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La dualité économique chinoise

La dualité économique chinoise 

HONG KONG – L’économie de la Chine est à nouveau confrontée au spectre d’un atterrissage brutal. Des bulles de propriété, une augmentation de la dette du gouvernement local et certaines activités imprévisibles du système bancaire parallèle génèrent des risques financiers considérables, ce qui complique les efforts du gouvernement pour lutter contre la hausse du prix de la main-d’œuvre, le crédit excessif, la pollution écrasante, une corruption endémique, un système fiscal peu développé et l’augmentation de la concurrence internationale. Et d’autres risques apparaissent quasiment à chaque avancée.

Toute stratégie visant à atténuer la menace d’un ralentissement brutal doit tenir compte de la double nature de l’économie de la Chine. D’une part, les villes chinoises sont de plus en plus modernes et engagées à l’échelle mondiale. En effet les 17 villes les plus dynamiques de la Chine, qui représentent 11% de la population et près de 30% du PIB, ont déjà atteint le statut de pays à revenu élevé, selon les critères de la Banque mondiale et la Chine devrait dépasser les Etats-Unis comme premier marché d’e-commerce du monde.

D’autre part, la moitié de la population de la Chine reste rurale et tire une part importante de ses revenus de l’activité agricole. Selon MasterCard, 25% des paiements des consommateurs sont réalisés en espèces, ce qui implique que l’économie du secteur non structuré de la Chine reste beaucoup plus robuste qu’on ne le croit.

Cette dualité a des implications positives quant aux perspectives économiques de la Chine. Bien que ses activités industrielles côtières aient alimenté une grande partie de la croissance de l’économie au cours des dernières décennies, les économies rurales à l’intérieur du pays restent de puissants moteurs de croissance quand la consommation nationale augmente. En d’autres termes, la Chine dispose d’une base économique encore plus large et plus diversifiée qu’on pourrait le croire, ce qui implique une certaine dynamique de croissance en principe difficile à perdre.

Il faut dire qu’avec 3,8 trillions de dollars en réserves de change et un grand excédent de compte courant (même s’il est en baisse), l’économie chinoise ne dépend pas de l’épargne ni de l’investissement étranger. Le passif des administrations locales et les prêts non performants sont donc un problème national, dont le seul effet d’entraînement réel pourrait provenir des efforts de redistribution de la dette. Les restrictions monétaires et budgétaires, visant à limiter l’expansion du crédit, risquent de porter atteinte à la croissance du PIB et de réduire la demande chinoise en matières premières. Cela causerait du tort aux économies émergentes exportatrices de matières premières, dont beaucoup souffrent déjà d’une fuite de capitaux, suite au revirement politique en cours de la Réserve fédérale américaine.

Dans ce contexte dualiste, la Chine doit calibrer avec soin sa stratégie de réforme axée sur le marché afin de s’assurer de ne pas créer de nouveaux risques systémiques inattendus, tout en surmontant les intérêts qui résistent à des réformes de fond pour uniformiser les règles du jeu.

Il faudra pour cela que la Chine s’attaque à un autre dualisme, plus problématique encore pour son économie : le système de crédit à deux niveaux. Compte tenu de l’excès d’épargne nationale, d’un compte de capital étroitement contrôlé et de la création rapide du crédit, les taux d’intérêt sont bas par rapport à la demande depuis 2005. Avec le secteur bancaire structuré soumis à des contrôles stricts sur les taux créditeurs et débiteurs, les grandes entreprises d’État et les gouvernements locaux sont les seules entités qui pourraient accéder à suffisamment de crédit pour financer des investissements à grande échelle, comme des projets d’infrastructure.

Après que la crise financière mondiale de 2008 a affaibli la croissance des exportations, le secteur privé a commencé à se déplacer vers les biens et services non échangeables, en particulier vers la propriété. Ce changement, avec le déclin du surplus du compte courant et l’investissement massif dans les infrastructures, a exercé une pression à la hausse sur les taux d’intérêt nationaux. Alors que les autorités auraient pu maintenir les taux d’intérêt officiels sous contrôle, les taux non officiels ont commencé à augmenter de manière irrépressible, ce qui a alimenté l’expansion rapide du système bancaire parallèle.

