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Les pressions continues sur la démographie

Les pressions continues sur la démographie

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La prise en compte de la démographie s’avère de plus en plus essentielle. Tant pour la gestion d’actifs que pour la prévoyance.

«La démographie explique à peu près les deux tiers de n’importe quelle question». Comportement de consommation, croissance, structure des dettes gouvernementales, politiques fiscales, nouveaux marchés etc, la démographie est une donnée clé selon l’économiste canadien David Foot, cité lors d’une conférence à Londres organisée par le groupe  bancaire Schroders. Cette statistique est pourtant souvent sous- estimée ou peu traitée dans les perspectives d’investissement par rapport à d’autres indicateurs. Pourtant, plus que d’autres, les prévisions démographiques s’avèrent en général fiables. Même à moyen et long terme. Exemple: dans les années 1960, alors que la population mondiale était de 3 milliards d’unités, les économistes anticipaient une population mondiale de 6 milliards pour l’an 2000. Ce qui fut exactement le cas. Aujourd’hui l’économie s’organise autour de 7 milliards de personnes qui déterminent et influencent les entreprises de demain et les modèles de prévoyance en particulier. Avec l’allongement de la durée de la vie, il faut revoir les systèmes de retraite dans de nombreux pays. Les services à la personne et le secteur de la santé sont aussi considérablement influencés par la démographie. La Suisse semble bien positionnée dans ces domaines, voire inspirante pour d’autres pays.

La population active du Japon sera presque divisée par deux en 2060. Globalement, la part de la population supérieure à 60 ans est celle qui connaîtra le plus fort taux de croissance dans les années à venir. Instinctivement, ces données n’ont rien de réjouissant. D’autant que les prévisions démographiques sont en général assez fiables et très rarement réversibles. Lors d’une conférence organisée à Londres la semaine passée par la banque Schroders, la démographie a été traitée à plusieurs reprises, notamment sur son influence en termes de choix d’investissement mais également et termes de système de prévoyance.

Pour les investissements en actions, il paraît évident qu’un des facteurs clé de succès des entreprises est la définition et l’étendue d’un marché de clients. A quels types de consommateurs s’adresse le produit? Quel est leur pouvoir d’achat? Quelle est l’étendue du marché? Autant de questions auxquelles la démographie apporte des clés de lecture essentielles, bien que souvent sous estimées ou traitées superficiellement. Au Kenya par exemple, l’opérateur de télécommunication Safaricom y détient désormais une part de marché de 85%. Stimulé par une population jeune et grandissante, le marché du mobile bénéficie aujourd’hui d’un taux de pénétration supérieur à 70% de la population (43 millions d’habitants). La compagnie est aussi active dans le paiement via les mobiles. Aujourd’hui, 30% du PIB du pays transite via des paiements mobiles. 

Autre exemple cité et plus proche de chez nous, celui de Roche. L’entreprise pharmaceutique bénéficie d’une expertise et d’une avance technologique dans le domaine de l’oncologie. En Angleterre, le nombre de cancers devrait passer de 13 millions en 2009 à 27 millions en 2030. La survenance de cancers et huit fois plus élevée chez les personnes de plus de 65 ans que chez celles âgées de 25 à 45 ans.  Bien sur, l’espérance de vie ne cesse d’augmenter. Mais l’indicateur de l’espérance de vie en bonne santé (calculé dans l’union européenne) est lui en stagnation depuis une dizaine d’année, voire recule. Ainsi, l’espérance de vie en bonne santé est d’environ 62 ans en France, 58 ans en Autriche et 55 ans en Allemagne. Aux Etas-Unis, la santé représente déjà 33% des dépenses de consommation de personnes de plus de 60 ans.

Autre domaine où la démographie joue évidemment un rôle essentiel: la prévoyance. Dans ce domaine, bien que le système suisse des trois piliers soit perfectible, il présente l’avantage d’être équilibré et diversifié. Il y a quelques jours, Philipp Hildebrand, ancien directeur de la BNS, avait suggéré des pistes de réflexion lors d’une conférence publique à l’ambassade de Suisse à Londres (L’Agefi du 6 novembre). L’endettement de la Grande-Bretagne a doublé en dix ans et le mécanisme du frein à l’endettement suisse pourrait faire école. Celui du troisième pilier aussi. Lors d’une conférence sur la prévoyance, l’idée de stimuler l’épargne retraite avec des comptes défiscalisés a été mise en avant comme un excellent complément aux prélèvements obligatoires et aux caisses de pensions.

