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Approximations confondantes/ 67.000 milliards de dollars en shadow banking? Peu crédible

 Approximations confondantes/67.000 milliards de dollars en shadow banking? Peu crédible

Le rapport* du Conseil de stabilité financière à Bâle (FSB) sur le shadow banking a été repris par plusieurs médias sur le ton de l’anxieuse indignation. Il prête  toutefois à confusion tant sur le plan des chiffres que sur celui des concepts.

 

Il est d’abord regrettable que l’appellation «Finance de l’Ombre», traduction française de Shadow Banking, largement utilisée par la presse francophone, ait un parfum si sulfureux. Il ne s’agit en rien de comptes mafieux mais tout simplement de l’ensemble des institutions financières non soumises à la règlementation bancaire ou des assurances. Des activités somme toute légitimes et soumises à des régulations spécifiques. Après tout, le Shadow Chancellor of the Exchequer se traduit par Ministre des Finances de l’opposition, pas par Ministre des Finances de l’ombre.

Au-delà de la sémantique, Olivier Fluke**, analyste-blogueur de talent, s’est penché sur le contenu du rapport lui-même et de la nature du shadow banking.

PLUS DE SHADOW BANKING EN SUIVANT :

Sur le plan des chiffres, il a en particulier comparé les données fournies sur la France par le rapport du FSB avec celles disponibles auprès de la Banque de France. Et y a relevé une erreur de taille due à une mauvaise compréhension de la nomenclature française. Pour la France, la catégorie Institutions Financières Publiques (Public Financial Institutions) du rapport FSB se retrouve à zéro (ce qui est tout de même cocasse connaissant le poids de l’Etat en France). Les auteurs du rapport ont omis d’y reclassifier les établissements de crédit public comme La Banque Postale, OSEO Garantie, Agence française de Développement et la CDC, compris dans la catégorie S122A (Etablissements de crédit et assimilés) de la Banque de France.

Quant à l’ensemble des établissements de la catégorie S123A (Institutions diverses et assimilées), ils sont tous passés dans le shadow banking. Y compris la Société de financement de l’économie française, dont l’Etat détient 34% et les banques 66% (et dont le rôle est de refinancer les activités des établissements de crédit pour stabiliser les marchés financiers). Cette catégorie représente 5% des actifs sous examen.

Outre les questions entourant le bâclage de la ventilation comptable du rapport de la FSB – qui ne se limite sûrement pas à la France -, Olivier Fluke s’insurge à juste titre contre l’amalgame souvent abusif établi entre les établissements et produits classés en vrac dans le shadow banking. La totalité des OPCVM s’y trouvent, qu’elles soient ou non monétaires et quel que soit leur degré de contrôle et de transparence.

Dans son rapport d’octobre 2011, le FSB définit le shadow banking comme l’ensemble  du système d’intermédiation du crédit qui se trouve en dehors du système bancaire traditionnel. L’objectif du FSB est de faire établir une règlementation plus stricte des établissements non-bancaires afin d’éviter les opérations de crédit masquées et les risques de propagation (ou systémique). Il voudrait en particulier faire adopter des normes de transparence, de liquidité et de capitaux propres sur le modèle de ce qui est mis en place pour les banques. 

Il y a un côté assez confus dans l’approche des problèmes. En termes de liquidités, le FSB semble faire abstraction des normes UCITs,  qui ne sont pas mentionnées une seule fois dans le rapport. Il parait aussi oublier qu’une partie importante des OPCVM n’est pas autorisée à opérer des leviers, et que la notion de capitaux propres y a peu de sens. Il se soucie aussi beaucoup d’une interdépendance entre banques et shadow banking, susceptible de compromettre la stabilité du système bancaire, alors que les réglementations bancaires sont déjà supposées garantir cette stabilité.

Enfin pour ce qui est du crédit, le FSB évoque la «transformation de maturité» pratiquée par certaines Sicav monétaires qui consiste à utiliser des actifs à maturité courte pour financer des maturités longues, sans tenir compte de ce que la majeure partie des fonds de placement européens (71% en France), sont des OPCVM non monétaires où il n’existe aucune pratique de ce genre. Enfin et surtout, le FSB parait raisonner comme s’il n’y avait aucun organe régulatoire en place. Un peu comme si le shadow banking était un univers sauvage et sans règlements.

Olivier Fluke n’est pas dupe. Il note en particulier la transparence absolue des «Sicav monétaires de sociétés de gestion de Carmignac par exemple, fonds dont les encours sont décomposés et publiés ligne par ligne chaque trimestre».

Une clarté qui n’est offerte par aucun système bancaire dont Olivier Fluke estime par ailleurs qu’il «n’a pas véritablement démontré qu’il n’était pas lui-même une boîte noire! Confèrent les milliers de milliards de dérivés qui prospèrent dans les états financiers des plus grandes banques! Ce n’est pas parce que c’est régulé que ce n’est pas une boîte noire!».

Le FSB regroupe 26 autorités financières nationales (banques centrales, ministères des finances, …), plusieurs organisations internationales et groupements élaborant des normes dans le domaine de la stabilité financière. Il est présidé par Mark Carney, le charismatique ex-gouverneur de la Banque du Canada, que la Grande-Bretagne vient d’appointer Gouverneur de la Banque d’Angleterre. Il est tout de même dommage qu’une institution de ce niveau laisse échapper de telles erreurs et se contente d’autant d’approximations conceptuelles. Car même si le rapport présente des excuses pour l’imperfection de ses résultats (imputée, bien sur, à l’insuffisance de granularité des données de base), il n’en a pas moins mis la communauté politique et médiatique en émoi avec ses 67.000 milliards de dollars de «finance de l’ombre».

Nicolette de Joncaire vendredi, 30.11.2012/Agefi Suisse

* Global Shadow Banking Monitoring Report 2012

** Investigation Financière Economique et Boursière, investigationfin.canalblog.com

http://agefi.com/une/detail/artikel/67000-milliards-de-dollars-en-shadow-banking%3F-peu-credible.html

2 replies »

  1. Toujours cette gesticulation médiatique sur des chiffres non vérifiés pour illuster coûte que coûte une opinion fumeuse et non motivé sur la nouvelle peste du 21 ème siècle : la finance.
    Comme toujours les remèdes que l’on pense apporter aux déséquilibres dangereux à caractère systèmique qui peuvent survenir ne sont pas adaptés. Ils n’existent qu’une règle à respecter pour que la prudence des opérateurs sur les marchés sécurise d’une façon durable ces mêmes marchés financiers, l’implication financière de tous les intervenants sur leurs biens propres. Vous voulez faire joujoux, très bien, pas de problèmes…mais vous devez être impliqué sur vos biens propres, pas de responsabilité limité. Vous verrez que les acteurs modifieront assez profondément leur comportement, le reste c’est de la littérature

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