Behaviorisme et Finance Comportementale

Les dérives chinoises de la finance de l’ombre révélées!

Les dérives chinoises de la finance de l’ombre révélées!

Dans la province du Jiangsu, des centaines de clients d’une banque se sont précipités pour récupérer leurs fonds. Reportage sur un mouvement qui inquiète autant les autorités locales que le pouvoir central chinois

On a connu message d’accueil plus engageant. A l’entrée de cette antenne de la banque rurale et commerciale de Sheyang, à quelques centaines de kilomètres au nord de Shanghai, des caractères rouges défilent sur l’écran électronique géant. «Nous sommes une banque agréée par l’Etat. La police a interpellé et incarcéré un individu prénommé Cai. La police vous met en garde et vous invite à ne pas propager les rumeurs. Nous garantissons à nos clients qu’ils peuvent retirer de l’argent à tout moment.» D’un peu partout dans le quartier, des quidams surgissent et viennent lire les pancartes qui martèlent le même message. Deux paysans, un éboueur, un entrepreneur local, quelques mamies débonnaires: tous ont suivi de très près le mouvement de panique dont a été victime cette banque il y a dix jours.

Mme Liu, par exemple, a eu le temps d’avoir très peur. Elle vient de remettre son argent à la banque, mais, trois jours plus tôt, comme tant d’autres, elle avait fait la queue, ici même, jusqu’à 4 heures du matin, pour retirer tous ses avoirs. Ses voisins lui avaient dit que la banque de Sheyang allait faire faillite. «Evidemment que je les ai crus, il y a tant d’affaires de ce genre en ce moment», raconte-t-elle.

A quelques kilomètres de là, une autre devanture fait froid dans le dos. Des avis de factures d’eau impayées sur la vitre et, derrière la vitre, des locaux abandonnés en panique. Un commerçant situé en face se souvient: «C’était au moment du Nouvel An chinois. Il y avait des centaines de personnes sur le trottoir.» Hu Jin en était. Et il n’a pas pu récupérer un sou des économies que sa mère avait placées dans cette banque à mi-chemin entre la finance informelle et l’institution officielle. «Le patron de cette coopérative a disparu du jour au lendemain et nous avons tout perdu», résume-t-il, amer. A ses côtés, une femme a dû dire adieu aux 200 000 yuans qu’elle stockait pour le futur appartement de son fils. Un homme raconte que toutes les économies qu’avaient mises de côté ses parents pour leur retraite sont aussi parties en fumée. «Que peut-on faire?» se lamente l’un des épargnants malheureux. «A chaque fois que nous nous rendons dans les locaux du gouvernement local, nous sommes repoussés par la police», résume-t-il.

Le gouvernement du district serait peut-être plus accueillant s’il s’agissait d’un cas isolé. Mais, à en croire un patron local, à la tête d’un groupe diversifié, c’est en réalité une véritable débandade qui s’est produite, ces derniers mois, dans la finance informelle. Dans cette province du Jiangsu, qui est aujourd’hui l’une des plus endettées de Chine, il est devenu possible, à condition de récolter une somme suffisante, de créer des banques coopératives reconnues par l’Etat. Il suffit de déambuler dans les rues de Yancheng, où se déroulent les faits, pour constater que le succès a été au rendez-vous. Du moins au début, car parmi les nombreuses devantures qui proposent du «crédit facile», plus d’une a désormais le rideau tiré… «Il y en a 80% qui ont fermé», tranche ce patron.

L’objectif de ces officines était louable: puisque les ménages rechignent à placer leurs économies dans des banques qui rémunèrent mal l’épargne, mieux vaut prendre l’argent là où il se trouve et créer des structures ad hoc qui se chargeront de financer les PME et les paysans, trop souvent négligés par les grandes banques. Mais, comme le découvrent subitement les habitants de la ville de Yancheng, il y avait un double vice caché. D’une part, le métier de banquier ne s’improvise pas, et les coopératives de crédit tenues par des escrocs ou des incompétents ont pullulé. Dans ces conditions, le coup de froid conjoncturel a été fatal. D’autre part, le tampon des autorités dont se targuaient ces banques atypiques a été mal interprété: les gouvernements ne se sont jamais portés garants des sommes confiées à ces institutions. Dans le cas de la coopérative où la mère de Hu Jin a tout perdu, l’institution avait même reçu, un mois avant son effondrement, un nouveau certificat des autorités assurant de sa solidité. «Comment croire qu’il n’y a pas eu corruption?» s’étrangle un homme qui a vu s’envoler ses économies. Chez certains, la théorie du complot va plus loin encore: «Après tout, peut-être que les autorités locales étaient main dans la main avec le patron de la coopérative, et que c’était simplement une façon pour elles de renflouer leur dette…»

Aujourd’hui, c’est l’hécatombe. La confiance s’est écroulée, plusieurs patrons ont pris la fuite. Comme l’avoue le fondateur d’une des 138 structures de financement: «Plus personne ne me confie d’argent, au contraire, les gens récupèrent leurs fonds et je vais bientôt fermer.» Son dossier ira s’ajouter à la pile de contentieux de ce type qui encombrent actuellement le tribunal de la ville…

Comme le montre l’accueil peu clément des autorités face aux particuliers demandant d’être remboursés, l’enjeu pour Pékin n’est pas le dédommagement. Tout à son objectif de stabilité, le pouvoir central espère surtout construire des digues solides évitant que le stress se propage à la finance classique. La ruée bancaire qu’a connue, la semaine dernière, la petite banque de Sheyang en dit long sur l’urgence de s’attaquer à la remise en ordre de la finance de l’ombre chinoise, qui pèse entre 1600 et 5000 milliards de dollars selon les estimations. Avant que celle-ci ne devienne totalement incontrôlable.

