Commentaire de Marché

A propos de l’inflation aux USA Par Charles Gave

A propos de l’inflation aux USA Par Charles Gave

En ce moment, je reçois beaucoup de questions sur l’Inflation, en particulier aux USA où certains prix, tels le pétrole et la nourriture commencent à monter. Pour beaucoup de gens, il semble que l’inflation soit la solution à l’endettement généralisé et que la politique Américaine ait enfin réussi  à faire redémarrer l’inflation.

J’ai donc pensé qu’il serait utile de rappeler quelques vérités premières sur ce qu’est ou n’est pas l’inflation.

La première réalité à  bien comprendre est la suivante :

L’inflation en aucun cas ne crée de la richesse, elle ne fait que transférer de la richesse d’un agent économique à  un autre, de celui qui prête à celui qui emprunte, de celui qui n’a que sa force de travail à offrir à celui qui a des actifs et/ ou qui produit des biens de façon quasi monoblastique.

Pour une banque centrale qui voudrait organiser ces transferts, le plus simple est de maintenir des taux d’intérêts réels négatifs, le but étant de procéder à  ce que Keynes appelait « l’euthanasie du rentier ». Pour un Keynésien en effet, tous les malheurs du monde viennent toujours d’un excès d’épargne qu’il faut corriger en la pénalisant pour forcer les épargnants à sortir leur argent de dessous leurs matelas.  Malheureusement, et comme le disait Bastiat, en économie, il y a ce qui se voit et ce qui ne se voit pas.

Prenons la situation actuelle.

Depuis bientôt 6 ans, la banque centrale Américaine, la Fed suit une politique parfaitement Keynésienne en maintenant des taux réels négatifs sur les taux courts, ce qui veut dire en bon Français que celui qui achète des bons du trésor US  voit le pouvoir d’achat de son capital baisser au travers du temps.

A l’heure actuelle, la hausse des prix aux USA  avoisine les 2 %  et les taux  à 3 mois sont à zéro, ce qui veut dire que le pouvoir d’achat du rentier baisse de 2 % par an. Des taux réels négatifs sont donc en fait un impôt sur le capital, imposé non pas par les autorités fiscales mais par la banque centrale. Ce n’est  pas la première fois  que la Fed suit cette politique, comme en témoigne le graphique suivant, ou les périodes de taux réels négatifs sont hachurées en vert. 

taux-réels-négatifs.png (974×400)

Sur ce graphique,  j’ai rajouté les prix de deux matières premières extrêmement importantes, le prix du pétrole et le prix de la nourriture.

Comme le lecteur peut le voir toutes les périodes de taux réels négatifs ont coïncidé avec des fortes hausses de ces deux produits essentiels. (Attention, l’échelle de  gauche est en graphique logarithmique. Entre 1970 et 1980, le prix du pétrole a été multiplié par 10 et celui de la nourriture par 4).En revanche, dans les périodes de taux réels positifs (non hachurées sur le graphique), le prix de ces matières premières baissent ou restent stables.

Pourquoi ? Quelques mots d’explications sont nécessaires ici.

Le prix de ces matières est libellé en dollars US. Lorsque nous avons des taux réels négatifs, le taux de change du dollar US baisse. Les prix des matières premières s’ajustent à  la hausse,  pour compenser cette baisse du dollar. Cette hausse acquière assez rapidement un caractère durable dans la mesure où la Fed annonce à  qui veut bien entendre que les taux vont restés négatifs pendant encore très longtemps.

Et donc, les matières premières montent…Mais c’est là que nous retrouvons « ce qui se voit et ce qui ne se voit pas »

Qui en effet souffre le plus de cette hausse des matières premières ? Ce sont ceux que j’appelle  « les petites gens », c’est-à-dire tous ceux qui ont des revenus en dessous de la moyenne.Pour eux, les dépenses énergétiques et  de nourriture, représentent une part très importante de leurs budgets et ce sont des dépenses absolument indispensables. Pour eux, une hausse des prix dans ces deux postes est exactement équivalente à  une hausse des impôts. Leur revenu disponible, après impôts, loyers, nourriture et énergie (toutes dépenses absolument nécessaires)  baisse de façon catastrophique.

