Behaviorisme et Finance Comportementale

Les sables mouvants de l’assouplissement quantitatif par Allan H. Meltzer

Les sables mouvants de l’assouplissement quantitatif par Allan H. Meltzer

La quasi-totalité des reprises ayant fait suite à une récession ont impliqué une croissance rapide de l’emploi – du moins jusqu’à présent. Or, bien que les banques centrales des pays développés aient procédé à une politique monétaire expansionniste dans le sillage de la crise économique mondiale, afin de stimuler la demande, la création d’emploi n’a pas suivi. Ainsi, de plus en plus persuadés qu’ils ne pourront trouver un emploi sur une période prolongée, les travailleurs se retirent en masse de la population active.

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C’est aux États-Unis que ce phénomène est le plus prononcé, là où la Réserve fédérale a abaissé les taux d’intérêts à des niveaux sans précédent, et augmenté les réserves bancaires en acquérant des actifs financiers, à travers l’assouplissement quantitatif. Inévitablement alimentée par l’accroissement rapide de la masse monétaire, l’inflation est quant à elle restée faible, autour de 2%, dans la mesure où les banques ne font pas usage de leurs abondantes réserves en direction de l’extension du crédit et de l’accroissement de la liquidité. Bien que ceci permette de canaliser la volatilité des prix, la croissance de l’emploi s’en trouve d’un autre côté entravée.

Or, plutôt que de changer d’approche, la Fed a réagi à la lenteur de la croissance de l’emploi en procédant à de nouveaux cycles d’assouplissement quantitatif. Il semble que son raisonnement consiste à considérer qu’étant donné que l’accroissement des réserves pour plus de 2 milliards $ n’a pas produit les résultats escomptés, un apport supplémentaire de 85 milliards $ mensuels – soit 1 000 milliards de plus cette année – serait susceptible de faire l’affaire.

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Nul besoin pour les banquiers centraux américains d’aller chercher bien loin pour comprendre pourquoi l’assouplissement quantitatif ne fonctionne pas ; les illustrations de l’échec de son fonctionnement sont publiés régulièrement aux yeux de tous. Au cours du second tour d’assouplissement quantitatif (de novembre 2010 à juillet 2011), la Fed a au total ajouté 557,9 milliards $ à ses réserves, tandis que les réserves en excès ont augmenté de 546,5 milliards $. Ceci signifie que les banques n’ont fait circulé que 2% de la contribution de ce deuxième tour, laissant végéter les sommes restantes. De même, étant donné que le troisième tour d’assouplissement quantitatif a été amorcé en septembre dernier, que les réserves bancaires totales ont augmenté de 244,1 milliards $ et que les réserves en excès ont été accrue de 239,4 milliards $, on peut en conclure que 99% de ces fonds sont restés inactifs.

fed deposits

Dans la mesure où les banques perçoivent 0,25% d’intérêts sur leurs comptes de réserves, et ne versent que de très faibles intérêts – en effet proches de zéro – à leurs déposants, elles peuvent choisir de laisser l’argent inactif, s’assurant ainsi des intérêts sans risque plutôt que de faire circuler cet argent dans l’économie. Aux taux d’intérêt actuels, les banques prêtent au gouvernement, aux grandes entreprises stables, ou encore aux institutions immobilières commerciales ; elles préfèrent ne pas étendre le crédit aux emprunteurs présentant le plus de risque, tels que les jeunes entreprises ou les primo-accédants à la propriété. Ainsi, tandis que les spéculateurs et les banquiers tirent profit du déclin des taux d’intérêt qui accompagne les achats d’actifs par la Fed, l’objectif de relance par le crédit et la monnaie ne peut opérer.

La Fed devra tôt ou tard réaliser l’inefficacité de sa politique actuelle. Or, la mise au point d’une alternative efficace exige une bonne compréhension des difficultés actuelles de l’économie américaine – ce qui semble précisément compter parmi les lacunes de la Fed. Son président Ben Bernanke explique en effet avoir pour objectif d’empêcher une nouvelle Grande Dépression, alors même que ce risque a été efficacement traité par la Fed en 2008.

L’économie américaine ne réagit pas à la politique d’expansion de la Fed, pour la simple et bonne raison que les difficultés majeures de l’Amérique ne se situent pas du côté de la liquidité. Comme l’apprennent tous les étudiants de première année en économie, les politiques monétaires ne sont pas de nature à résoudre les problèmes de l’économie réelle ; seules les mesures de changement touchant l’économie réelle le peuvent. La Fed ferait bien de réviser cette leçon.

L’un des principaux problèmes, à savoir l’insuffisance de l’investissement, prend sa source dans les efforts du président Barack Obama en faveur de la hausse des impôts frappant ceux dont les revenus annuels dépassent les 250 000 $ et, plus récemment, dans sa proposition de plafonner les plans d’épargne retraite. Obama ne peut espérer présenter une loi de réduction du déficit qui n’impliquerait pas davantage de revenus, ses propositions rencontrant d’ailleurs une opposition. Tant que les sources de revenu et les effets futurs des nouvelles régulations demeureront incertains, il ne faut pas s’attendre à ce que ceux qui souffrent le plus de ces politiques – les plus grands épargnants du pays – investissent.

La réforme d’Obama sur la santé, l’Affordable Care Act, a également freiné la croissance de l’emploi, les entreprises réduisant les embauches ainsi que les heures de leurs employés afin de se préserver de l’accroissement des coûts salariaux (les estimations varient sur la question de cette augmentation). Pendant ce temps, la fébrilité de l’économie européenne, ainsi que le ralentissement de la croissance du PIB en Chine et ailleurs, entravent la demande d’exportation.

Bien que l’état actuel de la liquidité et de la croissance du crédit retarde l’impact inflationniste de la détermination de la Fed à étendre des réserves bancaires déjà massives, l’Amérique ne pourra échapper éternellement à l’inflation. Les réserves alimentées par la Fed – et par presque toutes les autres banques centrales majeures – devront tôt ou tard être utilisées.

Allan H. Meltzer Jun. 6, 2013 project syndicate

Traduit de l’anglais par Martin Morel

Allan H. Meltzer, Professor of Political Economy at Carnegie Mellon University and Distinguished Visiting Fellow at the Hoover Institution, is the author of Why Capitalism? and A History …

 http://www.project-syndicate.org/commentary/why-quantitative-easing-has-failed-to-boost-us-investment-and-jobs-by-allan-h–meltzer/french#sr47GftoUqDGX00S.99

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