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Banco espirito santo : L’imbroglio financier qui vire au risque systémique

Banco espirito santo : L’imbroglio financier qui vire au risque systémique

 La crise de confiance de la banque portugaise a pris une nouvelle dimension hier.

EN LIEN:  Mister Market and Doctor Conjoncture du Jeudi 10 Juillet 2014 : Le marché de Paris sent mauvais (suite) Par Bruno Bertez 

Dans un climat post-troïka encore sensible, le Portugal connaît une nouvelle situation financière inquiétante. Dénoncée par ses clients, la holding Espirito Santo International (ESI) appartenant au groupe bancaire portugais Banco Espirito Santo (BES) n’a pas honoré à temps des échéances de titres de dettes à court terme. La sanction des marchés a été immédiate: la cotation de BES a même dû être suspendue hier. Le premier actionnaire de la BES, Espirito Santo Financial Group (ESFG), avait annoncé sa décision de suspendre les transactions de ses actions et obligations, en raison des «difficultés» que traverse la holding principale du groupe. Après le départ du directeur général historique, Ricardo Salgado, fin juin, l’effet de cascade s’est poursuivi. Mise à l’écart de la famille fondatrice, intervention de la Banque du Portugal, jeu politique et vive inquiétude sur les marchés financiers internationaux. Mercredi, l’agence Moody’s a dégradé de trois crans la note de la dette à long terme de ESFG. Dans le sillage de BES, le rendement des obligations d’Etat portugaises à 10 ans est remonté à 3,78% en hausse de dix points de base. Actif de la galaxie des holdings de BES, l’action de l’opérateur de téléphonie Portugal Telecom est en constante chute depuis deux semaines. Les turbulences au sein du groupe Espirito Santo ont contribué à crisper les relations entre Portugal Telecom et le brésilien Oi, dont la fusion doit être finalisée à l’automne.

Le cas de Banco Espirito Santo est devenu un exemple de risque systémique. Dans ce contexte, ESI et la Banque Privée Espirito Santo (BPES) à Pully-Lausanne sont pointés du doigt. Certains clients n’ont pas été remboursés à l’échéance de leur titres. Il faut pourtant différencier l’émetteur des titres et BPES. Cette dernière n’est pas exposée en raison d’une récente augmentation de capital et d’une surveillance attentive de la Finma.

Par ailleurs, Jean-Baptiste Zufferey membre du conseil d’administration de BPES, a annoncé hier son départ du conseil d’administration de la Finma pour éviter toute suspicion de conflit d’intérêt.

Risque systémique envisageable

Banco espirito santo. Les irrégularités du holding établi au Luxembourg plonge la banque privée basée en Suisse dans le trouble.

Dans un climat post-troïka encore sensible, le Portugal connaît une nouvelle situation financière inquiétante qui touche l’un de ses fleurons.

Le holding faîtier du Groupe Espirito Santo (GES), Espirito Santo International (ESI), domiciliée au Luxembourg, n’a pas honoré à temps des échéances de titres de dettes à court terme (L’Agefi du 10 juillet 2014).

La filiale suisse évoquée  (L’Agefi Suisse du 10 juillet 2014)

JEUDI, 10.07.2014

Espirito santo. Les titres de la banque portugaise en difficulté ont plongé à la Bourse de Lisbonne hier. 

L’agence de notation financière Moody’s a dégradé hier de trois crans, de B2 à Caa2, la note de la dette à long terme du Espirito Santo Financial Group (ESFG), principal actionnaire de la banque portugaise Espirito Santo (BES), en raison de son exposition à la dette d’autres sociétés du groupe. Moody’s a ainsi enfoncé davantage en catégorie des investissements spéculatifs la note attribuée à ESFG, qui représente désormais un risque de crédit très élevé. Cette dégradation reflète une «détérioration de la crédibilité de l’emprunteur» due à son exposition à la dette de la holding principale du groupe, Espirito Santo International (ESI), et à sa branche non financière, Rio Forte, qui est passée de 1,37 milliard d’euros fin 2013 à 2,35 milliards d’euros à la fin juin.

«Les difficultés financières de ces deux sociétés sont à l’origine de la  perte de crédibilité d’ESFG au cours des derniers mois», a expliqué l’agence de notation dans un communiqué. «Les inquiétudes de Moody’s concernant la crédibilité d’ESFG se sont aggravées en raison du manque de transparence entourant la situation financière du groupe Espirito Santo et la complexité des liens en son sein, dont l’exposition directe et indirecte d’ESFG à ESI», a souligné l’agence. ESFG détient 25% du capital de la BES, la première banque cotée du Portugal, qui est plongée dans la tourmente depuis la découverte d’irrégularités dans les comptes d’ESI. L’annonce samedi de l’arrivée prochaine d’une nouvelle équipe à la tête de la BES, qui sera emmenée par l’économiste Vitor Bento, en remplacement du CEO Ricardo Salgado, n’aura pas suffi à calmer les marchés.

