Agefi Suisse

Cygne Noir: Iran-Le possible facteur déclencheur

Cygne Noir: Iran-Le possible facteur déclencheur 

Toujours à la recherche du facteur exogène qui pourrait prendre de court les marchés actions, l’Iran pourrait être un candidat parfait à cette place, les élections présidentielles arrivant à grand pas (14 juin 2013). Une radicalisation ou une modification de la gouvernance pourrait en effet faire sauter le maigre équilibre qui règne encore dans la région.

 

1. Economie 

L’économie de l’Iran, mise à mal par l’impact de l’embargo occidental, s’est contractée de 1,9% en 2012 et devrait se contracter encore de 1,3% cette année, selon le FMI. Le taux de chômage, qui était estimé à 14,6% au début 2010, se situerait donc largement au-dessus de 15% en 2013. 

a. Ce que dit le FMI 

Cependant, les perspectives sont bonnes pour 2014 avec un taux de croissance attendu de 1,1%, selon le FMI. 

Le FMI a ajouté que «l’environnement macro-économique devrait rester difficile compte tenu de la forte dépréciation de la monnaie et des conditions externes défavorables, et que l’inflation persisterait à des niveaux relativement élevés». Selon les estimations de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) ou de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les exportations iraniennes de brut sont tombées aux alentours de 1 à 1,3 million de barils par jour fin 2012 contre 2,1 à 2,4 mbj en début de cette année-là. Cela a entraîné, par ricochet, une baisse de près d’un quart de la production, tombée à moins de 3 mbj, le niveau le plus bas depuis la guerre Iran-Irak dans les années 1980. 

Machinalement donc, face aux sanctions sur le pétrole, en ce qui concerne les exportations non pétrolières, on constate une très nette augmentation: elles auraient atteint 34,9 milliards de dollars en 2012 (douanes iraniennes), soit une progression de 8,3% par rapport à 2011 et de plus de 50% par rapport à 2010. Si plus de 30% de ces exportations sont des produits pétrochimiques, on remarque la forte progression de minerais, matériaux de construction, produits manufacturés et agricoles. 

b. Le Rial 

Concernant sa monnaie (le Rial) qui avait connu un premier décrochage sur le marché parallèle depuis l’automne 2010 elle a continué de se dévaluer en 2012: le dollar qui s’échangeait à 10.000 rials en 2010 était vendu à près de 37.000 rials en février 2013. Depuis, la monnaie iranienne s’est légèrement appréciée du fait de l’intervention de la BCI et le dollar était proche des 32.000 rials en mars 2013. 

Pour faire face à ces difficultés, la Banque iranienne a rétabli un rationnement des devises et seules les importations jugées prioritaires peuvent bénéficier de devises à un taux subventionné, les autres devant s’adresser au marché parallèle. 

c. L’inflation 

L’accélération de l’inflation résulte, pour une large part, de la hausse des prix des produits importés, conséquence de la dépréciation du rial sur le marché parallèle mais aussi à la poursuite de la politique de suppression des subventions initiée en 2010. Les chiffres de la Banque Centrale d’Iran (BCI) l’attestent, l’inflation a très fortement accéléré en 2012 et, en novembre, les prix enregistraient une hausse de 35,9% au lieu de 22,1% un an auparavant (plus de 60% pour certains produits de premières nécessités). 

d. Des ressources à ne pas négliger 

L’Iran tire 85% de ses rentrées en devises des ventes de son pétrole (70% du budget annuel) et possède les deuxièmes réserves au monde (11%). 

Le pays recèle également 15% des réserves prouvées de gaz, les plus importantes du monde après celles de la Russie. Faisant la jonction entre la mer Caspienne et le golfe Persique, l’Iran bénéficie d’une situation géoéconomique exceptionnelle, ses quinze frontières terrestres et maritimes le situant au carrefour de l’Europe, du Proche-Orient, de l’Asie et du Caucase. 

Enfin, en plus des hydrocarbures et des produits pétrochimiques, l’Iran exporte essentiellement des pistaches, des tapis, de l’aluminium… 

Les partenaires commerciaux principaux sont: la Chine (17,4%), les Emirats arabes unis (16,7%), l’Allemagne (7,6%), la Corée du Sud (6,3%), la Russie (5,7%), la Turquie (4,8%) et l’Italie (4,2%). 

PLUS DIRAN EN SUIVANT:

2. Les sanctions 

a. Les faits 

L’Iran est frappé par un embargo occidental sur ses exportations de pétrole, en vigueur depuis juillet 2012 (voir depuis la fin 2011 de la part de l’Union européenne). 

