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Marchés: Ce que révèle la vague actuelle de fusions-acquisitions

Marchés: Ce que révèle la vague actuelle de fusions-acquisitions

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Avec l’offre de 10 milliards de dollars faite par General Electric sur Alstom, les analystes se focalisent sur le « trésor de guerre » de 2 000 milliards de dollars (cela fait plein de zéros !) des entreprises américaines. Il est douillettement cantonné hors des frontières de la mère-patrie… et surtout hors de portée des appétits du fisc américain — lequel taxe les profits à 35%, ce qui est tout à fait comparable à ce qui se pratique en France mais s’avère légèrement supérieur au taux appliqué par l’Allemagne. 

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Avec 2 000 milliards de dollars, les entreprises américaines peuvent s’offrir la totalité des valeurs du CAC 40 (1 200 milliards d’euros ou 1 600 milliards de dollars) plus les 80 autres composantes du 120 (paiement cash de rigueur…). 

Bien sûr, on ne peut qu’être saisi de vertige devant une telle richesse des multinationales américaines alors que la croissance mondiale est loin de générer des montagnes de profits comme sur la période 2004/2007. 

Difficile d’écarter l’hypothèse qu’une partie de l’argent de la Fed a effectivement été capté sous forme de réserves de liquidités — lesquelles ne sont que marginalement converties en investissements productifs… et beaucoup en rachats de leurs propres titres (450 milliards de dollars en 2013). 

Plus de 4500 milliards US. C’est autant d’argent qui dort dans les coffres des entreprises américaines, européennes et japonaises, paralysées par la peur depuis la crise financière de 2008-2009. Mais elles seraient enfin prêtes à investir davantage dans l’économie. America inc. en a pour plus de 1500 milliards US. C’est au moins 1000 milliards d’euros sur le Vieux Continent. Et environ 2000 milliards US au Japon. En tout, plus de 4500 milliards US. C’est le fabuleux trésor de guerre – un record – que les entreprises du monde développé (hors du secteur financier) ont amassé depuis la crise financière américaine il y a cinq ans. Ces liquidités colossales dorment dans les coffres des sociétés, selon des rapports de la Réserve fédérale américaine (Fed), de la Banque centrale européenne (BCE) et de la Banque du Japon. Elles ne rapportent que très peu d’argent, vu les faibles taux d’intérêt, et ne créent aucun emploi ou presque.  Malgré leurs bénéfices records et leur «cash» retrouvé, beaucoup d’entreprises rechignent à investir dans la réfection de leurs usines, le lancement de produits innovateurs ou la conquête de nouveaux marchés.

Les actionnaires d’abord

Ces dernières années, outre pour regarnir leur compte de banque, les entreprises ont utilisé leurs profits records surtout pour une chose: rémunérer leurs actionnaires. Soit par des versements de dividendes. Soit par des rachats d’actions. Ou les deux. Environ le quart des profits ont ainsi été redirigés vers les actionnaires contre trois quarts pour les investissements (y compris la R et D) en Europe, selon la firme Goldman Sachs. Dans les années 90, les investissements accaparaient 90% des profits. Aux États-Unis, c’est pas mal la même chose. L’an dernier, les grandes sociétés de l’indice S&P 500 ont autorisé plus de 600 milliards US de rachats d’actions – un record. RICHARD DUPAUL  La Presse

La stratégie consiste bien à accroître le périmètre par croissance externe faute d’opportunités et de conjoncture porteuse 

La vague de fusions et méga-fusions (l’offre de Pfizer dévoilée hier valorise AstraZeneca 100 milliards de dollars) tend à démontrer que la stratégie consiste bien à accroître le périmètre par croissance externe faute d’opportunités et de conjoncture porteuse pour doper la croissance organique. 

Autrement dit, les fusions transnationales Publicis/Omnicom, Lafarge/Holcim, Peugeot/Dongfeng, Alstom/General Electric (peut-être Siemens récupérera-t-il au passage une activité délaissée par GE) ont une vocation « défensive ». Je peux même ajouter une motivation fiscale évidente puisque ces rachats vont s’accompagner d’un déplacement du siège social de France vers des cieux plus cléments (Suisse, Royaume-Uni, Luxembourg pour Arcelor…) en termes d’imposition sur les sociétés. Permalien de l'image intégrée

▪ Pourquoi de telles opérations ?

En ce qui concerne les moratoires sur les licenciements (General Electric s’engagerait à ne licencier personne), il ne faut pas être naïf et s’imaginer qu’aucun emploi ne sera perdu dans l’opération. Les entreprises américaines sont parfaitement rodées en matière « d’incitation au départ volontaire » (avec indemnités de départ généreuses pour échapper à la requalification de licenciement déguisé).

