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Marc Faber:  » Il faut savoir si l’objectif est d’atteindre une croissance aussi forte que possible ou de maintenir un standard de vie aussi élevé que possible »

Marc Faber: «  Il faut savoir si l’objectif est d’atteindre une croissance aussi forte que possible ou de maintenir un standard de vie aussi élevé que possible »

EN LIEN: Marc Faber : le FMI, ces escrocs…

Célèbre pour sa lettre financière mensuelle intitulée Gloom, Boom & Doom Report, Marc Faber avait prédit le krach boursier de 1987, la chute des actions japonaises deux années plus tard et la crise des subprimes. Bilan a profité de sa venue à Tokyo, où il participait à une séance du conseil d’administration d’Indochina Capital, afin de l’interroger sur sa vision des économies japonaise et mondiale.

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ENTRETIEN Réalisé par Daniel Eskenazy/ Bilan 8/5/14

L’an dernier, le premier ministre japonais Shinzo Abe a lancé son programme économique baptisé Abenomics. L’assouplissement monétaire et la politique de relance fiscale ont été facilement implémentés, mais les réformes structurelles sont maigres. Pensez-vous que Shinzo Abe soit capable de réformer le Japon?

C’est une grande question de savoir dans quelle mesure un gouvernement peut changer une société. Que peut-on modifier au Japon? La population est vieillissante, les infrastructures ont en grande partie été réalisées. Pour moi, la seule réforme qui pourrait être entreprise ici serait de botter les fesses des Japonais pour qu’ils deviennent plus entreprenants.

J’aime les Japonais pour leur politesse et leur respect des autres, mais ils ont nettement moins l’esprit d’entrepreneurs que les Coréens. Cela constitue un obstacle majeur à la croissance économique du Japon. Leur faire changer d’état d’esprit me semble extrêmement difficile.

En 2013, l’impact des Abenomics a été incroyable. Le Nikkei, par exemple, s’est envolé de près de 60%, le yen s’est considérablement affaibli face au dollar. Que pensez-vous des conséquences à long terme de la politique du Gouvernement japonais actuel?

 Je remets en question la politique monétaire de la Banque du Japon visant à imprimer des billets pour affaiblir la monnaie, car le principal problème de ce pays, c’est le manque d’entrepreneuriat. A moins d’avoir une hausse significative des salaires, l’affaiblissement de la monnaie a un impact négatif sur l’économie. Les médias et les autres banques centrales ont dépeint le Japon d’après la bulle immobilière de 1989 comme un désastre. Ce n’est pas du tout une interprétation correcte de l’évolution de ce pays.

Je viens au Japon depuis 1973. En quarante ans, je n’ai jamais ressenti la dépression, le désastre complet que décrivent notamment les banquiers centraux. Et quand ils parlent de la catastrophe de la déflation, pour moi qui viens ici en tant qu’étranger, les prix n’ont pas diminué. En fait, les statistiques montrent que la performance économique du Japon n’a pas été mauvaise.

De son côté, le ménage japonais moyen a bénéficié depuis la fin des années 1980 d’une baisse des prix du terrain et des loyers. Il vit raisonnablement bien depuis plus de vingt ans. En Europe et aux Etats-Unis, le revenu réel, soit ajusté de l’inflation, a diminué dans la classe moyenne durant les vingt dernières années.

Le Japon peut-il générer une croissance durable avec une démographie déclinante, une immigration limitée et un développement de la Chine, son principal partenaire commercial, qui ralentit? 

La démographie n’est pas seulement en baisse. On assiste aussi au vieillissement de la population. La politique d’immigration est très restrictive. Est-ce mauvais ou pas pour le Japon? Si on est Japonais, comme si on est Suisse d’ailleurs, il faut savoir si l’objectif est d’atteindre une croissance aussi forte que possible ou de maintenir un standard de vie aussi élevé que possible. Je suis favorable à une immigration limitée.

On n’a pas besoin de 50 millions de personnes en Suisse. L’économiste Milton Friedman avait une juste vision en distinguant les immigrants qui viennent aux Etats-Unis pour travailler et construire leur vie et ceux qui viennent pour abuser du système. C’est un choix que la société doit faire. Au Japon, les gens ont choisi de maintenir leur standard de vie plutôt que de favoriser une immigration de masse. Je ne crois pas que la croissance soit quelque chose de désirable dans tous les pays du monde.