En janvier 2013, le ministre iranien du Pétrole Rostam Ghassemi avait annoncé que les exportations pétrolières avaient baissé de 40% au cours des neuf derniers mois du fait des sanctions occidentales. En détail, la production pétrolière iranienne, qui s’élevait à 3,7 millions de baril par jour en 2010, ne dépasse pas aujourd’hui les 2 millions. 

Tous les secteurs d’activité en souffrent. A noter que l’industrie automobile iranienne, la plus grande industrie automobile du Moyen-Orient et la 13e au monde a connu, par rapport à 2012, une chute de 40 à 50%. 

Les sanctions ont entrainé en deux ans une dépréciation de 80% de la monnaie nationale ce qui à, paradoxalement, favorisé la compétitivité des produits iraniens à l’export. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a estimé que les sanctions internationales avaient coûté 40 milliards de dollars à l’Iran en 2012. 

b. Les réactions 

Dans un premier temps, les autorités iraniennes ont tourné en dérision les sanctions internationales, en déclarant que la République islamique en a l’habitude depuis sa naissance et qu’elle est parfaitement rodée pour y faire face. Le ton a cependant changé en 2012. Ali Khamenei, le guide de la République islamique, a en effet reconnu implicitement la gravité des sanctions en préconisant la mise en place d’une «économie de résistance». 

3. Situation actuelle 

En réponse aux sanctions, et fort de ses réserves de change de 100 milliards de dollars, l’Iran est passé à l’offensive en décidant de développer davantage ses investissements et exportations en direction des pays émergents. Le calcul et le pari iranien sont assez simples: développer le commerce avec l’Asie, l’Afrique et le Moyen-Orient devrait permettre à l’Iran d’éviter les sanctions internationales et de diversifier la structure de ses échanges hors hydrocarbures, notamment dans les secteurs miniers, agricoles et industriels. 

4. Bilan politique 

Les critiques adressées à la politique économique de Mahmoud Ahmadinejad sont de plusieurs ordres: 

l Suppression des organismes comme l’organisme du plan qui permettait d’avoir une vue à long terme en matière de politique économique 

l Engagement d’amis aux postes clés au lieu de placer des experts 

l Prises des décisions de manière trop précipitée 

l Sa (non) gestion du secteur bancaire a accentué les créances douteuses dans les bilans des banques. 

l Les chiffres du chômage (surtout des jeunes), l’inflation (galopante) et la croissance (plutôt vers 5% que vers 10, mais en définitive quelle croissance?). 

l L’utilisation de la manne financière tirée du pétrole (malgré les sanctions) pour importer massivement et ainsi tenter de combler les défaillances de la production nationale. 

l Son manque de versement de subvention aux entreprises. 

l Son manque d’efficacité quant à la mise en place de réformes considérées comme «simples» (accession à la propriété) 

l De ne pas avoir fait le ménage sur un sujet tel que la corruption qui ronge certains ministères. 

5. Election mode d’emploi 

Contrairement aux autres pays, la durée de la campagne électorale en Iran est de seulement quatre à cinq semaines. Les clips de campagnes et les débats télévisés entre les candidats sont donc en cours actuellement. 

a. Comment voter 

L’élection présidentielle, à deux tours, est précédée par l’examen des candidatures par le Conseil des gardiens de la Constitution. Les candidats doivent adhérer pleinement au régime et être de bons musulmans. Ils doivent en outre avoir «un bon passé» et figurer parmi les «Rédjal» (personnalité éminentes) politiques et (ou) religieuses, terme assez vague laissant entendre que les candidats doivent être de sexe masculin. 

Aucune candidature féminine n’a été acceptée (contrairement à l’élection de 2002). 

Les élections présidentielles auront donc lieu le 14 juin, en même temps que les élections municipales et locales. 

b. Pour qui voter 

683 candidatures sont à dénombrer cette année, dont la majeure partie ont été invalidées. Les candidats retenus appartiennent en majorité au camp conservateur. Au nombre de ceux-ci on en compte 8: 

l L’ex-chef de la diplomatie (1981-1997) Ali Velayati (souffre d’un manque de popularité) 

l Le maire de Téhéran Mohammad Bagher Ghalibaf (successeur de Ahmadinejad à ce poste, soutenu par le peuple et jeune (51 ans)). 

l Le négociateur en chef du dossier nucléaire, Saïd Jalili (candidature indépendante). 

l Mohammad Haddad-Adel, ex-président du Parlement iranien. 

l Mohsen Rezaï, candidat «conservateur indépendant» a été premier commandant en chef des Gardiens de la révolution pendant les huit années de guerre contre l’Irak. 

l Hassan Rohani (conservateur), l’ex-secrétaire du Conseil suprême iranien pour la sécurité nationale. 

l Mohammad Gharazi (conservateur), âgé de 72 ans, c’est le doyen des candidats. Ce conservateur modéré est, avec d’autres, à l’origine de la création de la milice devenue les Gardiens de la Révolution. 

l Mohammad-Reza Aref (réformateur), ex-premier vice-président. 

