A Chaud!!!!!

Mister Market and Doctor Conjoncture du Mardi 12 Mars 2013: La lévitation des assets et ce qui s’ensuivra par Bruno Bertez

Mister Market and Doctor Conjoncture du Mardi 12 Mars 2013:  La lévitation des assets  et ce qui s’ensuivra par Bruno Bertez

Quand vous achetez un actif/asset sur un marché, vous échangez de la monnaie contre cet asset. C’est un arbitrage, vous échangez un papier contre un autre. Si la monnaie ne coûte rien, comme c’est le cas  avec le taux zéro, et que vous utilisez le levier, comme le fait la communauté spéculative mondiale, vous êtes donc en situation de bénéficier des taux zéro, c’est à dire de bénéficier d’une subvention pour acheter des assets. Vous  les surpayez. Vous les payez plus cher que vous n’accepteriez de les payer en temps normal. C’est pour cela que tout monte en même temps. Ce qui fait buller les assets, ce n’est pas la valeur des assets, c’est l’avilissement, la surabondance de ce contre quoi vous les échangez. Il faut être aveugle ou banquier de mauvaise foi pour le nier.

    Dans sa dernière intervention, Bernanke a pris soin, car il sait que cela fait problème, d’affirmer que les actions n’étaient pas chères, « les primes de risque sont au-dessus des normes historiques» a-t-il justifié. En soi déjà, pareille initiative du patron de la Fed mérite que l’on s’y attarde, car, pourquoi prendrait il la peine de rentrer dans ce débat? Réponse: Parce qu’il veut que les gens achètent des actions. La question qu’un homme de science honnête devrait se poser est celle-ci: Comment expliquer que les primes de risque soient  plus élevées que la normale? La réponse est multiple.

L’incertitude est plus grande que la norme, nous sommes dans un période historique exceptionnelle, la prime de risque ne reconnait pas comme valable le prix des actifs sans risques,  la prime de risque inclut une remontée prochaine des taux au-delà de ce que le marché des actifs sans risque anticipe. Etc. Etc. Bref, les marchés se méfient de la référence que constituent le prix et le rendement des treasuries car ils savent qu’ils sont manipulés, que bientôt, sinon un jour ou l’autre, ces prix et rendements reprendront leurs valeurs d’équilibre.  

Les imbéciles disent, il n’y a pas de bulle sur le marché du S&P500, la preuve, vous ne voyez aucune excroissance dans les graphiques sectoriels comme celle que l’on avait vu dans la bulle techno, évidemment et c’est normal, puisque tout, rigoureusement tout, fait bulle! La masse des papiers est un tout, un ensemble; et tout fait bulle, il y a bulle des liquidités, bulles des actions, bulles des bonds, et même, en un certain sens, bulle de l’or. Pour l’or, on y reviendra plus loin. 

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La preuve de l’existence d’une bulle globale est,  dans un autre registre,  fournie par la théorie de l’entropie, tout monte, il n’y a pas de sélectivité. Qu’est-ce que cela veut dire? Cela veut dire que tout est à la même enseigne, il n’y a pas de classement, pas de hiérarchie, pas d’ordre. L’ordre, ce n’est pas, comme le prétend la thèse socialiste, quand tout est égal ou égaux, c’est quand chacun est, chaque chose, est à sa place. Les marchés font tout monter sans distinction, cela veut dire que l’on est dans le désordre complet. Il y a une énergie potentielle considérable de remise en ordre qui est accumulée dans le système, cela implique la perspective de mouvements violents au cours desquels  une mise en ordre va s’effectuer.  

Actuellement, tout est corrélé, quand les corrélations commenceront à se disloquer, alors ce sera le début de la grande remise en ordre. Surveiller les corrélations. Par exemple, il y en a une qui a failli se déliter, mais elle s’est rétablie, c’est la corrélation du S&P500 et de la parité euro contre dollar. Le monde des marchés ne vit plus à l’heure de l’intelligence et de la compréhension, il vit à l’heure des modèles et des corrélations miraculeuses. Le monde des corrélations et le monde des quants, c’est le monde des simplets, mais des simplets dangereux. On se souvient de LTCM. Ainsi, il y a une excellente corrélation entre la masse de base money aux USA et le S&P500, ce qui produit de nombreux modèles et donc de nombreuses stratégies. Un de nos amis fait remarquer qu’il y a une corrélation presque parfaite entre le prix de la bière en Islande et le même S&P500, nous invitons Bernanke à y réfléchir. Toujours à propos des corrélations et des quants, Bryan Sack, ex-manipulateur en chef des marchés à la New York Fed, vient d’être embauché par l’un des plus célèbres groupes de gestion quant!  Il croit être un initié, il connait les modèles. Lors de la prochaine crise/rupture, il ruinera ses patrons. 

