Asie hors émergents

Selon Geert Noels : Pour comprendre la crise mieux vaut suivre les traces d’ Hyman Minsky que la voie sans issue du désormais idéologue patenté Paul Krugman

Selon Geert Noels : Pour comprendre la crise mieux vaut suivre les traces d’ Hyman Minsky que la voie sans issue du désormais idéologue patenté Paul Krugman

« Des points de vue très extrêmes »/Le débat « relance contre austérité ».

 Krugman n’est pas un économiste qui a sans arrêt recours aux « d’une part, d’autre part » (« on the one hand, on the other hand »), mais le grand mérite de sa clarté a aussi son revers. Dans sa bouche, la crise devient vite une polarisation entre la gauche et la droite, où le mot « dépenses » devient synonyme de la gauche et « austérité » synonyme de la droite. L’économiste n’hésite pas à fabriquer une image peu flatteuse de ceux qui se situent de l’autre côté de l’échiquier intellectuel. La lutte contre Angela Merkel semble prendre une dimension personnelle. Il oppose l’Allemagne à la pauvreté en Grèce et véhicule l’image que les pays riches le deviennent sur le dos de la pauvreté dans les autres pays européens. Il crée une image négative des réductions budgétaires et positive du concept « dépenser et investir », alors que les deux sont indissociables.

 La réalité est plus nuancée par le fait que l’Europe n’est pas une île isolée du reste du monde, où les théories économiques s’appliquent à la perfection. L’Allemagne notamment s’est entièrement investie dans la globalisation, et est un des rares pays en Europe à avoir profité des effets positifs de l’émergence des pays Bric. Déclarer que le déficit commercial de la Grèce se résoudra si l’Allemagne réduit son surplus est donc très simpliste. 

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Etats-Unis d’Europe. L’Union européenne est encore loin de ressembler à des « Etats-Unis d’Europe ».

Pour les économistes anglo-saxons, mais aussi pour de nombreux leaders d’opinion européens et dirigeants politiques, les Etats-Unis représentent l’image idéale, le « template » pour ainsi dire. Mais la question n’est pas seulement de savoir si cela correspond aux souhaits des Européens des différents pays, mais surtout si l’accélération de l’unification de l’Europe résoudrait les problèmes ou les rendrait plus complexes. 

Ensuite, de nombreuses mesures drastiques ont été proposées sans qu’on ait bien réfléchi à leurs conséquences à un horizon de quelques années, et encore moins à un horizon de 10 ans. Un bel exemple, c’est le très applaudi Zirp (taux zéro des banques centrales), qui dans un proche avenir devrait faire vaciller le secteur des pensions et des assurances, ainsi que l’équilibre à long terme du secteur financier. 

Exemple américain?

Je ne pense donc pas qu’une polarisation entre la gauche et la droite nous aidera, ni qu’une greffe rapide du modèle monétaire américain en Europe soit tenable, et même souhaitable.

Mais les problèmes européens ne sont pas isolés. Le Japon nous a précédés dans ce scénario: fin d’une longue période d’endettement et d’une croissance sans limite, inflation des actifs, forte demande de matières premières, en particulier l’énergie, mais aussi impact négatif de notre modèle économique sur la planète elle-même. Une révolution de la « durabilité », que j’ai moi-même baptisée « Econochoc ». Cette question ne pourra être résolue en tournant un bouton vers la gauche ou vers la droite. Et c’est là sans doute que le bât blesse le plus: Krugman semble croire que l’économie occidentale peut encore être sauvée, que nous pourrons remettre le modèle occidental sur les rails, par des politiques non conventionnelles et une foi aveugle dans les théories économiques.

 Modèles.

Deux points particuliers du raisonnement de Krugman me dérangent. Krugman croit (à raison) dans le recours aux modèles réduits pour expliquer simplement certains mécanismes, mais il va parfois trop loin. Il aime se confronter à ces modèles, qui sont potentiellement faillibles, mais tout de même bien étayés. Le vrai monde est plus complexe qu’il n’y paraît. Il se trouve à la base du modèle linéaire sur lequel Flood-Garber s’est appuyé pour pointer la crise monétaire. Mais ce modèle sous-estime la complexité du problème, tandis que les modèles non linéaires ou théoriques comme ceux d’Obstfeld sont peut-être plus adaptés aux crises monétaires.

