Art de la guerre monétaire et économique

Les vraies et les fausses manipulations des changes

Les vraies et les fausses manipulations des changes 

Les vraies et les fausses manipulations des changes La Suisse est maintenant placée au sein des pays qui manipulent le plus fortement le taux de change. Les deux candidats américains à la présidentielle accusent la Chine. Une analyse semble opportune

Mitt Romney et Barack Obama sont d’accord sur un point. La Chine doit rapidement réévaluer sa monnaie. Pourtant, cet automne, les économistes qui accusaient le plus durement l’Empire du Milieu de manipuler sa monnaie sont d’avis que le problème est pratiquement résolu. A l’inverse, la Suisse fait son apparition sur le banc des accusés. La nécessité de séparer le discours politique des réalités économiques semble opportune. 

La manipulation de la monnaie est l’événement le plus important de la décennie sur les marchés financiers internationaux, écrit Joseph Gagnon *, économiste auprès du Peterson Institute et ancien expert de la Réserve fédérale. Les événements extraordinaires ont été si nombreux depuis l’an 2000 que ce choix peut étonner. Une comparaison pourrait toutefois le justifier. Les distorsions de capitaux sont évaluées à 1500 milliards de dollars, ce qui correspond à la différence entre la demande des pays industrialisés et le potentiel de l’économie (output gap). En somme, les manipulations de change sont responsables des millions d’emplois perdus dans les pays industrialisés, selon Joseph Gagnon. Il cite les «manipulateurs»: des pays avancés comme la Suisse et le Japon, des nouveaux pays industrialisés comme Singapour, Israël et Taïwan, des pays en développement comme la Chine, la Malaisie et la Thaïlande et des exportateurs pétroliers comme la Russie, l’Arabie saoudite et l’Algérie. La mesure de la manipulation monétaire s’effectue, selon Gagnon, à travers «le flux net d’actifs financiers internationaux détenus par le secteur officiel», en clair par les réserves internationales des banques centrales. La question du rôle des fonds souverains pourrait figurer dans ce chapitre, mais l’auteur le met «pour l’instant» entre parenthèses. 

PLUS /MOINS DE MANIP EN SUIVANT :

La Suisse manipule-t-elle sa monnaie? Le graphe ci-joint du BAK Basel montre que la Suisse, qui depuis très longtemps est réputée pour son énorme excédent de la balance courante, avait coutume de le compenser par les achats étrangers des épargnants privés suisses.

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Mais depuis 2011, c’est la BNS à travers ses gigantesques réserves de devises qui a pris le relais. La Suisse peut-elle être accusée de manipuler sa monnaie? Pour Boris Zürcher, le nouvel économiste en chef du BAK Basel, la réponse est encore négative parce que notre pays n’accumule pas des devises pour gagner des parts de marché à l’exportation. Il réagit à une hausse subite de sa monnaie, comprise comme une aide temporaire. La situation de la Chine est différente dans la mesure où elle est structurelle. 

 La BNS peut tout de même se voir reprocher de ne pas avoir signalé au marché, donc aux entreprises, que le franc suisse était sous-évalué entre 2002 et 2008. L’industrie suisse profitait alors de conditions monétaires très favorables. La pression à l’augmentation de la productivité s’est relâchée et le choc ultérieur n’a été que plus brutal. Aujourd’hui, si la Suisse maintient durablement son plancher à 1,20 franc contre l’euro, l’accusation de manipulation ne manquerait pas de gagner en crédibilité. Le franc peut-il baisser? Il faudrait par exemple qu’il redevienne une monnaie de portage (carry trade), dans laquelle l’investisseur emprunterait pour acheter une monnaie à taux élevé. Mais comme les taux d’intérêt sur les principales monnaies convergent toutes vers zéro, il n’y a guère d’espoir à court terme. Avec une croissance économique toujours supérieure à l’Allemagne et à la zone euro, ainsi qu’un excédent de la balance courante qui respire la grande forme, comment le franc peut-il éviter une réévaluation à moyen terme? Selon le Peterson Institute, le franc est sous-évalué de 6%… La Suisse doit-elle détériorer ses fondamentaux? La décision prise lundi par une commission du National va dans ce sens. Elle introduit une responsabilité des entrepreneurs vis-à-vis des sous-traitants, réduit la flexibilité du marché du travail, multiplie les contrôles et pénalise la compétitivité. Mais la Suisse doit-elle se saborder et accepter toutes les propositions socialistes? 

En principe, la valeur d’une monnaie est à l’équilibre si le taux de change est durable à long terme, ce qui dépend en partie de l’équilibre des comptes courants. Pour la Chine, l’excédent courant est en voie de réduction. A la fin de l’année dernière, le FMI prévoyait qu’il atteindrait 7,8% en 2016, mais les économistes ne cessent de réviser l’estimation à la baisse. L’institution prévoit 4,3% en 2017 en supposant des taux de change inchangés, selon le Peterson Institute. Si le renminbi poursuit sa hausse, l’excédent courant devrait donc revenir à la normale (moins de 3% du PIB). 

Il y a un an, l’institut estimait le renminbi 16% sous-évalué en termes effectifs réels et 28,5% par rapport au dollar. Cet été, l’écart est tombé à 2,8% en termes réels et 7,7% face au dollar. Comme l’écrit le professeur Menzie Chin, longtemps critique à l’égard de Pékin, «le moment est inapproprié pour s’attaquer à la Chine sur le dossier des changes». 

La monnaie chinoise s’est appréciée de 30% depuis 2005 en termes réels et de 40% contre le dollar. La situation se détend, mais il est illusoire d’imaginer un système de changes flottants où les taux seraient constamment à l’équilibre. D’ailleurs où est l’équilibre? Qui en déciderait? Sur la base de quel modèle? Tant que les banques centrales interviennent massivement, les cours ne reflètent pas le marché et l’accusation de manipulation continuera de se répandre.

 Par Emmanuel Garessus/Le Temps Oct12

*«Combating Widespread Currency Manipulation», Joseph Gagnon, Peterson Institute for International Economics.

1 reply »

  1. Mourir vertueux est-ce la solution ? Je salue le pragmatisme suisse. Il y a une guerre des changes et autant utiliser les mêmes armes que les autres quand on en a les moyens.

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