Argentine

Les réels dangers/ Argentine- La crise pourrait précipiter le pays vers des abysses encore non explorés.

Les réels dangers/ Argentine- La crise pourrait précipiter le pays vers des abysses encore non explorés.

Confrontée à un défaut de paiement sur sa dette aux conséquences imprévisibles, l’Argentine subit depuis peu de nouveau les foudres des agences de notation. Bis repetita? Non répondent d’aucuns, qui ne croient pas en une reprise du scénario de 2001 en argumentant que la dette est partielle. Pourtant, la crise actuelle cache un problème plus grave qui pourrait cette fois-ci précipiter le pays vers des abysses encore non explorés. Etats des lieux sous forme de questions – réponses.

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  • Que s’est-il concrètement passé?

L’Argentine est aujourd’hui en défaut de paiement «sélectif», ce qui signifie, selon S&P que «l’emprunteur n’a pas honoré une certaine partie de ses obligations ou une émission spécifique, mais qu’il continue de payer ses autres types d’emprunts dans les temps».

N’ayant pas trouvé d’accord avec ses créanciers le 30 juillet 2014, l’Argentine s’est mécaniquement trouvée en défaut de paiement sur un montant de 539 millions de dollars. Somme minime pour un Etat, qui devait être remboursée à des créanciers ayant consenti une remise de dette de 70% après la crise de 2001.

  • Comment en est-on alors arrivé là?

Il faut commencer par rappeler qu’après la crise de 2005 et de 2010, le gouvernement argentin était parvenu à restructurer une partie de sa dette et 93% des créanciers avaient accepté une décote de 65% en moyenne sur leurs titres. Parmi les 7% de créanciers restant, les fonds Aurelius et NML (appelés vautours) spécialisés dans le rachat de dette à risque et détenteurs de moins de 1% de la dette concernée, avaient saisi la justice américaine pour obtenir le remboursement total de leurs titres, soit 1,33 milliard. Provoquant l’enchaînement que l’on connaît: dès le 23 juillet 2012, le juge new-yorkais interdisait à l’Argentine d’honorer les échéances de sa nouvelle dette (celle restructurée en 2005 et 2010) tant qu’elle ne rembourserait pas aussi les fonds.

  • Quels sont les impacts immédiats?

Rien d’insurmontable si l’on s’en remet aux propos de la directrice générale du FMI Christine Lagarde: «Même si un défaut est toujours regrettable, nous ne pensons pas qu’il aura des conséquences majeures en dehors du pays». S’il est vrai que l’impact sur l’économie argentine devrait rester relativement limité, le coût d’un défaut prolongé pourrait cependant être substantiel. Une des premières conséquences serait d’éloigner durablement l’Argentine des marchés internationaux des capitaux, dont elle est exclue depuis sa faillite en 2001. Alors même que Buenos Aires fondait beaucoup d’espoir dans une nouvelle prochaine levée de fond.

Autre conséquence, si le cas argentin faisait jurisprudence, d’autres Etats en difficulté pourraient avoir plus de mal à restructurer leur dette. En effet, pour rassurer les investisseurs, la majeure partie des obligations souveraines sont désormais émises en droit étranger, et non en droit domestique.

  • La situation actuelle est-elle comparable à 2001?

La situation est loin aujourd’hui d’être aussi grave que lors de la crise de 2001. Le défaut de paiement porte sur 539 millions de dollars, mais l’Argentine continue de payer ses autres créanciers, alors qu’en 2001, l’Argentine s’était déclarée en défaut pour … 82 milliards de dollars.

La crise argentine de décembre 2001 prend ses racines dans la mise en place du gel des dépôts bancaires (le corralito) et la suppression du déboursement d’une branche du prêt accordé par le FMI après que le pays se soit retrouvé surendetté et dans l’impossibilité de répondre aux multiples demandes du FMI (notamment la politique de «déficit zéro»). Cette période marquera la fin du gouvernement en place (De la Rua) et du régime de parité fixe (currency board).

Depuis sa faillite en 2001, l’Argentine a progressivement remboursé sa dette, passant d’un endettement de 160% du PIB à 40% actuellement, et ce notamment grâce à ses exportations agricoles.

  • Y a-t-il une solution idéale?

L’Argentine a concrètement aujourd’hui les moyens de rembourser les 1,33 milliard de dollars aux fonds vautours.