A noter un fait important: ont été exclu par le Conseil des Gardiens de la Constitution (puissant organe qui est chargé de juger la validité des candidatures selon leur compatibilité avec la Constitution): 

l Esfandiar Rahim Mashaei, protégé du président Ahmadinejad. A 52 ans, ce diplômé en ingénierie s’est fait remarquer pour ses prises de position nationalistes et peu respectueuses du clergé chiite. 

l Hachémi Rafsandjani (79 ans), proche du père fondateur de la République islamique, l’ayatollah Khomeini, élu président du Parlement dès 1980, avant d’être nommé par son mentor commandant en chef des armées durant la guerre Iran-Irak. Officiellement, son âge serait la raison principale… 

Ces exclusions (surtout celle de Mashaei) démontrent que le gouvernement ne tolère plus aucune contradiction, l’élection d’Ahmadinejad ayant quasiment exclu l’Iran de la scène internationale. 

c. Enjeu 

Le Guide suprême de la Révolution islamique, Seyyed Ali Khamenei, a affirmé que «la prochaine élection présidentielle et celles des Conseils municipaux prévues le 14 juin réaliseront une autre gloire pour le peuple d’Iran». 

L’enjeu de ces élections présidentielles est donc primordial pour l’Iran qui se doit de revenir sur le devant de la scène autrement que par les menaces nucléaires et les déclarations concernant Israël. 

6. Ce qui va changer 

Si les élections sont déjà jouées d’avance, deux scénarii peuvent avoir lieu juste après la désignation du nouveau Président. 

a. On ne bouge pas 

Le camps conservateur gagne les élections et tente de regagner les faveurs de la communauté internationale en essayant de ne pas perdre la face. Cette phase prenant du temps, la courbe du chômage ne s’inverse pas, l’inflation continue de croitre et les sanctions à l’encontre de l’Iran ne sont pas levées avant 2014-2015. La monnaie continue à se dévaluer. Ce scénario, en apparence défavorable pour le développement économique et social du pays, comporte néanmoins un avantage: la stabilité. 

b. Printemps iranien 

Le peuple iranien peut se soulever à n’importe quel moment comme cela a été le cas notamment en 2009, lors du soulèvement du «mouvement vert». Ce mouvement avait créé un mouvement de panique chez les dirigeants iraniens. La fragilisation venue de l’intérieur est donc la plus grande crainte de la part de l’Etat. L’essai de contrôle d’internet le démontre. 

Un printemps iranien aurait l’avantage de (re) donner totalement la voix au peuple iranien et de rétablir des élections totalement démocratiques. Les sanctions internationales seraient assez rapidement levées. Les développements économiques et sociaux pourraient alors repartir, les produits du pétrole étant cette fois ci totalement utilisés à bon escient. 

Ce scénario, en apparence favorable pour le (jeune) peuple iranien, comporte cependant plusieurs désavantages. Tout d’abord, une potentielle déstabilisation de «l’équilibre» en place ne mettrait pas seulement en jeu la stabilité du pouvoir, elle mettrait aussi en jeu la stabilité de l’Etat iranien, et de l’équilibre d’une région très fragilisée depuis le printemps arabe et la crise syrienne. Ensuite, comme cela est le cas en Egypte, des courants «ultras» islamistes pourraient prendre de plus en plus d’ampleur et laisserait craindre d’un inéluctable basculement de plusieurs pays arabe dans l’islamisme «dur». 

Si les soulèvements populaires sont l’un des reflets les plus magnifiques de la démocratie, la situation iranienne est toutefois extrêmement délicate, à travers sa situation géopolitique, stratégique et économique. 

Il convient donc de ne pas minimiser la situation et d’observer les prochaines semaines comme le lait sur le feu.

John f. plassard Mirabaud Securities/Agefi Suisse jeudi, 06.06.2013

http://agefi.com/marches-produits/detail/artikel/iran-les-elections-presidentielles-de-la-semaine-prochaine-pourraient-remettre-en-question-le-peu-dequilibre-qui-reste-dans-la-region.html

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s