Art de la guerre monétaire et économique

Par quoi remplacer l’ordre mondial finissant? Petit arrangements entre Empires- La vision "stratégique" de Zbigniew Brzezinski

Par quoi remplacer l’ordre mondial finissant? Petit arrangements entre Empires- La vision "stratégique" de Zbigniew Brzezinski

François Nordmann relate la vision stratégique de Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller à la Maison-Blanche, sur l’état du monde et les orientations possibles. Une vision tranchée mais frappante de ce que pourrait être notre monde demain

La situation internationale n’a jamais été aussi tendue depuis cinquante ans. Ce que l’on pressentait au début de cette année, placée sous le signe de la commémoration de la Première Guerre mondiale, s’est concrétisé, de manière diffuse mais non moins dangereuse. Les foyers de crise en Ukraine (et les menaces qui pèsent sur l’est du continent européen), les guerres du Proche-Orient, l’affrontement maritime en mer de Chine ne sont pas des phénomènes isolés. C’est l’ordre mondial qui est remis en cause, sans que l’on voie se dessiner les contours de ce qui remplacerait l’actuel système, comme le relevait récemment le président Obama.

Une intéressante perspective sur la nouvelle architecture du monde, à moins qu’il ne s’agisse d’une vision, a été esquissée récemment par Zbigniew Brzezinski, l’ancien conseiller pour la sécurité nationale du président Carter qui reste, à 86 ans, l’un des plus brillants penseurs stratégiques des Etats- Unis.

Une instabilité «historiquement sans précédent» règne dans le monde, constate-t-il: des pans entiers du globe sont simultanément le théâtre de troubles d’origine populiste, de manifestations de colère en dehors de tout contrôle par un Etat.

Les Etats Unis – qui étaient les garants de l’ordre mondial finissant – ne sont pas pour autant en phase de repli ou de déclin, mais ils ne sont pas en mesure de réagir efficacement à des défis qui s’en prennent aux racines mêmes de notre bien-être. Les énormes turbulences, la fragmentation et l’incertitude qui caractérisent notre monde constituent aux yeux de «Zbig» non pas une menace unique et ciblée, mais une série de menaces différenciées qui pèsent sur chacun d’entre nous.

Michael Ignatieff, professeur à Harvard et ancien ministre canadien, considère lui aussi que ces conflits – et particulièrement l’évolution en Russie et en Chine – posent un grave défi aux sociétés fondées sur la liberté et la démocratie. Ces valeurs sont directement attaquées par des régimes capitalistes autoritaires, dont les fondements en Chine et en Russie – ne nous y trompons pas – sont solides et durables. Ils combinent en effet le contrôle social qu’ils exercent sur leur population avec une forme limitée de liberté personnelle et de prospérité qui garantissent une certaine croissance. On n’est plus du tout dans une lutte idéologique entre deux ensembles incompatibles comme au temps de la Guerre froide, même si le Parti communiste reste le véhicule du pouvoir en Chine.

Ni l’un ni l’autre de ces pays n’ont à s’encombrer des aléas de la vie démocratique. De ce fait, ils peuvent canaliser leurs ressources et leur énergie dans une stratégie nationaliste. Ils consolident ainsi leur emprise et remettent en cause l’organisation de notre monde, y compris les institutions internationales nées à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

A long terme, M. Brzezinski estime que les Etats-Unis ne doivent plus intervenir partout et à tout bout de champ, mais adopter une approche sélective dans la défense de leurs intérêts. Un seul partenaire est digne de collaborer avec eux au maintien d’un certain ordre mondial, et c’est la Chine. On pourrait même imaginer une cogestion des crises avec la Chine, par exemple au Moyen-Orient, en Afrique et en Amérique latine.

Non qu’il faille accepter l’expansionnisme chinois! Mais il faudrait amener la Chine à reconnaître que les excès de sa politique de revendication territoriale sont coûteux et qu’ils se heurtent aux intérêts de pays tels que l’Inde ou le Japon. Pour autant, il n’incombe pas aux seuls Etats-Unis de contenir les ambitions chinoises: le Japon, démocratie dotée de capacités militaires, pourrait s’en charger, exerçant davantage de responsabilités sur le plan régional – ce serait un facteur de stabilité. Pour ce qui est des conflits en Asie orientale, la prudence et la retenue sont de mise. Les Etats-Unis ne doivent pas se laisser entraîner dans des hostilités à propos de quelques îles obscures ou de disputes de voisinage à l’importance toute relative. Le tropisme chinois du professeur Brzezinski est bien connu. Il croit en l’émergence à terme d’un G2 sino-américain, même si Pékin s’en défend aujourd’hui.

La Russie s’est discréditée par son invasion de la Crimée et son action en Ukraine – de plus elle est bien plus faible. Une coopération avec elle n’aurait de sens que dans sa sphère proche, au Moyen-Orient par exemple.

