Crony Capitalism

Les rouages de l’arnaque Madoff démontés en cinq mois de procès

Les rouages de l’arnaque Madoff démontés en cinq mois de procès

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Depuis le début des années 70, des milliers d’investisseurs ont cru en la maestria boursière de Bernard Madoff, un personnage respecté de Wall Street ayant un temps présidé la bourse du Nasdaq. La promesse? Des rendements réguliers même en période de creux économiques. Rendements en réalité versés à partir des dépôts des nouveaux clients. Résultat, 17,5 milliards de dollars sont partis en fumée lorsque cette pyramide s’est écroulée le 11 décembre 2008, la crise conduisant un nombre trop important de clients à solder leur «placement». A cela s’ajoutent 47 milliards de plus-values n’ayant jamais existé que la clientèle croyait avoir en compte lors de l’implosion.

  • A New York, cinq collaborateurs de l’escroc ont été reconnus coupables par un jury populaire. Les moments clés des audiences relatés par les comptes-rendus de Bloomberg

 Annette B. a commencé à travailler dans cette officine de courtage de Manhattan un matin de 1968. Elle a dix-huit ans et ne se doute pas qu’elle finira par diriger l’entité de gestion d’actifs au centre d’une gigantesque arnaque pyramidale. Résultat: au lieu de couler une retraite dorée, Annette B. fait aujourd’hui partie des membres de la direction de la Bernard L. Madoff Investment Services reconnus coupables lundi soir à New York. A l’issue de cinq mois de procès.

Tous les prévenus avaient été recrutés sans expérience, au sortir de l’école secondaire. Mais aux yeux des jurés, ni leur soi-disant ignorance, pas plus que le fait de s’être vu cantonnés à une tâche précise empêchant de comprendre ce que faisait leur «boîte», ne les disculpent. Pour les jurés, le bon sens aurait dû prévaloir. Surtout lorsque, à l’instar d’Annette B., ces employés de Bernard Madoff émargeaient à 600 000 dollars par an, roulaient en Bentley et disposaient de 50 millions sur leur compte-titres «perso» ouvert au sein de la firme. Leur aveuglement, au final, a été interprété comme une preuve de complicité. Tous encourent jusqu’à 20 ans de prison. Les peines seront prononcées à partir du 28 juin. Retour, grâce aux comptes-rendus d’audiences de Bloomberg, sur le fonctionnement délirant d’une firme de 200 personnes baignant dans le mensonge.

-6 mars 2014 – Les accusés se déchirent. Ils qualifient Frank D., l’ex-directeur financier, de «menteur de sang-froid». Interrogé durant douze jours d’affilée en février, Franck D. a admis avoir compris dès 1975 – lorsqu’il a rejoint Madoff en sortant du gymnase – qu’il était «impossible de ne pas savoir» que les comptes-rendus de placements étaient inventés.

-28 février 2014 – Annette B. décrit comment elle a, quarante ans durant, inondé la rédaction de millions de faux comptes-rendus servis aux clients. En s’inspirant de cours des jours précédents. Puis en antidatant les pseudo-ordres passés. A l’origine, elle pioche, une fois par mois, dans une boîte où sont rangés des bristols. Le rideau de fumée permet de cacher que les plus-values versées aux anciens clients sont ponctionnées sur les dépôts des nouveaux.

-10 décembre 2013 – Témoignage sur les diamants exigés en paiement par deux informaticiens en 2006. Les audits de la SEC – le gendarme financier américain – les rendent nerveux.

-9 décembre 2013 – Le bras droit de Madoff livre un récit surréaliste des jours avant la faillite. Le patron l’appelle dans son bureau, après une journée «à regarder par la fenêtre». Il se retourne, pleure et dit être «au bout de la route»: il a réalisé qu’un retrait de 250 millions de dollars de la firme genevoise Optimal «conduira à l’effondrement du château de cartes».

