1984

L’Allemagne en perte inquiétante de liberté Par Henri Schwamm

L’Allemagne en perte inquiétante de liberté Par Henri Schwamm

Les médias locaux sont parmi les plus hostiles au laisser-faire. Les citoyens préfèrent l’Etat secouriste à l’Etat libéral.

Les experts du John-Stuart-Mill Institut de l’Université de Heidelberg, qui scrutent et évaluent année après année l’estime que les Allemands portent à la liberté, se penchent cette fois surtout sur les relations qu’ils entretiennent de ce point de vue avec l’Union européenne (UE).

Les chercheurs de Heidelberg savent pertinemment que l’UE souffre, en Allemagne et ailleurs en Europe, d’un déficit démocratique structurel et même d’une délégitimation démocratique rampante. Ils partent aussi de l’hypothèse – qui dans leur cas confine à une certitude – qu’au sein de l’UE les principes de droit public s’érodent, les dynamiques centralisatrices s’amplifient, l’uniformisation, la bureaucratisation et la folie réglementaire prospèrent. Dans un environnement aussi sombre, on est surpris de constater que les conclusions auxquelles les auteurs aboutissent sont tout sauf dramatiques. Dans l’espace européen, la liberté pâtit certes de la bureaucratie omniprésente, des règlements de toutes natures, y compris les plus absurdes, de l’ingérence insupportable dans la sphère privée. Au lieu d’atténuer les effets délétères pour la liberté, l’Europe les accentue. Il est indéniable que la confiance de la population allemande dans l’action de l’UE a fortement diminué au cours de la dernière décennie. Mais dans l’ensemble, et ce malgré la sévère crise de la dette publique, l’image que les Allemands ont de l’Europe s’est moins drastiquement détériorée qu’on aurait pu le soupçonner à la lecture de la presse. Plus précisément, le concept de liberté continue dans l’esprit des Allemands d’être associé à l’Europe. Attachement à la liberté et scepticisme excessif à l’égard du processus d’intégration européenne ne vont pas de pair. Les Allemands ne cessent pas de voir dans l’Union européenne un processus gros certes de dangers pour le bien-être et la justice sociale, mais permettant aussi des progrès en matière de sécurité et de liberté. Les chapitres habituels du rapport rédigé sous la direction de la professeure Ulrike Ackermann sont moins encourageants. La liberté en tant qu’objectif de vie a encore cédé du terrain en Allemagne (de l’Ouest et de l’Est) face à des notions telles que l’égalité, la justice ou la sécurité. Les citoyens allemands demandent plus d’Etat et attendent qu’il se préoccupe d’eux et les dorlote. Ils préfèrent l’Etat secouriste à l’Etat libéral. Ils considèrent qu’il est plus juste, plus humain et plus agréable. Ils réclament plus d’interdictions (pour les drogues dures, pour le clonage humain, pour les partis politiques de droite radicale). Ils acceptent mieux les partis de gauche radicaux. Plus surprenant : ils souhaitent que les aliments dangereux pour la santé soient interdits et voient d’un bon œil une «police des consciences».

D’avantage encore que la population, les médias allemands sont hostiles à la liberté. Ils croient dur comme fer qu’il suffit d’interdire pour faire disparaître le problème. Ils vont même jusqu’à diffamer ceux qui argumentent au nom de la liberté.

HENRI SCHWAMM Université de Genève/jeudi, 23.01.2014

http://agefi.com/forum-page-2/detail/artikel/les-medias-locaux-sont-parmi-les-plus-hostiles-au-laisser-faire-les-citoyens-preferent-letat-secouriste-a-letat-liberal.html?issueUID=507&pageUID=15154&cHash=669e2ce01b319a9b4280f2911fcca8b2

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