Art de la guerre monétaire et économique

La «guérilla économique» contre la Russie place les banques suisses en d’alerte

La «guérilla économique» contre la Russie place les banques suisses en d’alerte

A Washington, les parlementaires autorisent l’administration Obama à étendre sa liste noire visant les oligarques russes proches du pouvoir. «La place genevoise passe sa clientèle russe au peigne fin», témoigne Gagik Sargsyan, responsable du bureau d’analyse Polixis. Ce dernier évoque une «guérilla économique larvée» contre Moscou.

Dans la nuit de mercredi, une «loi de soutien à l’Ukraine» a été votée par les parlementaires américains. Le texte ne se limite pas à valider l’aide d’un milliard de dollars promise à Kiev. Ni à allouer une enveloppe de 50 millions au «soutien de la démocratie» – via des mesures comme l’appui aux «médias indépendants». Pas plus qu’il ne se borne à octroyer 10 millions de dollars pour la couverture des émetteurs de Voice of America et Radio Free Europe dans l’est ukrainien, pro-russe.

La loi HR 4278 se focalise tout autant sur la «récupération de l’argent issu de la corruption en Ukraine». Et exhorte l’administration américaine à fournir une «aide d’urgence» à Kiev, ceci afin «d’identifier et de récupérer» l’argent «manquant [des caisses de] l’Etat ou lié aux soupçons de corruption de l’ancien président Ianoukovitch». Un ordre qui résonne en Suisse, alors que les avoirs bancaires de 20 responsables ukrainiens ont été gelés fin février. Et que, à Genève, le fils de l’ex-chef d’Etat est visé par une enquête pour blanchiment.

Une bonne partie de l’«Ukraine Support Act» apparaît surtout comme un feu vert à de futures sanctions à l’encontre des milieux économiques russes. Celles-ci passent notamment par «l’élargissement de la liste noire des hommes d’affaires ou des oligarques considérés comme proches du Kremlin par les Etats-Unis», relève Gagik Sargsyan, responsable du bureau Polixis, spécialisé dans l’analyse des risques liés à l’ex-URSS.

La cinquantaine de pages du texte entériné par la Chambre des représentants permet en effet au président Obama d’instaurer, par le biais du Trésor, le «blocage d’actifs» et la «privation de visa» à des «responsables politiques ou leurs proches associés». Et ce afin de sanctionner tout responsable économique russe soupçonné d’abus de biens publics ou sociaux ainsi que de corruption.

La loi américaine adoptée il y a quarante-huit heures cite en exemple, mais sans les nommer, les «quatre individus et l’insti­tution financière» placés sur liste noire le 20 mars. Parmi ces derniers figure Gennady Timchenko, le cofondateur de Gunvor – groupe de négoce pétrolier basé à Genève –, présenté comme un proche du président russe. Ce dernier a dû se séparer d’urgence de ses parts, afin de protéger son groupe. A ses côtés, les frères Rotenberg, actifs dans le BTP. Mais aussi celui qui a été présenté comme le «caissier» de Vladimir Poutine, Iouri Kovaltchouk, l’un des principaux actionnaires de la banque Rossiya, institution également sur la liste noire.

Actuellement 24 officiels ou patrons russes sont dans le collimateur des sanctions américaines et 33 dans celui de l’Union européenne. Si la Suisse n’a pas dressé de liste noire, elle vient d’interdire à ses banques d’accepter comme nouveau client des personnalités de la liste noire européenne (lire ci-dessous). «Cette loi a une conséquence très concrète à Genève: elle force les banques à passer de nouveau au peigne fin leurs clients russes de type PEP [ndlr: politiquement exposé] même quand ils ne figurent pas techniquement dans les listes américaines; ceci afin de soupeser le risque juridique que pourraient poser ces comptes», souffle le patron de l’agence Polixis.

Depuis la dispersion des troupes russes réunies à la frontière orientale de l’Ukraine, en début de semaine, l’heure semblait à l’apaisement. «La guerre économique ouverte – du type de celle livrée à l’Iran – cède la place à une guérilla larvée promise à Moscou», relève Gagik Sargsyan. Ces derniers jours, les mesures à l’encontre de Moscou, sans lien apparent entre elles, se sont multipliées. Un embargo a été décrété sur la fourniture à la Russie de services en lien avec la défense. Le bureau Polixis cite de son côté «le report de la signature» de l’accord d’échange de renseignements fiscaux Fatca entre Moscou et Washington, prévu pour l’été prochain. Mardi, un transfert de l’ambassade russe au Kazakhstan vers la compagnie d’assurance Sogaz a été annulé par la banque américaine JPMorgan.

