Le Temps

Michael Lewis et ses «Flash Boys» déclenchent une curieuse tempête aux Etats-Unis

Michael Lewis et ses «Flash Boys» déclenchent une curieuse tempête aux Etats-Unis

 Le dernier livre de l’auteur américain Michael Lewis s’attaque au trading à haute fréquence, qu’il juge «truqué». Et provoque une polémique pas tout à fait justifiée

EN LIENS: Le FBI enquête à son tour sur le trading à haute fréquence, Michael Lewis en dénonce le fonctionnement dans son nouveau livre

Mister Market and Doctor Conjoncture du Mercredi 9 Avril 2014 : Et Flash Boy? Un trou de plus dans la confiance! Par Bruno Bertez

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"La fièvre a commencé à monter le 31 mars. Sur la chaîne américaine CBS. L’émission phare 60 minutes, qui revendique quelque 12 millions de téléspectateurs chaque semaine, a dégoupillé la grenade de Michael Lewis. L’auteur à succès (par exemple Poker menteur, l’histoire vraie d’un golden boy, plus de 700 000 exemplaires vendus) a lâché sa phrase «le marché est truqué». Repris en boucle depuis, par le Wall Street Journal, le Financial Times, Bloomberg, etc., ces quatre mots ont magnifiquement servi la cause de son nouveau livre, Flash Boys 1. Un plan marketing alimenté aussi par CNBC, la chaîne d’informations financières, qui a multiplié les débats en direct pour savoir si oui ou non le plus grand marché financier est manipulé.

Cette fois, Michael Lewis nous entraîne dans le monde du trading à haute fréquence, une finance qui permet d’acheter et de vendre des actions, des devises, des options, des matières premières, bref, presque n’importe quel instrument financier. En quelques millisecondes, soit bien plus vite qu’un clin d’œil. Avec pour seul but de tromper l’investisseur lambda, la caisse de pension ou le bon père de famille qui, eux, fonctionnent encore dans un espace-temps humain, écrit-il.

Trois récits particulièrement fouillés marquent ce nouveau livre (l’auteur de ces lignes, et coauteur deKrach Machine 2, aussi sur ce sujet, a évidemment un conflit d’intérêts; le lecteur est averti).

Le premier récit est celui de l’incroyable aventure de Spread Networks. C’est tout le talent et le travail de Michael Lewis. Retracer dans leurs moindres détails les étapes qui ont conduit à la construction, à la fin des années 2000, de 827 miles (1330 km) de fibre optique entre Chicago et le New Jersey; 300 millions de dollars dépensés pour permettre aux données de faire l’aller-retour en 13 millisecondes. Une vitesse inégalée permettant de capturer les écarts de prix entre les actions, à New York, et leurs dérivés (options, future), à Chicago, et de réaliser jusqu’à 20 milliards de dollars de gains, selon les estimations citées.

La naissance de IEX constitue le second récit marquant. A Wall Street, des traders à l’ancienne de Royal Bank of Canada réalisent que de nouveaux acteurs, invisibles et très rapides, rendent leur vie impossible. Sitôt qu’un ordre d’achat, ou de vente, est envoyé, la quantité de titres disponibles affichée sur l’écran disparaît. Parce que les traders à haute fréquence les ont doublés, enragent-ils. Les banquiers de RBC se révolteront en créant leur propre place boursière (IEX), qui impose un délai de 350 millisecondes à chaque transaction. Autant dire une éternité dans le monde du HFT, afin de réduire à néant la course à la vitesse. Eux aussi ont bénéficié d’un joli coup de pub grâce à Flash Boys!

Enfin, Michael Lewis est retourné voir Sergey Aleynikov. Programmeur réputé, ce Russe est bien connu du monde de la finance à haute fréquence. Surtout pour avoir été arrêté en 2009 par le FBI. Serge, comme l’appelle Michael Lewis, venait de quitter Goldman Sachs. Or la grande banque d’affaires l’accusait d’avoir emporté avec lui des lignes de code pouvant «manipuler le marché d’une façon injuste». Le Russe sera condamné à de la prison, puis libéré après avoir fait appel. Michael Lewis non seulement raconte les conditions particulièrement problématiques de son arrestation (un FBI aux ordres de Goldman Sachs) et de son premier procès (totalement inéquitable). Il a aussi organisé un «vrai» procès, avec un jury composé cette fois de professionnels du HFT. Goldman Sachs, souvent présentée dans le livre sous son bon jour, au contraire d’UBS ou de Credit Suisse par exemple, apparaît là au contraire comme ce que l’on connaît ou suppose de pire à son sujet. Et en même temps elle n’échappe pas au ridicule: les dirigeants de LA banque, comme on l’appelle aussi, ne comprenaient pas grand-chose au HFT."

Source le Temps 12/4/2014

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/51f27954-c1a1-11e3-baea-9b676e0ffb93/Les_Flash_Boys_d%C3%A9clenchent_une_curieuse_temp%C3%AAte_aux_Etats-Unis

5 replies »

  1. @the WOLF. Je ne comprends pas pourquoi vous estimez cette polémique pas vraiment justifiée.

    LE THF constitue un véritable scandale et la preuve de l’existence d’une véritable mafia puisque non seulement une poignée d’ acteurs en sont les auteurs mais surtout bénéficie de la complicité des bourses censés rendre un service d’intérêt général…

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    • @Seb Vous avez donnez la réponse, la polémique n’est donc pas justifiée, ni justifiable…à condition bien sur de se placer du point de vue du contenu du livre de Lewis….

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  2. […] stratégies de transactions à hautes fréquences ne sont pas nécessairement garantes de profits. Premièrement, Michael Lewis, cite des études qui démontrent que les coûts des stratégies de tra…. Pour une seule stratégie, le coût annuel dépasse 1 G$. Ces sommes vont engraisser les poches de […]

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