Art de la guerre monétaire et économique

Géopolititique: Guerre au Moyen Orient/Abou Bakr al-Baghdadi, le nouveau Ben Laden!

Géopolititique: Guerre au Moyen Orient/Abou Bakr al-Baghdadi, le nouveau Ben Laden!

Le mystérieux fondateur de l’Etat islamique en Irak et au Levant s’affirme comme le successeur véritable d’Oussama ben Laden. Au prix d’une guerre sanglante, en Syrie, contre les autres groupes djihadistes et de méthodes ultra-violentes qui impressionnent même les cadres d’Al-Qaida

EN LIEN:  Géopolitique: A l’aube d’une guerre au Moyen-Orient ? 

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Il n’existe que deux photos de lui, floues et au format d’identité. Sur celle diffusée par le FBI, il apparaît joufflu et mal rasé. Celle du Ministère irakien de l’intérieur le montre un peu plus dégarni avec barbe naissante et moustache. En réalité, nul ne sait à quoi ressemble aujourd’hui Abou Bakr al-Baghdadi, le chef de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). Et pourtant, jamais avant lui un chef djihadiste n’avait commandé autant de combattants, contrôlé un aussi vaste territoire et disposé d’une telle manne financière. Même Oussama ben Laden, au temps de sa splendeur afghane avant les attentats du 11-Septembre, n’était pas aussi puissant.

Abou Bakr al-Baghdadi, dont les hommes sévissent des portes de Bagdad à la banlieue de Damas, de la frontière de la Jordanie à celle de la Turquie, est le «djihadiste invisible», un pouvoir sans visage, une force sans face. Personne ne peut dire qu’il l’a croisé, pas même les otages occidentaux détenus par ses hommes en Syrie et qui ont eu la chance de réchapper de leur enfer. Jusqu’à son nom de guerre est un leurre: Abou Bakr fait référence au premier calife et compagnon du Prophète, Al-Baghdadi signifie tout simplement de Bagdad.

Alors que Ben Laden mettait un soin de pop star au tournage) de ses clips de propagande, Baghdadi fuit l’image. Alors qu’Ayman al-Zawahiri, le médecin égyptien qui a pris la tête d’Al-Qaida après l’élimination de Ben Laden en mai 2011, aime à disserter des heures dans ses vidéos postées sur Internet, lui ne parle pas. Ou à peine: on lui attribue une poignée de messages audio, sans certitude sur leur authenticité. Ce silence, cette absence ne font que renforcer son mythe: ses actes parlent pour lui, sa cruauté tient lieu de discours, tissant une légende qui agite toute la djihadosphère, de l’Indonésie à la Mauritanie en passant par les banlieues européennes.

D’Abou Bakr al-Baghdadi, on sait seulement qu’il est originaire de la province de Dyala, dans l’est de l’Irak, là où Kurdes, chiites et sunnites se déchirent dans une sanglante mêlée à coups d’attentats suicides et d’assassinats. On sait aussi que la famille d’Al-Baghdadi est issue du clan tribal des Samarraï (de la ville de Samarra) et qu’il aime à rattacher sa lignée à celle des Husseini, les descendants du Prophète. Dernière précision: Al-Baghdadi, qui a étudié à l’université islamique de Bagdad et n’a pas de passé militaire, a fait ses premières armes dans le djihad après l’invasion américaine de l’Irak, dans l’un des petits groupes insurgés qui ont alors proliféré.

Une décennie plus tard, l’homme est à la tête d’une dizaine de milliers de combattants en Irak, plus de 7000 à 8000 en Syrie. Ses troupes contrôlent une bonne partie des provinces d’Anbar (Falloujah et une partie de Ramadi), de Salaheddine (Tikrit et Samarra) et de Ninive (elles ont pris le contrôle de sa principale ville, Mossoul, la semaine dernière). Elles menacent maintenant Bagdad. En Syrie, l’EIIL domine les provinces de Deir ez-Zor et Raqqa, exploite des puits pétroliers près de Hassetché et est actif dans les régions de Lattaquié, Alep, Idlib, Hama, et même Damas.

Des volontaires affluent de partout vers le pays de Cham, le nom islamique de la Syrie. D’Europe, d’Asie centrale, d’Australie, du Caucase, du Maghreb et du Golfe, ils viennent rejoindre le plus grand djihad transnational jamais mené. Et ils choisissent massivement l’EIIL plutôt que le Front Al-Nosra, pourtant succursale officielle d’Al-Qaida en Syrie.

