Behaviorisme et Finance Comportementale

Les Clefs pour Comprendre du Lundi 11 Novembre 2013 : Rien de plus fluide que les liquidités! Par Bruno Bertez

Les Clefs pour Comprendre du Lundi 11 Novembre 2013 : Rien de plus fluide que les liquidités! Par Bruno Bertez

Voici une citation extraite du dernier ouvrage d’Alan  Greenspan, « The Map and The Territory ». Au passage, nous affirmons que l’on ne peut faire de la finance et de l’économie conscientes, éclairées, si on n’a pas lu ce livre.  Nous avons passé des années à commenter, analyser Greenspan en temps réel, au jour le jour, quand nous étions dans la finance, puis patron de journaux, et nous apprenons encore, nous comprenons encore de nouvelles choses, de nouvelles articulations  de raisonnement grâce à cet ouvrage.

EN LIENS: 

Bernanke ne fait rien d’autre que gérer, avec ses obsessions et ses biais propres, étriqués,  l’héritage de Greenspan. Le Maestro avait une vision, ce que Bernanke n’a pas.

Vous comprenez que, si nous choisissons ce thème des liquidités, c’est parce que nous croyons qu’un jour prochain, il va resurgir, la liquidité disparaîtra une nouvelle fois.

Voici la citation:

« La liquidité est une illusion, la liquidité est une fonction de l’aversion pour le risque, et quand l’aversion pour le risque monte  brutalement, la liquidité s’évapore. »

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 Greenspan est à la fois un praticien, un empiriste et un idéologue. Il n’explicite pas les mécanismes par lequel la liquidité s’évapore. Ou plutôt, il se cache derrière ce que nous appelons « un refuge de l’ignorance », les « animal spirits ». Il découvre au passage la thèse de l’économie et de la finance comportementales à laquelle, visiblement, il ne comprend rien. Il suggère qu’a côté des modèles économiques -qui ont failli dans la crise-  on établisse des modèles psychologiques de comportement des agents économiques et financiers.

Selon  lui,  à un moment donné, arbitraire, carrefour de différents hasards, les « animal spirits » se mettent en résonance, les vibrations s’amplifient et « l’offre globale de crédit à court terme s’évapore ». Il dit que cela était sans précédent dans l’histoire, ce qui est faux, cela s’est produit dans la crise de 1907. Mais peu importe.

Imputer l’évaporation de la liquidité  à l’irrationalité et à la psychologie des foules est une façon d’esquiver le problème de fond du surendettement et donc de la crise dans son ensemble. Car, si on admet que la liquidité se retire en vertu des « animal spirits », si on admet que tout cela est irrationnel, si on admet que tout cela est accidentel, alors, c’est la faute à pas de chance, c’est le hasard, c’est le tail-risk façon Taleb. Cela tombe du ciel comme s’il pleuvait des probabilités, caprice divin. Non, la disparition de la liquidité est sur-déterminée, logique, inéluctable à un moment donné.

On ne peut fixer le moment, cela est vrai, mais on sait qu’un jour ou l’autre, cela se produira. La liquidité repose sur un ensemble de croyances, croyances dans la solidité des money-market funds, croyance dans la solidité du système des « repos », croyance dans la qualité des collatéraux donnés en garantie, etc. Mais ce que Greenspan oublie de penser et surtout de dire, c’est que la partie la plus sophistiquée de la communauté financière savait, nous disons bien savait ,que les collatéraux, les assets-backed securities, les packages de mortgage subprimes ne valaient pas ce que l’on prétendait qu’ils valaient. C’était une chose qui était connue. La preuve, c’est que beaucoup de gens, pas forcément des génies, ont fait des fortunes considérables en les « shortant » -voir The Big Short, Michael Lewis-, la preuve est que, dans les e-mails des banques, on a trouvé la preuve qu’elles savaient  et qu’elles enfilaient, en toute connaissance de cause, cyniquement, des assets toxiques à leurs clients.

Ce qui était psychologique, donc du type « animal spirits »,  c’était cela, la croyance  que cela pouvait encore durer, la croyance au miracle, la croyance au Ponzi perpétuel.  Ce qui était « animal spirits », facteur humain irrationnel, c’était le rêve, l’illusion, le cynisme, qui conduisaient à refuser d’envisager toute limite à la fabrication, à l’empaquetage, à la diffusion des prêts toxiques. Ce qui était « animal spirits », c’est le mythe, la croyance que les arbres des prix du housing, du logement,  pouvaient monter jusqu’au ciel. Ce qui était « animal spirits », donc magie, c’est la croyance que le monde économique ne peut rencontrer aucune limite réelle. Que la rareté n’existe pas. Et que, de la même façon  que les livres que l’on peut écrire avec les mots d’un dictionnaire sont en nombre infini, les produits financiers que l’on peut fabriquer et vendre en faisant croire qu’ils sont aussi bons que de la monnaie, money-like, ces produits financiers peuvent s’accumuler sans que jamais une limite soit atteinte.

Par conséquent, le « run », la chute brutale du crédit court terme sont, non pas le produit des « animal spirits », mais l’inverse, ils sont le résultat de la prise de conscience du réel, de ses limites, ils sont la conséquence du retour sur terre. Du retour de la raison. De la réconciliation avec la logique.

Le « run », c’est quand on crève les vessies et que l’on voit qu’il n’y a pas de lanterne.  La liquidité disparaît parce que le petit nuage sur lequel elle était installée crève. Il se met à pleuvoir, le liquide, l’eau,  chutent, s’en vont. Les invariants idéologiques, comme la hausse perpétuelle des prix des logements, la possibilité de transformer de l’insolvabilité réelle en triple A par l’ingénierie, tout cela s’effondre, tout cela rompt.