Par Gabriel Grésillon Yancheng/ Le Temps 3/4/14 

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/11383214-ba85-11e3-a680-bce2e30a827d/Les_d�rives_chinoises_de_la_finance_de_lombre_r�v�l�es

Les banques chinoises, colosses aux pieds d’argile

Les résultats en 2013 affichent de nouveaux records. Mais la qualité des bilans se détériore

Toujours plus de records, et toujours plus d’inquiétudes. La présentation des résultats des grandes banques chinoises, qui s’est échelonnée au cours des derniers jours, a donné lieu, comme ces trois dernières années, à autant de superlatifs que d’interrogations.

En matière de superlatifs, les bénéfices affichés par les cinq mastodontes du secteur atteignent de nouveaux sommets. A 862 milliards de yuans, ils franchissent tout juste la barre symbolique des 100 milliards d’euros. Cela représente une hausse de près de 13% sur un an et témoigne de la position confortable dont jouissent les banques chinoises, protégées par une législation qui continue de maintenir, entre taux de dépôts et taux de crédits, une marge qui leur garantit de confortables revenus.

Perspectives défavorables

Malgré tout, les nuages s’amoncellent sur le paysage bancaire chinois. Si l’on excepte Bank of China, la quatrième du classement, qui tire profit de sa plus grande exposition aux marchés internationaux, toutes les grandes institutions financières affichent en 2013 un taux de croissance inférieur à l’année précédente. Une conséquence directe du ralentissement économique. Plus encore, c’est la qualité de leur bilan qui, tendanciellement, se dégrade. Toutes présentent ainsi, à la fin de 2013, des taux de créances douteuses en hausse, quoique dans des proportions qui restent raisonnables en apparence. Mais que les observateurs indépendants jugent, en réalité, plus élevées. En témoignent les stratégies que mettent en place les banques chinoises pour extraire de leur bilan une partie de ces prêts. Bank of China va notamment en vendre une partie à sa banque d’investissement.

S’il fallait une seule preuve de la fébrilité avec laquelle sont observées les banques chinoises, ce serait celle-ci: leur valorisation boursière atteint des niveaux extrêmement bas. Elle s’établit actuellement à 0,85% de leur valeur comptable. De fait, aucune des tendances actuellement à l’œuvre dans le paysage financier chinois ne permet d’être excessivement optimiste à leur égard. Ni le renforcement des normes prudentielles, qui selon Mizuho Securities va forcer les quatre grandes institutions à trouver 87 milliards de dollars d’ici à 2019. Ni le contexte concurrentiel: il est caractérisé simultanément par l’intrusion subite des géants d’Internet sur ce marché et par l’inéluctable libéralisation progressive des taux d’intérêt, qui accentuera la compétition entre banques. Ni, enfin, la conjoncture, qui pèse négativement à double titre: en limitant la demande de nouveaux crédits – ceux-ci ont connu, en 2013, leur plus faible progression depuis 2005 –, et en pesant sur la capacité de remboursement des sociétés les plus fragiles.

Ces derniers mois, plusieurs événements importants sont venus confirmer que la fragilité des entreprises était à la hausse. Un groupe intervenant dans l’industrie solaire, Chaori, a fait défaut sur le paiement des intérêts sur des obligations qu’il avait émises, une première dans le pays. Mardi, on a appris qu’une autre société, dans le secteur de la construction cette fois, venait de connaître un scénario similaire. Et à la mi-mars, c’est un promoteur immobilier qui a fait faillite, dans la province du Zhejiang, au sud de Shanghai. Tout porte donc à penser que l’équation chinoise se complique: si la poursuite du scénario de croissance du pays dépendra en partie de la bonne tenue de son système financier, celui-ci semble plus que jamais à la merci de tout dérapage conjoncturel…

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/04b8fa46-ba85-11e3-a680-bce2e30a827d/Les_banques_chinoises_colosses_aux_pieds_dargile

2 replies »

  1. Hum ! Au risque de "déranger" qq peu (pas ici mais ailleurs certainement !) …
    je me permet de rappeler ce ratio :

    Le (peu connu) RATIO COOKE !

    Celui qui impose (en théorie tout du moins) une couverture de fonds de 8%
    POUR TOUTES LES BANQUES (considérés telles) DE LA PLANÈTE TERRE …

    8% ? Pensez y bien !

    En théorie (brumeuse et malséante c’est vrai)
    92% DES DÉPOSANTS VONT/PEUVENT L’AVOIR DANS L’BABA ?

    Enfin ça, c’est si ça va très mal ?

    Heureusement ce n’est pas le cas n’est-ce pas ?

    Vous avez eu peur hein ?

    Vous voyez ? Fallait pas ?

    Hihihihihihihi !!!

    J'aime

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