Par Pierre-Alexandre Sallier/ Le Temps avril 2014

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/6fe2b886-ba92-11e3-a680-bce2e30a827d/La_gu�rilla_�conomique_contre_la_Russie_place_les_banques_en_dalerte

Berne interdit l’ouverture de compte à 33 personnalités Par Denis Masmejan

La Suisse veut éviter que ses banques soient utilisées pour contourner les sanctions européennes

Les banques suisses n’ont plus le droit, depuis mercredi 18h, d’accepter comme nouveau client l’une des 33 personnes figurant sur les listes noires de l’Union européenne (UE).

Le Conseil fédéral a adopté et mis en vigueur mercredi le dispositif ­annoncé la semaine dernière (LT du 27.03.2014). Sans s’associer directement aux mesures décidées par Bruxelles, la Suisse, avait souligné le président de la Confédération, Didier Burkhalter, doit veiller à ce que sa place financière ne soit pas utilisée pour contourner les sanctions européennes décrétées contre la Russie.

Il est désormais interdit aux ­intermédiaires financiers suisses d’ouvrir une nouvelle relation ­d’affaires non seulement avec les personnes figurant sur les listes de l’UE mais aussi avec toute entité œuvrant en leur nom ou agissant sous leur contrôle. Les personnes ­visées sont des officiels russes ou ukrainiens réputés proches du pouvoir de Moscou. Contrairement aux Etats-Unis, l’UE n’a pas fait figurer sur ses listes des hommes d’affaires en tant que tels.

Les clients actuels peuvent rester

Quant aux relations d’affaires déjà existantes, elles restent licites. Les banques n’ont pas à les interrompre mais doivent les annoncer au Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco). Seule la relation d’affaires, son bénéficiaire et le montant des avoirs doivent être déclarés, non les transactions effectuées, précise Marie Avet, porte-parole du Seco. Celui-ci garde néanmoins le droit, en vertu de la loi sur les embargos, d’exiger toute information nécessaire à «l’appréciation globale d’un cas ou à un contrôle».

Dans la mesure où l’UE a déjà décrété le gel des avoirs des personnes figurant sur les listes, un transfert de ces fonds vers la Suisse n’est de toute façon plus possible. Les transferts depuis d’autres pays ne peuvent être effectués que si la personne dispose déjà d’un compte en Suisse. Dans le cas contraire, dès lors qu’elle figure sur les listes européennes, aucune banque suisse ne pourra plus ouvrir un compte. Le Conseil fédéral se réserve le droit de prendre de nouvelles mesures si l’évolution de la situation l’exige.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/6f6d1a22-ba92-11e3-a680-bce2e30a827d/Berne_interdit_louverture_de_compte_�_33_personnalit�s

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La Russie augmente le prix du gaz de plus de 30% pour l’Ukraine

Alors que les pays de l’OTAN discutent de la stratégie à adopter vis-à-vis de la situation en Ukraine, le géant russe Gazprom a mis fin au rabais accordé au pays. Une autre ristourne serait bientôt elle aussi annulée

Le patron du géant russe Gazprom, Alexeï Miller, a annoncé mettre fin au rabais accordé en décembre à Kiev en échange de son renoncement à un accord avec l’Union européenne, ce qui augmente le prix de plus d’un tiers, à 385,50 dollars les 1000 mètres cubes.

Après la chute fin février du président Viktor Ianoukovitch et la mise en place d’un pouvoir pro-européen, Gazprom avait averti qu’il reviendrait dès le deuxième trimestre sur cette réduction et ferait payer l’Ukraine au prix fort.

La réduction avait été accordée en décembre dans le cadre d’un vaste plan d’aide financière de 15 milliards de dollars, qui est désormais caduque.

«C’est une déclaration tout à fait attendue», a réagi le patron du groupe gazier ukrainien Naftogaz Andriï Kobolev.

Kiev est toutefois sous la menace d’une hausse encore plus forte: les autorités russes ont en effet fait savoir qu’elles pourraient mettre fin à une autre ristourne de 100 dollars, accordée en avril 2010 dans le cadre d’un accord sur la prolongation du bail de la flotte de la mer Noire dans sa base historique de Sébastopol, en Crimée.

Cela ferait passer le gaz russe à environ 480 dollars les 1000 mètres cubes, l’un des tarifs les plus élevés appliqués aux pays européens, alors que l’Ukraine est en grande difficulté économique et compte désormais sur une aide occidentale et du Fonds monétaire international (FMI).

L’accord sur la flotte de la mer Noire est actuellement en cours de dénonciation, Moscou arguant qu’il n’a plus lieu d’être, la Crimée ayant été rattachée en mars à la Russie.

 AFP 1/4/2014

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