La finance a vécu dans un monde irrationnel, elle a vécu sur et dans des « animal spirits » et lorsque le voile s’est déchiré, la réalité de l’insolvabilité en chaîne est apparue dans son effrayante nudité. Avant, on marchait sur la tête, on croyait que les représentations de la réalité que l’on donnait correspondaient à cette réalité; après, on s’est remis sur les pieds, on a repris conscience de l’existence de la pesanteur, des limites, de la finitude du monde réel .

Voila toute l’histoire. C’est l’histoire de l’humanité qui croit, au sens religieux de croyance, au produits de son esprit, aux images, et qui oublie qu’il faut toujours les confronter à l’expérience du réel, les tester, les corriger. Et la disparition de la liquidité est l’effondrement de la croyance religieuse, de la croyance dans l’idéalisme financier qui fait prendre les modèles, les datas, les équations pour le monde réel. La volatilité pour le risque. La disparition de la liquidité, c’est l’image du monde qui se déchire et le monde qui se réintroduit dans la déchirure. On a confondu l’image, la représentation, le symbole, avec ce qu’ils étaient censés exprimer.

Le processus est inhérent à la science économique actuelle:  elle est idéaliste, elle marche à l’envers, sens dessus dessous, elle prend ses propres créations pour le monde, alors qu’elles n’en sont que l’ombre, une ombre déformée, biaisée, à la fois par les insuffisances de notre entendement et, surtout, par nos idéologies.

Il n’y a pas de science économique, il n’y a qu’un corpus de croyances de type religieux, magique, de recettes qui marchent dans le court moyen terme, tant qu’il y a des invariants, tant que les gens réagissent de façon stable, tant que la linéarité est respectée, tant que les pouvoirs restent ce qu’ils sont. Et là, nous sommes au cœur de ce qui s’est passé lors de l’effondrement de Lehman et de l’évaporation de la liquidité. Le pouvoir a changé de camp. Le cartel formé par les banques, le shadow, les Banques Centrales a éclaté, il a perdu le pouvoir, perdu le contrôle. Ce sont les gens, les humains en chair et en os, qui sont sortis de leurs costumes trois pièces de magiciens de la finance, de wunderboys, de trader,  avec leur bon sens, et qui ont repris ce pouvoir et qui ont dit: non tout cela ne vaut pas ce que vous dites, tout est faux, tout est bidon. La chain-letter s’est cassée, au lieu de se demander s’il y aurait un suivant dans le Ponzi,  on s’est intéressé à ce qu’il y avait dans la lettre et ce que l’on a vu, ce n’était pas beau.

Et qu’a fait le cartel, il a injecté des trillions de liquidités venues du ciel,  des computers pour soutenir, pour maintenir le colossal mensonge, et tenter de sauver, puis de restaurer le mythe.

C’est bien sûr ce que l’on fait encore et toujours et encore… car l’idéalisme a repris le dessus,  grâce à l’arme fatale de la création d’argent électronique, de bits.

Au cours de 9 premiers mois de 2009, les pays développés ont « créé » -est-ce bien le mot?- 1 trillion de liquidités par le bilan des  quatre grandes  Banques Centrales; les émergents 2 trillions par le crédit. Source JP Morgan « Flows and Liquidity », Nikolaos Panigirtzoglou.  La masse monétaire M2 globale a atteint 66 trillions. La fourniture de liquidités mondiales en excès a accéléré nettement depuis Mai 2012 et le mouvement s’est maintenu à un rythme soutenu depuis lors.  La money-supply augmente, la money-demand baisse à cause des incertitudes systémiques. Jamais l’écart n’a été aussi grand. Depuis le début de 2013, c’est 3 trillions qui ont été déversés,  qui .correspondent à une croissance de 4,6% sur cette seule période, soit 6% annualisée.

C’est bon pour les actifs à risque!

A condition de ne pas oublier le mot « risque » et de le comprendre comme il se doit, les actifs à risque sont des actifs  dont la vocation est d’être susceptibles de destruction!

BRUNO BERTEZ Le Lundi 11 Novembre 2013

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4 replies »

  1. Les propos de Greenspan sont malhonnêtes intellectuellement puisqu’il confond ou transpose les mécanismes régissant la liquidité d’un carnet d’ordre sur un marché, hautement soumise à des facteurs exogènes et à la psychologie et le crédit accordé par les banques à l’économie réelle marché interbancaire dont il avait la charge en tant que banquier central… effectivement un bon moyen de s’exonérer de ses responsabilités.

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  2. A lire dans risk.net 23 OCTOBRE : Blackrock cuts strategies that rely on liquid markets.

    Par ailleurs on note un mouvement du même ordre chez les hedges funds et certains gestionnaires réputés. Ainsi l’Endowment Fund de YALE qui est l’un des meilleurs performers (20milliards de dollars) depuis des années et avec régularité, viens de baisser lui aussi son exposition à la liquidité et au risque.

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  3. De la clarinette au jazz, et de l’improvisation musicale à la financière
    il n’y avait qu’un pas ET IL L’A FRANCHI …. BRILLAMMENT !

    Tellement d’ailleurs qu’il est même devenu chemin faisant un Bilderberg dites donc ?

    Pour de l’impro c’est d’l’impro ça ! Le thème donné ? Pfuitttt ! Juste pour débuter !

    Comme quoi, prendre les messies pour des gens ternes parait toujours d’à propos.

    ET ÇA CONTINUE ? Sky WAS the limit !!!

    Bien, après tout, pourquoi changer une équipe qui gagne ?

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