A la clôture de la Bourse de Lisbonne hier, le titre ESFG a dévissé de 10,96% à 1,30 euro et celui de la BES a perdu 4,65% à 0,61 euro. Les investisseurs ont réagi à des informations de presse indiquant que la holding principale de la famille Espirito Santo n’avait pas honoré à temps des échéances de titres de dette à court terme détenus par plusieurs clients de Banque Privée Espirito Santo en Suisse. Contactée par L’Agefi, la filiale suisse n’a pas pu nous donner d’avantage de précisions sur ce point hier soir

La sanction des marchés a été immédiate. Hier matin, à 11h30, la cotation de l’action BES, une des participations indirectes d’ESI, était suspendue. En cause: un dévissage à hauteur de 18% à 0,50 euro. Trois heures auparavant, le premier actionnaire de la BES, Espirito Santo Financial Group (ESFG), avait annoncé sa décision de suspendre la cotation de ses actions et obligations, en raison des «difficultés» que traverse le holding principale du groupe. L’action de la BES, première banque cotée du pays, a plongé de 4,65% à 0,61 euro à la clôture mercredi après avoir dégringolé de 10,70% dans la matinée, dans un marché en baisse de 2,13%. Le holding ESFG a dévissé de 10,96% à 1,30 euro. Dans un communiqué, ESFG, dont le siège est également au Luxembourg, indique «évaluer actuellement l’impact financier de son exposition» à ESI qui accumule les dettes. Selon le quotidien Diario Economico, la structure (ESI) qui n’a pas honoré des échéances détenues par des clients de la Banque (BPES) en Suisse, serait endetté à hauteur de 7 milliards d’euros. Pour lBPES, Stéphane Haefliger, chargé de communication, confirme qu’il y a confusion entre ESI, l’émetteur des titres et la Banque Privée Espirito Santo (voir ci-dessous). Selon lui, cette chute du titre BES n’est pas seulement impactée par les retards de paiements de ESI mais trouve ses origines en avril dernier, suite à la révélation d’information d’un audit commandité par la Banque du Portugal et qui a décelé des irrégularités comptables au sein d’ESI. Pour faire face à cette crise de liquidité, le GES travaille actuellement sur trois axes: un plan de restructuration de sa dette, des augmentations de capital, -dont une de plus d’un milliard d’euros pour la BES, déjà réalisée- ainsi que des ventes d’actifs. Les autorités publiques portugaises ont néanmoins décidé récemment d’écarter la famille du centre de décisions. L’augmentation récente du capital de BES évoquée précédemment impacte la part que la famille fondatrice de la BES détient et qui passe de 35% à 25%. A cette occasion, les parts du Crédit agricole sont également diluées de 20% à 15%. Tout le plan de restructuration a été suivi attentivement par la banque centrale portugaise en raison du risque systémique. Au milieu de cette confusion, le directeur général historique du groupe, Ricardo Salgado, a annoncé son départ. Plusieurs candidats sont alors en position. La famille fondatrice mise sur l’administrateur actuel, Amícal Morais Pires, proposé par le directeur général sortant, pour prendre la présidence de la banque. Selon Reuters, la Banque du Portugal menace d’opposer son veto en favorisant l’économiste Victor Bento. Ambiance. Une assemble générale extraordinaire de BES est dans tous les cas convoquée à la fin du mois pour entériner la refonte de la «corporate governance». Suite au non remboursement de notes émises par ESI, l’agence Moody’s a dégradé mercredi de B2 à Caa2, la note de la dette à long terme de ESFG en raison de son exposition à la dette d’autres sociétés du groupe. Cette dégradation reflète une «détérioration de la crédibilité de l’emprunteur» due à une exposition à la dette du holding principale du groupe ESI, et à sa branche non financière, Rio Forte. Dans le sillon de BES, le rendement des obligations d’Etat portugaises à 10 ans est remonté à 3,78% en hausse de dix points de base. Face à ce risque systémique, les parlementaires demandent l’audition de la Ministre des Finances, Maria Luis Albuquerque. Le jeu politique se mêle aux décisions financières. Dernière imbrication en date: l’opérateur de téléphonie Portugal Telecom. L’action est en constante chute depuis deux semaines en raison des inquiétudes liées à l’investissement de 897 millions d’euros dans l’une des holdings de la structure Espirito Santo. Les turbulences au sein du groupe Espirito Santo ont contribué à crisper les relations entre Portugal Telecom et le brésilien Oi, dont la fusion doit être finalisée à l’automne. La Banque du Portugal appelle au calme sur les marchés nationaux. Stéphane Haefliger estime que les investisseurs sur-réagissent en raison de la forte pression des actifs portugais.