Enfin, dans un marché toujours plus complexe pour les placements des avoirs de la prévoyance professionnelle, les actions semblent rester une bonne option à court terme (2014) mais aussi à long terme. D’après les calculs de la banque, les dividendes protègent les investisseurs de l’inflation, dont l’effet n’est pas à négliger à long terme. Depuis les années 1970, les dividendes des actions ont surperformé de 30% l’inflation en Grande-Bretagne et 45% aux Etats-Unis.

Marjorie théry, Londres/ AGEFI SUISSE 19/11/2013.

http://agefi.com/une/detail/artikel/la-prise-en-compte-de-la-demographie-savere-de-plus-en-plus-essentielle-tant-pour-la-gestion-dactifs-que-pour-la-prevoyance.html

EN COMPLEMENT:  Panne de naissances en Allemagne

Par Nathalie Versieux Berlin/le temps  18/11/2013

Un quart des Allemandes diplômées de l’enseignement supérieur n’ont pas d’enfant. Le phénomène inquiète Berlin, dans un contexte de chute vertigineuse de la démographie. Souvent accusées d’égoïsme, ces femmes ne renoncent pas pour autant délibérément à la maternité

Les parents allemands sont plutôt gâtés: droit à une place en ­crèche inscrit dans la loi depuis août, salaire parental équivalent à 60% des derniers revenus nets versé pendant un an… Outre-Rhin, la politique familiale comprend 156 mesures et se chiffre à près de 200 milliards d’euros par an. Pourtant, rien n’y fait: les Allemandes continuent de bouder la maternité. Fin 2012, 22% des femmes âgées de 40 à 44 ans n’avaient pas d’enfant, selon des statistiques officielles publiées ce mois-ci, soit deux points de plus qu’en 2008.

Le profil type de cette femme sans enfant? Elle est diplômée de l’enseignement supérieur (30% des Allemandes de l’Ouest diplômées âgées de 45 à 49 ans n’ont pas d’enfant), vit à l’ouest du pays (23% des Allemandes de l’Ouest, 15% de celles de l’Est) et plutôt dans une grande ville (Hambourg plafonne en tête, avec 30% d’habitantes de plus de 40 ans sans enfant.) «L’ampleur du phénomène des femmes sans enfant explique largement le faible taux de natalité en Allemagne», note l’Office fédéral des statistiques dans un rapport consacré au sujet. «Si la fertilité des Allemandes n’augmente pas d’ici là, le nombre des naissances chutera encore après 2020, avec l’arrivée à l’âge adulte des classes d’âge basses du début des années 2000.»

Le phénomène inquiète les cercles du pouvoir à Berlin. Car ce sont précisément les femmes les plus aisées qui n’ont pas d’enfant, alors que le nombre de mineurs vivant dans un foyer pauvre, qui dépend donc des prestations sociales, ne cesse, lui, d’augmenter. Régulièrement, la presse allemande épingle ces «Dinks» («double income, no kids», soit deux revenus, pas d’enfant), les accusant d’hédonisme et d’égoïsme. La réalité est souvent bien différente.

Caroline, la quarantaine, traductrice, vient de prendre place dans un café calme, à quelques pas de la porte de Brandebourg, avec son père. Agé de 80 ans, ce dernier a quatre enfants, dont les plus jeunes sont trentenaires. Tous sont diplômés, tous sont sans enfant. «J’ai toujours voulu avoir des enfants, explique Caroline. Mais j’ai d’abord fait mes études, longues. A la trentaine, j’ai commencé ma carrière alors que je venais de me marier, ce qui m’a d’ailleurs valu de me voir refuser un premier emploi. Je venais de recevoir la confirmation de mon embauche lorsque le service du personnel m’a finalement refusée parce que j’étais une jeune mariée: j’étais susceptible de tomber enceinte rapidement… Puis je me suis séparée de mon mari, et j’ai eu un second compagnon. Il était traumatisé par un divorce qui s’était soldé par d’énormes exigences financières de son ex-femme, comme le permettait à l’époque la loi. Il ne voulait pas d’autre enfant. Et maintenant, c’est sans doute trop tard.»

«Entre la fin des études supérieures – très longues en Allemagne, jusqu’à la réforme européenne des diplômes introduite récemment –, le premier emploi et la fin de l’âge de procréer pour les femmes, le délai est très court, six ou sept ans, observe Christian Schmidt, chercheur à l’institut DIW de Berlin. Si, au cours de cette période, une femme n’a pas à ses côtés le bon compagnon, un père potentiel, elle restera sans enfant. Contrairement à ce que l’on prétend parfois, nombre de ces femmes sans enfant n’ont pas choisi ce destin.»