A tous ces gens et leurs victimes, nous rappelons cette remarque de Trichet: « On ne peut toujours parier qu’en matière financière les évolutions seront toujours linéaires, le risque de rupture de cette linéarité existe ». Et oui, le fixe devient variable quelquefois! Revenons à nos moutons, c’est le cas de le dire. 

En faisant l’arbitrage monnaie surabondante et à prix zéro contre asset, vous encaissez un spread de rendement  qui est supérieur à ce qu’il devrait être normalement et qui vous conduit à accepter de payer, pour cet asset, plus cher que vous ne payeriez en temps normal. Cela n’a rien à voir avec la nature et la qualité de l’asset, mais avec quelque chose d’extérieur. Vous vous comportez comme un gigantesque hedge fund. C’est à dire comme un capitaliste anglo-saxon, vous faites du faux capitalisme, le capitalisme des spreads et de l’arbitrage, vous ne vous préoccupez pas des sous-jacents. Le fondamental, vous acceptez qu’il ne soit pas de votre ressort. En fait, implicitement,  vous acceptez le socialisme qui conduit à  faire porter la responsabilité, les responsabilités ultimes,  non sur les individus, mais sur l’Etat et ses fonctionnaires. C’est une autre manière de présenter le fameux « put ». 

Ce raisonnement est à la base de la politique de la Fed et de toutes les Banques Centrales. La masse de dettes dans le système est beaucoup trop élevée, pour empêcher qu’elles ne se dévalorisent et que les banques qui les portent à leur actif ne sautent, il faut gonfler la valeur de tous les actifs/assets. Face à une insuffisance de la valeur des actifs des bilans, conjuguée à un excès de passif, on met en place une pompe à gonfler le prix des assets, à les faire léviter. C’est exactement le système de John Law. Ce que maintenant, de façon prétentieuse, on appelle l’effet de richesses, ce n’est rien d’autre que cela, la création de fausse richesse adossée à des assets que l’on gonfle en pompant. Le fameux mouvement perpétuel qui permet de se passer du réel, plus on pompe plus je suis riche, plus je suis riche plus je m’endette, plus je m’endette plus je consomme… à l’infini, jusqu’à la crise de solvabilité non pas en regard des assets, mais en regard des cash-flows, des flux réels. Lesquels sont la limite ultime au pompage. 

Voilà le sens fondamental, clair, net, simple, des politiques monétaires actuelles. Tout ce que l’on dit d’autre, lutte contre le chômage, relance de l’économie, stimuler le crédit etc., tout cela est du pipeau. Le système croule sous les dettes, la valeur de ces dettes, spontanément, doit chuter, voire s’effondrer. Pour s’y opposer, on crée de la monnaie et on donne cette monnaie gratuitement. Avec cet argent, on achète des assets et, de proche en proche, le gigantesque portefeuille mondial d’assets se reflate, devient surévalué, il lévite. 

Il n’y a qu’un acteur qui bénéficie à plein du phénomène, c’est le secteur financier.

Pourquoi? Parce qu’il est hedgé, il achète de la monnaie gratuitement à la Banque Centrale, il a une dette nominale en monnaie et il achète des assets libellés en monnaie. Ses actifs et passifs étant en monnaie, il travaille en nominal, peu lui importe la valeur sous-jacente, le système financier est couvert, il empoche les spreads à plein. 

Il n’en va pas de même pour les vrais investisseurs, car, eux, ne sont pas hedgés: si vous investissez le produit de votre épargne et de votre travail, il vous importe que la monnaie se dévalue et que vous soyez rémunéré en monnaie de singe. Vous échangez non pas de la monnaie comme les banques, vous échangez du travail, de l’épargne -travail cristallisé- contre des assets, la situation est dissymétrique. Et c’est volontaire puisque l’on veut que le système financier se refasse une santé sur votre dos.