Le drapeau – noir et frappé de la profession de foi – est le même, le discours, l’objectif aussi: instaurer un Etat islamiquement pur, faisant observer la charia dans son acception la plus rigoriste. Et pourtant, c’est une lutte à mort qui s’est engagée au sein de la nébuleuse qaïdiste. L’EIIL – souvent désignée par son acronyme anglais, ISIS, ou arabe, Dai’sh – est la pire menace contre Al-Qaida depuis sa fondation dans les zones tribales pakistanaises en 1988 par Oussama ben Laden. Un ennemi de l’intérieur.

Les hostilités ont débuté fin mars 2013, lorsque l’Etat islamique en Irak a proclamé sa fusion avec le Front Al-Nosra, d’Abou ­Mohamed al-Jolani, considéré comme la filiale syrienne du groupe. Les liens sont innombrables et anciens, tissés par une décennie de djihad en Irak. Mais il s’agit bel et bien d’une OPA inamicale. Il ne faut pas longtemps à l’organisation syrienne pour opposer un refus poli mais ferme. Chacun son pays, chacun son djihad.

Dans son refuge pakistanais, Ayman al-Zawahiri, qui consacre l’essentiel de son temps à échapper aux frappes de drones américains, comprend immédiatement la menace. Il donne raison au Front Al-Nosra, mais plus rien ne peut arrêter la marche d’Abou Bakr al-Baghdadi. Zawahiri a de bonnes raisons de s’en méfier: ce dernier ne lui a pas prêté allégeance dans les mois qui ont suivi la mort de Ben Laden. Un vieux contentieux oppose l’idéologue égyptien et le jeune chef irakien. Baghdadi est un disciple d’Abou Moussab al-Zarkaoui.

Ce Jordanien d’origine n’était qu’un cadre marginal d’Al-Qaida, un second couteau. Installé dans le Kurdistan d’Irak dès 2002, il est aux premières loges de l’invasion américaine l’année suivante. Il prend vite la tête du combat anti­américain et frappe les esprits en décapitant de sa main l’entrepreneur américain Nicholas Berg en mai 2004. L’autre spécificité de Zarkaoui, ce sont les massacres de chiites, décimés par les attentats suicides à répétition, qui lui valent une certaine popularité en Arabie saoudite, où le chiisme est traité comme une hérésie. Mais l’état-major d’Al-Qaida, en particulier Zawahiri, désapprouve cette stratégie qui risque de transformer le djihad global en fitna («discorde») intermusulmane. Zawahiri ordonne alors à Zarkaoui de mettre fin aux attentats anti-chiites. En vain. Finalement, le renégat est tué par l’aviation américaine en juin 2006 dans la région de Dyala, celle dont Baghdadi est originaire.

Al-Qaida en Mésopotamie est alors repris en main par un «commissaire politique» égyptien envoyé par Zawahiri: il s’agit d’Abou Hamza al-Mouhajer (Youssef Al-Dardiri de son vrai nom), qui exerce un comagistère avec l’émir irakien du groupe. L’organisation, qui a fusionné avec plusieurs autres groupuscules, est rebaptisée «Etat islamique en Irak».

L’objectif est d’autant plus ambitieux que le projet djihadiste en Irak est presque réduit à néant: à partir de fin 2006, l’armée américaine recrute des tribus arabes sunnites lasses de la férule d’Al-Qaida et de ses excès. En avril 2010, Abou Hamza et l’émir irakien sont tués. Si bien qu’Abou Bakr al-Baghdadi reprend les rênes d’une organisation affaiblie, mais soudée et aguerrie.

Il y a, entre Zawahiri et Baghdadi, un fossé générationnel: le premier a connu le djihad afghan, le second s’est forgé dans le djihad irakien. L’Egyptien est un théoricien qui glose sans fin sur l’impact des révolutions arabes ou l’histoire des Frères musulmans en Egypte; l’Irakien est un praticien de la violence, dont il a fait son principal argument de recrutement. Avec lui, l’Irak devient une école de formation où se croisent jeunes militants venus de partout, attirés par l’ultra-violence.

Enfin, chaque leader est contraint par sa situation. Zawahiri bénéficie de l’aura fondatrice du 11-Septembre mais ne dispose d’aucun territoire sûr et vit hors du monde arabe: il théorise le ­djihad lointain (contre l’ennemi occidental) pour impressionner les foules musulmanes. Baghdadi, lui, a fait l’expérience de l’émirat de Falloujah: la prise de la ville par les insurgés en 2004 puis sa chute aux mains de l’US Army. Pour mettre en œuvre son Etat islamique au cœur du monde arabe, il donne la primauté au djihad proche, contre les ennemis immédiats, à commencer par les musulmans qui s’opposent à son projet.