Pour sortir d’une longue déflation, la Banque du Japon s’est fixé un objectif de 2% d’inflation d’ici à 2015. Si elle y parvient, n’y a-t-il pas un danger de voir les taux d’intérêt s’apprécier, ce qui provoquerait une chute du Japon comparable à celle de la Grèce ou de l’Espagne?

Le gérant de hedge fund Kyle Bass a analysé en profondeur le Japon. Il estime que la prochaine grande crise mondiale pourrait venir de la faillite de l’archipel en raison d’une explosion du marché obligataire.  

Partagez-vous son avis?

La prochaine crise sera à mon avis liée à des obligations d’Etat. Leur taux d’intérêt augmentera, particulièrement au Japon. Cela signifie que la majorité des revenus du Gouvernement japonais seront destinés au remboursement des intérêts de la dette. De nouvelles émissions d’obligations devront être lancées et on ne sait pas comment ce jeu se terminera.

Ne craignez-vous pas une nouvelle crise des subprimes aux Etats-Unis?

Au début des subprimes, les pauvres pouvaient acquérir des biens sans avoir d’argent. Les prêts étaient encouragés par la Réserve fédérale américaine (Fed). Incidemment, Janet Yellen, l’actuelle présidente de la Fed, était entre 2005 et 2009 la présidente de la Banque de la Réserve fédérale de San Francisco. Elle était responsable de la Californie,de l’Arizona et du Nevada, autrement dit les trois Etats où la bulle immobilière a été la plus massive.

Je ne suis donc pas sûr qu’elle dispose des qualifications nécessaires pour être présidente de la Fed. De plus, aux Etats-Unis, les intérêts de la dette sont payés à un taux inférieur à 2%. S’ils augmentent à un niveau normal, le fardeau pourrait doubler à plus de 500  milliards de dollars par an, contre environ 260  milliards actuellement.

Cela augmentera donc considérablement la dette des Etats-Unis. Je suis sûr qu’une nouvelle crise se produira, mais il est difficile de dire quand et où exactement, car avec l’imprimante à billets, on peut retarder l’échéance.

Peu d’économistes ont anticipé les récents records de l’indice S&P et d’autres marchés. Vous attendez-vous à une correction?

Les leaders, comme Netflix, Twitter, Facebook, Amazon, ont déjà baissé de 20% par rapport à leur plus haut. Dans la 3D, les entreprises ont perdu plus de la moitié de leur valeur. Je ne pense donc pas que les marchés soient actuellement très sains. Il est trop tôt pour acheter dans les pays émergents et trop tard pour les Etats-Unis. Malgré cela, j’ai le sentiment qu’un investisseur avec un horizon de dix ans gagnera plus d’argent dans les marchés émergents qu’aux Etats-Unis.

Quels titres recommandez-vous?

Je peux vous citer des entreprises qui offrent des rendements sur dividende assez stables, de 6% à 7%. En Thaïlande, Thai Vegetable Oil offre 7%. BTS Trust, le groupe actif notamment dans le transport ferroviaire, offre même un dividende de 9%. True, entreprise active dans la téléphonie mobile et internet, c’est environ 8%.

A Singapour, les trusts immobiliers offrent 6%. Par ailleurs, les conditions économiques au Vietnam se sont améliorées. Cette année, la croissance atteint environ 15%. Nous vivons actuellement une correction, mais, fondamentalement, le Vietnam est un pays prometteur avec des marchés actions et immobiliers attractifs.

Dans le secteur bancaire, les bonus restent très élevés. Ce secteur n’a-t-il rien appris de la faillite de Lehman Brothers?

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Malheureusement, non. On aurait pu réduire considérablement les bonus avec un moyen très simple: laisser quelques banques faire faillite. Au contraire, les Etats les sauvent avec l’argent des contribuables. En renflouant les banques, les Etats permettent aux employés de percevoir des bonus.

On pourrait s’attendre à ce que les comités chargés des compensations mettent un frein, mais ils n’ont aucun intérêt à cela. Ils paient grassement des bonus aux managements et reçoivent en retour de l’argent de leur part. Je fais partie de plusieurs comités, je connais donc bien le système.

http://www.bilan.ch/economie-les-plus-de-la-redaction/marc-faber-predit-une-nouvelle-crise/page/0/1

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