 Il n’y a qu’un marché où la spéculation ne bénéficie pas de la lévitation, c’est le marché des changes. Une monnaie contre une autre, les prix ne sont que relatifs, si vous achetez du dollar avec de l’euro vous êtes dans un marché normal. La subvention n’intervient pas. 

Quand vous achetez de l’or,  la subvention intervient, dans un certain sens, l’or lévite. Son cours est faussé par le processus décrit ci-dessus. Mais il y a des différences, en particulier le système financier et les banques, non seulement n’achètent pas d’or, mais elles manipulent son prix à la baisse; elles ont souvent « short »; autre différence, l’or est acheté par des mains solides qui le classent, le stockent, il ne réapparait plus, il se raréfie.

Autre différence de taille, lorsque la monnaie de crédit -mais on devrait dire lorsque le crédit devenu monnaie, ce serait plus juste- sera détruit, les assets papiers le seront également et l’or sera l’un des rares ultimes refuges.

Ratio Dow/ Or ou Dow / Gold

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«On ne cherche toujours  qu’une justification économique permettant d’expliquer – après coup – des mouvements de marché», s’insurge Dominique Casaï, responsable d’Uram, société de gestion de fonds dédiés au secteur minier. «Oui, les leaders d’opinion ont agi massivement depuis trois mois, mais encore faut-il savoir qui ils sont», s’interroge le responsable de cette maison genevoise. Les 4 millions d’onces d’or vendues par le biais des ETF? Avant tout le «fruit des hedge funds ou d’opérateurs spéculant en ayant massivement recours à l’emprunt». Pis, depuis trois mois, les hedge funds n’auraient «jamais parié aussi violemment sur la poursuite de la baisse de l’or, «shortant» [vendant à découvert, ndlr] près de 9 millions d’onces», poursuit Dominique Casaï. Davantage que durant le krach de 2008. Selon d’autres sources, les traders «algorithmiques» programment, eux, leurs ordinateurs pour vendre l’or à chaque statistique positive sur la situation économique.

Tous ces intervenants ne parient pas «sur la fin d’un cycle», ni «à partir d’une analyse monétaire», estime le gérant genevois. Selon lui, ils «mettent un maximum d’argent pour que les cours passent sous la barre technique des 1520 dollars». Et si ce n’est pas le cas, «ils n’attendront pas trois mois pour réduire leurs positions». Afin de couper des emprunts leur coûtant de l’argent .

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Aux USA, en régime normal, il y a 3 cents de base money pour un dollar de GDP. Actuellement, il y a 18 cents de base money pour un dollar de GDP. L’inflation potentielle est bien sûr, colossale. Bernanke, qui n’en sait pas plus que vous, prétend détenir le secret pour résorber l’excès de base money, c’est faux, il ment. De toutes façons, il s’en fiche, il ne sera plus là quand le problème se posera. Et puis on dira que c’est un choc exogène, n’est-ce pas ? 

Il n’y a que deux moyens pour résorber cet excès et remettre le ratio de base money dans les normes historiques, organiques : 

  • - 1) la hausse des taux
  • - 2) une croissance nominale très forte de l’économie. 

1-La hausse des taux: pour diviser par deux le ratio de base money, il faut monter le taux des Fed Funds à 2% ; vous imaginez, la chute des marchés et de l’économie à ce niveau! La dégringolade du marché de l’immobilier, des 700 trillions de dérivés, la chute de valeur des collatéraux sur le marché du refinancement de gros! 

2-L’accélération de la croissance nominale. Nominale égale croissance réelle plus inflation. Pour obtenir une croissance de 5% l’an pendant 14 à 15 ans il faudrait un miracle! Croissance qu’il faudrait obtenir sans accroissement de déficits des Etats déjà insolvables, sans hausse relative des salaires, car les marges s’effondreraient… l’échelle de perroquet prix/salaires s’enclencherait. On attend les clients venus de Mars!