Quant aux Européens, ils n’ont pas de politique étrangère à proprement parler et ils ont sous-estimé la force des nationalismes au sein de leurs propres Etats. Aux hommes d’Etat visionnaires des débuts de l’Union européenne ont succédé des politiciens qui ne croient plus en l’identité européenne ni en une destinée commune. L’UE n’est plus en fin de compte qu’un arrangement distributif, où l’on gère la monnaie et le troc entre Etats. Dans l’affaire ukrainienne, elle n’a pas su relever le défi que constitue la première tentative unilatérale d’expansion territoriale d’un pays dans la région depuis 1939… On ne peut donc pas s’attendre à ce que l’Europe s’affirme sur le plan international.

Ce point de vue est sans doute discutable, mais il a le mérite d’indiquer l’une des directions possibles de la politique internationale.

PAR FRANÇOIS NORDMANN/ Le Temps 19/8/2014

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/d86385ec-26f9-11e4-8ab3-d33d36d7ae61%7C0

L’OTAN se réorganise contre la Russie

A Kiev, le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a proposé une assistance militaire renforcée à l’Ukraine La crise ukrainienne a réveillé le spectre de la Guerre froide. Elle est le résultat d’une longue série de crispations entre les Etats-Unis et la Russie

Retour aux sources. L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), fondée en 1949 pour contenir l’expansionnisme russe en Europe, est en passe de retrouver ce rôle vingt-cinq ans après la fin de la Guerre froide. Son secrétaire général, Anders Fogh Rasmussen, a eu des mots très durs  sur l’attitude du Kremlin, contre lequel il a appelé à préparer «de nouveaux plans de défense». Dans ce cadre, il est arrivé à Kiev pour proposer une assistance militaire renforcée à l’Ukraine.

L’OTAN a réagi très vivement à la récente annexion de la Crimée par la Russie. Non contente de suspendre toute coopération pratique avec Moscou, elle a notamment plus que doublé le nombre de ses avions de combat au-dessus des pays Baltes, multiplié ses vols de surveillance dans le ciel de la Pologne et déployé davantage de navires de guerre en mer Noire. Mais il lui faut encore décider si la crise ukrainienne doit être considérée comme un événement isolé ou si elle doit être traitée comme l’expression d’une hostilité russe durable, qui nécessiterait une stratégie occidentale nouvelle face à Moscou. Le prochain sommet de l’Alliance atlantique, prévu les 4 et 5 septembre au Pays de Galles, est appelé à trancher.

La crise ukrainienne est le résultat d’une longue série de crispations entre les Etats-Unis et la Russie. Il est loin le temps où la détente entre les deux pays paraissait si miraculeuse que le secrétaire d’Etat américain James Baker se permettait d’assurer au numéro un soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, que l’OTAN ne profiterait pas des circonstances pour s’étendre dans l’est de l’Europe. Depuis, c’est le contraire qui est survenu.

Une fois l’Union soviétique disparue, l’OTAN a rapidement décidé de pousser son avantage en intégrant des pays issus de l’ancien bloc communiste. Une ambition d’autant plus naturelle que les Etats concernés aspiraient tous, à des degrés divers, à entrer dans son orbite. Que ce soit pour profiter de la protection américaine contre leur ancien occupant ou pour utiliser leur adhésion comme instrument d’un rapprochement avec l’Union européenne. Résultat: l’alliance militaire est passée en quelques années de 16 à 28 membres, tous situés en Europe centrale et orientale. Aux confins de la Russie.

Le Kremlin a très tôt dénoncé l’extension de l’organisation en direction de ses frontières. Dans son ouvrage L’OTAN – Histoire et fin? , l’historienne française Catherine Durandin rappelle certaines de ces protestations, comme celle adressée par le président Boris Eltsine, en 1993 déjà, aux autorités de Washington, de Londres et de Bonn. En vain. Les vainqueurs de la Guerre froide étaient alors persuadés qu’il leur suffisait de rassurer de temps en temps Moscou pour mener leur entreprise à bien.

Les autorités américaines étaient si sûres de leur stratégie qu’elles ont traité par le dédain les avertissements de certains de leurs meilleurs conseillers. A commencer par ceux de George Kennan, le père de la doctrine du containment à l’encontre de l’Union soviétique. Les Etats-Unis commettent là une erreur fatale, vitupère le diplomate en 1997 dans le New York Times, parce que «cette extension ne manquera pas d’enflammer les tendances nationalistes, militaristes et anti-occidentales au sein de l’opinion russe; […] qu’elle poussera la politique étrangère russe dans des directions qu’à coup sûr nous n’apprécions pas…»

Depuis son arrivée au pouvoir en l’an 2000, Vladimir Poutine entend mettre un terme au déclin de son pays. Dans cette perspective, il s’est efforcé de convaincre l’Occident de considérer à nouveau la Russie comme une grande puissance et de lui reconnaître une zone d’influence. Mais sans succès: nombre d’événements, de la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo à l’aide apportée à ses ennemis en Ukraine, l’ont persuadé que l’Occident s’opposait fermement à ses ambitions. En réaction, la nouvelle doctrine russe de défense, adoptée en 2010, a placé officiellement l’élargissement de l’OTAN en première place des menaces extérieures.

PAR ETIENNE DUBUIS / Le Temps Aout14

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/edfb4a5c-1e5c-11e4-8b39-5bee34cf2558/LOTAN_se_r%C3%A9organise_contre_la_Russie

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