La mort de Ben Laden, en plein Printemps arabe, a été le détonateur des rivalités de succession. Il n’y a en effet pas de raison qu’Al-Qaida échappe, comme toute organisation politique, aux querelles de leadership. Malgré son retrait de l’opérationnel, le milliardaire saoudien restait l’incontestable «statue du commandeur». A sa disparition, la jeune garde dévoile son ambition. Abou Bakr al-Baghdadi en est le chef de file.

Dès ses débuts à la tête de l’Etat islamique en Irak, en mai 2010, il organise 60 attaques simultanées, faisant 110 morts en un seul jour. A l’automne, il ordonne l’assaut de la cathédrale de Bagdad (46 morts parmi les fidèles). Le message est limpide: Al-Qaida n’est pas mort en Irak, l’Etat islamique a pris la relève. Le départ des troupes américaines en décembre 2011 et la politique sectaire du premier ministre chiite irakien Nouri al-Maliki font le reste. En humiliant et en opprimant les sunnites, Maliki a radicalisé toute une communauté qu’il a poussée dans les bras des extrémistes.

Au printemps de la même année 2011, la révolution éclate en Syrie. La population demande plus de liberté et de justice sociale, mais le soulèvement a aussi des relents confessionnels: la majorité sunnite ne supporte plus la mainmise de la minorité alaouite, une branche dissidente du chiisme dont est issue la famille Assad, sur les postes à responsabilité, notamment dans l’appareil sécuritaire. Le terreau est favorable pour le discours anti-chiite de ­Baghdadi.

Etrangement, le régime syrien, qui emprisonne et torture ses opposants à tour de bras, va relâcher un certain nombre de cadres djihadistes détenus dans ses geôles. Pourquoi remettre dans le circuit ces extrémistes qui vont logiquement retourner leurs armes contre le régime impie des Assad? Parce que cela participe d’une «gestion» confessionnelle de la crise, permettant de souder toutes les minorités contre la menace sunnite fondamentaliste. Parce que, également, les services syriens, qui ont passé depuis 2003 leur temps à gérer, infiltrer, exfiltrer les djihadistes en transit vers l’Irak, connaissent parfaitement leurs «clients», quand ils ne les manipulent pas à distance. Ils savent que l’objectif premier de certains d’entre eux est l’installation d’un califat appliquant strictement la charia, plutôt que l’instauration de la démocratie au Proche-Orient.

Les effets ne tardent pas à se faire sentir. En janvier 2012, le Front Al-Nosra annonce sa formation sous l’égide d’Abou Mohamed al-Jolani, un Syrien formé en Irak. Sa témérité et son intégrité lui valent un essor spectaculaire et de la sympathie dans le grand public. Il ne cache pas sa proximité avec l’Etat islamique, auquel il sert de poisson pilote. Le groupe irakien fait son apparition sur le théâtre syrien en son propre nom début 2013.

Contrairement au Front Al-Nosra, l’EIIL ne paraît pas rechercher la confrontation avec l’armée syrienne, mais se concentre plutôt sur la prise de contrôle des postes frontières afin d’établir une continuité territoriale avec l’Irak. Il prend possession des territoires libérés par d’autres, tel un coucou. A Raqqa, première capitale de province débarrassée du régime, il frappe les esprits en organisant l’exécution publique de soldats alaouites. Ailleurs, il s’empare de dépôts d’armes de la rébellion et tue au besoin certains de ses chefs, sans le revendiquer. Enfin, il vise les zones pétrolières, source de juteux trafics, et «stocke» les otages occidentaux dans la plus grande discrétion. En mars 2013, ses positions sont suffisamment consolidées pour lancer son OPA contre le Front Al-Nosra et revendiquer tout le pouvoir.

Abou Bakr al-Baghdadi est obsédé par l’expérience irakienne et l’émergence des milices Sahwa (sunnites anti-Al-Qaida). Il fait donc place nette dans les zones qu’il contrôle: tous les opposants ou rivaux potentiels sont éliminés. La cible principale de Dai’sh: les rebelles laïques et les autres groupes islamistes. «Leur stratégie est la même que celle des staliniens pendant la guerre d’Espagne, qui se sont débarrassés de leurs concurrents anarchistes et trotskistes plutôt que de combattre Franco», résume un diplomate.

