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Scandale à l’Italienne: BMPS/ Les conséquences graduelles de la controverse des dérivés

Scandale à l’Italienne: BMPS/ Les conséquences graduelles de la controverse des dérivés

 "L’opération Alexandria" a fait sa première victime Le président de l’Association bancaire italienne démissionne

Mario Draghi, former Chairman of Bank of Italy and current Chairman of European Central Bank

Le vaste scandale de produits dérivés qui frappe Banca Monte dei Paschi di Siena (BMPS) ébranle le monde de la finance italienne et jette une ombre sur l’opération de sauvetage que mène actuellement le gouvernement de Mario Monti pour remettre à flot la plus vieille banque du monde, née en 1472. La nouvelle, révélée mardi par le journal Il fatto Quotidiano, est particulièrement mal tombée pour la banque toscane, qui s’apprête à recevoir sous forme d’obligations un prêt de 3,9 milliards d’euros de la part de l’Etat. Une assemblée générale d’actionnaires, prévue vendredi à Sienne pour mettre sur pied l’opération, s’annonce houleuse.

BMPS a dû confirmer mardi que l’opération sur produits dérivés dite «Alexandria», menée en 2009 avec l’aide de la banque japonaise Nomura, était bel et bien un cadavre dans son placard, susceptible de peser lourdement sur ses résultats de 2012. Son titre en Bourse a réagi en conséquence, dégringolant de 5,68% mardi et de 8,43% Jeudi en clôture. BMPS s’est efforcée de rassurerjeudi soir dans un communiqué, affirmant être, grâce au prêt public «en position d’absorber les conséquences (liées) aux opérations en question».

L’analyse de la transaction incriminée -et de deux autres, «Santorini» et «Nota Italia»- est en cours depuis octobre 2012 et certains aspects de leur structure pourraient être renégociés, a indiqué la banque, qui a promis plus d’informations d’ici la mi-février. Le quotidien économique Il Sole 24 Ore avance pour sa part une perte «largement supérieure à 2 milliards d’euros» pour 2012, dont au moins 220 millions à mettre au compte d’«Alexandria».

La Banque d’Italie de son côté a fait savoir que «la vraie nature de certaines opérations» menées par BMPS n’était apparue que «récemment» grâce à l’initiative de ses nouveaux dirigeants et des enquêtes sont en cours à laquelle ceux-ci «collaborent», selon un communiqué de la banque centrale.

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Le scandale, qui semble loin d’être terminé, a déjà fait une première victime, Giuseppe Mussari, qui fut successivement président de la Fondation Monte dei Paschi di Siena, principal actionnaire de BMPS (34,94% du capital), puis de la banque elle-même entre 2006 et 2012.

Mis en cause directement dans l’affaire Alexandria mais se disant «convaincu» d’avoir bien agi, il a annoncé mardi soir sa démission du poste de l’Association bancaire italienne (ABI), qu’il occupait depuis 2010. C’est également sous son mandat que BMPS avait acquis fin 2007 Banca Antonveneta auprès de l’espagnol Santander pour 9 milliards d’euros, transaction au montant jugé beaucoup trop élevé et qui fait l’objet d’une enquête.

Le coup est dur pour les actuels dirigeants de la banque, son président Alessandro Profumo, ancien patron du géant UniCredit, et son directeur général Fabrizio Viola. Sans compter que son écho est largement amplifié par la campagne électorale en cours en Italie pour les législatives des 24-25 février.

Le grand dilemme de l’Italie

L’Italie, qui se rendra aux urnes dans tout juste un mois, a besoin d’une «thérapie de choc» économique faute de quoi elle se condamne au «déclin», a estimé hier le président de la principale fédération patronale Confindustria, Giorgio Squinzi. «La crise laisse des blessures profondes. Depuis 2007, la production industrielle a reculé de 25%, le taux de chômage a doublé, le revenu par habitant est revenu aux niveaux de 1997. Il existe un risque élevé de destruction de notre base industrielle», a-t-il lancé en présentant un document dans la perspective des élections législatives des 24-25 février. M. Squinzi estime que l’Italie doit commencer par «donner de l’oxygène aux entreprises» en réglant 48 milliards d’arriérés de dettes de l’Etat et de ses administrations et réduire de 8% le coût du travail manufacturier. Les investissements dans les infrastructures doivent augmenter de 50% et le coût de l’énergie doit reculer.

  

EN COMPLEMENT/  L’Italie refuse d’affronter ses démons Par Emmanuel Garessus/Le Temps

L’Italie refuse d’affronter ses démons Bill Emmott, qui fut rédacteur en chef de «The Economist» de 1993 à 2006 avant de s’adonner au plaisir livresque, publie un ouvrage admirable sur l’Italie à l’aube des élections

Bill Emmott, 56 ans, qui fut rédacteur en chef de The Economist de 1993 à 2006 avant de s’adonner au plaisir livresque, a longtemps vécu en Italie. Son acharnement à dénoncer la politique anti-libérale de Silvio Berlusconi, qui répliqua en le traitant de «E-Communist», s’est poursuivi devant les tribunaux. Le livre de Bill Emmott 1 suit un schéma «dantesque» puisqu’il se penche autant sur «l’inferno» italien que sur ses petits coins de «paradiso», avant d’imaginer une nouvelle renaissance. L’auteur, également conseiller du président de Swiss Re, profite de son expérience et d’un réseau exceptionnel.

De 1950 à 1970, l’Italie s’est offert la plus forte croissance des pays de l’OCDE. Une économie émergente? La Péninsule profitait alors de l’urbanisation et de la libéralisation de l’économie. La hausse annuelle du PIB s’élevait à 5,8%! Un fort ralentissement lui a succédé entre 1970 et 1990, avec une croissance annuelle de 2,9%.

