Mister Market and Doctor Conjoncture du Lundi 3 Juin 2013: De l’économie Schrödinger à la fameuse alternance simultanée Par Bruno Bertez

Mister Market and Doctor Conjoncture du Lundi 3 Juin 2013:  De l’économie Schrödinger à la fameuse alternance simultanée Par Bruno Bertez

Les ruses des responsables de la conduite de l’économie sont tellement grosses qu’il faut bien en rire. En ces temps maussades, un peu d’humour ne fait de tort à personne.

  On nous interroge, à la suite de la Une de certains magazines, sur la situation réelle de l’économie américaine. Les remarques que nous allons faire concernent toute l’économie, l’économie globale, et pas seulement l’américaine.

Mais, comme à l’accoutumée, il faut d’abord tracer le cadre de nos propos.

Le cadre est le suivant : une économie globale qui ralentit puisque l’on révise en baisse les perspectives de croissance 2013 et 2014 ; une tendance à la déflation qui se précise, comme on le voit dans les cours des matières premières et de l’énergie ; un échec évident des mesures de Bernanke, puisque le dernier indice des prix fiable américain, le PCE, continue sa dégringolade et qu’avec une hausse en rythme annuel de 0,7%, il est maintenant dans les plus bas étiages.

C’est le plus bas PCE  que l’on ait connu dans l’histoire américaine. Le chiffre complet fait ressortir une hausse année sur année de 0,74%,  le chiffre core est juste au-dessus de 1%. En fait, on est passé au fil des opérations de Bernanke d’un PCE qui se situait entre 1,5 et 2% à un PCE qui navigue maintenant autour de 1%. Cela fait quand même quelques années de taux d’intérêt zéro et quelques trillions de Quantitative Easing ! Nous vous rappelons qu’en mars 2012, on était autour de 2%.

Certains indicateurs économiques américains paraissent bons. Nous dirions même, quelquefois, trop bons pour être honnêtes. Ces indicateurs sont généralement des indicateurs que l’on appelle des indicateurs de diffusion. Ils retracent des opinions ou des sentiments. Et ils sont à la fois trompeurs et,  en même temps, très sensibles aux titres des journaux et à l’allure des marchés financiers.  Ceux qui considèrent ces chiffres comme de bons précurseurs de l’activité économique se trompent totalement. Le retour en arrière historique le prouve.

Pour juger de l’évolution future de la conjoncture, il faut utiliser une batterie d’indicateurs hard, durs. Et, en plus, il faut savoir discerner ceux qui sont des indicateurs précurseurs de ceux qui sont des indicateurs coïncidents et enfin de ceux qui sont des indicateurs retard. Pour vous donner un exemple, l’emploi est généralement un indicateur retard et trompeur.

 

The Institute for Supply Management’s (ISM) factory index decreased to 49 in May from the prior month’s reading of 50.7.

C’est un travail très délicat que de filtrer les indicateurs, les lisser, les « computer », afin d’en tirer un enseignement fiable. Apres les avoir triturés, il faut les rapprocher de l’évolution réelle passée et ainsi vérifier si les corrélations sont bonnes, si la capacité prévisionnelle est fiable. C’est un lourd travail, en tous cas, ce n’est ni du ressort des journaux, ni de celui des politiques.

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Les travaux les plus évolués, par exemple ceux de l’ECRI, nous disent que la situation est incertaine, les perspectives vont plutôt dans le sens d’une légère détérioration que dans le sens d’une accélération de la croissance. L’ECRI, qui avait fait un call prématuré en annonçant la récession,  maintient,  au vu de ses chiffres et de ses travaux, que cette récession, tout en étant retardée, est encore possible.

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Voici ce que dit l’ECRI :

http://ecri-prod.s3.amazonaws.com/downloads/ECRI_1303_US_Business_Cycle.pdf

"Malgré des prix de l’immobilier en  hausse et des actions à des niveaux records , les dépenses des consommateurs enregistrent leur plus fort recul mensuel depuis septembre 2009. Cela s’explique tout simplement parce que l’effet de richesse, le wealth effect est rendu inopérant en raison du caractère languissant des revenus." Et plus loin :

"La croissance des importations américaines a plongé en territoire négatif. dans les décades récentes, un tel plongeon n’est apparu que pendant les récessions. Certains sont surpris que l’inflation n’a pas décollé, l’explication est simple, les récessions tuent l’inflation"; "la croissance annualisée de l’index ECRI continue de ralentir "

ECRI  explique par ailleurs que les chiffres de l’emploi sont un indicateur retard, dans beaucoup de récessions  ils restent positifs pendant de nombreux mois après que la récession ait débuté.