Et du coup, leur consommation sur les autres produits, qui représente une part importante de la consommation nationale baisse très fortement.Ce qui entraine bien évidemment un ralentissement économique dans  tous les secteurs qui vendent en priorité à cette catégorie de population.

Ainsi, Wal-Mart, le Carrefour Américain, qui vend en priorité  à cette clientèle voit ses ventes baisser d’une année sur l’autre tandis que ceux qui vendent à  la partie la plus fortunée de la population voient leurs ventes s’envoler, puisque le prix des actifs détenus par ces gens monte fortement.

Dans le fonds, une politique de taux réels négatifs est une immense subvention à  ceux qui contrôlent des actifs financiers ou immobiliers et l note est payée par ceux qui n’ont que leur force de travail à offrir. Ce que fait la Fed c’est de subventionner les riches en taxant les pauvres. Il s’agit en fait d’une politique extraordinairement régressive socialement et humainement, qui ne fait que creuser l’écart entre les plus riches et les plus pauvres, ce qui politiquement  ne peut pas ne pas amener   à de graves problèmes.

Mais cela va s’arrêter le jour où cette baisse du niveau de vie des plus pauvres  aura  été suffisamment forte pour que cela déclenche une récession, par insuffisances de la demande, ce qui peut apparaitre paradoxal dans la mesure où toute la politique a été faite pour « stimuler la demande »  mais qui est la réalité.

Et lorsque cette récession arrivera, le prix de tous les actifs baissera sèchement et ce sera le tour des riches d’être appauvri. Et il est à parier que le prix du pétrole  et le prix de la nourriture, à ce moment là baisseront aussi et que le dollar montera. Si appauvrir les riches pour transférer leur argent aux pauvres n’est jamais une solution, appauvrir les pauvres pour transférer de l’argent  aux riches   devrait être  encore moins envisageable. Et pourtant, c’est le résultat inéluctable de la politique suivie

Pour résumer :

-Certains prix sont orientés à la hausse, ce qui est la conséquence des taux réels négatifs aux USA.

-Ces prix font baisser le niveau de vie d’une grande partie de la population, ce qui amène à  une baisse de la consommation.

-Cette baisse de la consommation va déclencher une baisse des prix d’abord sur tous les produits non indispensables  que les « non riches » avaient l’habitude d’acheter, puis sur tous les autres au travers d’un ralentissement économique, voir d’une récession.

-Et il est à craindre que la Fed à ce moment là ne décide qu’il faille continuer avec la politique des taux réels négatifs plus longtemps encore, en vertu du bon principe technocratique que la politique appliquée est la bonne, mais qu’elle n’a pas été mise en œuvre avec suffisamment de vigueur….

Le cercle vicieux par excellence.

Vivement que le monde politique reprenne le contrôle des banques centrales   ( NDLR: sic dans la mesure ou nous sommes au pire du contrôle envisageable, le remarque de l’auteur est  à prendre avec ironie // vivement que les communistes, reviennent // Vivement qu’on créve tous au fond d’un puit etc etc)

SOURCE ET REMERCIEMENTS: Institut des Libertés  23/6/2014

http://institutdeslibertes.org/a-propos-de-linflation-aux-usa/

4 replies »

  1. Bonjour Mons Gave

    L’intérêt des us avec un tôt négatif ne serait-il pas de limité les importations de produits bas de gamme et d’asphyxier les économies périphériques pour installer leur grand marché transatlantique pour freiner le développement de la chine

    Houp ! J’ai peut-être dit une bêtise
    et au plaisir de vous lire

    J'aime

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