Chypre

Chypre: du carême au chemin de croix par Bruno Colmant

Chypre: du carême au chemin de croix par Bruno Colmant

La situation chypriote nous est, en grande partie, inconnue.

Peu de nous savent exactement les flux financiers qui la traversent et le rôle qu’elle joue en Europe.

Mais Chypre est dans la zone euro.

Nous avons donc décidé de l’arrimer à notre destin monétaire.

Et qu’y observe-t-on ?

La menace de la confiscation de l’épargne, de l’effritement du symbole monétaire et d’un endettement public hors de contrôle.

Tout s’emballe et s’enflamme aujourd’hui : Chypre est au bord d’une nationalisation généralisée et d’une expulsion monétaire accompagnée d’une répudiation des dettes publiques.

Et après, qu’observerons-nous ? L’hyperinflation? L’implosion économique que je qualifie souvent de "Three Miles Island" monétaire, en référence à la fusion d’un réacteur atomique aux Etats-Unis, en 1979 ? La perte des repères du droit ? Des troubles sociaux ?

Nous empruntons peut-être un chemin de cendres et de clous.

PLUS DE COLMANT EN SUIVANT:  Le droit régalien…d’effacer monnaie !

Le sabordage bancaire chypriote est peut-être la vision microscopique de la fin d’un certain monde monétaire. De hautes turbulences monétaires sont prévisibles.

Qui aurait pensé qu’en moins de dix jours, ce pays, membre de la zone euro, en reviendrait au contrôle des capitaux, à la confiscation des dépôts et autres restrictions contraires à la liberté de circulation de la monnaie ? Là-bas, et quelles qu’en soient les raisons, la notion de propriété privée a été altérée.

Même la monnaie elle-même, qui symbolise la valeur, a montré sa précarité, même si Chypre n’aurait jamais dû rejoindre la zone euro.

Chypre nous enseigne que le symbole monétaire est relatif et soumis au droit régalien de battre ou… d’effacer la monnaie.

D’ailleurs, depuis l’annonce de l’implosion de l’euro chypriote (qui n’est plus égal à un euro continental), un frisson d’inquiétude traverse l’Europe.

Quel est l’actif qui reste un référentiel lorsque la monnaie en perd le statut ?

Peut-être plus aucun, puisque la monnaie est un "équivalent général" dans lequel tout actif doit, un jour, être converti, sauf à imaginer une économie de troc.

Dans le Sud de l’Europe, ils iront de surprise en surprise.

Le chemin à l’envers

L’euro porte en lui un paradoxe. 

La monnaie unique a fourni la mobilité monétaire aux citoyens de ses Etats membres. 

Elle a donc tourné la page des restrictions aux mouvements des capitaux et autres difficultés de convertibilité de certaines devises. 

Mais alors que l’euro était un choix d’économie de marché, le poids des Etats s’est accru dans l’économie. 

Tout s’est passé comme si la monnaie unique avait constitué un effet d’aubaine temporaire permettant d’éviter, grâce à des taux d’intérêts bas et des conditions d’emprunt germaniques, la spécialisation de nos économies et la décrue du poids étatique. 

L’affaire de Chypre est, à cette égard, instructive : des banqueroutes bancaires locales, entraînées par des pertes sur des obligations d’un autre membre de la zone euro en défaut (la Grèce) ont conduit à la capture des dépôts et à la réinstauration d’un contrôle des flux de capitaux. 

C’est l’histoire à l’envers et l’illustration, si tant est qu’elle soit encore nécessaire, que la monnaie unique était un postulat politique sans fondations économiques suffisantes.

SOURCE ET REMERCIEMENTS : BLOG DE BRUNO COLMANT

http://blogs.lecho.be/colmant/

1 reply »

  1. BRA.VO et encore BRA.VO pour (entre autres) ce dernier paragraphe lumineux, qui résume en qq mots simples
    et facilement compréhensibles la dynamique (sic) en cours, avec son évolution au fil du temps et l’effet "d’aubaine"
    (taux d’intérêts TRÈS bas pour des pays habitués à en payer des bien plus conséquents) suivi de la spécialisation des économies …
    et des industries (disparitions pour plusieurs d’entre elles … au profit de l’Allemagne) et l’aspiration spacio temporelle
    qui a suivi la mise en place de cette boite de Pandore que l’on s’est empressé d’ouvrir bien sur !

    L’effet siphon "ainsi font, font font" les petites marionnettes est en place. On voit danser les toutes premières.
    D’autres vont suivre; Au théâtre ce soir, Guignol va être de sortie !

    La conclusion de l’article est à la hauteur du reste. INDISCUTABLE COMME DANS … IMPLACABLE.

    C.Q.F.D !

    MERCI Bruno Colmant

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