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Le sulfureux rapport de la BRI : Trop de finance tuerait la croissance

Le sulfureux rapport de la BRI : Trop de finance tuerait la croissance

 BRI. Trop de finance tuerait la croissance selon une étude qui fait la part belle aux a priori et qui n’a pas peur des raccourcis

La finance contribue certes à la croissance, mais son abus nuit gravement à l’économie, soudainement privée des meilleurs cerveaux et des idées les plus fortes en matière de prospérité économique, mettent en garde des experts de la Banque des règlements internationaux (BRI).

Dans des conclusions qu’ils qualifient eux-mêmes de «saisissantes», ces économistes la banque centrale des banques centrales, relève que «plus le secteur financier grandit, plus la croissance de l’économie ralentit».

Or, les économies avancées ont laissé grossir ce secteur financier (banques, fonds d’investissement…) bien au delà de la taille au-dessus de laquelle il devient nocif pour l’économie dite «réelle», soulignent ces experts, qui s’expriment en leur nom bien que leur rapport soit publié par la BRI.

«La finance ponctionne littéralement les scientifiques spécialistes de l’espace au détriment de l’industrie des satellites», affirment-ils par exemple, expliquant que ce secteur attirent les meilleurs grâce à de fortes rémunérations. «Le résultat c’est que des gens qui auraient pu devenir scientifiques, qui dans une autre époque auraient rêvé de trouver un remède au cancer ou de voler vers Mars, rêvent aujourd’hui de devenir directeurs de fonds spéculatifs», déplore ce rapport.

Ces deux économistes de la BRI, Stephen Cecchetti et Enisse Kharroubi, sont partis de l’idée communément avancée que «la finance est bonne pour la croissance», base de la dérégulation financière massive entamée dans les années 80. Le problème, affirment-ils après avoir étudié l’histoire financière récente, c’est que le secteur financier, devenu obèse, est aussi devenu un «poids pour le reste de l’économie».

Deux conclusions «frappantes» ont été tirées par ces économistes:

Premièrement, «à un niveau raisonnable, la croissance du secteur financier apporte certes des gains de productivité».

Mais, «à partir d’un certain point, que les économies avancées ont dépassé depuis longtemps, plus de banques et de crédit sont associées à une croissance plus faible».

L’analyse démontre, selon ces économistes, que lorsque la masse des crédits dépasse le Produit intérieur brut, «elle devient un poids pour la croissance de la productivité». Ou bien, lorsque le secteur financier accapare plus de 3,5% de la force de travail total dans un pays, toute augmentation supplémentaire affecte négativement la croissance économique. Le seuil a même été calculé et fixé à 3,9%. Or, plusieurs pays sont bien au-delà, dont le Canada avec 5,5%, la Suisse (5,1%), l’Irlande (4,6%) et «dans une moindre mesure» les Etats-Unis avec 4,2%.

Pire, le seuil pourrait même être dans certains cas autour de 1,3%, largement dépassé par les 21 pays étudiés par ces experts (Australie, Autriche, Belgique, Royaume uni, Canada, Danemark, Finlande, France, Allemagne, Irlande, Italie, Japon, Pays-Bas, Nouvelle-Zélande, Norvège, Portugal, Corée du Sud, Espagne, Suède, Suisse et Etats-Unis).

En Irlande, par exemple, le seuil de l’emploi dans le secteur de la finance est resté proche des 3,9% entre 1995 et 1999. mais après cette date, il a dépassé les 5%, ce qui signifie que s’il était resté au même niveau, la croissance de la productivité par personne employée aurait été supérieure de 0,4%, affirment ces économistes.

Ces derniers sont parvenus à une deuxième conclusion: «plus le secteur financier grandit, plus la croissance ralentit», comme ils ont pu le mesurer en Espagne ou en Irlande.

De 2005 à 2010, l’emploi dans les secteurs financiers espagnol et irlandais a augmenté respectivement de 1,4% et de 4,1% tandis que la productivité par personne employée diminuait dans le même temps de 1,4% et 2,7%.

