Chypre

Chypre, les épargnants dans le tunnel bancaire et la population dans le trou noir

Chypre, les épargnants dans le tunnel bancaire et la population dans le trou noir!

Grand ménage dans les banques chypriotes, tous les dépôts de plus de 100 000 euros mis à contribution . La levée du contrôle des changes pourrait prendre des années.

Total Cyprus Bank Deposits:

Monthly Change in Deposits:

And rate of deposit change – biggest drop ever.

Les épargnants disposant de plus de 100 000 euros dans les banques chypriotes devront attendre plusieurs années pour espérer récupérer leur mise. Rendu public jeudi à Nicosie par le ministère des Finances, le plan de levée progressive du strict contrôle des capitaux en vigueur à Chypre prévoit quatre étapes, étalées sur au moins deux ans. Cette annonce ­intervient une semaine après l’entrée en vigueur, le 31 juillet, du plan de restructuration des deux principales banques commerciales du pays, Bank of Cyprus et Laiki Bank (la seconde étant absorbée par la première).

Concrètement, le ménage imposé dans les établissements bancaires par le plan européen d’aide de 10 milliards d’euros, approuvé le 12 avril, s’est traduit par une ponction sur tous les comptes d’épargne d’un montant supérieur à la limite garantie de 100 000 euros.

PLUS DE CRISE CHYPRIOTE EN SUIVANT:

47,5% de certains avoirs

Le 1er août, les détenteurs de comptes concernés à Laiki Bank et Bank of Cyprus ont été informés que 47,5% de leurs avoirs au-dessus de cette limite seraient automatiquement convertis en actions du nouvel établissement bancaire qui résultera de la fusion, afin que les fonds propres de celui-ci at­teigne les 12% requis. Le reste de leurs avoirs restera liquide, mais ne pourra être retiré que par tranches au bout de six, neuf et douze mois. Cette mesure était la condition sine qua non exigée par la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international) pour recommander l’approbation, début septembre par l’Eurogroupe, d’une nouvelle tranche de prêts de 1,5 milliard d’euros.

Ce ratissage des dépôts bancaires a été rendu possible par l’instauration, en mars, d’un très strict contrôle des capitaux. Il est impossible aujourd’hui à Chypre de retirer plus de 300 euros cash par jour, par compte et par personne. La limite mensuelle pour les virements est fixée depuis mai dernier à 15 000 euros pour les personnes physiques, et 75 000 euros pour les personnes morales.

La situation est toutefois moins verrouillée dans une dizaine de banques étrangères, dont Barclays, pour lesquelles des exemptions ont été votées. Une cinquantaine d’établissements bancaires, nationaux et internationaux, opéraient à Chypre avant que le gouvernement accepte le plan d’aide de l’Union européenne. Le secteur bancaire à lui seul représentait presque quatre fois le produit intérieur brut de la République (environ 18 milliards d’euros).

Outre les deux principales banques chypriotes, les institutions financières les plus impactées par le plan de restructuration sont les banques grecques (Emporiki, Alpha, Bank of Piraeus…), toutes présentes ou presque sur cette île très prisée des armateurs et grandes fortunes helléniques, mais aussi des riches magnats russes ou bal­kaniques. Les cas de la Bank of Cyprus et de Laiki sont néanmoins emblématiques car la remise sur les rails du système financier insulaire, et le maintien du pays dans la zone euro (intégrée en janvier 2008), en dépend.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/60508902-0124-11e3-9228-2a7d5c3bbd90/A_Chypre_les_�pargnants_dans_le_tunnel_bancaire

L’économie de Chypre reste sans perspectives

EN LIEN:   Infographie. Récession profonde et chômage en hausse

L’économie de Chypre reste sans perspectives Dépendante du secteur financier, l’île peine à imaginer d’autres ressources. La récession continue, le chômage ne cesse de grimper. Le PIB devrait chuter de près de 9% cette année.

[The current number of unemployed Cypriots is five times its pre-crisis levels!]