 On peut tout aussi bien mettre tout le monde dans le même sac en Europe, mais on rencontre ici des problèmes d’inflation, et là, de déflation qui exigent des approches adaptées, ce qui, dans la constellation monétaire et financière actuelle, n’est pas possible. Une raison de plus de penser que la modélisation de la zone euro est vouée à l’échec. Krugman en est conscient, mais maintient que la recette classique (avec pour bible « The Great Slump » de Keynes) peut réussir.

 De plus, la crise économique actuelle ne peut être prise séparément de la crise du crédit. Le scénario que nous semblons suivre a été parfaitement décrit par l’économiste Hyman Minsky, qui est, hélas, décédé à la veille du déraillement de la politique monétaire d’Alan Greenspan, l’ancien gouverneur de la Fed.

Krugman a gagné ses galons dans les théories du commerce, mais il ne peut nier que d’autres économistes ont fait du bon travail sur le déraillement du crédit et l’explosion des dettes. Les solutions que Krugman propose ne tiennent pas suffisamment compte de la théorie de Minsky, et ne fonctionnent pas comme de l’huile dans les rouages, mais plutôt comme de l’huile sur le feu. Le secteur financier, qui joue le rôle d’allumage et de courroie de transmission dans l’économie, pèse actuellement trop lourd sur les ménages, sur les entreprises et les pouvoirs publics. Il n’est pas au service de l’économie réelle, mais s’est transformé en un monstre hydrocéphale qui opprime l’économie réelle. On recherche en vain une dernière échappatoire – les banques centrales et les institutions supranationales – sans s’attaquer aux problèmes. Le système financier n’a pas besoin d’air supplémentaire. Il faut au contraire en retirer. C’est fondamental dans la discussion. L’approche keynésienne ne fonctionne pas si le moteur économique est noyé.

 Gaspillage.

Le risque est réel que les brefs efforts de réduction des coûts dans les économies occidentales, après des décennies d’ »overspending », aboutissent une fois de plus à du gaspillage. La création de capacités supplémentaires dans de nombreux secteurs économiques n’a aucun sens, pas plus que la construction de ponts ou de routes inutiles, ou qu’un bouclier anti-missile contre des extra-terrestres. Cela ne nous rapprochera pas de nos objectifs de durabilité.

 Paul Krugman est un des économistes les plus brillants de son temps. Mais, au fil des années, ses points de vue sont devenus de plus en plus extrêmes. L’économie mondiale souffre de grands déséquilibres parce que le modèle a systématiquement déraillé au cours des 30 dernières années. Le problème ne sera pas résolu en répétant les erreurs du passé. La polarisation entre la soi-disant gauche et les recettes de la droite ne conduira pas à la solution. Cela ne fera qu’exacerber les problèmes. Une réconciliation entre différents points de vue et visions est nécessaire pour arriver à un équilibre plus sain. Pas seulement en Europe, mais aussi dans le reste du monde, qui est à la recherche d’un équilibre plus soutenable dans quasi tous les domaines.

 Propos recueillis par Marc Lambrechts rédacteur en chef adjoint de L’Echo mai2012

2 replies »

  1. « Il oppose l’Allemagne à la pauvreté en Grèce et véhicule l’image que les pays riches le deviennent sur le dos de la pauvreté dans les autres pays européens. »… s’il était le seul… ce matin sur BFM, dans les Experts de Nicolas Doze, Jean-Pierre Petit des Cahiers Verts de l’Économie a remporté le pompon haut la main !!! La Chine comme destinataire des exportations allemandes il ne connaît pas !!!!

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  2. Cet économiste a fait plusieurs erreurs importantes professionnelles qui le discréditent en Belgique. Egalement plusieurs procès de clients en cours s’estimant spoiliés qui sont cités dans plusieurs journaux/magazines nationaux.

    Petite précision pour les lecteurs de ce site (dont j’en fais parti) qui connaissent bien la qualité des informations partagées.

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