 Ce genre de pratique peut apparaître coûteux — et c’est bien le cas. Cependant, les charges afférentes sont déductibles et les actionnaires plébiscitent les licenciements boursiers s’ils sont créateurs de valeur. Dans le cas d’Alstom, cela tombe sous le sens puisqu’il s’agit de restaurer la rentabilité des activités Energie dans les délais les plus brefs (via des économies d’échelles et des délocalisations de production). 

Pourquoi en si peu de temps voit-on autant d’entreprises françaises passer sous pavillon « transnational » ? 

La réponse est double. 

D’abord parce que les « prédateurs » sont sommés de faire quelque chose de leur excès de liquidités. Un rapatriement vers le pays d’origine étant souvent trop coûteux fiscalement, il s’avère difficile de le redistribuer directement aux actionnaires, alors la solution de la croissance externe s’impose presque naturellement (et hop, envolés les bénéfices taxables)… Cela même si l’expérience nous enseigne que les méga-fusions sont rarement créatrices de valeur. 

Ensuite parce que comme le souligne avec pertinence l’économiste Elie Cohen, la France n’a pas la culture des grands conglomérats technologiques comme les Allemands, les Coréens ou les Japonais. 

▪ Du colbertisme à la schizophrénie

Nos financiers et stratèges — souvent sortis de l’ENA ou diplômés de Harvard — ont adopté le principe anglo-saxon des pure players (dont General Electric, United Techno, 3M ou Procter & Gamble sont pourtant des contre-exemples marquants). 

Nos grands patrons et leurs banquiers/conseil ont procédé ces dernières décennies au démantèlement de nos plus grands groupes industriels 

Nos grands patrons et leurs banquiers/conseil ont procédé ces dernières décennies au démantèlement de nos plus grands groupes industriels. Lorsqu’ils se sont avisés de succomber à des « visionnaires » comme Jean-Marie Messier — qui voulut faire de Vivendi un opérateur global (un conglomérat multinational de la communication) –, cela s’est effectivement très mal terminé. 

Elie Cohen ajoute : « notre pays est passé d’un modèle colbertiste et de noyaux durs à un système de marchés financiers ouvert mais dépourvu de fonds de pension, c’est-à-dire d’investisseurs institutionnels locaux capables de gérer leurs portefeuilles dans la durée […] et Bouygues n’a pas les poches assez profondes pour accompagner Alstom dans la durée ».

 L’Etat français, quant à lui, balance en permanence entre la mise en avant du credo de l’attractivité — en ouvrant le capital de nos fleurons industriels à tous les types d’investisseurs — et l’ambition créer des champions nationaux (en prenant soin de les mettre à l’abris des appétits capitalistiques de leurs concurrents pour cause d’intérêt stratégique majeur, comme Areva, France Telecom). 

Cette forme de schizophrénie n’est pas propre à la France. Les Etats-Unis ne sont pas moins frileux lorsqu’il s’agit de secteurs sensibles (ayant le plus souvent trait à la sûreté nationale) et intrusifs dans l’activité de certaines entreprises (Facebook, Google, Twitter…) obligées de collaborer avec la NSA et autres agences de renseignement. 

Manifestement, depuis 18 mois, le gouvernement français a décidé de ne bloquer aucune grande opération capitalistique impliquant des entreprises françaises, de peur d’envoyer un « signal négatif » aux marchés… même si Arcelor Mittal s’en plaint d’avoir été persécuté par Arnaud Montebourg. 

Le résultat, c’est un sentiment d’impuissance de la France — et de bien d’autres pays d’Europe — face à la montée en puissance de groupes financiers transnationaux qui apparaissent plus puissants que des Etats. Sans oublier les marchés financiers, qui peuvent décider à tout moment d’asphyxier le pays s’il n’adopte pas les mesures d’austérité qui leur conviennent (quitte à changer d’avis au bout de quelques mois s’il apparait que ça ne marche pas). 

Le plus rageant, c’est qu’une bonne partie des milliers de milliards de liquidités des multinationales résultent en grande partie des sommes habilement soustraites au fisc des pays dans lesquels ils réalisent leurs bénéfices !

29 avr 2014 | Philippe Béchade /Agora

http://la-chronique-agora.com/fusions-acquisitions/

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Le retour des M&A à relativiser Par  John-F. Plassard 

Plusieurs groupes (dont certains modèles de l’industrie européenne) ont perdu en sept ans ce qu’ils avaient mis près de cinquante ans à bâtir.

