Commentaire de Marché

Analyse de l’économie américaine : l’absence d’une reprise Par Eric Sprott

Analyse de l’économie américaine : l’absence d’une reprise Par Eric Sprott

Ayant entamé la cinquième année depuis la fin « officielle » de la grande récession (la National Bureau of Economic Research (NBER), organisme qui détermine les dates officielles des récessions aux États-Unis, a déclaré que la récession a pris fin au deuxième trimestre de 2009), on ne se sent pas vraiment encore dans une reprise. Quoi qu’il en soit, les médias, les économistes côté vente, les banques centrales, le FMI, etc., prétendent tous que l’économie américaine est arrivée au bout de ses peines.

Dans son discours sur l’état de l’Union, le président Obama a indiqué qu’à son avis, l’année 2014 « pourrait être un point tournant » pour l’économie américaine. Pour sa part, le FMI, qui a ajusté à la hausse ses prévisions de croissance du PIB américain dans son rapport intitulé « La marée est-elle en train de monter? », prédit une croissance de 2,8 % en 20141.

Toutefois, un examen plus approfondi des données laisse entendre que la situation ne s’améliore pas et que l’économie américaine demeure fragile. Plusieurs citent le taux de chômage à titre de signe que les choses ont pris du mieux. En effet, celui-ci a constamment baissé au cours des dernières années, et il s’établit actuellement à 6,7 %. Cela dit, ce que plusieurs semblent oublier est que le taux de chômage chute pour les mauvaises raisons.

Il est vrai que les États-Unis ont créé de nouveaux emplois, mais la majeure partie de la baisse du taux de chômage est attribuable aux travailleurs découragés qui quittent le marché du travail2, situation dont témoigne la diminution du taux de participation. Plusieurs soutiennent que la chute du taux de participation est structurelle et qu’elle est causée par le vieillissement de la population. Cette explication est superficielle et trompeuse.

La Figure 1 présente la contribution des différents groupes d’âge au taux de participation total. Comme on peut le remarquer, le taux de participation a diminué de 2,9 % depuis janvier 2005 (passant de 65,8 % à 62,9 %). Les 16 à 24 ans et les 25 à 54 ans sont responsables de 1,3 % et de 4,7 %, respectivement, de cette baisse totale, qu’a contrebalancé la hausse de 3,1 % des 55 ans et plus.

IGURE 1: CONTRIBUTION TO U.S. PARTICIPATION RATE (%)
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Note: Sum of individual components adds up to total participation rate. 
Source: Bloomberg, Sprott Calculations 

Cette situation laisse entendre que nous sommes aux prises avec un problème de taille, puisqu’elle indique que les baby-boomers sont incapables de joindre les deux bouts et doivent travailler pendant plus longtemps, ou même retourner sur le marché du travail après leur départ à la retraite, et que la population active de l’avenir, qui est dans ses années les plus productives, quitte le marché du travail.

Il convient de remarquer que, sans la « contribution de 3 % » des 55 ans et plus, la population active aurait chuté sous la marque des 60 % pour la première fois depuis 1971, moment où le taux de participation commençait à grimper, en raison, surtout, de l’entrée des femmes sur le marché du travail.

Mais ce n’est pas tout : plusieurs des personnes dans le début de la vingtaine, qui réalisent jusqu’à quel point il est difficile de trouver un emploi, décident de rester aux études plus longtemps, cumulant ainsi une somme exorbitante de dette étudiante. Il ne s’agit évidemment pas d’une solution viable. Le taux de défaillance sur les prêts étudiants (la majorité d’entre eux étant assurés par le gouvernement américain) touche maintenant des sommets sans précédent (Figure 2), et la plupart de ces prêts ont été titrisés et vendus aux investisseurs avec le sceau d’approbation du gouvernement (cela vous dit quelque chose?).

FIGURE 2: STUDENT LOANS % 90+ DAYS DELINQUENT
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Pour ce qui est de l’autre groupe (les 25 à 54 ans), son taux de participation au marché du travail s’est également affaissé, mais à un rythme légèrement inférieur. Néanmoins, la situation du consommateur américain moyen est pire qu’elle l’était avant la grande récession. Le revenu réel disponible par habitant (Figure 3) est inférieur à ce qu’il était à la fin de 2005, alors que, au cours de la même période, les coûts de soins de santé se sont accrus, passant de 10,0 % à 11,5 % du PIB (Figure 4), ce qui réduit les fonds disponibles pour les dépenses discrétionnaires.

IGURE 3: REAL DISPOSABLE INCOME PER CAPITA
INDEX 2005 Q4 = 100
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Source: Bloomberg, Sprott Calculations 

FIGURE 4: HEALTH CARE SPENDING AS A % OF GDP
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Source: Bloomberg, Sprott Calculations

Fait peu étonnant, la baisse du revenu réel disponible et des dépenses discrétionnaires de l’Américain moyen se traduit par une diminution de la croissance des ventes au détail (la Figure 5 illustre le taux de croissance des ventes au détail et de services alimentaires sur douze mois).