La forte confusion dans la structure

Dans le cadre des retards de paiements des échéances de titres de dettes, le nom de Banque Privée Espirito Santo (BPES) basée à Pully-Lausanne a été énoncé comme le fautif premier. Appartenant indirectement à la structure d’Espirito Santo Financial Groupe (ESFG), la direction dément les informations véhiculées dans la presse.

Contacté par L’Agefi, Stéphane Haefliger, membre de direction, assure que BPES présente les garanties de solvabilité nécessaire à l’activité de private banking. Explications.

BPES est désigné comme le coupable de la vive tension sur les marchés financiers au Portugal et en Europe. Au niveau des affaires, vous trouvez-vous dans une situation délicate?

Il faut différencier l’émetteur des titres de dettes (ESI, holding faîtier du Groupe ES basée au Luxembourg) et la Banque Privée Espirito Santo. Le non-versement n’est pas un problème de BPES mais bien de l’émetteur Espirito Santo International. Or notre raison sociale comporte le même patronyme (Espirito Santo) que notamment cet holding basée au Luxembourg, d’où une certaine confusion. Les portefeuilles de certains de nos clients comportent des «notes» de cet émetteur et sont déposés chez nous. De ce fait, nous nous sentons très concernés par cette situation délicate.

En avril dernier, un audit a décelé des irrégularités chez ESI. Quelles mesures avez-vous entreprises?

Nous avons cessé immédiatement la vente de produits financiers labellisés ESI et avons rapidement informé l’Autorité suisse de surveillance des marchés, la Finma. Pour faire face aux risques, notamment de crédit, induits par cette situation, nous avons décidé de renforcer notre capital-actions de 36 millions de francs et veillons à conserver un bilan très liquide. Nos fonds propres dépassent actuellement 130 millions de francs.

Quels effets peut subir la BPES?

La Banque en soi n’est exposée que de façon très limitée à ESI. En revanche, certains de nos clients sont déjà touchés par des échéances de «notes» en souffrance, car non remboursées par ESI. Par effet de cascade, nous faisons face à un risque de réputation.

Une information circule que vous voudriez mener un échange entre titres de dettes et actions…

Dans le cadre du projet de plan de restructuration de la dette du GES (Groupe Espirito Santo), un échange de titre est envisagé par le Groupe  mais actuellement ce n’est qu’une hypothèse.

Quelles sont vos relations avec le holding Espirito Santo International actuellement?

En tant qu’agent payeur, nous sommes malheureusement contraints de mettre en demeure ESI dès qu’un cas d’échéance non honorée se présente. Sur un autre axe, nous cherchons activement avec le Groupe à mettre en œuvre toute solution permettant aux clients concernés de récupérer leurs investissements.

Tiago Pires/ AGEFI SUISSE VENDREDI, 11.07.2014

http://agefi.com/une/detail/artikel/banco-espirito-santo-les-irregularites-du-holding-etabli-au-luxembourg-plonge-la-banque-privee-basee-en-suisse-dans-le-trouble_378341.html

5 replies »

  1. […] exercer un effet négatif.  Quand la tendance est faible, on devient plus facilement vulnérable. Ainsi les difficultés de la Banque Portugaise Spirito Santo pèsent sur la secteur bancaire et le …Ce jour les différents indices qui retracent l’évolution du secteur financier ont cassé des […]

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  2. […] Réponse des spécialistes? Les problèmes financiers se situent dans la galaxie de sociétés de l…, qui contrôle 20% de «sa» banque aux côtés de Crédit Agricole – actionnaire à hauteur de 15% – et de petits actionnaires. Par exemple dans la holding de tête – soupçonnée de malversations comptables – Espirito Santo International. Ou dans Espirito Santo Financial Group, structure où sont logées les parts de la banque. Ou encore dans Rioforte, conglomérat rassemblant l’immobilier de la dynastie, qui devait rembourser mardi 850 millions d’euros à Portugal Telecom. Selon les chiffres de la banque, ces difficultés lui font encourir un risque de perte  dépassant  1,5 milliard d’euros. Cela représente «25% des fonds propres «tiers one» au cœur du bilan de la banque», no­taient vendredi les analystes du bureau de recherche AlphaValue à […]

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