-27 novembre 2013 – Annette B. se souvient de la consigne donnée à ses équipes fin 2008, avant l’arrestation de Madoff: ne pas évoquer ces chèques libellés par centaines de millions de dollars au nom de la famille ou des plus anciens clients.

 Pierre-Alexandre Sallier/ Le Temps 26/3/2014

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/f17b6a4e-b459-11e3-bd54-27fe6024ac9f/Les_rouages_de_larnaque_Madoff_d�mont�s_en_cinq_mois_de_proc�s

Entretien avec Madoff après 5 ans derrière les barreaux 

 Bernard Madoff a accepté d’accorder une entrevue à Politico de la prison de Butner en Caroline du Nord où il est incarcéré depuis cinq ans. Il y a encore d’autres « mauvais joueurs comme moi » qui s’en sortent avec un énorme système de Ponzi, a-t-il dit à la journaliste de Politico. 

Ce n’est pas la première entrevue que Bernard Madoff accorde depuis qu’il a été déclaré coupable d’une fraude d’investissement gigantesque impliquant les avoirs de milliers de clients. Il s’agirait de la cinquième en fait selon de décompte de ce dernier. 

Dans l’entrevue avec Politico, il y va de conseils pour les investisseurs en leur suggérant notamment de rester loin de la bourse. La journaliste qui a obtenu un entretien de trois heures avec le criminel financier rapporte toutefois que Bernard Madoff, 75 ans « n’exprime aucun regret particulier pour la dévastation incommensurable qu’il a causé à ses clients et à plusieurs œuvres de charité juives ». « Je ne crois pas avoir trahi les juifs », a-t-il dit.

 Bien qu’il se dise désolé des actes qu’il a commis, le message qu’il a essayé de faire passer, selon la journaliste, est que « ses crimes ont été exagérés et que ses efforts pour essayer de rembourser ses victimes ont été ignorés ». 

Sa perspective est que des pertes engendrés par le schéma de Ponzi qu’il a mis en place, 16 G$ US ont été retrouvés et que cette somme « couvre plus que le capital de base investi par ses clients ». « Dans les faits, ils ont obtenu un retour sur investissement », dit-il. Il évalue même que la somme fraudée se chiffre plutôt à près de 10 G$ US. Selon Politico, Irving Picard l’administrateur en charge de retourner l’argent aux victimes estime quant à lui que le montant fraudé tourne autour de 20 G$ US et que la moitié de cette somme a été ou est en voie d’être retrouvée par les clients. 

Bernard Madoff consulte un psychiatre en prison, mais ne croit pas qu’il doive changer : « Il n’y a rien que je puisse changer. Je ne me suis jamais considéré comme une mauvaise personne. J’ai fait une terrible erreur et je suis désolée. » 

Prison confortable 

Bernard Madoff insiste pour dire que l’ajustement de la « vie normale » à la vie derrière les barreaux s’est bien déroulé pour lui. « C’est très joli en fait, c’est plus comme un campus universitaire », considère-t-il. Il consomme par contre plusieurs médicaments entre autres pour l’anxiété. 

La journaliste de Politco raconte que le criminel parlait même au gardien de prison à ses côtés comme s’il était son patron. Néanmoins, il dit « n’avoir plus aucune raison de vivre » depuis que ses fils et sa femme se sont distancés de lui. 

Le système de justice n’a pas tout à fait terminé de travailler sur le cas Madoff. Après un procès de cinq mois, un jury est présentement en train de délibérer pour déterminer si cinq des anciens employés de ses anciens employés ont participé à la fraude. Leur ex-patron affirme que ceux-ci ne savaient rien de l’escroquerie et qu’ils ne faisaient que « suivre les instructions ». Bernard Madoff purge quant à lui une sentence de 150 ans.

21.03.2014 -- Marie-Claude Frenette Finances&Investissements 

http://www.finance-investissement.com/entretien-avec-madoff-apr-s-5-ans-derri-re-les-barreaux/a/55534

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