2012 :

    Chahutée sur les marchés, l’Espagne ne parvient pas à rassurer.

    Regain de tension sur les marchés, explosion de la dette, chômage record : les mauvaises nouvelles ne laissent aucun répit au gouvernement espagnol au moment où il entreprend un effort de rigueur inédit, en espérant convaincre que le pays pourra se passer d’une aide extérieure.

    Après des semaines de détente sur les marchés alimentée par la manne de liquidités de la Banque Centrale Européenne (BCE), l’Espagne a dû concéder mercredi des taux en nette hausse lors de la première émission obligataire lancée après la présentation du budget 2012.

    "L’Espagne revient au coeur de la tourmente", affirme Soledad Pellon, analyste de la maison de courtage IG Markets, pour qui l’émission est "un échec absolu".

    http://www.boursorama.com/actualites/chahutee-sur-les-marches-l-espagne-ne-parvient-pas-a-rassurer-5a5d4471f1aa7d179b488eaea70ca69b

    Comment les Bourses européennes ont-elles réagi aux mauvaises nouvelles venues d’Espagne ?

    Suisse : baisse de – 1,47 %
    Pays-Bas : baisse de – 2,53 %
    France : baisse de – 2,74 %
    Norvège : baisse de – 1,27 %
    Pologne : baisse de – 1,81%
    Allemagne : baisse de – 2,84 %
    Italie : baisse de – 2,42 %
    Belgique : baisse de – 3,10 %
    Espagne : baisse de – 2,09 %
    Royaume Uni : baisse de – 2,30 %

  2. Tiens donc ? Mais ça sent l’chaos dites donc ?
    Une chance que la libellule du Kuala Lumpur a pu retenir sa flatulence, sinon …. pfiouuu !

  3. Très bon billet, j’aime l’Histoire et ce week-end je vais me délecter avec ces vidéos sur la histoire monétaire de la France/
    Merci Mr Bertez/

  4. Bonjour,

    Toujours aussi brillant, ci dessous un lien qui vaut le détour, en complément de ce billet
    http://fofoa.blogspot.fr/2012/04/peak-exorbitant-privilege.html

  5. Oui, ridicule, et environ 40 % des dépenses, soit 0,4 % du PIB européen vont à la PAC, l’unique véritable politique européenne, contestée au sein de l’OMC.
    Ben oui, quelle bêtises !
    Le marché va s’ajuster tout seul, c’est clair ! On n’a pas besoin de grecs, ni de paysans, ni d’ouvriers, ni de chercheurs. Et donc il faut arrêter de payer des impôts !
    Monsanto va produire la bouffe, Carrefour, Wal Mart et MacDo vont la distribuer, Nike va nous habiller (pour faire du sport), Bernard Arnault va nous habiller (et parfumer – pour la fête), Publicis nous guidera dans nos achats, Endemol va produire plein d’émissions culturelles qui vont éduquer nos enfants et on travaillera tous heureux au service de ces bienfaiteurs.
    Le modèle est parfait, l’histoire est belle, qui a encore des choses à redire ? Qui veut casser le moral ?

    Et en attendant la main invisible qui règlera toutes les "market failures", le grec il s’est tiré une balle dans la tête.

  6. L’institution de l’euro a permis à TOUS les gouvernements de s’endetter
    de manière irresponsable. L’européanisation ad libitum et tous azimuts a légitimé le tout !
    Et ce CONTRE LA VOLONTÉ DES PEUPLES QUE ONT REFUSÉ CES CHOIX
    CHAQUE FOIS QU’ILS EN ONT EU L’OCCASION.

    Bruxelles édicte des lois qui vont à l’encontre d’intérêts d’États dépouillés
    de leurs prérogatives de gouvernement démocratiquement élus et la solution
    serait donc de donner ENCORE PLUS DE POUVOIR À CE MONSTRE ?
    De renforcer son pouvoir décisionnel et de donner carte blanche aux fonctionnaires
    qui légifèrent EN TOUTE IMPUNITÉ ET LÉGITIMITÉ DÉMOCRATIQUE
    CAR JAMAIS SANCTIONNÉ PAR QQ VOTE QUE CE SOIT !

    Et bien, EXCUSEZ MOI, MAIS MOI JE NE VEUX RIEN DE TOUT CELÀ ! C’tu clair ?

  7. Dans le cas de l’URSS, il y avait 15 nations :

    l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Biélorussie, l’Estonie, la Géorgie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Lettonie, la Lituanie, la Moldavie, l’Ouzbékistan, la Russie, le Tadjikistan, le Turkménistan, l’Ukraine.

    L’URSS était un État fédéral.

    L’URSS avait une monnaie unique : le rouble.

    En décembre 1991, l’URSS a explosé. Le plus important, c’est ceci :

    EN DECEMBRE 1991, IL Y AVAIT DES BOMBES ATOMIQUES SUR LE TERRITOIRE DE L’URSS. En conséquence, les 15 nations de l’URSS ne se sont pas fait la guerre les unes contre les autres, car elles étaient retenues par la terreur d’être vitrifiées. Il n’y a donc pas eu de guerres entre les 15 nations de l’URSS. Il y a eu simplement un divorce.

    Aujourd’hui, l’URSS n’existe plus.
    Aujourd’hui, chacune des 15 nations indépendantes a sa monnaie.

    1-Arménie. Monnaie : le dram.
    2-Azerbaïdjan. Monnaie : le manat azéri.
    3-Biélorussie. Monnaie : le rouble biélorusse.
    4-Estonie. Monnaie : l’euro.
    5-Géorgie. Monnaie : le lari.
    6-Kazakhstan. Monnaie : le tengue.
    7-Kirghizistan. Monnaie : le som.
    8-Lettonie. Monnaie : le lats.
    9-Lituanie. Monnaie : le litas.
    10-Moldavie. Monnaie : le leu moldave.
    11-Ouzbékistan. Monnaie : le sum ouzbek.
    12-Russie. Monnaie : le rouble.
    13-Tadjikistan. Monnaie : le somoni.
    14-Turkménistan. Monnaie : le manat turkmène.
    15-Ukraine. Monnaie : la hryvnia.

    Conclusion : comme toutes les constructions supranationales, l’URSS s’est effondrée.

    Conclusion numéro 2 : comme toutes les constructions supranationales, l’Union Européenne s’effondrera.

    Conclusion numéro 3 : les nations de l’Union Européenne reprendront leur indépendance.

    Conclusion numéro 4 : les nations de l’Union Européenne reprendront leur monnaie.

    Conclusion numéro 5 : l’euro rejoindra le gigantesque cimetière des monnaies mortes et enterrées.

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