GE-Alstom, Holcim-Lafarge, Pfizer-AstraZeneca, Volkswagen-Scania, SFR-Numéricable pour ne citer qu’elles, les tentatives ou les acquisitions se font de plus en plus fréquentes et tendent même à s’accélérer ces dernières semaines.

On estime aujourd’hui qu’il y a un peu plus de 3500 milliards de dollars de force de frappe de la part des entreprises européennes, américaines et fonds de capital-investissements.

Est-ce le renouveau des années fastes des fusions-acquisitions, ou ces mouvements sont-ils en fait le reflet d’une détérioration globale du fleuron industriel européen?

Le retour des opérations

Quatorze ans après l’éclatement de la bulle internet et sept ans après une crise financière sans commune mesure, la fièvre des fusions-acquisitions bat à nouveau son plein: le montant de ces opérations atteint 1,3 trillion (Amérique du nord: 572 milliards, Europe: 433 et Asie/Pacifique: 263 pour ne citer que les plus grosses régions) de dollars dans le monde depuis le début de l’année, soit le plus fort début d’année depuis 2007 ou simplement le double de la période janvier avril 2013! Les opérations dans le secteur de la santé ont dominé ces mouvements.

Les analystes de Goldman Sachs, pour ne citer qu’eux, tablent sur une hausse de 28 % des transactions en 2014, alors que selon une étude de Ernst & Young, 35 % des sociétés interrogées en novembre envisageaient de procéder à des acquisitions au cours des 12 prochains mois, contre 25% d’entre elles un an plus tôt.

Il s’avère d’autre part que la trésorerie des sociétés cotées a atteint en 2014 des sommets alors que les dépenses d’investissement demeurent très limitées.

Les raisons de ces mouvements

On a coutume de dire que les opérations de fusions-acquisitions suivent l’évolution de la bourse, avec un an de décalage. La hausse des indices seraient donc un indicateur avancé de la frénésie des M&A à laquelle nous assistons depuis quelques mois.

Plus fondamentalement plusieurs raisons expliquent ces mouvements auxquels nous assistons:

l Amélioration des conditions économiques

l Retour de la confiance

l Niveaux de valorisation (dans la moyenne historique en Europe ce qui est favorable aux acheteurs mais aussi … aux vendeurs)

l Bilans des entreprises prédatrices solides et sécurisés

l Faible endettement des entreprises (de manière générale)

l Recherche de croissance externe et volonté de redynamiser les ventes

l Taux d’intérêt bas

A cela, l’on peut aussi additionner la raison du besoin de survie. Dans le cas concret de Alstom par exemple, les raisons de l’excitation autour de ce dossier s’expliquent aussi à travers les difficultés financières rencontrées par ce fleuron de l’industrie française et le démembrement du secteur industriel.

En effet, avant de négocier avec General Electric, le patron d’Alstom, Patrick Kron aurait exploré plusieurs options pour renflouer les finances du groupe, dont de possibles rapprochements avec Areva ou Safran!

Toutes ces options avaient finalement été écartées en raison des doutes sur la capacité de ces groupes à reprendre la lourde dette de 3 milliards d’euros d’Alstom.

Patrick Kron avait également été approché par Siemens au début février 2014 afin de discuter d’un échange d’actifs. Mais le patron d’Alstom n’avait pas informé son conseil d’administration des avances de Siemens, «des différences culturelles» trop grandes auraient été évoquées.

Il avait finalement décidé d’entamer des discussions en secret avec GE, en maintenant une certaine opacité vis à vis de son conseil d’administration et du gouvernement français.

Si les sociétés britanniques semblent être les plus attractives pour des prédateurs américains notamment (faible valorisation, exposition internationale significative et facilité d’acquisition), les entreprises de la zone euro deviennent de plus en plus ouvertes à des rapprochements suite à la crise de 2007.

En effet, plusieurs entreprises, dont certains fleurons de l’industrie européenne ont perdu (en terme de compétitivité, pression fiscale et vieillissement des outils de travail notamment) en sept ans ce qu’elles avaient mis près de cinquante ans à bâtir.

Les raisons évoquée étant la réduction des capex, la hausse de l’austérité, l’absence de dévaluation volontaire (pour cause de monnaie unique).

Nous entrons donc dans une nouvelle aire de consolidation dans la zone euro ou ce n’est pas forcément vers la croissance externe qu’il faudra regarder, mais plutôt vers l’instinct de survie….

2014 est une année spéciale

Sept ans après le déclanchement d’une crise financière sans précédent, 2014 est la première année où une détente est perceptible avec un regain d’appétit sur le front des regroupements.

Ces dernières années les entreprises avaient plutôt pris le soin de privilégier les rachats d’actions et la distribution de dividendes.