 Ce problème est très bien connu car c’est le problème des sorties de guerre où, toujours, on refait la même opération de gonflement du ratio de base money et où donc on se trouve confronté au même problème de résorption. Comment résorbe-t-on ?  Regardez l’histoire, la période d’après la seconde guerre mondiale en Europe, par exemple. Par l’accélération de la hausse des prix et des revenus. C’est à dire par la dévalorisation consciente, volontaire, des monnaies. Encore faut-il souligner qu’en sortie de guerre, la tâche des politiques est facilitée, l’acceptation est meilleure, et puis, il y a les reconstructions, n’est-ce pas. Le public fait, dans son inconscient,  la liaison  crise/guerre. Il a raison, il y a un lien entre les deux,  mais il est complexe, ce sera pour une autre fois. 

L’un des aspects intéressants, c’est le bilan de la Fed. Il est gonflé de papiers pourris que les banques lui ont refilés et de valeurs du Trésor à maturité longue et taux très bas. Comment la Fed  va-t-elle pouvoir faire face à ses pertes? Elle est déjà engagée dans des mesures techniques et comptables pour pouvoir présenter des faux bilans, d’accord, mais cela ne suffira pas. Il faudra extérioriser des pertes avec les conséquences sur la confiance. Lors de l’hyperinflation de Weimar, le sinistre enchainement s’est noué quand… l’institut d’émission a créé de la monnaie pour financer ses pertes.

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BRUNO BERTEZ Le Mardi 12 Mars 2013

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3 replies »

  1. Tout cela est parfaitement juste et raisonnable….. Mais ne sous – estimons pas la « Sainte alliance klepto – mondialiste!

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  2. Mercredi 13 Mars 2013 : On se rapproche de la capitulation boursière.

    Il y a fort longtemps, lorsque nous étions opérateur et investisseur boursier, un de nos collègues avait pour coutume de rassurer ses clients en leur disant, pendant les longs cycles de baisse: ne vous en faites pas, on n’a jamais été aussi près de la fin. Et il avait raison, toujours raison. Ni la baisse, ni la hausse ne sont éternelles.

    Ici, nous disons de même, le cycle de hausse est ancien, jamais on n’a été aussi près de la baisse. Et nous mettons quiconque au défi de nous contredire!
    La hausse du S&P 500 est un combat, un vrai, ce n’est pas une allégorie.
    Un combat entre les fondamentalistes qui attendent « une réconciliation » entre le marché et le réel. Entre les optimistes qui constatent le momentum et ont compris qu’il ne fallait pas p….r contre vent car cela mouille les chaussures. Entre les banques qui veulent refiler du papier plus cher, comme la Commerzbank qui donne le coup d’envoi des augmentations de capital du secteur, et les vrais investisseurs inquiets de la surévaluation. Entre Bernanke de la Fed et le monde entier.

    Le cycle des profits et des marges s’est renversé, on semble être sur le versant de l’érosion.
    Les multiples sont élevés, très élevés sur des bases historiques. Les gouvernements lorgnent sur le trésor de guerre des entreprises et ponctionnent les dividendes. Les taux ne réussissent plus à baisser. Bref, le meilleur des mondes au point de vue financier semble derrière nous.
    Les banques et les Banques Centrales tentent un ultime coup de reins pour faire encore un round de hausse. On le fait à coups de pieds au c.l, dans des volumes dérisoires, sans client réel final. Le gogo de début d’année est reparti après quelques emplettes.

    Les manipulateurs ont réussi à fournir un gros signal technique de hausse en Dow Theory.

    Le marché a en effet confirmé un plus haut des Transports par un plus haut du DJI.
    C’est un fameux signal.

    Le plus célèbre des baissiers vient de jeter l’éponge, il conseille l’achat. Nous ne l’avons jamais connu haussier!
    Ses raisons :
    - signal en Dow Theory
    - se ranger du côté de Bernanke, faire un bout de chemin avec lui
    - rêver qu’il y aura des avertissements avant le retournement baissier et qu’il saura les voir.

    Vous apprécierez la solidité de ce crash psychologique, car c’est en un, Richard Russell craque, écœuré de s’être trompé si longtemps.
    Cela s’appelle une capitulation.

    Nous attendons d’autres capitulations, nous les guettons, elles viendront compléter le tableau et nous rapprocheront de la dure échéance… dont on n’a jamais été aussi près!

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