FIGURE 5: RETAIL AND FOOD SERVICES SALES
YEAR-OVER-YEAR GROWTH 
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Source: Bloomberg, Sprott Calculations 

De plus, depuis l’été 2013, moment où la Réserve fédérale a perdu le contrôle du marché obligataire (veuillez consulter notre article de juin 2013 intitulé « Avons-nous perdu le contrôle? »3), nous avons constaté que les achats à crédit ont diminué. Comme la majorité de ces achats sont effectués à l’aide d’emprunts (hypothèques, prêts automobiles), ils sont devenus inabordables pour plusieurs consommateurs en raison de la hausse des taux d’intérêt. Ainsi, à la lumière de la hausse à la fois importante et soudaine des taux d’intérêt, les ventes de maisons ont considérablement ralenti, comme le démontre la Figure 6. De même, la croissance des ventes d’automobiles a chuté par rapport au sommet touché au milieu de 2012 (Figure 7).

FIGURE 6: U.S. HOME SALES
YEAR-OVER-YEAR GROWTH 
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Source: Bloomberg, Sprott Calculations 

FIGURE 7: US AUTO SALES
YEAR-OVER-YEAR GROWTH 
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Source: Bloomberg, Sprott Calculations 

Tout n’est pas rose du côté de l’offre non plus. L’indice PMI des États-Unis a essentiellement fait du surplace au cours des 3 dernières années (Figure 8) et considérablement diminué depuis son « sommet » du mois d’août 2013. La croissance d’autres indicateurs, comme les nouvelles commandes de biens durables, a également ralenti (Figure 9).

IGURE 8: ECONOMY WEIGHTED MANUFACTURING & NON-MANUFACTURING COMPOSITE PMI
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Source: Bloomberg, Sprott Calculations 

FIGURE 9: US DURABLE GOODS NEW ORDERS 
YEAR-OVER-YEAR GROWTH 
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Source: Bloomberg, Sprott Calculations  

Pour terminer, soulignons que de nombreux indicateurs de la situation économique aux États-Unis révèlent l’absence d’une reprise :

• Le taux de participation est faible et alimenté par les baby-boomers, qui travaillent plus ou retournent sur le marché du travail après leur départ à la retraite.

• Un nombre record d’étudiants (la population active de l’avenir) ne remboursent pas leurs prêts.

• Le revenu disponible est toujours inférieur aux niveaux qui prévalaient avant la récession.

• Une proportion grandissante du revenu disponible est consacrée aux soins de santé, ce qui entrave les dépenses discrétionnaires.

• Des taux d’intérêt supérieurs nuisent davantage aux dépenses discrétionnaires (ventes de maisons et d’automobiles).

• Tous ces facteurs se traduisent par des activités commerciales et économiques anémiques.

Ce n’est pas la première fois qu’on entend des affirmations voulant que l’économie américaine se redresse soudainement. Celles-ci sont, au mieux, trompeuses, et, au pire, fallacieuses. Il ne serait pas surprenant que les choses se détériorent davantage, ce qui forcerait les planificateurs centraux à intervenir en adoptant des mesures non traditionnelles (comme des plans d’assouplissement quantitatif).

NOTES

1 http://www.imf.org/external/pubs/ft/weo/2014/update/01/

2 Veuillez consulter la publication de Coup d’oeil sur le marché de janvier 2013 intitulée, « Ignorer l’évidence même » : http://www.sprott.com/markets-at-a-glance/ignoring-the-obvious/

3 http://www.sprott.com/markets-at-a-glance/have-we-lost-control-yet/

4 http://www.bloomberg.com/news/2014-03-04/boe-seeks-derivatives-pact-to-prevent-a-repeat-of-lehman-cascade.html

Post-scriptum :

Wow! Dans un récent article publié par Bloomberg, M. Andrew Gracie, directeur général auprès de la Banque d’Angleterre, a suggéré que, dans l’éventualité d’une faillite de banques, l’on permette aux organismes de réglementation d’interrompre les activités des contrats dérivés qui touchent la banque en question, et ce, à l’échelle mondiale4. Il a également avancé que « L’adoption de cette résolution pour une banque ne devrait pas constituer une défaillance en soit ». En d’autres mots, la solution proposée par la Banque d’Angleterre pour régler les problèmes d’une banque qui tombe en défaillance et avait conclu une montagne de contrats dérivés est d’interrompre les activités sur le marché.

Mais là n’est pas la question. Comme d’habitude, les organismes de réglementation tentent de trouver des remèdes temporaires au lieu de proposer des solutions viables. Ce qu’ils recommandent, en fait, est de nier la réalité et de prétendre, encore une fois, qu’il n’y a aucun problème. C’est encore pire que d’interrompre l’évaluation au prix de marché. Quelle ironie de voir que les organismes de réglementation ayant permis à une telle situation de se produire sont ceux qui demandent au marché de « nier la réalité »!

http://www.sprott.com/media/287584/MAAG-03-2014-FR.pdf

3 replies »

  1. On connait le processus qui a conduit à la crise des subprimes… puis le forclosuregate… et on s’aperçoit que la leçon n’a pas été retenue.
    Pour la 1ère crise, on peut se dire que le couple satanique Fanny et Freddy, ne savaient pas trop où ils mettaient les pieds, et même qu’ils ont obéis aux ordres.
    Puis constatant que le rêve américains c’est transformé en cauchemar, ils ont bidouillé tant bien que mal pour dissimuler la gabegie… allez on leur accorde, quand bien même tout le monde a trinqué quand ils ont dilué leurs créances douteuses pour inonder la finance via la titrisation.
    Mais pour ce qui est des prêts aux "étudiants"… alors là, ce n’est plus du "prêt", c’est carrément de la "fabrication de créances douteuses" et à coup sûr, une histoire qui va "sciemment" se répéter.

    On comprend mieux ce que fout la Goldman Sach à la tête de l’UE….

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