Cycle Economique et Financier

Selon une étude qui vient d’être publiée par la Cnuced et l’EPFZ,les deux tiers des variations des prix des matières premières sont d’origine financière

Selon une étude qui vient d’être publiée par la Cnuced et l’EPFZ,les deux tiers des variations des prix des matières premières sont d’origine financière

Les deux tiers des variations des prix mondiaux des matières premières sont expliqués par des facteurs d’origine purement financière Selon une étude qui vient d’être publiée par la Cnuced et l’EPFZ, entre 60 et 70% des fluctuations de cours n’ont aucun lien avec les événements réels affectant la rareté – ou l’abondance – des produits de base. Le rôle de la spéculation et du «trading à haute fréquence» est clairement pointé du doigt.

La Cnuced ne lâche pas l’affaire. Un an après une première étude, deux chercheurs de l’agence des Nations unies basée à Genève – ­celle-ci a tenté, en vain, il y a trente ans, de mieux réguler le commerce des produits tropicaux – révèlent à nouveau l’influence de la finance sur les prix mondiaux du pétrole. Mais aussi sur ceux du sucre, du blé, du maïs, du soja. Nicolas Maystre et David Bicchetti se sont associés à Vladimir Filimonov et à Didier Sornette, de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Dirigeant l’Observatoire des crises financières, ce dernier est un spécialiste reconnu de la formation des cours sur les marchés boursiers et de leur «microstructure».

Résultats du filtrage, à l’aide de modèles mathématiques com­plexes, de milliards de transactions enregistrées par Thomson Reuters? Aujourd’hui, moins du tiers des variations de prix des matières premières à court terme peuvent être expliquées par des événements liés à l’économie «réelle». Comme les propos tenus par le ministre saoudien du Pétrole, ou les prévisions de récoltes dans le Midwest.

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Exprimé autrement, 60 à 70% des changements de prix des produits de base sont liés au comportement des professionnels intervenant dans la matrice, s’épiant, se copiant, avant de réagir comme des lemmings à la moindre nouvelle en provenance de l’extérieur. Et non en fonction d’indications dessinant leur abondance – ou leur rareté – à venir.

Un indice de «réflexivité» a été mis au point. Lorsque son niveau approche 100%, le marché tourne en circuit fermé – les prix réagissant uniquement aux précédentes fluctuations – pour entrer dans une «phase critique». Sa «sensibilité» à la moindre annonce venant du monde réel est alors exacerbée. Depuis 2005 – date à laquelle les dernières places d’échanges à la criée ont cédé la place à une agrégation électronique des achats et des ventes – le niveau de «réflexivité» des différentes matières premières «est passé au-delà de 50%», notent les chercheurs. Avec des «périodes durant lesquelles on était bien au-dessus de 85%».

Sur le marché londonien du pétrole Brent, les résultats sont frappants. Sa propension à tourner en circuit fermé n’a cessé d’augmenter «sur toute la période de la bulle, atteignant un pic intermédiaire en juillet 2008 coïncidant avec la fin de la bulle», notent les auteurs de l’étude.

Ce type de comportement des marchés reflète l’importance qu’y ont prise les financiers achetant ou vendant uniquement en fonction de l’évolution passée des cours – ou de l’activité de leurs homologues. C’est le cas de ceux y pariant à coups d’emprunts massifs, prêts à liquider leur position dès que les cours franchissent un seuil donné, incapables de poser sur la table les cautions requises pour continuer. C’est surtout le cas des «traders» à «haute fréquence», spéculant à l’aide d’ordinateurs envoyant des ordres sur des intervalles se mesurant en millisecondes.

Si elles sont correctes, ces conclusions de la Cnuced et de l’EPFZ remettront en cause l’efficacité des marchés sur lesquels s’échangent ces produits de base. Et ébrécheront une «théorie de l’efficience des marchés, prévoyant, depuis les années 70, que tout événement extérieur est immédiatement absorbé pour être fidèlement retranscrit par un changement de prix», notent les auteurs. L’un d’entre eux, David Bicchetti, a été entendu en octobre par les parlementaires européens planchant sur le projet de réforme financière «Mifid».

Il pourra être reproché aux quatre chercheurs une approche théorique basée sur des modèles «probabilistes» développés à l’origine pour étudier les répliques sismiques. Reste que des outils mathématiques similaires sont utilisés par les spéculateurs «algorithmique». Ces outils peuvent donc expliquer l’influence de ces derniers.

