Art de la guerre monétaire et économique

Bloomberg au centre d’une affaire d’espionnage

Bloomberg au centre d’une affaire d’espionnage

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Scandale d’espionnage à Wall Street ? Des journalistes de la célèbre agence d’information financière Bloomberg se seraient servis des terminaux Bloomberg pour espionner entre autres  les faits et gestes de certains employés de JPMorgan et de Goldman Sachs.

Goldman Sachs a tiré la première, vendredi 10 mai. Et depuis peu , l’affaire prend une autre tournure : JPMorgan serait également concernée selon le New York Times et selon CNBC, la Fed et le Trésor américain seraient en train de demander des comptes à Bloomberg.

Les terminaux Bloomberg sont une institution à Wall Street. Ils ont fait la fortune du maire de New York, Michael Bloomberg. On les trouve dans toutes les salles de marché du monde. Attention, ne pas mélanger Bloomberg et Bloomberg. La société, fondée par l’actuel maire de New York, Michael Bloomberg, qui n’en assure plus la gestion au jour le jour en raison de ses activités politiques, combine une agence de presse et la fourniture d’informations financières sur des terminaux ad hoc, des machines louées 20 000 dollars par an.

Ils donnent accès à une quantité d’informations, pas seulement sur les marchés mais aussi sur leurs utilisateurs. On peut notamment voir qui se connecte à quel moment. Des données accessibles à la fois aux clients de Bloomberg et aux journalistes de l’agence Bloomberg. C’est cet aspect qui pose aujourd’hui problème.Et c’est parce que des journalistes ont pu consulter des informations a priori destinées aux traders, investisseurs et autres banquiers que l’entreprise a dû présenter des excuses officielles à ses clients, et réétanchéifier le mur qui sépare son activité de presse de son activité d’information financière.

L’affaire est d’importance, car «Bloomberg a le monopole sur ces terminaux d’industrie financière, écrit le blog très informé Zerohedge, en raison des manquements massifs de leurs concurrents comme Reuters et son système Eikon […] Ce qui signifie que les journaleux de Bloomberg ont pu profiter d’un avantage injuste pour espionner leurs proies – les propres clients de Bloomberg.»

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Les révélations remontent à 2011, selon le New York Times, qui raconte comment à l’époque UBS s’était plainte des propos à la télévision d’un employé de Bloomberg faisant allusion à ses recherches sur le terminal maison pour confirmer le statut du trader Kweku Adoboli. Des cadres de JPMorgan aussi se sont demandé l’été dernier comment les reporters de Bloomberg avaient travaillé pour être les premiers à rendre compte des activités de la «Baleine de Londres», le surnom du trader Bruno Iksil. La BBC cite aussi Associated Press, selon laquelle un reporter de Bloomberg aurait utilisé les data du terminal pour déterminer si le trader, responsable de 6 milliards de pertes, avait reçu des sanctions… JPMorgan ne confirme pas mais on retrouve le même genre de grief chez Goldman Sachs.

L’affaire actuelle a éclaté lorsqu’un journaliste de Bloomberg a appelé un employé de Goldman Sachs pour avoir des informations sur un de ses collègues, ajoutant que celui-ci ne s’était pas connecté à son terminal depuis plusieurs jours, une information qu’il n’était pas censé connaître.

Des sources anonymes travaillant ou ayant travaillé à Bloomberg News ont révélé aux médias américains que les journalistes ont également eu accès aux informations consultées par les hauts responsables de la politique monétaire américaine. Il n’est pas encore certain cependant que les informations collectées ont été utilisées à des fins journalistiques. Certaines sources affirment ainsi que cet accès était un secret de polichinelle au sein de Bloomberg et que les nouveaux employés étaient mis au courant dès les premiers jours pour leur montrer la puissance des terminaux du groupe mais que ces informations ne faisaient pas ensuite l’objet d’articles.

Les journalistes auraient essentiellement eu accès aux données consultées et à leur fréquence, ce qui pouvait déjà constituer d’importantes sources d’informations, si elles sont recoupées avec d’autres, selon des analystes de Wall Street.

Un site, Chartgirl.com, propose une infographie très éclairante montrant l’organisation de cette surveillance. Une vingtaine de clients auraient actuellement demandé des éclaircissements à Bloomberg. «Le scandale des terminaux Bloomberg rend tout d’un coup les fêtes bunga-bunga pittoresques», commente le Daily Beast

On comprend l’émoi du Financial Times, qui ne consacre pas moins de quatre articles mardi dernier à Bloomberg, «si fière d’avoir 315 000 clients, du Vatican à la Maison-Blanche. […] L’agence est plongée dans une crise éthique, écrit le FT, devant rassurer ses clients, une position dont elle n’a pas l’habitude […] Wall Street est obsédée par l’anonymat…» Le journal cite un financier: «Tout le monde maintenant se demande ce qu’ils peuvent voir ou pas…» Les problèmes n’ont «jamais concerné de données sécurisées des clients sur leurs positions, leurs transactions ou leurs messages», affirme Ty Trippet, un porte-parole.