Devant la banque centrale de Chypre, à Nicosie, un container vide a été installé. Objectif: recueillir les détritus que déposent de temps à autre avec rage les épargnants chypriotes, pour protester contre le plan de rigueur imposé par Bruxelles. En juin, un artiste insulaire, Andreas Efstathiou, a inauguré cette «déchetterie protestataire» en installant devant l’édifice une vingtaine de WC factices. En prenant bien soin de les placer sous la plaque «Eurosystem», réservée aux pays de l’Eurozone…

Cette colère est logique: «Les Chypriotes se sentent floués, explique l’économiste Alexander Apostolides, de l’Université européenne de Nicosie. Les perspectives de carrière, jusqu’à l’éclatement de la bulle fin 2012, se trouvaient surtout dans la finance. Or aujourd’hui, ce secteur est devenu presque tabou.» Tabou et, de plus, en très mauvaise posture: «Le pays peut demeurer un centre financier pour l’est de l’Europe si les contrôles de capitaux se desserrent peu à peu, poursuit l’intéressé. Dans le cas contraire, les banques fermeront. L’argent russe ou balkanique ira voir ailleurs.»

Tourisme souffrant

Les chiffres de l’économie chypriote trahissent ce renversement. En berne ces deux dernières années, les revenus du tourisme continuent de plonger cet été, en raison de la désaffection des Russes (échaudés par leurs placements bancaires), de la tourmente en Syrie (Chypre est une halte privilégiée pour les classes moyennes du Proche-Orient) et de la concurrence de la Grèce voisine, où les prix baissent. L’an dernier, près de 2,5 millions de visiteurs étrangers se sont rendus sur l’île d’Aphrodite (pour une population de moins de un million d’habitants) dont 959.000 Britanniques et 474.000 Russes.

Résultat: la main-d’œuvre étrangère, en particulier originaire des pays Baltes, est en partance. Et le chômage explose dans ce petit pays de 1,1 million d’habitants: le nombre de demandeurs d’emploi est passé depuis janvier de 11,3% à 17,3% selon Eurostat. Au 30 juin, 88 faillites d’entreprises étaient en outre officiellement déjà enregistrées, contre 130 pour toute l’année 2012. Or leur fréquence s’est accélérée ces derniers mois.

Autre impact de la crise: le ralentissement de l’activité immobilière et l’inquiétude grandissante au sein de la population de retraités européens, fort présents sur les cotes chypriotes. Attirés par une taxe sur les successions plafonnée à 5%, beaucoup de Britanniques, par exemple, ont acquis ces dernières années des appartements. Or le gouvernement est sous la pression de Bruxelles pour tout revoir à la hausse. Au risque de chasser les pensionnés vers la partie pro-turque de l’île, fiscalement toujours bienveillante et aujourd’hui très accessible.

Seul réconfort: les gisements de pétrole et de gaz découverts au large des côtes, pour lesquels Chypre a conclu des accords avec Israël. Ces réserves pourraient rapporter près de 400 milliards d’euros d’ici à 2020. Mais au vu de l’opposition toujours frontale de la Turquie, la vente des concessions, puis leur exploitation, restent semées d’embûches. L’hypothétique manne gazière n’est pas attendue avant dix ans.

Enfin, Chypre rêve du jackpot: une licence pour un premier casino a été accordée en juin. Il devrait créer 3000 emplois.

En effet la partie nord de l’île, occupée depuis 1974 par l’armée turque, a ouvert depuis longtemps des établissements de jeu (le nord de l’île en compte une dizaine) où se rendent aussi bien touristes russes et britanniques que Chypriotes grecs, habitant la zone sud. L’Église orthodoxe, toute puissante, freinait jusqu’à présent le développement de cette activité jugée peu vertueuse. Ce qui ne l’empêche pas par ailleurs d’être le principal actionnaire de la première brasserie du pays. Un seul casino a été pour l’heure autorisé, dans un complexe balnéaire. Avant son ouverture, reste à modifier la législation et lancer un appel d’offres. Le gouvernement table sur une signature de marché d’ici un an.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/dc9bbb94-0124-11e3-9228-2a7d5c3bbd90/L�conomie_de_Chypre_reste_sans_perspectives

 Par Richard Werly/Le Temps 10/8/2013

2 replies »

  1. La solution: Une monnaie saine! C’est à dire le standard-or classique qui a gouverné tout le XIX eme siècle! Et une baisse suffisante des dépenses publique (intelligemment SVP) et de la pression fiscale!

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