Pendant ce temps, l’armée de Bachar el-Assad épargne l’EIIL. Des proches du régime de Damas vont jusqu’à racheter du pétrole vendu par les djihadistes. L’EIIL est-elle une «créature» des services d’Assad, comme le clament les opposants laïques? «C’est aller trop loin dans le complotisme, tempère Dominique Thomas, spécialiste des mouvements djihadistes et chercheur associé à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). D’abord, les djihadistes relâchés sont allés vers d’autres groupes que l’Etat islamique. Ensuite, il ne faut pas établir de causalités à l’envers dans un contexte de guerre très flou et mouvant.»

Reste que des liens anciens continuent d’alimenter l’hypothèse d’une collusion entre Damas et l’Etat islamique. Une chose est sûre: «L’organisation a largement recruté parmi les anciens baassistes irakiens», comme le souligne Dominique Thomas, et ces derniers ont gardé de solides relais à Damas.

Début 2013, le contexte change en Irak: le premier ministre chiite Nouri al-Maliki apporte son soutien à Bachar el-Assad, car il est lui aussi confronté à un soulèvement sunnite dans la province d’Anbar, qu’il a largement contribué à créer en opprimant cette communauté déchue depuis la chute de Saddam Hussein. Baghdadi y voit l’opportunité d’installer son embryon d’Etat à cheval sur les deux pays. Constamment de part et d’autre de la frontière, il est insaisissable. Le pétrole syrien et le ­racket des fonctionnaires irakiens lui assurent une manne importante, ainsi que le trafic d’antiquités provenant des zones syriennes libérées.

Le business des otages se révèle tout aussi rentable. Il est pensé, exécuté avec détermination: de fin 2012 à l’automne 2013, l’EIIL s’empare d’une trentaine d’Occidentaux, journalistes et humanitaires surtout, dont Didier François, Edouard Elias, Nicolas Hénin et Pierre Torres, en juin 2013. La stratégie consiste à en prendre le plus possible. Les Occidentaux sont considérés comme un butin, un attribut de puissance. Les ser­vices de renseignement occidentaux voient, effarés, la liste des otages s’allonger, sans aucune revendication ou demande de rançon dans un premier temps. Quelle est la finalité de tout cela: boucliers humains, monnaie d’échange? Certains vont jusqu’à penser que le projet était de mettre sur pied un Guantanamo à l’envers, un Abou Ghraib d’Occidentaux. L’idée a sûrement plu aux candidats européens au djihad, qui sont utilisés comme geôliers de leurs compatriotes: Britanniques, Français, Belges sont venus jouer les «petites mains» du djihad de Baghdadi.

Les négociations commencent à la fin de l’hiver 2014 et 12 otages sont progressivement libérés (trois journalistes espagnols, quatre journalistes français et cinq humanitaires, contre rançons. Tous témoignent du fanatisme et surtout du désir de re­connaissance de Dai’sh: «Nous sommes comme un Etat, hein! Tu as vu comme on est bien organisés», ne cessent de leur répéter les geôliers, fiers de la reconnaissance occidentale ainsi obtenue, surtout de la France, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU.

L’EIIL, qui a conscience de son environnement géopolitique, s’attaque aussi aux milices kurdes du PYD, qui ont pris le contrôle du Kurdistan syrien, s’assurant ainsi les bonnes grâces du gouvernement turc, qui laisse passer armes et djihadistes à travers ses fron­tières, du moins jusqu’à la fin de l’hiver 2014. Il prend soin aussi d’entretenir son image de pureté radicale sur les réseaux sociaux, pour s’imposer comme la seule force réellement djihadiste, accusant Al-Qaida de pactiser avec les démocrates. Le groupe publie même un rapport annuel détaillé de ses activités militaires – le dernier en mai 2014 –, témoignant d’une structure hiérarchisée et d’une centralisation de l’infor­mation. Il se targue notamment d’avoir permis l’évasion de milliers de détenus djihadistes dans l’attaque de huit prisons en moins d’un an en Irak.

Quand, à la fin de 2013, des groupes comme les Egyptiens d’Ansar Beit al-Maqdis ou Ansar al-Charia Tunisie et Libye commencent à se rapprocher de l’EIIL, Ayman Al-Zawahiri se range à l’idée d’une guerre ouverte contre son rival. Pour lui, l’EIIL est truffé d’anciens repris de justice qui ­manient le takfir(«excommunication») à tort et à travers et effraient les non-islamistes par leur radicalité, alors que les révolutions arabes ont montré que les populations ne sont pas toutes acquises au fondamentalisme.