Le virage s’est produit dans les années 1970. La dette publique atteignait à peine 34% du PIB, comme en Allemagne. Mais progressivement, l’Etat social a pris son envol et son coût n’a plus jamais été financé par les recettes. La croissance a été financée à crédit et les retraites ont pesé toujours plus fortement, jusqu’à 15% du PIB aujourd’hui, un record. Le déficit budgétaire n’a-t-il pas été de 9,8% en moyenne entre 1973 et 1995?

Le moteur s’est véritablement arrêté au milieu des années 1990, lorsque Silvio Berlusconi, «le seul oligarque devenu premier ministre», a pris le pouvoir. Le déclin n’a pas tardé. Entre 2001 et 2010, une fois dans l’euro, l’économie italienne a connu la plus faible croissance économique au monde, à l’exception d’Haïti et du Zimbabwe.

Un terrible combat se déroule chaque jour entre la «buona» et la «malla Italia», selon Bill Emmott, lequel évite les généralisations hâtives et distingue par exemple entre Reggio de Calabre et Turin. La «mauvaise Italie» est celle de la corruption, des privilèges et des obstacles à la flexibilité et à l’innovation. L’Italie est par exemple 157e au monde (sur 183) dans sa capacité à honorer les contrats.

L’indice de perception de corruption est encore pire qu’en 1990, selon Transparency International. L’économie de l’ombre formerait entre 20 et 25% du PIB et coûterait 60 milliards d’euros chaque année.

Les malheurs de l’Italie commencent avec le marché du travail. Le manque de flexibilité explique le taux de chômage élevé et la petite taille des entreprises. Au-delà d’un certain effectif, il n’est possible de licencier que si la cause est «juste». Difficile, et long, à prouver devant un tribunal italien.

En l’absence de concurrence et d’un système basé sur la méritocratie, l’innovation est extrêmement faible dans le secteur majoritaire, celui des services. L’hyper-protectionnisme règne chez les avocats, architectes, journalistes ou taxis. Pier Luigi Bersani, entre 2006 et 2008, a libéralisé le marché des pharmacies, ce qui a permis la création de 3000 nouvelles pharmacies. Mais il a échoué ailleurs.

La bonne Italie est celle des jeunes qui, dans le sud, refusent la protection de la mafia (mouvement «Addiopizzo», par exemple) et celle des villes qui comme Turin, la ville de Cavour, se rassemblent autour d’un objectif commun, font fi des obstacles et privilèges pour atteindre leur but.

A Turin, tout a commencé avec l’élection du maire directement par le peuple en 1993, et la nomination de Valentino Castellani, un scientifique. C’est lui qui a redéfini le rôle du gouvernement local en le transformant en un lieu de facilitateur, ouvert au monde et aux réformes. La ville abrite l’actuel leader du championnat de football. Après sa relégation forcée, la «grande dame» est repartie sur des bases plus saines. Et alors que tous les stades italiens sont vieillots et financés par l’Etat, le nouveau stade de la «Juve» a été entièrement financé par le privé, autorisé et construit en un temps record.

Le Musée égyptien de Turin, à l’état de ruines il y a dix ans, a été la première institution culturelle transférée du public au privé – la collection appartient à l’Etat, mais la gestion est au privé. Rénové, c’est maintenant le huitième musée national le plus visité du pays.

Si la justice est dans un état catastrophique – l’Italie est 156e sur 181 en termes de longueur des procédures civiles, derrière le Gabon et la Guinée –, Turin sort de la norme. Tout a changé en 2001 avec l’arrivée du juge ­Mario Barbuto. A cette époque, 40 000 procédures étaient en attente, l’une depuis 1958! Il en a fait le système judiciaire le plus efficient d’Europe. Il a d’abord convaincu ses pairs de changer les priorités, commencer à traiter d’abord les plus anciens dossiers et à convaincre les avocats de soutenir ses réformes, notamment à traiter davantage les affaires au tribunal plutôt qu’en privé.

La bonne Italie vaincra-t-elle la mauvaise? Bill Emmott s’abstient naturellement de répondre. Mais le «courage moral» nécessaire ne peut se produire avec Silvio Berlusconi, le champion du statu quo. Les succès partiels viennent plutôt d’initiatives locales, de jeunes ou de techniciens indépendants des courants politiques habituels.

Les mesures à prendre pour réduire la dette publique sont aisément identifiables: privatiser des entreprises d’Etat, réduire le coût des retraites et s’attaquer à la bureaucratie. Le parc automobile comprend 72 000 voitures appartenant à l’Etat, contre 261 au Royaume-Uni.

Le marché du travail doit naturellement être rendu plus flexible avec la création d’un système de contrats de travail uniques et d’une plus grande possibilité de licencier.

Le système électoral doit aussi être modifié, permettant une réelle élection proportionnelle, un vote direct par le peuple et une barrière minimale à 5%.

Enfin, le système de méritocratie est une condition nécessaire à l’innovation. Les universités italiennes constituent l’une des plus grandes tragédies du moment. Le petit nombre d’étudiants étrangers traduit sa médiocrité. Il faut rendre les universités indépendantes de l’Etat et rendre leur conseil d’administration responsable.

A notre avis, ni la gauche, ni la droite, ni le centre n’appliquera ce programme au sortir des élections. Qu’importe le vainqueur, les privilèges seront maintenus, et la facture payée par la BCE… jusqu’à ce que l’inévitable crise se produise.

1. «Good Italy, Bad Italy; Why Italy must conquer its demons to face the future», Bill Emmott, Yale, 2012.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/dadc31e0-64ca-11e2-981f-040fa67ddf84/LItalie_refuse_daffronter_ses_démons

 

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