Pour notre part, bien évidemment, nous ne prenons pas position car c’est affaire de spécialistes ; mais il y a au moins une chose dont nous sommes sûrs,  c’est que les cris de victoire sont plutôt inspirés par le souci de propagande que par le souci d’exactitude.

En Chine, c’est la même chose. On vient d’assister à une véritable comédie. Le gouvernement annonce un indicateur PMI au-dessus des 50, ce qui signifie que l’économie chinoise est en expansion, tandis que le PMI privé, lui, passe clairement sous les 50. On est à la fois en expansion et en récession simultanées, ce qui nous fait irrésistiblement penser à la plaisanterie qui courait du temps de Mitterrand : les Français aiment tellement l’alternance qu’avec la cohabitation, ils pratiquent l’alternance simultanée. C’est la Schrödinger Economy qui permet d’être, en même temps,  ici et là ! (On se reportera à Wikipédia ou à son dictionnaire pour en savoir plus sur les travaux de Schrödinger)

Juste un mot sur l’Europe. Rajoy l’Espagnol a dit, il y a quelques jours, que l’on allait être surpris des chiffres qui vont sortir cette semaine ;  alors que tout,  littéralement tout,  s’enfonce, Rajoy dit que l’Espagne sort du tunnel. Draghi lui-même, le week-end dernier, a émis un jugement du même ordre pour l’ensemble de l’Europe cette fois. Tout cela permet d’entretenir le mythe d’une amélioration en fin d’année 2013.  Nous ne voudrions pas jouer les trouble-fêtes, nous dirons simplement, pour rester dans le domaine du sérieux, que l’on peut espérer que la situation va arrêter de se dégrader. C’est le sens des derniers indicateurs Markit qui viennent d’être publiés pour l’Europe, le rythme de dégradation ralentit. Attention, on n’est pas dans l’amélioration, on est dans le ralentissement de la dégradation.

Comment expliquer tout cela ? Logiquement, tout le monde devrait comprendre, tant les ficelles sont grosses. Les régulateurs ont pris le risque de balancer des trillions dans l’économie mondiale, ils ont pris des risques considérables en augmentant les bilans des Banques Centrales, ils provoquent un accroissement des inégalités scandaleux en enrichissant les riches et en appauvrissant les pauvres. Tout cela, pour quoi ? Eh bien, c’est pour augmenter l’appétit pour le risque. Pour inciter les gens à s’endetter. Pour les inciter à spéculer. Pour les inciter à se départir de leur prudence. A partir de là, que peuvent-ils faire d’autre que proclamer que cela va mieux, que l’on va voir ce que l’on va voir, et qu’il faut y aller. 

La montée en épingle de certains indicateurs économiques peu fiables et influençables par le biais de l’opinion a pour objectif de créer un climat positif.

Hélas, le climat positif bute aux Etats-Unis sur la réalité de l’érosion perpétuelle du pouvoir d’achat réel, sur l’absence d’épargne, revenue à 2,5% seulement, et sur la difficulté à trouver autre chose que des petits jobs à temps partiel.

En Chine on bute sur la crise bancaire, crise du crédit larvée et la détérioration de la compétitivité. Le modèle chinois, en plus trouve ses limites structurelles.

En Europe, on bute sur la réalité de l’accroissement du chômage, sur l’aggravation des ponctions fiscales et parafiscales. On bute sur les menaces réelles, et non pas imaginaires, sur les prestations sociales, familiales et les retraites.

Tous ces gens qui gèrent les perceptions, vivent dans un monde magique où il suffit de parler et de claquer des doigts pour faire venir son chauffeur ou son garde du corps. Les citoyens eux ne vivent pas dans ce monde magique ; ils se coltinent la dureté du temps et  la peur du lendemain.

BRUNO BERTEZ Le Lundi 3 Juin 2013

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1 réponse

  1. Toujours content de vous lire, c’est vraiment top niveau ;-)
    Comment percevez vous (dans les grandes lignes) des bourses us au record et des bourses européennes en mode "survie" avec un euro-usd "stable ou qui ne veut pas baisser"… l’euro qui remonte par rapport à toutes les devises mondiales, ça va recreuser une récession au Q2 2013? Les européens c’est un peu Tintin au pays la grande finance mondiale ? Si ils parviennent même à saper le moral de l’entrepreneur qui bosse et fait de l’argent alors que va t il rester… le même tellement dégouté achète des bois, des terres… back to basic… on ne va pas aller très loin avec ça?

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