Par Pierre-Alexandre Sallier/Le Temps Avril2013

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/d7ac934c-9bc6-11e2-b55e-b8f860cc736f/Les_deux_tiers_des_variations_des_prix_des_mati%C3%A8res_premi%C3%A8res_sont_dorigine_financi%C3%A8re

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EN RAPPEL: La spéculation robotisée sème le chaos dans les matières premières Par Pierre-Alexandre Sallier

12/4/2012

La spéculation robotisée sème le chaos dans les matières premières Une étude de la Cnuced révèle pour la première fois combien les places sur lesquelles s’échangent le blé, le pétrole, le maïs, le soja ou le sucre évoluent de façon synchrone avec les autres marchés financiers. Et se penche sur le rôle de la spéculation dite «à haute fréquence»

Les négociants de cargaisons de grains installés à Genève évoquent parfois le phénomène. Quelque chose a basculé sur les marchés des matières premières. Cela remonte à plusieurs années: les cours fixés sur leurs marchés respectifs fluctuent de façon synchrone. Et de plus en plus en phase avec les pulsations de Wall Street. Une ligne de basse dominante qui en vient à brouiller l’influence des facteurs réels – conjoncture, approvisionnements ou achats mondiaux – censés dicter leurs prix: gel sur les plantations brésiliennes pour le café, réunions de pays de l’OPEP pour le pétrole…

Il y a un an, deux économistes de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement avaient commencé à démontrer empiriquement à quel point ces marchés fluctuent de concert. Depuis 2004. C’est à cette époque que les matières premières ont acquis une réelle popularité au sein de la communauté financière.

Ils réitèrent dans une nouvelle étude. En filtrant les millions de transactions – sur le pétrole, mais aussi le blé, le maïs, le soja, le sucre ou le bétail – enregistrée dans une base de données encore plus précise fournie Thomson Reuters. Et révèlent que, depuis l’automne 2008 et l’effondrement de la banque Lehman Brothers, ces produits évoluent de concert avec d’autres marchés financiers sur de brèves périodes ne dépassant parfois pas plus de quelques secondes. Raison de ces battements synchrones: l’influence grandissante de fonds spéculatifs mettant en œuvre des programmes informatiques passant des ordres ultra-rapides. Des stratégies robotisées – des «arbitrages à haute fréquence» – auxquelles s’essaieraient également certaines grandes maisons de négoce.

«Ces fluctuations synchrones à très haute fréquence entre les matières premières et les marchés boursiers ne peuvent refléter des changements dans les conditions économiques, qui ne varient pas à un tel rythme», explique David Bicchetti, l’un des auteurs de l’étude. Ce qui tend à prouver que la «financiarisation» de ces marchés «influence le processus de détermination des prix», relève cet ancien de la filiale de gestion d’actifs de la Banque Cantonale Vaudoise. En forçant le trait, on pourrait dire qu’il ne suffit pas de prévoir avec justesse l’abondance des prochaines moissons pour gagner des millions sur le blé. «Un jour ou l’autre, cependant, les fondamentaux – l’offre ou la demande d’un produit – reviennent à la charge, provoquant une correction brutale des cours», poursuit Nicolas Maystre, coauteur de l’enquête.

Des conclusions cruciales au moment où les autorités américaines et européennes tentent de remettre un peu d’ordre sur ces marchés de produits vitaux. Dans une récente allocution, Scott O’Malia, l’un des responsables de l’agence américaine surveillant ces marchés – la CFTC –, a ainsi cité ces travaux de la Cnuced. Les deux économistes vont également être entendus par un groupe parlementaire européen travaillant sur un nouveau train de réformes

2 replies »

  1. Si ce que cette étude avance est exact, comment se fait-il que le cours des matières premières sans contrats de dérivés (comme le cobalt, les terres rares ou les tomates) fluctuent tout autant – si ce n’est plus – et avec une amplitude supérieure à celles auxquelles sont attachées des produits financiers? Les auteurs sont partis d’un a priori et semblent avoir oublié la base même d’un examen scientifique: comparer deux univers différents. C’est ce que font les études cliniques quand elles étudient l’effet d’un médicament. Avec un groupe de patients auxquels le médicament est administré et l’autre auquel on donne un placebo. Ils n’apprenent pas ça à l’EPFZ?
    De surcroit conclure que cela tend à tend « à prouver que la financiarisation de ces marchés influence le processus de détermination des prix » est abusif. Ils pourraient simplement conclure que cela influence peut-être la volatilité à court terme mais pas de là à déterminer les prix, il y a une nuance.

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  2. […] La Cnuced ne lâche pas l’affaire. Un an après une première étude, deux chercheurs de l’agence des Nations unies basée à Genève – ­celle-ci a tenté, en vain, il y a trente ans, de mieux réguler le commerce des produits tropicaux – révèlent à nouveau l’influence de la finance sur les prix mondiaux du pétrole. Mais aussi sur ceux du sucre, du blé, du maïs, du soja.  […]

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