Art de la guerre monétaire et économique

Embargo russe contre l’Europe, une aubaine pour de nombreux pays!

Embargo russe contre l’Europe, une aubaine pour de nombreux pays!

Le Brésil, l’Inde, le Maroc et la Turquie comptent augmenter les exportations de viande, de fruits et de légumes. Bruxelles tente de les dissuader de ravitailler la Russie

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Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Ainsi, de nombreux pays, du Brésil au Maroc, en passant par l’Inde et la Turquie, s’apprêtent à remplacer les exportateurs européens, américains et canadiens pour approvisionner le marché russe en viande, fruits et légumes. Jeudi dernier, Moscou a annoncé un embargo d’une année sur l’importation de vivres en provenance des pays occidentaux, une mesure de rétorsion aux sanctions dont elle fait l’objet pour selon les Européens "l’annexion de la Crimée et pour son implication dans les violences à l’est de l’Ukraine".

Selon le Financial Times de mardi, l’Union européenne (UE) compte envoyer des émissaires notamment au Brésil et au Chili, afin de dissuader ces pays d’augmenter leurs exportations vers la Russie. «Nous leur dirons de ne pas profiter de la situation pour ravir nos parts de marché», a averti un fonctionnaire. Selon un autre, l’UE entend réunir un front politique international contre Moscou. En 2013, les exportations agricoles européennes vers la Russie avaient atteint une valeur de 12 milliards d’euros.

L’initiative européenne risque d’arriver avec un brin de retard. De nombreux pays ont déjà décroché des contrats. Selon le quotidien brésilien Folha de S. Paulo, le service sanitaire russe vient d’augmenter de 30 à 90 le nombre d’usines brésiliennes autorisées à exporter de la viande bovine, porcine et de la volaille. Les Brésiliens pourraient potentiellement prendre le relais des exportateurs américains (150 000 tonnes par an) et européens (40 000 tonnes). Dilma Rousseff, la présidente brésilienne, qui a reçu son homologue russe Vladimir Poutine fin juillet à Brasilia, a lancé un appel général aux agriculteurs pour saisir l’opportunité créée par l’embargo russe.

L’Inde, partenaire traditionnel de la Russie, a adopté la même démarche. New Delhi a établi une liste de 24 produits susceptibles d’intéresser les importateurs russes. L’organisation faîtière des exportateurs a convié 125 entreprises indiennes à la foire Made in India du 24 au 26 septembre à Moscou. Selon Mint, quotidien financier publié à New Delhi, le sommet annuel Russie-Inde, qui aura lieu en décembre dans la capitale indienne, sera consacré aux échanges bilatéraux. Entre-temps, Moscou vient de lever l’embargo sur le riz et d’autres denrées alimentaires produites en Inde.

Pour l’heure, rien ne dit que la Turquie, pays candidat à l’UE et qui en principe doit s’aligner sur la position européenne, se comporte en opportuniste et travaille à augmenter ses exportations vers le marché russe. En revanche, plusieurs déclarations ministérielles laissent penser que le pays va étudier de nouvelles perspectives commerciales. Ce qui a déjà provoqué l’ire des Européens. Le ministre des Affaires étrangères grec Evangelos Venizélos a accusé Ankara de vouloir profiter d’une situation qui met à mal les exportateurs européens. Au total, le marché russe ne représente que 1,5% des exportations grecques. Mais il s’agit tout de même de l’un des principaux débouchés pour les fruits et légumes. Le week-end dernier, 9000 tonnes de pêches destinées au marché russe s’accumulaient dans les frigos.

Important producteur de légumes et de fruits, le Maroc est aussi tenté de jouer sa carte. Ironie du sort, en avril dernier, Bruxelles lui avait imposé des restrictions sanitaires et les professionnels avaient même manifesté leur colère devant le siège de l’UE à Rabat. Selon l’Association des exportateurs marocains, une stratégie commerciale est attendue d’ici à la fin août «en vue de saisir cette opportunité historique». Enfin, le chef du Kremlin a annoncé mardi qu’un accord avait d’ores et déjà été conclu pour faciliter l’accès des produits agricoles égyptiens au marché russe.

PAR RAM ETWAREEA/ Le Temps 12/8/2014

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/1162434a-2247-11e4-9a79-d749102b8541%7C1

2 replies »

  1. Nickel… l’ultracommunisme peut commencer à trembler… (oui je sais :) )

    Je n’aurais jamais pensé que les leçons de libéralisme viendraient de la Russie…

    Comme quoi…

    J'aime

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