Mais le FT cite aussi d’ex-journalistes de Bloomberg: l’utilisation des données maison faisait partie de leur mission quotidienne, ils étaient encouragés à pratiquer le data mining pour enrichir leurs sujets, et avaient accès à une fonction «dernière connexion» d’un abonné – de quoi voir par exemple qui cesse brutalement son activité et a peut-être été licencié, qui change de domaine… Le scandale a poussé Bloomberg à supprimer cette information à ses 2000 journalistes mais elle reste accessible aux autres. L’article du site web spécialisé Quartz est passionnant, qui montre avec des captures d’écran ce qui était à la disposition générale. Comme les conversations des utilisateurs avec les services clients. Les transcripts de demandes d’aide d’Alan Greenspanau support technique de l’entreprise ont ainsi eu leur heure de gloire: «Qui ne s’amuserait pas de voir un ancien patron de la Fed se débattre avec son ordinateur?» Toutefois, selon le site, le contenu de cet appel n’aurait pas été utilisé par le groupe pour écrire des articles.

Ce mélange des genres «m’embête beaucoup, confie un cadre resté anonyme dans le New York Post, ce quotidien plutôt trash de la Grande Pomme, mais l’un des premiers journaux à avoir révélé le scandale. Vous imaginez la somme d’informations qui peut être glanée en surveillant les recherches par mots clés faites par les grosses boîtes de Wall Street qui s’occupent de fusions-acquisitions? Ça me rend mal à l’aise.» Des «pratiques qui troublent les marchés», appuient Les Echos,

La banque centrale chinoise s’en prend à son tour à Bloomberg

Alors que l’agence d’information financière Bloomberg est prise, depuis quelques jours, dans un scandale de conflits d’intérêts, c’est au tour de la banque centrale chinoise de se pencher sur ses activités. Après la Réserve fédérale américaine ou encore la Banque centrale européenne, la People’s Bank of China (PBOC) s’intéresserait en particulier à la façon dont la gestion de ses colossales réserves de change (3400 milliards de dollars) aurait pu être suivie par l’agence. Les journalistes de Bloomberg sont soupçonnés d’avoir eu accès à des informations confidentielles leur permettant de suivre au plus près les recherches effectuées sur leurs terminaux par tel ou tel client. Du coup, ils auraient pu, par ce moyen, obtenir des informations sur les activités de diverses entités.

Dans ce contexte, l’enquête que mène actuellement la PBOC apparaît donc logique. Mais elle n’est probablement pas dénuée non plus d’arrière-pensées politiques. Car le site internet de l’agence Bloomberg est bloqué en Chine depuis l’année dernière, à la suite de la publication d’une enquête extrêmement fouillée établissant la fortune de la famille du nouveau chef de l’Etat chinois, Xi Jinping, à quelques centaines de millions de dollars. Sur les réseaux sociaux chinois, les requêtes comportant le mot «Bloomberg» restent bloquées. Vu de Chine, il flotte donc sur cette affaire un incontestable parfum de revanche…

Excuses

Bref. Dan Doctoroff, le patron de l’agence de presse Bloomberg LP s’est excusé sur son blog, mis en ligne lundi dernier, parlant d’une «erreur inexcusable» et expliquant les nouvelles règles. «Mon équipe et moi avons été en contact avec plus de 300 clients depuis cette affaire, à chaque fois nous nous sommes excusés.» Il communique même son e-mail personnel pour inviter tous ceux qui auraient des questions à lui écrire. Tous les utilisateurs qui se loguent sur le terminal vont être accueillis avec une lettre d’excuses.

«C’est avec son information financière que Bloomberg gagne de l’argent, pas avec la presse, analyse la BBC, il s’agit de ne pas mettre en danger cette source de profit. Ces excuses très publiques montrent que le management va tout faire pour que la ligne entre la presse et les opérations d’affaires ne soit plus franchie.» «Sorry is the hardest word», répond le Financial Times, pour qui ces excuses sont «impressionnantes mais dont il est trop tôt pour dire qu’elles seront suffisantes».

10 000 messages publiés sur Internet

Car le FT déterre un nouveau lièvre mardi dernier: plus de 10 000 messages d’utilisateurs du terminal ont fuité sur le Net. «Deux longues listes de messages confidentiels entre des traders des plus grandes banques du monde et leurs clients sont en ligne depuis plusieurs années, a appris le FT», écrit placidement le journal… Ces messages ont été retrouvés par une simple recherche Google et ont été détruits ce lundi, après les questions posées par le FT à Bloomberg. Dedans on y trouvait les identifiants, mots de passe et d’autres informations ultra-confidentielles comme des prix de vente de certains produits un jour précis, des commandes, raconte encore le journal. Les messages ont été mis en ligne par un ancien employé de Bloomberg, qui travaillait alors sur un projet d’exploitation systématique de données (data mining).

Une deuxième affaire de protection des données qui intervient quelques jours seulement après la première. L’incendie guette.

Source Le Temps, BFM, La Tribune et Les Echos Mai13    

2 replies »

  1. […] La plupart de ces alternatives cherchent à offrir des avantages techniques aux investisseurs, par exemple en termes d’heures d’ouverture du négoce ou encore l’affichage de plusieurs prix, voire de plusieurs produits provenant d’offrants différents. Sur certaines plateformes, le conflit d’intérêt entre la promotion de ses propres produits et l’ouverture de la structure aux concurrents est clairement affiché et assumé, d’autres n’offrent pas de produits maison. Quelle que soit la couverture des marchés qu’offrent les titres présents sur une plateforme,cette dernière a intérêt à ce qu’une transaction finisse par se faire, génératrice de courtages et autres commissions. C’est le conflit d’intérêt de base. Un autre est la collecte de grands volumes de données de transactions et de recherches provenant notamment d’acteurs de référence sur les marchés afin de mieux connaître leurs stratégies et leur comportement, comme l’a révélé l’affaire a…. […]

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