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Sanctions

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La Russie est sous le coup des sanctions euro-américaines. La Suisse fait bien de rester à l’écart du mouvement, estime Marie-Hélène Miauton

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Les sanctions pleuvent sur la Russie. Ce furent d’abord les Américains qui s’y lancèrent. La punition, ils aiment cela, c’est leur côté moraliste. Selon Larousse, une sanction est une mesure répressive infligée par une autorité pour l’inexécution d’un ordre, l’inobservation d’un règlement ou d’une loi. Il arrive pourtant que le sanctionné, Poutine actuellement, refuse de reconnaître cette autorité supérieure et la pertinence de la loi qu’on lui oppose. Rappelons au passage l’inutilité des sanctions: en Irak, elles firent entre 500 000 et 1 500 000 victimes sans que cela empêche la guerre qui s’ensuivit ni la dramatique situation de ce pays aujourd’hui. Observons encore que, selon les intérêts de la «puissance supérieure», un pays peut passer du statut de voyou à celui d’ami, comme l’Iran récemment.

L’Amérique a beau jeu de jouer les gros bras avec une Russie dont elle ne dépend pas énergétiquement, avec laquelle elle commerce très peu et, surtout, qui est très éloignée de son territoire. C’est tout le contraire pour l’Union européenne. Paris rappelait opportunément cette semaine que six pays de l’Union dépendent à 100% du gaz russe et douze à 60%. Outre ces considérations d’ordre économique, l’UE aurait tout intérêt à entretenir de bonnes relations avec une Russie qui appartient au même continent, avec laquelle elle a beaucoup à partager, qui est son troisième partenaire commercial et avec qui elle a développé de nombreux accords de coopération. Sans doute les Etats-Unis le savent bien et cherchent pour cela à entraîner l’Europe dans un engrenage de sanctions auxquelles les grands pays membres commencent à rechigner.

La Suisse, elle, a tout à perdre et strictement rien à gagner à participer à ce mouvement, ce d’autant que, comme en Syrie d’ailleurs, il est bien difficile de départager le camp du bien et le camp du mal en Ukraine. Cette situation explosive est un extraordinaire cas d’école pour notre neutralité, ce d’autant que la Suisse préside l’OSCE au même moment. Le Conseil fédéral a donc décidé fin mars de ne pas se rallier aux sanctions tout en empêchant toutefois que la Suisse soit utilisée pour les contourner. En ces temps troublés, nos autorités se sont peut-être rappelé que la Russie, au moment de prendre la présidence du G20 en 2013, a offert à la Suisse une place au sein du concert des grandes nations alors qu’elle en était exclue par la volonté affirmée des Etats-Unis et de l’UE. Jusqu’ici, rien ne cloche.

Mais saurons-nous garder cette ligne jusqu’au bout alors que certains organisateurs de festival en Suisse parlent de boycotter des musiciens russes sous prétexte qu’ils ont signé la fameuse lettre de soutien à Poutine? Sans doute s’inspirent-ils de Munich qui envisage de rompre son contrat de chef d’orchestre avec Valery Gergiev pour cette même raison! En même temps, Ger­hard Schroeder est au conseil d’administration de Gazprom et l’un des meilleurs amis internationaux de Poutine. Pour lui, quelle sanction?

PAR MARIE-HÉLÈNE MIAUTON/ Le Temps 3/5/2014

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/2d7daad0-d146-11e3-9e49-58295b2edc48/Sanctions

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