«Nos estimations impliquent que si l’emploi dans le secteur financier était resté constant dans ces deux pays, cette diminution aurait été moins important de 1,4 point de pourcentage en Espagne et de 0,6 point en Espagne».

«La leçon à tirer, c’est que des secteurs financiers importants et à forte croissance peuvent être très dommageables pour le reste de l’économie», conclut les auteurs.

Le rapport est accessible à www.bis.org/publ/work381.htm

Source Agefi oct12

6 replies »

  1. C’est ce qu’on appelle le malinvestissement.
    Dommage que la BRI ne parle pas de la même chose concernant la fonction publique.

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    • Rien à voir avec de l’investisement mais tout à voir avec de la prédation pure et simple !!!! quant au lien avec l’état il est facile à faire l’endettement des états n’ayant pu se faire qu’avec la complicité des banques et la grande dérégulation des années 80!!! Le reste n’est qu’idéologie plaquée sur la réalité des faits….

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      • Ce à quoi je me référais, c’est le principe de malinvestissement de l’école autrichienne.
        La politique de laxisme monétaire aboutit à canaliser le capital dans les activités bancaires et cela au détriment d’autres activités.
        Le travail humain étant aussi une ressource rare, celui-ci est aussi alloué selon les diverses incitations qui, durant les périodes bullaires sont fortes et avantagent la finance.
        Cet article ne fait que rappeler qu’il existe un certain équilibre dans les forces qui font l’économie et que le développement anormal d’un secteur le casse.
        Si l’économie est composée principalement de producteur de lait, de farine et d’oeufs, que l’autorité crée pour on ne sait quelle raison une distorsion du marché pour produire beaucoup plus de lait, cela se fera au détriment du reste et le résultat est qu’on ne pourra plus faire autant de crêpes.

        Sinon, concernant l’utilisation du terme « dérégulation », je pense que cette utilisation n’est pas pertinente. Vu la précision que peut avoir la langue et l’importance que peut avoir le fait de se faire comprendre, ne serait-il pas plus pertinent de parler de dérèglement (comme « dérèglement climatique »). ? Je pense qu’il y a une partie de la non-compréhension du problème qui vient de l’utilisation de mauvais mots. On tend à utiliser abusivement les mots « dérèglementation » et « dérégulation » alors qu’il s’agit surtout de « dérèglement ».

        Le problème de l’utilisation de dérégulation est qu’il sous-entend que l’état est compétent pour corriger, réguler le marché, qu’il est donc capable d’analyser, de comprendre tous les tenants et aboutissants qui aboutissent à la création de prix et sait mieux que les personnes intéressées quel est leur intérêt, et donc que supprimer la régulation signifie enlever à un état providence le droit « régalien » d’optimiser le marché, qui serait laissé à un état d’anarchie ou d’anomie.

        Le problème vient plutôt d’une mauvaise évolution de la règlementation, qu’il y en ait plus ou moins n’est pas la bonne question, le problème est surtout que le marché est déréglé, notamment par la manipulation par les institutions soi disant responsables de la monnaie.

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        • @ph11

          Je vous remercie de votre intéret et de votre effort d’argumentation

          Mème si je comprend parfaitement ce à quoi vous faites référence l’heure n’est plus pour nous aux doux euphémismes….le marché n’est plus aujourd’hui qu’un marché spéculatif qui ne connait que 2 positions on ou off, le capitalisme d’entrteprise se réduit au crony capitalisme ou bien encore au capitalisme d’état….quant au capitalisme financier c’est un capitalisme de prédation qui fort de 30 ans de « libération » et allié des politiques et des gouvernements s’est mué en kleptocratie organisée et en force d’oppression de l’économie réelle … Alors face à ces situations d’urgence savoir qui de la poule ou de l’oeuf importe peu puisque et la poule et l’oeuf devront passer à la casserole….

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  2. Et oui, les illusionnistes vont se recaver dans le monde réel pour continuer le grand jeu « le casse du millénaire »

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