La multiplication des mouvements de fusions-acquisitions confirme donc le retour de la confiance sur les marchés et une volonté de croissance externe, mais il intervient à un moment très spécial qu’il convient ici de soulever.

La combinaison: excès de cash, endettement des entreprises en dessous de la moyenne de ces vingt dernières années, retour de la confiance et taux d’intérêt très bas pourrait ne pas durer indéfiniment.

En effet, concernant les taux d’intérêt, par exemple, il est fort probable que les anticipations de hausses de taux aux Etats-Unis pour 2015 prennent place lors du deuxième semestre 2014.

Ensuite, l’excès de cash n’est malheureusement pas une thématique «nouvelle», car elle était déjà présente depuis le dégonflement de la bulle internet.

Ajoutons à cela, comme nous avons pu le constater ces dernières années, que le «cycle de la confiance» s’est raccourci depuis plus de quinze ans. Toute reprise retardée de la croissance américaine, risque de déflation dans la zone euro, dégonflement de la vigueur chinoise ou accélération des conflits géopolitiques par exemple pourraient rapidement inverser la tendance.

Il ne faut donc pas tomber dans l’euphorie, le mouvement des fusions-acquisitions auquel nous assistons actuellement est tout d’abord le fruit d’une association de facteurs très spécifiques.

Il faudra malheureusement patienter avant d’annoncer que 2014 sera l’année du renouveau des fusions-acquisitions.

MARDI, 06.05.2014  Mirabaud Securities LLP/AGEFI SUISSE

http://agefi.com/europe-monde/detail/artikel/plusieurs-groupes-dont-certains-modeles-de-lindustrie-europeenne-ont-perdu-en-sept-ans-ce-quils-avaient-mis-pres-de-cinquante-ans-a-batir.html?issueUID=580&pageUID=17364&cHash=9a2ed0481ff4dc78734e3a4fd92a1e04

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 net regain des M&A

Plus de 3500 fusions et acquisitions ont été déjà annoncées. Pour une valeur totale de plus de 830 milliards de dollars.

 Depuis le début de l’année, plus de 3500 fusions et acquisitions ont été déjà annoncées, pour une valeur totale de plus de 830 milliards de dollars US. Une nette augmentation par rapport à l’année précédente où, à la même période, il était question de 1’100 activités de M&A pour un volume d’environ 100 milliards de dollars US.

Les transactions sont parfois gigantesques: Pfizer s’intéresse à AstraZeneca, Zimmer reprend Biomet et Valeant convoite, conjointement avec un gestionnaire de hedge funds, la société Allergan, productrice du Botox. En Europe, les enchères autour d’Alstom battent leur plein, tandis qu’en Suisse, la reprise de Lafarge par Holcim ou l’échange de divisions entières d’entreprise entre Novartis et la britannique GSK occupent les discussions.

Toutefois, la prudence reste de mise. Les acquisitions impliquent en effet un immense besoin de capital. Celui-ci doit être couvert le cas échéant par la contraction de dettes considérables, ce qui peut se répercuter négativement sur les finances de l’entreprise acquéreuse. Dans le pire des cas, cela peut même engendrer une dégradation de solvabilité, ce qui assure certes aux investisseurs en corporate bonds des rendements plus élevés, mais signifie en même temps une charge d’intérêts accrue pour l’entreprise.

Par conséquent, les fusions et acquisitions doivent être considérées de manière différenciée. Les activités de M&A ne sont pas automatiquement gage d’une meilleure compétitivité pour les entreprises impliquées. Elles peuvent aussi avoir pour finalité l’optimisation fiscale ou la consolidation des marges. C’est précisément en pareil cas qu’il faut prêter une attention particulière aux finances de l’entreprise.

Santosh Brivio Raiffeisen Suisse/  JEUDI, 08.05.2014/AGEFI SUISSE

http://agefi.com/marches-produits/detail/artikel/plus-de-3500-fusions-et-acquisitions-ont-ete-deja-annoncees-pour-une-valeur-totale-de-plus-de-830-milliards-de-dollars.html?catUID=19&issueUID=582&pageUID=17415&cHash=138d2c0b172f07a868f42227beb55087

4 replies »

  1. Il semblerait que le 20 mai prochain Poutine rencontre son homologue chinois en vue de « dé-dollariser » leurs économies respectives… ceci en réponse au sanctions prises à l’encontre de la Russie par les impérialistes de tous bords… Qui pourrait acheter la dette américaine si ce n’est l’Europe ???

    Peut on redouter une crise telle que l’Allemagne l’a connu avec le retrait des investisseurs américains et qui a conduit le pays tout entier vers la soupe populaire en 1929 ???

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