Mais, si elle le faisait, les 7% de créanciers ayant refusé les accords de 2005 et 2010, pourraient réclamer d’être eux aussi remboursés à 100% ce qui obligerait Buenos Aires à payer plus de 15 milliards de dollars. Voire plus encore: les détenteurs d’obligations restructurées pourraient également demander à être remboursés, ce qui ferait grimper la facture à 120 milliards de dollars alors que les réserves de changes de l’Argentine s’élèvent en tout et pour tout à 28 milliards de dollars!

Une des solutions «idéales» évoquée pour sortir de la crise est l’intervention de banques privées argentines. Par le biais d’un montage complexe, elles verseraient l’argent dû par le gouvernement à NML et Aurelius en rachetant leurs créances puis elles s’arrangeraient avec celui-ci pour se faire rembourser. Cette solution permettrait de contenter les deux fonds vautours, tout en évitant que les autres créanciers ne reviennent à la charge pour demander l’intégralité de leur dû.

  • Le défaut de paiement ne révèle-t-il pas une économie chancelante?

Derrière le défaut partiel de l’Argentine se cache en réalité un problème beaucoup plus grave. Si tous les espoirs étaient permis après la restructuration d’une partie de la dette argentine et le retour d’une certaine compétitivité agricole ces 10 dernières années, aujourd’hui, selon le FMI, l’économie argentine va mal. Cette année, elle devrait enregistrer une récession de 2,5%. L’inflation est galopante (30% par an), tandis que le peso a perdu 20% de sa valeur en douze mois.

La poursuite systématique de politiques macroéconomiques peu contraignantes a été source d’inflation et provoqué des ponctions sur les réserves officielles en devises. L’écart entre le taux de change officiel et le taux de change du marché reste important et continue de croître. Les mesures administratives prises pour gérer les déséquilibres intérieurs et extérieurs, notamment les contrôles des prix, des taux de change et du commerce, pèsent encore plus sur la confiance et sur l’activité. Sans rien résoudre du problème endémique de l’inflation, comme le montre l’ajustement récent des taux de change et relevé ses taux d’intérêt.

  • Qui est concrètement impacté?

Les principaux partenaires de l’Argentine, c’est-à-dire: le Brésil, la Chine, les Etats-Unis et… l’Espagne.

Ainsi, en terme d’exportations et d’importations, le Brésil s’arroge en effet la part du lion avec respectivement 20% des exportations et 27% des importations, suivi de la Chine (7.5% et 12%), des Etats-Unis (5% et 15.5%), du Chili et de l’Allemagne enfin.

En terme d’investissement maintenant, force est de reconnaitre que c’est l’Espagne qui reste le premier pays investisseur en Argentine avec environ 12 milliards d’euros en 2013.

Même constat du côté des entreprises.: l’implication espagnole en Amérique du sud est majoritaire, alors même que, à l’exception notable de Repsol (17% du chiffre d’affaires) et de Telefonica (5% de ses ventes), l’Argentine n’est pas réellement un grand marché pour l’Espagne. Et ce parce que les entreprises espagnoles sont devenues plus prudentes depuis 2001, beaucoup d’entre elles limitant leur exposition à l’économie argentine, donc les risques et misant sur d’autres destinations plus fiables comme le Brésil et le Mexique, voire la Colombie, le Pérou et le Chili. Les groupes comme ACS ou OHL ont une faible présence dans le pays, tout comme les entreprises énergétiques Endesa et Gas Natural.

Citons enfin que les deux premières banques espagnoles, Santander et BBVA sont, elles aussi, actives en Argentine. Toutefois, leur exposition ne représente pas un risque significatif.

  • Que peut-on conclure?

L’Argentine pénètre aujourd’hui sur un territoire où il est impossible de prédire ce qui va se passer malgré la taille minime du défaut. Les effets secondaires (inflation galopante, effet boule de neige des créanciers, …) pourraient être dévastateurs pour l’économie du pays. Le gouvernement actuel ne devrait pas y survivre, les élections présidentielles étant en 2015.

John-F. Plassard  Mirabaud Securities/ Agefi Suisse 8/8/2014

http://agefi.com/marches-produits/detail/artikel/argentine-la-crise-pourrait-precipiter-le-pays-vers-des-abysses-encore-non-explores.html?catUID=19&issueUID=648&pageUID=19396&cHash=93829c60b57fc6c4bbc8a058173292a2

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