Le chef d’Al-Qaida soutient donc discrètement la grande offensive lancée, fin décembre, par les libéraux de l’Armée syrienne libre et d’autres groupes rebelles islamistes contre l’EIIL. Gêné, le Front Al-Nosra parle de trêve et de médiation, jusqu’à ce que l’envoyé spécial personnel de Zawahiri soit assassiné par l’EIIL. La guerre est déclarée au sein d’Al-Qaida. L’EIIL se retire d’Alep mais stabilise vite ses positions grâce à ses alliances tribales dans les provinces de ­Raqqa et de Deir ez-Zor. En Irak, le gouvernement Maliki passe à l’offensive à Falloujah, sans succès. Aujourd’hui, c’est l’EIIL qui menace Bagdad.

En Syrie, l’EIIL repassera à l’offensive, prédit Jean-Pierre Filiu, professeur à Science Po, qui vient de publier une note pour la Fondation Carnegie, Al-Qaida est morte, vive Al-Qaida! Et, tôt ou tard, l’EIIL frappera en Occident. A ce jour, le FBI offre 25 millions de dollars pour la capture de Zawahiri et 10 millions pour celle de Baghdadi. Les Américains se rendront bientôt à l’évidence: Al-Qaida, désormais, c’est l’Etat islamique en Irak et au Levant.

PAR CHRISTOPHE AYAD/Le Temps 17/6/2014

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/66ce00c2-f57d-11e3-becf-b7f9645726d2/Abou_Bakr_al-Baghdadi_le_nouveau_Ben_Laden

L’Iran, rempart contre Al-Qaida PAR ETIENNE DUBUIS/Le Temps 

L’offensive éclair des djihadistes en Mésopotamie met le Moyen-Orient en ébullition. Téhéran a annoncé son intention d’aider les autorités de Bagdad

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L’Iran est sorti du bois. Ses au­torités se sont dites prêtes à aider le gouvernement irakien face aux djihadistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), qui ont conquis ces derniers jours une vaste partie de la Mésopotamie en amont de Bagdad. Ce faisant, elles ont témoigné de manière spectaculaire de la dimension internationale du conflit en cours. Des hostilités qui ne mettent pas seulement aux prises un Etat divisé et un avatar d’Al-Qaida mais opposent aussi des forces bien plus considérables.

Divers facteurs conduisent aujourd’hui l’Iran à intervenir. Le premier est le caractère confessionnel des hostilités, soit l’offensive éclair d’une force sunnite radicale susceptible de s’en prendre aux populations chiites et à leurs sanctuaires. Et ce, comme d’autres groupes militants sunnites se sont attaqués à des chiites dans toute la région comprise entre la Méditerranée et l’Inde, de la Syrie au Pa­kistan. Or, les chiites au pouvoir à Téhéran sont bien décidés à ­défendre leurs coreligionnaires et à protéger leurs lieux saints. Notamment en Mésopotamie, où se situent les sites les plus importants.

«La destruction de ces sanctuaires provoquerait une explosion de colère chez les chiites iraniens comme la destruction du Vatican enflammerait le monde catholique, assure Bernard Hourcade, ­directeur de recherche émérite au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Mais l’opposition entre sunnites et chiites est secondaire. Elle sert d’instrument à la confrontation principale, celle de l’Arabie saoudite et de l’Iran. Ces deux Etats se font aujourd’hui la guerre comme les Etats-Unis et l’Union soviétique le faisaient autrefois, par l’intermédiaire de tiers. Tel est le cas en Irak comme sur d’autres théâtres d’opération.»

Dans cette guerre-là, poursuit le chercheur, «les républiques (comme l’Iran, la Syrie ou l’Afghanistan) s’opposent aux monarchies (comme l’Arabie saoudite, Oman ou la Jordanie). Les autorités de Téhéran ne craignent pas les monarchies du monde arabe: elles les considèrent même avec condescendance comme des re­liquats de la colonisation. Mais ­elles se méfient de leurs liens étroits avec les Etats-Unis et Israël.»

Or l’Iran a aujourd’hui la désagréable impression d’être peu à peu encerclé par l’Arabie saoudite. Avec la progression de l’EIIL sur son flanc ouest, en Syrie et en Irak, et l’avancée attendue des talibans sur son flanc est, en Afghanistan, deux mouvements sunnites ra­dicaux financés au moins partiellement par des fonds en provenance du Golfe. Ce sentiment d’enfermement se révèle d’autant plus fort qu’il est récurrent dans l’histoire du pays, qui a été confronté ces deux derniers siècles au voisinage de grands empires menaçants, russe, ottoman et britannique.