Le crédit facile a entraîné la flambée des prix de l’immobilier, de 2 291 yens (374 dollars) par mètre carré en moyenne en 2002, à 5 791 yens une décennie plus tard, selon les relevés de 70 villes chinoises grandes et moyennes. La question est maintenant de savoir si cette augmentation traduit une hausse de la productivité et de la prospérité (comme cela était le cas pour des bénéfices comparables dans des pays nouvellement industrialisés comme le Japon, Hong Kong, Taïwan et la Corée) plutôt qu’une spéculation motivée par le crédit facile.

Étant donné que les 17 villes les plus performantes de la Chine sont environ un tiers aussi productives que Hong Kong, où le PIB par habitant est trois fois plus élevé, il n’est pas surprenant que les prix de l’immobilier s’élèvent à environ un tiers de ceux de Hong Kong. Mais la hausse rapide des prix de l’immobilier dans certaines villes moins dynamiques de la Chine entraîne une migration extérieure de la main-d’œuvre, ce qui les transforme en villes neuves fantômes.

Pour continuer à libéraliser ses taux d’intérêt, la Chine doit unifier les taux structurés et non structurés, ce qui nécessite une action à la fois aux niveaux macro et micro. Plus précisément, les dirigeants chinois doivent réformer les micro-institutions pour faciliter le processus de destruction créatrice, comme à travers les processus de faillite institutionnalisées qui aident à éliminer les villes fantômes et les projets immobiliers avortés, ce qui minimise les perturbations macro-économiques du marché.

En outre, avoir recours en grande partie à la restriction du crédit pour limiter les risques entraîne également de nouvelles complications. Bien qu’un changement économique structurel plus large nécessite des restrictions monétaires et liées à l’inflation, une politique monétaire excessivement limitée, compte tenu du maintien d’une forte demande de crédit, pourrait perturber le processus d’ajustement.

En fait, le ralentissement de la croissance de la masse monétaire (de près de 25% en 2009 à environ 14% aujourd’hui) a suivi l’expansion rapide du système bancaire parallèle. Fin 2012, le système bancaire parallèle représentait 24% du total des crédits, à des taux d’intérêt de 10 à 15% plus élevés que les taux officiels. Cela a nui à l’économie réelle en augmentant le coût du capital. A moins que les emprunteurs inefficaces ne quittent le marché ou ne fassent faillite, ils vont continuer à perturber l’allocation des ressources et à contribuer à la baisse des effectifs des entreprises plus productives.

La clé de la fusion des taux d’intérêt se situe donc dans la réforme du mécanisme d’allocation de crédit, afin qu’il fournisse davantage de capital pour des projets bien plus performants et qu’il applique de fortes contraintes budgétaires sur les emprunteurs peu performants. Bien que cela risque inévitablement de déclencher quelques faillites et d’éroder la qualité des portefeuilles de prêts des banques, le résultat final, sous la forme d’une économie plus saine et plus équilibrée, ne sera que profitable.

Andrew Sheng, President of the Fung Global Institute et Xiao Geng is Director of Research at the Fung Global Institute/ Project syndicate 27/2/2014

http://www.project-syndicate.org/commentary/andrew-sheng-and-geng-xiao-assess-the-risks-and-benefits-of-china-s-two-tier-economic-structure/french#I2eC66zkgEiOTLeV.99

1 reply »

  1. […] Les Américains ont sciemment conduit les Chinois dans l’impasse financière. Greenspan le dit depuis vingt ans, la politique mercantiliste les oblige à accumuler des devises et rend peu à peu non gérable l’ensemble du système chinois. Une myriade de bulles s’est formée au sein du système chinois. Les fissures deviennent de plus en plus difficiles à contenir. L’élément le plus spectaculaire, c’est l’immobilier et le shadow banking system, mais, de proche en proche, tout est contaminé. L’épargne est menacée par des produits financiers et des crédits qui se révèlent irrécouvrables. Un mois, on ferme les robinets du crédit ; un autre mois, on ouvre grand les vannes. Les capitaux fuient la Chine. Tout cela prend des allures de plus en plus chaotiques. […]

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