Le sujet est même souvent douloureux. «Parfois, je me demande pourquoi, par exemple, acheter un appartement, poursuit Caroline. Je n’ai pas d’enfant à qui le laisser en héritage. J’aimerais partager, donner…» A défaut d’enfant, elle s’investit dans l’éducation de son filleul, le fils de sa meilleure amie. «Magda élève seule Leon. Elle travaille dans le cinéma et elle a besoin de moi pour le garder lorsqu’elle est en déplacement, parfois pendant plusieurs semaines.» Caroline aide Leon à faire ses devoirs, l’emmène au théâtre, au cinéma, au musée… «On vit dans une société où beaucoup d’adultes se partagent le peu d’enfants disponibles», constate Otto-Heinrich, le père de Caroline.

Dans un article du magazine ­féminin Brigitte, sous le titre «Trop vieille pour un enfant?», la journaliste Sabine Reichel décrit l’évolution de ses sentiments de femme sans enfant: féministe convaincue à 30 ans, adepte de la liberté à 40 ans, éplorée à 50 ans. «Jamais on ne devrait renoncer à quelque chose d’aussi essentiel qu’un enfant pour des raisons soi-disant raisonnables, dit-elle. Ne pas avoir d’enfant est un indescriptible ­sentiment d’abandon de soi et d’échec. Là-haut, dans les pénombres de notre psychisme, lutte le «non» contre le «oui». Pas de fille ou de fils, pas de petits-enfants pour mes parents. Personne n’héritera du beau nez, des jambes parfaites, du charme de ma mère, ni personne de l’humour de mon père, poursuit-elle. Ils me manquent, tous ces défis que me lancerait une jeune vie à mes côtés…»

Le pays ne compte aujourd’hui que huit naissances pour 1000 habitants, un des taux les plus bas du monde. L’an passé, l’Allemagne a enregistré 673 000 naissances – soit deux fois moins qu’en 1964, au plus fort du baby-boom d’après-guerre – pour 800 000 décès. Seul l’apport de l’immigration a permis à la population allemande de se maintenir. Mais à long terme, l’Allemagne ne devrait plus compter que 65 à 70 millions d’habitants, au lieu de 81,5 millions l’an passé. «Et le nombre de naissances va continuer à diminuer, tout simplement parce que celui des femmes en âge de procréer baisse, ajoute Steffen Kröhnert, chercheur à l’Institut berlinois pour la population et le développement. Et cela, même si le nombre d’enfants par femme augmente très légèrement depuis 2010, pour atteindre 1,4 enfant au lieu de 1,39 auparavant.»

Pour relancer la natalité, l’Allemagne mise sur le développement du nombre de places en crèche et sur le salaire parental. Mais si «le développement des modes de garde a un effet très positif sur la possibilité de combiner travail et vie de famille, il n’en a pas encore sur les naissances», souligne Franziska Woellert, chercheuse à l’Institut berlinois pour la population et le développement.

Car les mentalités n’évoluent que lentement. En Allemagne, il est toujours mal vu pour une mère de travailler. Seules un tiers des femmes ayant un enfant de moins de 3 ans exercent une activité professionnelle, et 9% des femmes ayant un enfant de 1 an. Dans 53% des foyers comptant père et mère, seul le père travaille. Et seulement 29% des enfants de moins de 3 ans ont deux parents exerçant une activité professionnelle.

Retirer aux femmes ce sentiment de devoir choisir entre travail et famille est devenu la priorité de la politique familiale allemande, et l’un des enjeux des négociations en cours entre chrétiens (CSU) et sociaux-démocrates (SPD) en vue de former le prochain gouvernement. «L’un des objectifs doit être de simplifier la politique familiale», insiste Franziska Woellert. D’autant que les mesures mises en place au gré des gouvernements sont parfois contradictoires. Parmi celles les plus critiquées par les démographes, on compte la «prime au fourneau» (100 euros par mois; 150 euros à compter d’août 2014), versée depuis août dernier aux jeunes mères au foyer sous la pression des conservateurs bavarois. Ou encore la politique fiscale qui encourage, depuis la Loi fondamentale de 1949, le mariage mais pas les naissances, et qu’il serait urgent de réformer, selon le SPD et les Verts.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/327a647a-4f9f-11e3-ad54-6076c4bda28c/Panne_de_naissances_en_Allemagne

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