A la crainte de l’encerclement s’ajoute celle de l’éclatement. L’Iran est une mosaïque de peuples. Ses autorités redoutent dès lors que certains d’entre eux ne soient un jour tentés de faire sécession. Ce n’est pas un hasard si le président Hassan Rohani a consacré sa première visite officielle à la province du Baloutchistan, confie Bernard Hourcade. C’était là une façon de rappeler à ses habitants qu’ils faisaient bien partie de la «grande famille iranienne». Dans ce contexte, la République islamique admet d’autant plus mal la réussite de l’EIIL qu’elle menace de déstabiliser sa propre minorité arabe sunnite.

Les autorités iraniennes sont résolues à intervenir dans le chaos irakien. Mais elles comptent s’y prendre avec la plus grande prudence. Elles ont d’ores et déjà annoncé qu’elles n’avaient pas l’intention d’envoyer des troupes au sol. Trop risqué: même en pays chiite, leur armée ne manquerait pas d’être considérée comme une force d’occupation.

Il reste des modes d’intervention plus discrets. Le gouvernement iranien dispose par exemple depuis des années de quelques centaines de Gardiens de la ré­volution dans certaines régions d’Irak, comme les environs de ­Bassorah (sud) et le Kurdistan (nord). Ces forces d’élite, attelées à des tâches de renseignement et de conseil, ont montré leur efficacité en Syrie, où elles ont contribué à renverser le cours de la guerre. Leur multiplication en Mésopotamie renforcerait sûrement l’efficacité des troupes de Bagdad.

La rumeur faisant état de l’arrivée en Irak de quelque 2000 «bassidjis» pourrait aller dans le même sens: celui d’un meilleur encadrement de l’armée locale. Ces miliciens iraniens sont régulièrement chargés de tâches d’intendance au service de forces combattantes.

Tant que l’Arabie saoudite continuera à appuyer des groupes ­anti-iraniens, ces efforts risquent cependant d’avoir un effet limité. C’est la raison pour laquelle l’Iran se montre actuellement très ouvert à des négociations avec les Etats-Unis. Il souhaite convaincre la toute-puissante Amérique de la dangerosité de certains de ses alliés arabes. Dans l’espoir que les Etats-Unis persuaderont les princes du Golfe de réduire leur aide aux avatars d’Al-Qaida.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/fc500574-f590-11e3-becf-b7f9645726d2/LIran_rempart_contre_Al-Qaida

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5 replies »

  1. Vous mettez de côté les manigances occidentales est ce volontaire ??

    Vous décrivez bien les conséquences et l’exploitation des protagonistes de ce chaos mais vous faites abstraction des manigances occidentales et Israélienne qui n’en doutant pas doivent être très impliqués.

    On peut aussi penser à la Russie qui serait une réponse par rapport à l’Ukraine.

    Ce qui est sur c’est que le moyen orient est très compliqué pour nous Européens avec ses codes et ses faux semblant, par contre « l’état profond » Français à des sueurs froides l’arroseur arrosé ?

    Le retour des jeunes djihadistes de Syrie commence à se faire sentir dans les banlieues, en particulier concernant la prise de pouvoir à l’intérieur des mosquées où les vieux imams sont complètements dépassés et chassés quelques fois violemment par les jeunes fanatisés une fois que les banlieues seront sous leurs contrôles grâce à la prise de contrôle des mosquées nous saurons ce que veut dire le mot soumission….

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    • @Lephil

      Aucune prétention à l’exhaustivité pas plus dailleurs qu’à l’objectivité, tout au plus une contribution jugée suffisamment intéressante et pertinente pour arriver dans ces colonnes….Comme dans toute production de ce type il y a toujours au moins 3 biais: celui de l’auteur et son angle d’attaque, celui de l’éditeur et de ses choix cadrés dans un certain environnement et enfin, celui du lecteur et des liens/projections qu’il pourra faire ou/et des infos, expériences qu’il pourra apporter pour lui-mème ou pour les autres…

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    • @LePhil

      Une clef de lecture nous en donnons une par l’ajout d’une photo en fin d’article et là cela rejoint tout à fait votre propos quant à la véritable dimension des faits exposés…On est là encore sur un processus similaire à la Syrie et à l’Ukraine ou les choses ne sont pas ce qu’elles peuvent être données à voir…D’où l’intérêt d’un décryptage…

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