Art de la guerre monétaire et économique

Irak: Les Etats-Unis imaginent un second Réveil sunnite en se servant du Kurdistan comme base arrière

Irak: Les Etats-Unis imaginent un second Réveil sunnite en se servant du Kurdistan comme base arrière

Le gouvernement américain ne veut pas renvoyer ses soldats dans la poudrière irakienne, mais il fait appel aux vétérans!

Comment intervenir sans avoir l’air d’y toucher? C’est la difficile question qui agite l’administration américaine. Face à l’offensive éclair de l’Etat islamique (EI), ex-Etat islamique en Irak et au Levant, qui s’est allié à des groupes sunnites locaux pour conquérir le nord de l’Irak et se trouve aux portes de Bagdad, les Etats-Unis ne peuvent pas rester les bras croisés.

Ils ont déployé progressivement 750 soldats depuis mi-juin, dont la mission est de défendre les intérêts américains sur place et l’aéroport de la capitale. Le président Barack Obama a également autorisé l’envoi de 300 conseillers militaires – dont plus de la moitié sont déjà sur place – pour assister l’armée irakienne.

L’armée infiltrée

Mais cela ne suffira pas. «L’armée irakienne parviendra-t-elle à reprendre l’offensive et à récupérer la partie de l’Irak qu’elle a perdue?» s’est interrogé le chef d’état-major Martin Dempsey lors d’une récente conférence de presse: «Probablement pas à elle seule.» Un rapport confidentiel destiné au Pentagone, qui a fuité lundi dans les médias, estime que seules la moitié des unités de l’armée irakienne sont dignes de confiance. Le reste a été infiltré par des informateurs sunnites ou des militants chiites soutenus par l’Iran. Barack Obama continue pour sa part d’affirmer que les Etats-Unis, qui se sont retirés du pays en 2011, n’y enverront pas de troupes de combat.

Alors que faire? «La priorité est de casser le partenariat qui s’est mis en place entre les forces de l’EI et les autres groupes sunnites, juge le général Dempsey. Si on parvient à séparer ces deux groupes, le problème deviendra gérable et il sera plus facile d’y voir clair.» Parmi les formations locales qui se battent aux côtés de l’EI figurent des anciens du parti baasiste de Saddam Hussein et des organisations islamistes comme les Brigades de la révolution de 1920, Ansar al-Sunna ou l’Armée islamique en Irak.

Une base dans le Kurdistan

«L’administration aimerait recréer l’alliance – baptisée le Réveil sunnite – qui avait permis aux tribus sunnites de se rebeller contre Al-Qaida en 2007», indique le colonel Rick Welch, qui a servi durant sept ans en Irak et a été l’un des artisans de cette stratégie. «L’objectif serait de convaincre ces dernières de lâcher l’EI et de se battre contre lui, comme elles l’ont fait à l’époque contre Al-Qaida», poursuit l’ancien militaire. Mais impossible de confier cette tâche à l’armée irakienne, trop liée aux factions chiites et à l’Iran.

Washington envisage plutôt de déployer sur place une partie des vétérans qui avaient orchestré le Réveil de 2007. «Certains de ces militaires sont déjà sur le terrain, sans doute occupés à rencontrer des chefs de tribu sunnites au Sheraton d’Erbil avec une valise de billets à la main», glisse Michael Knights, un chercheur travaillant pour le Washington Institute for Near East Policy, et qui est en contact régulier avec plusieurs d’entre eux.

L’ambassade américaine a récemment déplacé une partie de son personnel à Erbil, la capitale de la région autonome du Kurdistan, dans le nord de l’Irak, à proximité des zones rebelles. Un centre de commandement, qui abrite une partie des 300 conseillers militaires déployés en Irak ces dernières semaines, y a également vu le jour début juillet, a indiqué le secrétaire à la Défense, Chuck Hagel.

Renouer avec les tribus

«Ces vétérans ont établi un rapport de confiance avec les chefs de tribu irakiens, ils ont leur numéro de téléphone portable, connaissent leur famille, relève Michael Knights. C’est un atout dont les Américains auraient tort de se priver.» D’autant plus que la communication n’a jamais été vraiment interrompue. «Nous sommes toujours restés en contact avec ces chefs de tribu, même après que les troupes ont quitté l’Irak en 2011», confirme Rick Welch, qui a participé à la mise sur pied d’un centre de réconciliation destiné à préserver ces liens: «J’ai moi-même parlé à certains de mes contacts sur place pas plus tard que la semaine dernière.»

Reste que les émissaires états-uniens devront d’abord surmonter la méfiance engendrée auprès de leurs alliés sunnites par des promesses non tenues. «Pour les convaincre de se rallier à leur cause en 2007, les Américains avaient promis aux chefs de tribu sunnites qu’ils recevraient des emplois et seraient à l’abri de toute persécution une fois la guerre terminée», détaille Michael Knights. Mais lorsque les troupes américaines ont quitté le pays en 2011, le gouvernement du premier ministre chiite Nouri al-Maliki s’est empressé de les mettre en prison. Et un cinquième seulement des 100 000 sunnites qui se sont soulevés contre Al-Qaida ont reçu un poste de travail.

PAR JULIE ZAUGG NEW YORK/ Le Temps 17/7/2014

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/fd1b68a6-0d12-11e4-8015-d2f7a06c82fb/Les_Etats-Unis_imaginent_un_second_R%C3%A9veil_sunnite

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